- il y a 5 mois
Le vendredi, samedi et dimanche soir,Bastien Bocquel et Chloé Giraud sont à la tête de Week-End Direct : un rendez-vous pour décrypter et débattre, au cœur de l’actualité.
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00:00On va désormais ouvrir une page consacrée à l'actualité internationale et plus précisément à celui qui est au cœur.
00:07Donald Trump est-on en train d'assister à une dérive autoritaire du président américain ?
00:12À quelques jours de la fin de son ultimatum, sa posture va-t-elle porter ses fruits sur le plan diplomatique ?
00:18C'est la question qu'on se posera dans un instant avec nos invités.
00:21Mais d'abord, passage obligé par Washington.
00:24Washington, bonsoir Antoine Ellard.
00:26Le dernier exemple de l'autoritarisme de Donald Trump à l'étranger, c'est ce coup de pression mis à la Russie il y a deux jours maintenant.
00:36Oui, exactement, avec l'envoi de deux sous-marins nucléaires à proximité des côtes russes.
00:43Une réaction, dit Donald Trump, aux provocations de Dimitri Medvedev.
00:47Medvedev qui, dans un message sur son réseau social, avait formulé à demi-mot des menaces nucléaires à l'encontre des Etats-Unis.
00:54Donald Trump dit que dans ces conditions, il n'a pas le choix et qu'il doit déployer ses sous-marins au cas où les mots de Dimitri Medvedev se transforment en autre chose, dit-il.
01:05Alors, Donald Trump, vous l'avez dit, a lancé aussi un ultimatum à Vladimir Poutine.
01:09Pour le moment, sans réponse.
01:11Et ça, ça ne plaît pas du tout à Donald Trump.
01:13Il ne supporte pas de voir que le chef du Kremlin ne réagit pas à ses injonctions.
01:18Surtout que, pour le moment, les menaces de Donald Trump sur le terrain ont eu surtout pour effet de produire une intensification des combats.
01:29Donald Trump a donc un peu le sentiment d'être humilié par Vladimir Poutine.
01:33C'est à la fois son égo, sa crédibilité qui sont en jeu.
01:36Surtout qu'il aime se voir comme un super négociateur, un chef d'Etat respecté, craint sur la scène internationale, quelqu'un qui obtient des résultats.
01:44Pour le moment, ça n'est pas du tout le cas.
01:46Il y a un autre élément aussi très important dans la psychologie de Donald Trump actuellement.
01:50Trump est obsédé par le prix Nobel de la paix.
01:53Il est sincèrement convaincu qu'il mérite de l'obtenir.
01:56Sauf qu'il a bien conscience que tant que la guerre en Ukraine se poursuit, il doit faire une croix sur ses rêves de Nobel.
02:02Et c'est aussi cela qui explique pourquoi il met la pression sur la Russie.
02:06Il veut à tout prix obtenir un arrêt des combats.
02:10Merci beaucoup Antoine Ellard à Washington.
02:12Vous restez avec nous parce qu'on vous retrouvera un petit peu plus tard dans cette émission.
02:15Mais on va donc parler de ce sujet avec nos invités sur ce plateau que l'on va vous présenter.
02:21Bonsoir Nicolas Tenzer.
02:22Bonsoir.
02:22Vous êtes professeur de géostratégie à Sciences Po, auteur du livre Fin de la politique des grandes puissances.
02:28C'est aux éditions L'Observatoire.
02:30Michel Fayad, bonsoir.
02:32Vous êtes analyste géopolitique.
02:34Merci d'être avec nous.
02:35Et le lieutenant-colonel Vincent Arbarettier, bonsoir.
02:38Historien militaire et docteur en sciences politiques et histoire contemporaine.
02:42Je salue également Ulrich Bounat, analyse géopolitique.
02:46Bonsoir.
02:47Merci d'être avec nous.
02:48Tristan Cabello, historien et politologue spécialiste des Etats-Unis et professeur à l'université John Hopkins dans le Maryland.
02:56A distance également avec nous depuis Chicago aux Etats-Unis, David Lipson.
03:01Merci d'être avec nous ce soir.
03:03Vous êtes maître de conférence à l'université de Strasbourg et spécialiste des médias et de la late night television.
03:09On y viendra un petit peu plus tard.
