00:00 [Générique]
00:09 La désinflation est le plus souvent perçue comme le signal qui redonnera du tonus à la croissance,
00:14 mais est enfin la séquence de stagflation larvée que traversent nos économies.
00:19 C'est pourtant mal se souvenir de ce qu'ont été les épisodes de désinflation par le passé,
00:24 qui se sont avérées extrêmement douloureuses, aussi bien pour les agents privés que pour les États.
00:31 Durcissant les contraintes financières, imposant des ajustements structurels
00:36 que la douce illusion nominale avait anesthésiées.
00:39 Les années 80-90 ont été particulièrement douloureuses pour les finances publiques,
00:45 comme pour l'appareil productif, piégé dans l'étouffoir financier de taux d'intérêt réel durablement positif.
00:52 Car si l'inflation est un problème, opérant des transferts souvent arbitraires entre les agents,
00:58 pénalisant les uns et boostant les plus forts,
01:01 elle constitue aussi une facilité que l'on redécouvre aujourd'hui après l'avoir oublié.
01:08 Il y a d'abord la rente fiscale que retirent les États de l'inflation.
01:12 La chronique budgétaire de 2022 est édifiante sur ce point.
01:16 Le projet de loi de finances proposé à l'automne 2021 tablait alors sur un déficit de 4,8% du PIB.
01:24 Fin décembre, le projet finalement promulgué majeure les dépenses de 7 milliards et rabote les recettes de 3 milliards.
01:32 Avec à la clé un déficit programmé de 5% du PIB.
01:37 Puis, face à la poussée inflationniste et à la guerre en Ukraine,
01:40 le projet de loi rectificatif d'août ouvre 44 milliards d'euros de crédits supplémentaires
01:47 pour financer notamment les mesures de soutien au pouvoir d'achat, de l'ordre de 20 milliards.
01:52 Et la renationalisation à 100% d'EDF.
01:55 Fin décembre, l'extension de ces mesures conduit le gouvernement à revoir encore à la hausse la facture
02:01 pour 2,5 milliards liés à l'extension de certaines mesures.
02:05 Et pourtant, en dépit de cette cascade de factures supplémentaires et sans majoration des impôts,
02:11 le déficit a été ramené à 4,7% du PIB.
02:16 Car en même temps que l'État distribuait, il bénéficiait de la très forte progression des taxes indirectes,
02:23 au premier rang desquelles la TVA, et de la manne induite en matière d'IS par la hausse des profits.
02:29 Tous les compartiments de la fiscalité ont été in fine dopés par l'inflation.
02:34 Sans parler de l'érosion du ratio d'endettement facilité mécaniquement par l'inflation.
02:39 A contrario, la désinflation, cela veut dire de sortir de cette abondance monétaire.
02:44 Où l'État, lorsqu'il distribue les chèques à foison, ne fait au fond qu'indexer,
02:49 souvent avec retard et partiellement, ses propres dépenses sur l'inflation.
02:53 Minima, salaire des agents publics, transferts, etc.
02:57 A quoi s'ajoute l'ajustement tardif du barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation,
03:03 dopant le rendement de l'impôt.
03:05 Bref, mille subterfuges qui permettent à l'État d'en retirer des gains en termes de trésorerie.
03:11 En faible inflation, ces petites facilités disparaissent,
03:14 et c'est dans le dur de la dépense qu'il faut trancher.
03:17 Emploi, nombre d'établissements de guichets, sélectivité et réduction des aides.
03:23 La désinflation, du côté des entreprises, c'est perdre une option aussi de faciliter en matière d'ajustement,
03:29 pour préserver sa profitabilité à court terme. Et non des moindres.
03:33 Augmenter ces tarifs, c'est beaucoup moins douloureux,
03:36 et dans un contexte d'inflation généralisé, peu stigmatisant.
03:40 C'est une option qui impacte tout le chiffre d'affaires,
03:43 quand l'ajustement de la masse salariale n'agit que sur 10, 20 ou 30% de la structure des coûts,
03:50 avec un impact moindre sur les marges.
03:53 Même si cela se paie à plus long terme par des pertes de part de marché.
03:57 Et c'est bien grâce à cela que nombre d'entreprises ont tiré leur épingle du jeu cette année.
04:03 En faible inflation, resterait sa profitabilité, cela implique de modérer ou de baisser sa masse salariale,
04:09 d'améliorer ses process ou de faire baisser les prix de ses sous-traitants.
04:14 La productivité redevient la variable clé de l'ajustement.
04:18 Là encore, il faut agir sur le dur.
04:21 L'illusion nominale ne vient plus à la rescousse.
04:24 Et l'ajustement des entreprises amplifie les enchaînements récessionnistes.
04:30 Sur ces deux agents clés pèse surtout l'épée de Damoclès de la spirale de l'endettement.
04:36 Ce n'est pas au moment de l'accélération inflationniste que ce risque est le plus prégnant.
04:41 La hausse des taux n'alourdit la charge financière qu'à la marge, au rythme du roulement de la dette.
04:47 Et durant la phase de montée concomitante des taux d'intérêt et de l'inflation,
04:52 la question de la solvabilité est de second ordre, tant que la montée des taux d'intérêt court derrière l'inflation.
04:59 Débouchant sur des taux d'intérêt réels faibles voire négatifs comme aujourd'hui.
05:04 Le problème intervient plus tard quand les taux longs,
05:08 incorporant le risque de résurgence inflationniste, se maintiennent durablement en orbite élevée.
05:14 Et en aplomb de l'inflation.
05:16 C'est bien le drame vécu par tous les agents débiteurs, Etats et entreprises durant les années 80-90.
05:24 Avec un effet boule de neige sur leur endettement.
05:27 Et un effet de longue traîne de la hausse des taux qui a gangréné les charges financières
05:32 bien au-delà du moment où commence la détente des taux et de l'inflation.
05:37 Provoquant un jeu de massacre sur les structures les moins rentables.
05:42 Bien entendu, les inflexions d'aujourd'hui n'ont pas l'ampleur des années 80.
05:46 Et le risque de maintien durable des taux réels en zone positive, en cas de désinflation, demeure plus contenu.
05:53 Mais il nous ferait sortir de 10 ans d'addiction au taux zéro
05:58 et s'attaquerait à une pyramide de Ponzi bien plus vertigineuse qu'à l'époque.
06:03 Bref, ne jouons pas trop vite la carte de la désinflation comme clé à tous nos problèmes et source d'une reprise à portée de main.
06:11 Ce n'est pas ce que nous dit l'histoire.
06:14 [Musique]
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