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  • il y a 3 ans
Avec Laurent Bigot, ancien sous préfet, ancien diplomate. Il a été directeur de cabinet du préfet de la Dordogne puis du préfet de la Corse et enfin du préfet de la martinique

Retrouvez Bercoff dans tous ses états avec André Bercoff du lundi au vendredi de 12h30 à 14h sur #SudRadio.

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##LE_FAIT_DU_JOUR-2023-04-04##

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News
Transcription
00:00 Sud Radio Bercov dans tous ses états.
00:02 Le fait du jour.
00:03 Alors on vous a contacté car on aimerait avoir votre regard sur la Bravem,
00:07 cette brigade qui concentre les critiques sur les violences policières.
00:10 Est-ce que vous pourriez nous en parler plus en détail ?
00:11 Oui, alors ce qui est important de préciser déjà,
00:14 parce que comme on est dans un débat qui binarise la pensée,
00:17 on peut critiquer la police sans être anti-flics, ce qui est mon cas.
00:19 Moi, je critique la police parce que je respecte cette maison.
00:22 D'abord, je pense qu'on a besoin de police,
00:23 on a besoin de maintien de l'ordre.
00:25 Ce que je critique, c'est qu'aujourd'hui, il y a des dérives du maintien de l'ordre
00:27 qui ne me sentent plus compatibles avec l'état de droit
00:30 et ni avec la déontologie des policiers.
00:32 Donc la Bravem est une unité spécialisée et très mobile
00:35 qui a été créée par le préfet d'Allemagne en 2019
00:38 pour justement contenir les violences du mouvement des gilets jaunes.
00:43 Aujourd'hui, ce qu'on observe, c'est que c'est une unité
00:45 qui intervient assez souvent dans les manifestations
00:49 et qui sort de son cadre de maintien de l'ordre.
00:51 Le maintien de l'ordre, c'est l'emploi de la force strictement nécessaire.
00:54 Aujourd'hui, il y a trop nombreux fonctionnaires de police de la Bravem
00:57 qui utilisent la violence, ce qui n'est pas la même chose.
00:59 Quand vous tabassez un homme à terre, le préfet Grimaud l'avait dit en 68,
01:02 c'est toute l'institution que vous salissez.
01:04 C'est totalement inutile en termes de technique policière.
01:07 Quand vous menacez, quand vous insultez, quand vous tutoyez,
01:10 c'est totalement contraire au code de déontologie.
01:12 Et malheureusement, ces comportements s'observent de plus en plus régulièrement
01:16 dans les interventions de la Bravem.
01:18 Des députés de la France insoumise demandent depuis leur démantèlement,
01:21 est-ce que vous êtes pour cette pétition qui a été lancée vendredi soir ?
01:25 Je pense que c'est symboliquement de demander le démantèlement de la Bravem,
01:29 ça permet de poser le débat, mais ça ne réglera pas le problème de savoir
01:32 est-ce que les fonctionnaires de police qui interviennent dans la Bravem
01:35 et qui se conversaient dans deux unités si la Bravem était dissoute,
01:38 continueraient à mal se comporter, c'est-à-dire non conformément
01:41 aux textes juridiques qui encadrent leur action, car c'est ça le fond du sujet.
01:44 Et ce qui est inquiétant dans la police, et particulièrement en Ile-de-France,
01:47 c'est que pour recruter des policiers, parce que le métier est très difficile,
01:50 de policier, ça il faut le admettre, c'est usant, c'est épuisant,
01:53 vous êtes confronté à la face obscure de l'être humain toute la journée
01:56 et il y a peu de récompenses et de gratifications dans ce métier-là.
02:00 Donc le niveau de recrutement a baissé, on a baissé les notes systématiquement
02:03 de façon à recruter des gens, on a baissé le temps de formation initiale.
02:06 Quant à la formation continue, elle est quasi inexistante
02:09 pour certaines unités de police.
02:11 Donc à la fin, vous avez des policiers qui non seulement sont recrutés
02:13 avec un faible niveau, ne sont pas correctement formés initialement,
02:16 ne sont pas correctement formés au cours de leur carrière,
02:19 et à qui on confie des missions importantes, ils portent des armes,
02:23 et c'est ça le fond du sujet en fait.
02:24 Donc le vrai débat est celui-là.
02:26 Mais si la dissolution de la BRAF pouvait permettre de poser le débat de fond,
02:29 pourquoi pas ?
02:30 Et en réponse à cela, Gérald Darmanin compte 36 enquêtes de l'IGPN
02:34 et annonce la création d'une cellule antisade, qu'est-ce que vous en pensez ?