03:11Alors je me tourne d'abord vers vous, lieutenant-colonel Vincent Arbarettier.
03:15C'est un peu finalement dans l'ADN de Donald Trump de lancer des ultimatums un peu comme ça à tout bout de champ, tout le temps.
03:22Il veut marquer sa place de chef de la première puissance mondiale.
03:26Il n'aime pas la guerre, mais il a bien conscience qu'il a montré d'ailleurs au cours de la guerre des 12 jours que l'armée américaine est, selon lui, la première armée du monde.
03:38Et à ce titre, il veut que le président Poutine lui obéisse.
03:43Alors non pas parce qu'il veut écraser l'armée russe comme il a fait avec l'armée iranienne en envoyant des avions et tout ça,
03:52mais il veut marquer une supériorité dans le dialogue de manière à ce que le président Poutine se range à son avis.
04:01Alors si vous voulez, c'est le shérif qui arrive, qui dit voilà je suis le plus fort, il vous en cuira si vous ne vous rangez pas à mon avis.
04:11Et la preuve en est que j'ai mandaté, enfin j'ai envoyé des ordres à deux sous-marins nucléaires.
04:16On ne sait pas si c'est la propulsion ou si ce sont les armes qui sont nucléaires, qui vont éventuellement vous amener à un choix raisonnable.
04:24Michel Fayyad, on a l'impression que cette posture autoritariste de Donald Trump, elle est aussi plus affirmée depuis le début de son second mandat.
04:32Oui, parce qu'en fait le contexte aussi international a changé.
04:35On n'était pas dans un contexte où il y avait une guerre en Ukraine qui impliquait toute l'Europe et même les États-Unis.
04:42Et il n'y avait pas non plus le 7 octobre 2023 et les guerres qui ont suivi au Moyen-Orient.
04:47Donc vraiment le contexte géopolitique mondial a changé.
04:50Et pour Donald Trump, il y a une nécessité de s'affirmer, comme il savait Inde a dit.
04:55Et donc en fait, il cherche à montrer que les États-Unis sont vraiment la puissance sur laquelle il faut compter, que ce soit en Europe ou que ce soit également au Moyen-Orient.
05:07Enfin, il faut bien voir que finalement, que ce soit au Moyen-Orient auprès d'Israël ou que ce soit en Europe auprès de l'Ukraine, sans les États-Unis,
05:14que les deux fronts ne tiendraient pas très longtemps.
05:18Donc aujourd'hui, la puissance américaine se montre en termes de fourniture, d'approvisionnement et aussi, comme ça a été dit, en termes de puissance.
05:26Puisque lors de cette guerre des 12 jours, il s'est montré capable de frapper là où ses prédécesseurs n'ont pas frappé.
05:33Donc en ciblant les sites nucléaires iraniens.
05:35Nicolas Tenzer, est-ce que cette diplomatie autoritaire ou en tout cas très sanguine de Donald Trump, elle peut porter ses fruits avec Vladimir Poutine,
05:45qui n'est pas très réceptif à la diplomatie plus classique ?
05:49Moi, je pense qu'en fait, dans toute cette séquence, Trump apparaît surtout comme un faux fort.
05:55La réalité, c'est qu'il n'est pas fort du tout.
05:57Ou plus exactement, qu'il n'a pas la force de la résolution qui lui permettrait effectivement d'agir avec efficacité.
06:04Pour l'instant, il se contente effectivement de postures, il se contente de menaces, de menaces d'ailleurs extraordinairement faibles.
06:10Parce que même quand il s'agit des sanctions, ce sont des sanctions très faibles.
06:14D'ailleurs, c'est assez vague dans son esprit.
06:16Lui-même, il dit « je ne sais pas si ça va marcher ou pas ».
06:18Donc il est très hésitant.
06:21Sur les sous-marins, c'est surtout pour la base Maga qu'il essaye de se montrer comme un homme fort.
06:26Mais de toute manière, je veux dire, les sous-marins, en tout cas nucléaires d'attaque,
06:29eux, ils patrouillent de toute manière sous les eaux, comme les Français, comme les autres.
06:33Voilà, il n'a pas besoin de dire « je fais faire une annonce ».
06:35Ça ne change absolument rien sur le fond.
06:38C'est juste un signalement stratégique.
06:40Il n'est pas content effectivement des propos de Medvedev, notamment sur la main morte.
