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  • il y a 3 ans
La désinflation est le plus souvent perçue comme le signal qui redonnera du tonus à la croissance, mettant fin à la séquence de stagflation larvée que traversent nos économies. C'est pourtant mal se souvenir de ce qu'ont été les épisodes de désinflation par le passé, qui se sont avérés extrêmement douloureux aussi bien pour les agents privés que pour les États. Durcissant  les contraintes financières, imposant des ajustements structurels que la douce illusion nominale avait anesthésiés. Les années 80-90 ont été particulièrement douloureuses pour les finances publiques comme pour l'appareil productif, piégés dans l'étouffoir financier de taux d'intérêts réels durablement positifs. Car si l'inflation est un problème, opérant des transferts souvent arbitraires entre les agents, pénalisant les uns et boostant les plus forts, elle constitue aussi une facilité que l'on redécouvre aujourd'hui pour l‘avoir  oublié. [...]

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00:00 [Générique]
00:09 La désinflation est le plus souvent perçue comme le signal qui redonnera du tonus à la croissance,
00:14 mais est enfin la séquence de stagflation larvée que traversent nos économies.
00:19 C'est pourtant mal se souvenir de ce qu'ont été les épisodes de désinflation par le passé,
00:24 qui se sont avérées extrêmement douloureuses, aussi bien pour les agents privés que pour les États.
00:31 Durcissant les contraintes financières, imposant des ajustements structurels
00:36 que la douce illusion nominale avait anesthésiées.
00:39 Les années 80-90 ont été particulièrement douloureuses pour les finances publiques,
00:45 comme pour l'appareil productif, piégé dans l'étouffoir financier de taux d'intérêt réel durablement positif.
00:52 Car si l'inflation est un problème, opérant des transferts souvent arbitraires entre les agents,
00:58 pénalisant les uns et boostant les plus forts,
01:01 elle constitue aussi une facilité que l'on redécouvre aujourd'hui après l'avoir oublié.
01:08 Il y a d'abord la rente fiscale que retirent les États de l'inflation.
01:12 La chronique budgétaire de 2022 est édifiante sur ce point.
01:16 Le projet de loi de finances proposé à l'automne 2021 tablait alors sur un déficit de 4,8% du PIB.
01:24 Fin décembre, le projet finalement promulgué majeure les dépenses de 7 milliards et rabote les recettes de 3 milliards.
01:32 Avec à la clé un déficit programmé de 5% du PIB.
01:37 Puis, face à la poussée inflationniste et à la guerre en Ukraine,
01:40 le projet de loi rectificatif d'août ouvre 44 milliards d'euros de crédits supplémentaires
01:47 pour financer notamment les mesures de soutien au pouvoir d'achat, de l'ordre de 20 milliards.
01:52 Et la renationalisation à 100% d'EDF.
01:55 Fin décembre, l'extension de ces mesures conduit le gouvernement à revoir encore à la hausse la facture
02:01 pour 2,5 milliards liés à l'extension de certaines mesures.
02:05 Et pourtant, en dépit de cette cascade de factures supplémentaires et sans majoration des impôts,
02:11 le déficit a été ramené à 4,7% du PIB.
02:16 Car en même temps que l'État distribuait, il bénéficiait de la très forte progression des taxes indirectes,
02:23 au premier rang desquelles la TVA, et de la manne induite en matière d'IS par la hausse des profits.
02:29 Tous les compartiments de la fiscalité ont été in fine dopés par l'inflation.
02:34 Sans parler de l'érosion du ratio d'endettement facilité mécaniquement par l'inflation.
02:39 A contrario, la désinflation, cela veut dire de sortir de cette abondance monétaire.
02:44 Où l'État, lorsqu'il distribue les chèques à foison, ne fait au fond qu'indexer,
02:49 souvent avec retard et partiellement, ses propres dépenses sur l'inflation.
02:53 Minima, salaire des agents publics, transferts, etc.
02:57 A quoi s'ajoute l'ajustement tardif du barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation,
03:03 dopant le rendement de l'impôt.
03:05 Bref, mille subterfuges qui permettent à l'État d'en retirer des gains en termes de trésorerie.
03:11 En faible inflation, ces petites facilités disparaissent,
03:14 et c'est dans le dur de la dépense qu'il faut trancher.
03:17 Emploi, nombre d'établissements de guichets, sélectivité et réduction des aides.
03:23 La désinflation, du côté des entreprises, c'est perdre une option aussi de faciliter en matière d'ajustement,
03:29 pour préserver sa profitabilité à court terme. Et non des moindres.
03:33 Augmenter ces tarifs, c'est beaucoup moins douloureux,
03:36 et dans un contexte d'inflation généralisé, peu stigmatisant.
03:40 C'est une option qui impacte tout le chiffre d'affaires,
03:43 quand l'ajustement de la masse salariale n'agit que sur 10, 20 ou 30% de la structure des coûts,
03:50 avec un impact moindre sur les marges.
03:53 Même si cela se paie à plus long terme par des pertes de part de marché.
03:57 Et c'est bien grâce à cela que nombre d'entreprises ont tiré leur épingle du jeu cette année.
04:03 En faible inflation, resterait sa profitabilité, cela implique de modérer ou de baisser sa masse salariale,
04:09 d'améliorer ses process ou de faire baisser les prix de ses sous-traitants.
04:14 La productivité redevient la variable clé de l'ajustement.
04:18 Là encore, il faut agir sur le dur.
04:21 L'illusion nominale ne vient plus à la rescousse.
04:24 Et l'ajustement des entreprises amplifie les enchaînements récessionnistes.
04:30 Sur ces deux agents clés pèse surtout l'épée de Damoclès de la spirale de l'endettement.
04:36 Ce n'est pas au moment de l'accélération inflationniste que ce risque est le plus prégnant.
04:41 La hausse des taux n'alourdit la charge financière qu'à la marge, au rythme du roulement de la dette.
04:47 Et durant la phase de montée concomitante des taux d'intérêt et de l'inflation,
04:52 la question de la solvabilité est de second ordre, tant que la montée des taux d'intérêt court derrière l'inflation.
04:59 Débouchant sur des taux d'intérêt réels faibles voire négatifs comme aujourd'hui.
05:04 Le problème intervient plus tard quand les taux longs,
05:08 incorporant le risque de résurgence inflationniste, se maintiennent durablement en orbite élevée.
05:14 Et en aplomb de l'inflation.
05:16 C'est bien le drame vécu par tous les agents débiteurs, Etats et entreprises durant les années 80-90.
05:24 Avec un effet boule de neige sur leur endettement.
05:27 Et un effet de longue traîne de la hausse des taux qui a gangréné les charges financières
05:32 bien au-delà du moment où commence la détente des taux et de l'inflation.
05:37 Provoquant un jeu de massacre sur les structures les moins rentables.
05:42 Bien entendu, les inflexions d'aujourd'hui n'ont pas l'ampleur des années 80.
05:46 Et le risque de maintien durable des taux réels en zone positive, en cas de désinflation, demeure plus contenu.
05:53 Mais il nous ferait sortir de 10 ans d'addiction au taux zéro
05:58 et s'attaquerait à une pyramide de Ponzi bien plus vertigineuse qu'à l'époque.
06:03 Bref, ne jouons pas trop vite la carte de la désinflation comme clé à tous nos problèmes et source d'une reprise à portée de main.
06:11 Ce n'est pas ce que nous dit l'histoire.
06:14 [Musique]
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