02:38 Je pense que là aussi, il y a une dérive sémantique du gouvernement,
02:42 reprise d'ailleurs par le préfet de police Nunez, qui est très inquiétante.
02:45 C'est-à-dire qu'il faut faire attention aux mots qu'on utilise dans un état de droit.
02:48 Un manifestant, quand bien même qu'il pourrait être violent
02:51 et commettrait des infractions, n'est jamais un ennemi.
02:53 C'est clair, il faut faire attention à ça, parce qu'un ennemi, on l'élimine.
02:58 La sémantique qui a trait au terrorisme aussi est très dangereuse,
03:02 parce que qu'est-ce qu'on fait d'un terroriste ? On le neutralise.
03:04 Un manifestant, aussi violent soit-il, n'a pas à être neutralisé.
03:07 Donc c'est vraiment important de ne pas faire de surenchère médiatique,
03:11 le ministre de l'Intérieur en fait beaucoup.
03:12 Et je pense aussi qu'il est important de ne pas être dans le déni et dans le mensonge.
03:15 Ça serait tout l'honneur de la fonction préfectorale et du ministre de l'Intérieur
03:19 que de dire "je soutiens les policiers,
03:21 mais quand il y a des comportements qui ne sont pas conformes,
03:23 je demande à ce qu'ils soient sanctionnés".
03:26 Or aujourd'hui, on refuse d'admettre qu'il y a des comportements
03:29 qui ne sont pas conformes, qui nuisent à l'image de la police.
03:31 Je vois que tous les jeunes en manifestation, ça va être des générations anti-flics,
03:35 et ça, il va falloir le gérer pendant 20-30 ans.
03:37 Donc ça serait vraiment à leur honneur.
03:39 Et je les invite tous les deux, le ministre de l'Intérieur et le préfet de police,
03:42 à relire la lettre du préfet Grimaud, écrite en mai 68,
03:45 après que justement les médias de l'époque aient évoqué de nombreux dérapages
03:49 dans le cadre des manifestations de mai 68,
03:52 où il explique qu'il y a des limites qu'il ne saurait tolérer
03:55 au regard de l'honneur de la police.
03:57 Et ça, c'est vraiment l'acte d'un grand serviteur de l'État
04:02 et d'un homme doté d'une grande conscience humaniste.
04:05 Et André Bercoff est avec nous. Bonjour André.
04:07 Bonjour Lucien, merci à madame Hidalgo d'avoir transformé Paris en ville poubelle
04:12 et en ville où on ne peut plus circuler.
04:14 Excusez-moi en tout cas, Lucien Gasparra qui a très bien assuré.
04:18 Bonjour Laurent Bigot.
04:20 Bonjour André Bercoff.
04:21 Dites-moi, justement, vous parliez de Maurice Grimaud, effectivement.
04:25 Moi je ne suis pas un perdre de l'année, j'ai connu mai 68 bien sûr,
04:30 en tant que journaliste.
04:31 Et c'est vrai qu'il n'y a pas eu, il y a eu un ou deux morts à Flamme,
04:33 mais pendant toute la période de mai 68 avec les barricades,
04:37 il n'y a pas eu un mort à Paris.
04:38 Il faut quand même s'en souvenir.
04:41 Et c'est beaucoup, beaucoup, beaucoup grâce à Maurice Grimaud.
04:45 Laurent Bigot, une question.
04:48 À votre avis, qu'est-ce qui a fait que,
04:52 depuis quelque temps, cette espèce de manichéisme s'est installée ?
04:56 Évidemment, et vous l'avez dit, il n'est pas question,
04:58 enfin nous ici à Sud Radio et dans cette émission,
05:02 on défend la police, je veux dire, on défend évidemment,
05:05 l'ordre c'est l'ordre, ça existe.
05:08 Il ne s'agit pas de dire que...
05:09 Parce que quand vous êtes agressé, tabassé ou autre,
05:13 dans la rue ou autre,
05:14 on appelle qui ? Un black bloc ou un policier.
05:17 On sait toujours ça.
05:19 Mais qu'est-ce qui fait qu'il y a cette espèce de montée de la tension,
05:23 c'est blanc ou noir ?
05:24 D'un côté, les policiers, c'est formidable,
05:26 non, non, il n'y a pas...
05:27 On écoutait encore hier Laurent Nunez,
05:30 qui disait à la fois, oui, il y a eu l'IGPN
05:33 qui enquête actuellement sur 25 cas,
05:36 mais la brave FM, non, non, il n'y a aucun problème.