06:43Mais tout ceci ne change rien.
06:44Et surtout, on ne voit pas aujourd'hui Trump qui dit clairement
06:47« écoutez, M. Poutine, si vous n'arrêtez pas tout de suite,
06:51nous allons livrer de manière massive des armes à l'Ukraine
06:53pour défaire la Russie sur le genre de bataille ».
06:57Ce qu'il devrait faire d'ailleurs de toute manière.
06:59Et de ce cas-là, d'ailleurs, il apparaîtrait comme un fort.
07:02Et il pourrait, ce qui serait un grand avantage, dire « écoutez, vous voyez,
07:06Biden le mousse, les pigeons, finalement, il n'a rien fait.
07:10Et moi, Trump, je mets fin à la guerre en tout simplement arrêtant la Russie ».
07:15– C'est pour ça que je dis que c'est un faux fort.
07:17– C'est un faux fort, justement, Donald Trump, selon vous ?
07:20– Oui, moi, je suis complètement d'accord.
07:21En fait, il est très faible et il est surtout très faible à l'intérieur, Donald Trump.
07:25C'est-à-dire qu'il n'a pas de résultat.
07:27Il n'a pas donné de résultat.
07:28Les prix ne baissent pas.
07:30Le chômage continue d'augmenter.
07:33Et puis, il était empêtré toutes ces deux dernières semaines dans l'affaire Epstein.
07:38Donc, il y a besoin de moyens de diversion.
07:41Et ça, ça en fait partie aussi.
07:42C'est-à-dire que là, bien sûr, il se donne le portrait d'un homme fort à sa base,
07:48c'est-à-dire la base Maga, comme il l'a fait d'ailleurs avec Ursula von der Leyen.
07:53Mais au-delà de ça, finalement, c'est quelqu'un qui est dans une position de faiblesse
07:58et qui essaye de donner une impression de force à une base qui s'effrite.
08:05– Est-ce que ça marche, justement ?
08:07– Alors, justement, on voit que cette base, elle est de plus en plus effritée.
08:10On voit que c'est environ 30% des Républicains qui, maintenant,
08:15nous disent qu'ils n'ont plus trop confiance en Donald Trump.
08:18On a 30% qui sont encore vraiment de son côté.
08:21Mais on voit qu'il y a une base, voilà.
08:23Il y a une base qui n'est plus aussi unifiée et qui n'est plus aussi derrière lui
08:27qu'elle ne l'a été au début de sa présidence.
08:30– Donald Trump qui cherche à affirmer l'hyperpuissance des États-Unis.
08:35Ulrich Bounas, quels sont ses modèles à Donald Trump ?
08:39Est-ce qu'il en a ?
08:40– Il en a, en fait, je pense que oui.
08:43Après, je ne suis pas dans sa tête.
08:44Mais on va dire que son style de gouvernance ressemble, pour le coup,
08:47beaucoup, justement, à ses hommes forts.
08:50Il a, je pense, partagé un petit peu le même mode de vision du monde
08:54que Vladimir Poutine ou Xi Jinping.
08:56C'est-à-dire, en gros, les grands États décident,
08:59ont le droit déjà d'avoir un petit peu leur précaré,
09:02décident à la place des autres, il n'y aurait aucun problème.
09:05Je pense qu'il n'aurait aucun problème philosophique
09:06à faire la paix avec Vladimir Poutine sur le dos de l'Ukraine et des Européens.
09:11Ça ne lui pose aucun problème.
09:12Il estime que, finalement, les pays qui sont plus faibles
09:14doivent un petit peu se coucher vis-à-vis de…
09:17Et c'est comme ça, on le voit dans sa politique,
09:19un petit peu de la canonnière aussi au niveau économique.
09:22Il tente, effectivement, de tordre le bras à tous les pays.
09:25Cette posture, elle fonctionne, mais par contre,
09:27elle ne fonctionne qu'avec les pays,
09:28soit qui sont alliés des États-Unis
09:29et qui, du coup, n'ont pas envie de rompre ce lien,
09:31soit avec des pays qui sont trop faibles pour résister.
09:34La plupart des deals économiques qu'il a faits
09:35sont avec des pays, par exemple, d'Asie, du Sud-Est,
09:37qui soit dépendent du parapluie, on va dire,
09:41américain en termes de défense non nucléaire,
09:44ou alors, en fait, qui sont trop faibles pour résister économiquement.
09:46Mais finalement, quand Donald Trump se retrouve face un petit peu,
09:48face à ces modèles, entre guillemets, de gouvernance,
09:51des hommes forts Xi Jinping, Vladimir Poutine,
09:53ça ne marche plus, en fait.
09:54On le voit bien, avec l'économie sur la Chine,
09:57il s'est déballonné et on est sur une extension de la trêve de tarifs.
10:02Avec Vladimir Poutine, effectivement,
10:03on en est, je crois, au troisième ou quatrième ultimatum.
10:06Ça ne fait pas bouger d'un centimètre Vladimir Poutine.
10:09Et la vraie question, c'est qu'est-ce qui va se passer le 8 ?
10:11Et je ne suis absolument pas certain,
10:13enfin, on verra bien, mais je ne suis absolument pas certain
10:15qu'il va prendre des décisions fortes.
10:17Tristan Cabello, vous disiez tout à l'heure
10:18que Donald Trump agissait pour faire diversion
10:21parce qu'il n'avait pas de résultat.
10:24Il y a un bon exemple de ça à l'intérieur même
10:26des frontières des États-Unis.
10:28C'est un petit peu le dernier épisode en date
10:30de l'autoritarisme de Donald Trump.
10:33C'est le limogège de la chef des statistiques américaines.
10:37On va retrouver Antoine Lahr depuis Washington.
10:41Racontez-nous un petit peu ce qu'il s'est passé, Antoine.
10:43Écoutez, tout est parti de la publication vendredi
10:50des chiffres du chômage, des chiffres qui ne sont pas très bons.
10:53Ils montrent qu'il y a un très net ralentissement
10:55des embauches aux États-Unis ces derniers mois,
10:57probablement à cause d'ailleurs des droits de douane.
11:00Et ça, c'est une réalité qui ne plaît pas du tout à Donald Trump.
11:02Lorsque les chiffres sont sortis, il a vu rouge
11:05et il a décidé de diriger sa colère
11:08contre la chef du bureau des statistiques,
11:10l'équivalent aux États-Unis de l'INSEE.
11:12Sans preuve, il accuse cette responsable
11:14d'avoir manipulé les chiffres
11:16dans le seul but de lui nuire
11:18et de nuire à sa politique économique.
11:20Trump a donc ordonné son licenciement immédiat à la place.
11:24Trump explique qu'il veut nommer quelqu'un
11:26à qui il peut faire confiance,
11:28en clair quelqu'un de loyal.
11:30On comprend entre les lignes,
11:31quelqu'un qui sera prêt à tordre les bras aux chiffres
11:33pour surtout ne pas déplaire au président.
11:35Trump, en tout cas, répète sa réalité.
11:38L'économie est florissante sous Trump.
11:40Il l'a posté, notamment encore aujourd'hui,
11:42sur son réseau social.
11:44Alors ce coup de sang suscite évidemment
11:45beaucoup de réactions du côté des démocrates.
11:48En particulier, on dénonce une dérive autoritaire
11:50et une décision digne d'un dictateur.
11:53Ce qui est vrai, en tout cas,
11:54c'est que depuis que Trump est revenu au pouvoir,
11:56il a repris en main de façon très brutale
11:59l'administration et il est aujourd'hui
12:00entouré uniquement de personnes fidèles
12:04qui n'osent pas le contredire
12:05et qui lui disent uniquement
12:06ce qu'il a envie d'entendre.
12:08Trump, en tout cas, assume pleinement cette décision
12:10d'avoir limogé la chef du bureau des statistiques.
12:12Il a remueilli un message tout à l'heure
12:14sur son réseau social
12:15pour vanter ses résultats économiques
12:17et à nouveau accuser sans preuve
12:19cette responsable d'avoir truqué les chiffres.
12:22Il explique notamment qu'elle avait,
12:24à l'époque de Joe Biden,
12:25embelli les chiffres du chômage
12:26en vue de favoriser l'ancien président
12:29dans la course à la présidentielle.
12:30– Merci beaucoup Antoine Ellard
12:32pour ces précisions depuis Washington.
12:35Michel Fayat, qu'est-ce que ça nous dit cet épisode ?
12:38Encore aujourd'hui, les conseillers économiques
12:39de la Maison-Blanche ont tenté de défendre
12:42ce limogé en disant que Donald Trump
12:44avait de réelles préoccupations
12:46sur la véracité des chiffres.
12:48– Écoutez, moi je pense que là où il y a
12:51véritablement une faiblesse,
12:52c'est au niveau économique
12:53et c'est dommage que l'Europe ne l'ait pas vue
12:55parce que dans la négociation,
12:57parce que vraiment il y a plus de 30 000 milliards
12:59de dollars de dettes que les Etats-Unis ont
13:02et les marchés financiers ne sont plus
13:05très intéressés à les financer.
13:06Et c'est pour cela que Donald Trump,
13:08comme tout autre pays en réalité,
13:10n'a que deux choix, soit d'évaluer la monnaie,
13:12soit créer de l'inflation.
13:14Et là, dans son cas, il est en train de faire les deux,
13:16sans le dire.
13:16C'est-à-dire que d'un côté,
13:18il est en train de…
13:19En fait, le dollar a sa plus forte chute
13:21depuis 1973,
13:23c'est quand même un signal très fort,
13:25et dans le même temps,
13:26toute cette guerre de tarifs douaniers,
13:29elle favorise l'inflation.
13:30Et donc, en fait, il est en train de montrer,
13:32mais malheureusement, comme je l'ai dit,
13:33l'Europe n'en a pas su en profiter
13:35dans la négociation,
13:36une faiblesse économique.
13:38Et là, les chiffres du chômage,
13:39c'est une énième caractéristique
13:42de ce qu'on peut constater.
13:45Après, moi, d'un point de vue militaire,
13:47je suis quand même plus, disons, modéré,
13:49parce que je pense qu'il a quand même montré
13:51qu'il était capable d'agir.
13:53Et je ferais quand même un peu attention
13:56à qu'est-ce qui peut encore arriver
13:57entre lui et les Russes.
13:58Ce n'est pas dit.
13:59On voit ce poste assassin,
14:02j'ai envie de dire, de Donald Trump
14:03sur son réseau Truth Social,
14:06où il explique que cette chef du bureau
14:09des statistiques a menti,
14:11a truqué ses chiffres, Tristran Cabello.
14:13On a l'impression qu'on est entré
14:14dans l'ère de la poste vérité,
14:17en fait, avec Donald Trump.
14:18C'est-à-dire que les faits,
14:19les chiffres ne comptent plus, finalement.
14:21Complètement.
14:23Et puis, c'est quelqu'un
14:24qui ne prend aucune responsabilité.
14:26C'est-à-dire que les responsabilités
14:27sont toujours revenues à Biden, par exemple.
14:31Voilà, c'est toujours de la faute de Biden.
14:33Là, il nous promet, dans un dernier tweet,
14:35que l'économie américaine va bondir.
14:38Ça va arriver dans cinq ou six mois.
14:40Donc, on attend toujours.
14:41Mais là, ce qui est très important,
14:43oui, c'est d'être dans cette ère
14:47de la poste vérité.
14:48C'est-à-dire qu'on est toujours dans le mensonge.
14:50Et c'est la personne qui est à la tête de l'État
14:52qui ment.
14:54Moi, j'habite aux États-Unis.
14:55Il y avait une période,
14:56tout au début de sa présidence,
14:58où il nous disait, regardez,
14:59le prix des œufs descend.
15:01Moi, à chaque fois que j'allais au supermarché
15:03acheter des œufs, ça augmentait.
15:04Alors, vous voyez, on est vraiment dans un...
15:06Il y a une opposition qui est incroyable,
15:08puisque c'est la personne qui nous dirige
15:10aux États-Unis qui nous ment
15:12tous les matins à la télévision,
15:14sur ses réseaux sociaux.
15:15Et on voit bien que la réalité
15:18n'est pas du tout la même.
15:21Effectivement, Donald Trump
15:22qui, finalement, tente de congédier
15:24celles et ceux qui vont contre
15:27sa version de la réalité.
15:28C'est un peu ça.
15:29Oui, c'est exactement ce qu'il fait
15:31avec cette statisticienne.
15:33Voilà, c'est-à-dire qu'il veut...
15:35Ce n'est pas de sa faute si ça ne marche pas,
15:38c'est la faute des chiffres qui sont faux.
15:40Donc, on n'a vraiment aucune responsabilité
15:43de sa part.
15:44Jamais il nous dit, bon, voilà,
15:45il va falloir que je réoriente ma politique,
15:48que je fasse autre chose
15:49pour que ça marche.
15:51Ce n'est pas du tout dans le personnage.
15:54Mais au-delà du limogesage
15:55de ces différentes personnes,
15:56parce qu'on pourrait rajouter aussi
15:57le patron de la Fed,
15:58Jerome Powell,
15:59qu'il essaie de virer justement
16:00parce qu'il ne fait pas exactement
16:02ce qu'il attend de lui.
16:03En fait, ça pose une vraie question
16:04sur les limites du pouvoir exécutif
16:06aux États-Unis.
16:07Le pouvoir, clairement,
16:08du Congrès américain a, je pense,
16:10déposé les armes,
16:11donc fait ce que lui demande
16:12de faire Donald Trump.
16:13Mais ça pose une vraie question,
16:14c'est où s'arrête
16:14le pouvoir exécutif aux États-Unis ?
16:16Jusqu'à présent,
16:17le pouvoir exécutif était,
16:18grosso modo,
16:19contenu par des normes
16:20et des usages.
16:21Lui, pour le coup,
16:22pousse tous les curseurs au maximum
16:23pour voir, finalement,
16:24jusqu'où ça tient.
16:25Et donc, effectivement,
16:26on a quand même un certain nombre
16:27de hauts fonctionnaires
16:28qui ont été licenciés.
16:29Là, c'est le dernier exemple.
16:30Mais dans toutes les grandes administrations,
16:31toutes les personnes
16:32qui, éventuellement,
16:33étaient des fonctionnaires de carrière
16:35ont été écartées
16:36dès son arrivée au pouvoir.
16:37Il avait annoncé, oui,
16:38mille limogènes.
16:39Voilà, pour mettre des gens
16:40absolument serviles, en fait.
16:42Et donc, du coup,
16:43finalement, c'est ça, en fait.
16:44Le vrai problème,
16:45dans le fond,
16:46c'est qu'il est en train,
16:47effectivement,
16:48de tester les limites
16:49du pouvoir exécutif aux États-Unis
16:50et que, pour l'instant,
16:50les contre-pouvoirs,
16:51notamment les juges,
16:53et on va dire les juges de bas niveau,
16:55pas les juges de la Cour suprême,
16:57ont du mal à répondre
16:57et surtout,
16:58le temps judiciaire
16:59n'est pas du tout
16:59le temps de l'exécutif.
17:00Nicolas Tenzer,
17:00on peut parler d'une mainmise
17:01sur les institutions ?
17:02Je pense qu'on peut dire
17:03effectivement d'une mainmise.
17:05Moi, je vois un grand nombre
17:06de mes amis américains
17:08qui écrivent régulièrement
17:09et qui disent,
17:10voilà, dans la presse,
17:12beaucoup de noms,
17:13mais que vraiment,
17:14on a une sorte de tyrannie
17:15qui arrive véritablement
17:17aux États-Unis.
17:18Ils emploient le terme
17:18de tyrannie
17:19parce qu'effectivement,
17:20alors cet exemple
17:21de ce limogège
17:22de cette chef du bureau,
17:24effectivement,
17:24ça ressemble un peu
17:25à ce qui pouvait se passer
17:26dans l'Union soviétique
17:27ou dans la Chine de Mao,
17:28ou c'est pas...
17:29Ça rappelle...
17:30Je rappelle par exemple
17:30qu'en France,
17:31le directeur général
17:32de l'INSEE
17:33est tenu par la loi
17:35de dire la vérité.
17:37Et je veux dire
17:37que s'il ne devait pas
17:38dire la vérité
17:39et si lui-même
17:40devait modifier des chiffres,
17:42il pourrait être pénalement,
17:43je dirais,
17:44poursuivi
17:45parce que personne
17:46ne peut lui dire.
17:47C'est vraiment
17:47son autorité propre
17:49de dire les choses
17:50telles qu'elles sont.
17:51Et c'est essentiel
17:51dans une démocratie
17:52d'avoir ses contre-pouvoirs
17:54internes à l'administration.
17:56Là, effectivement,
17:56on est dans une forme
17:57de tyrannie,
17:58de tyrannie,
17:59évidemment,
18:00mais qui est une tyrannie
18:01qui est effectivement
18:02la tyrannie du mensonge aussi.
18:04Parce que regardez aussi
18:05ce que fait
18:06dans le secteur de la santé
18:07le ministre de la Santé,
18:09Kennedy.
18:09Je veux dire,
18:10on est là aussi
18:11dans quelque chose
18:11d'extraordinairement dangereux.
18:13Et le vrai sujet,
18:14c'est qu'est-ce qu'après
18:15trois ans et demi
18:16ou quatre ans
18:17de ce pouvoir,
18:19est-ce qu'il n'y aura pas
18:19un effet de cliquet
18:20ou une sorte d'effet
18:21de non-retour ?
18:22Je mets ça
18:22avec un point d'interrogation.
18:24Parce qu'à un certain moment,
18:25quand on a détruit
18:26des institutions,
18:27regardez ce qu'il fait
18:27également avec USAID,
18:28c'est-à-dire,
18:29en gros,
18:30le ministère de la Coopération.
18:32Comment est-ce qu'on va
18:33recréer tout cela ?
18:34Regardez,
18:34il a supprimé aussi
18:35tous les programmes
18:36ou tous les programmes
18:37de subvention
18:38au soutien
18:39au mouvement
18:40pour la liberté
18:41dans le monde.
18:42Les médias libres,
18:43les opposants,
18:44les dissidents
18:44dans les régimes dictatoriaux,
18:46tout ça,
18:46ça a été supprimé.
18:48On voit également
18:49ce qu'il a fait
18:50avec également
18:51toutes les radios
18:53ou télévisions,
18:54les médias,
18:54je pense,
18:55qui aussi,
18:56je dirais,
18:56vont fermer...
18:57Mais il reste quel
18:58contre-pouvoir
18:59aujourd'hui aux États-Unis ?
19:00Aujourd'hui,
19:00à part de temps en temps
19:02certains juges
19:03quand même,
19:04les États quand même,
19:05c'est-à-dire que vous avez
19:06des États démocrates
19:07et dans un système fédéral,
19:08malgré tout,
19:09les États sont puissants,
19:10on l'a vu avec le gouverneur
19:12Newson,
19:12notamment en Californie,
19:13etc.,
19:14et d'autres qui essayent
19:15de résister,
19:16mais c'est de plus en plus
19:17difficile et précaire.
19:18Jusqu'où ça peut aller
19:19cette main mise
19:20sur les institutions ?
19:21On se rappelle qu'au moment
19:22de sa réélection,
19:23alors je ne me rappelle plus
19:24exactement de la formule,
19:26mais il avait dit
19:26« Vous avez voté pour moi,
19:29mais ne vous inquiétez pas,
19:30ce sera la dernière fois,
19:31enfin sous-entendu,
19:32je vais pouvoir rester
19:32au pouvoir ensuite. »
19:34Oui, c'est vrai
19:35qu'il l'avait dit.
19:36Bon, il y a quand même
19:37beaucoup de mouvements
19:38de résistance aux États-Unis.
19:39Alors c'est des résistances
19:40qui ne sont pas du tout
19:41médiatiques,
19:42qui sont dans les petits villages,
19:44dans les petites villes,
19:44dans les petites associations,
19:46dans les écoles publiques,
19:47on s'organise.
19:48Si ICE vient arrêter
19:51des étrangers...
19:52La police de l'immigration.
19:53La police de l'immigration,
19:55voilà, bon,
19:55il y a des gens
19:55qui s'organisent.
19:57On a vu aussi,
19:58contrairement à ce
19:59qu'on pourrait penser,
20:00qu'il y a eu plus
20:01de manifestations
20:01contre Trump
20:02durant ce mandat-ci
20:04que durant le mandat 2016.
20:06On n'a pas l'impression
20:06comme ça,
20:07mais c'est des petites manifestations
20:08au niveau local,
20:10donc vraiment les gens,
20:11moi je crois vraiment
20:11que les gens s'organisent,
20:13il y a des gens
20:13qui résistent à Trump.
20:14Non, c'est vrai que
20:15tous les pouvoirs centraux
20:17se sont couchés,
20:20les télévisions,
20:21certaines universités,
20:23et puis, bien sûr,
20:24certains juges, etc.
20:25Et puis,
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