05:40 Qu'est-ce qui fait qu'on en arrive,
05:42 et dans l'opinion, et selon ces...
05:45 je dirais, d'élections politiques ou partis politiques,
05:48 à un tel blanc et noir ?
05:49 Alors qu'effectivement, comme vous le dites,
05:52 il y a des bavures et il y a des...
05:55 des incompétents partout.
05:58 - Ce qui est problématique depuis plusieurs années,
06:02 et ça s'est accéléré avec l'élection d'Emmanuel Macron en 2017,
06:05 c'est que désormais, la réponse aux revendications
06:07 politiques et sociales, elle est exclusivement policière.
06:10 Normalement, le maintien de l'ordre
06:11 devrait gérer une colère résiduelle
06:13 qui est issue d'un processus démocratique,
06:15 de la démocratie sociale,
06:17 mais ça devrait être une colère résiduelle.
06:18 Or, aujourd'hui, on demande aux policiers et aux gendarmes
06:20 de gérer l'entièreté de la colère,
06:22 parce que la perception d'une grande partie du peuple français,
06:25 c'est qu'il n'y a plus de discussion,
06:26 de négociation ni politique, ni parlementaire,
06:29 ni sociale avec les syndicats.
06:31 Donc, c'est la fuite en avant.
06:33 Et aujourd'hui, le général Darmanin,
06:36 Emmanuel Macron et le préfet Nunes sont coincés.
06:37 C'est-à-dire que s'ils étaient perçus
06:39 comme lâchant un petit peu les forces de l'ordre,
06:41 c'est tous les défis politiques qui pourraient s'effondrer,
06:44 parce que la seule réponse du pouvoir aujourd'hui, c'est la police.
06:47 Et c'est ça qui est très dangereux,
06:48 c'est qu'ils mettent en danger les forces de l'ordre
06:50 parce qu'ils leur demandent de gérer une colère
06:51 qui dépasse très largement leur mission.
06:53 La réponse policière n'est pas la réponse adaptée
06:56 à des revendications sociales et politiques,
06:58 et en particulier sur ce projet de réforme des retraites,
07:01 où plus des deux tiers de l'opinion publique,
07:04 et ça n'a pas faibli depuis le début du mouvement,
07:05 est opposé à cette réforme.
07:07 - Donc en fait, il y a un rempart actuellement
07:10 entre une bonne partie de l'opinion, je dirais, de la population,
07:14 et le pouvoir, ce sont les policiers.
07:18 - C'est très clairement le cas.
07:20 C'est-à-dire qu'il y a une digue
07:23 qui est la police et la gendarmerie
07:24 face à la colère d'une grande partie des Français.
07:27 Et moi, je m'adresse aux policiers et aux gendarmes.
07:29 Je leur dis, vous êtes non seulement totalement instrumentalisés
07:32 pour une réponse politique, or ce n'est pas votre mission,
07:34 et deuxièmement, ça joue contre vous, contre votre image.
07:37 Et surtout, le gouvernement est contraint à la fuite en avant,
07:41 et ça va être l'escalade de la violence dans les deux camps.
07:43 Et on va arriver à... Enfin, on est déjà arrivé à des drames.
07:45 Il y a déjà un syndicat de Sud Rail qui a perdu un œil.
07:49 Il y a de nombreuses personnes qui ont été blessées.
07:50 Il faut arrêter ça.
07:51 Il faut absolument arrêter cette spirale de violence
07:54 qui nous conduit dans presque une espèce d'ambiance de guerre civile,
07:58 ou en tout cas d'affrontements qui ne sont pas acceptables.
08:00 - Sans aller jusqu'à la guerre civile, il y a un problème.
08:02 Et effectivement, est-ce qu'il faut choisir ?
08:04 Et vous savez, on avait reçu...
08:06 Laurent Bigoud, ce sera ma dernière question.
08:09 Nous avions reçu un essayiste qui a écrit un livre tout à fait passionnant
08:14 qui s'appelle "Gouverné par le chaos".
08:16 Est-ce que sans aller jusqu'à prêter des arrières-pensées,
08:19 d'ailleurs, ce ne sont pas des arrières-pensées,
08:21 est-ce qu'il y a une stratégie du chaos qui est appliquée,
08:24 d'ailleurs, pas seulement par ce gouvernement, dans d'autres pays peut-être ?
08:27 Est-ce que voilà, en disant, on va instaurer le désordre
08:31 pour que les partisans de l'ordre nous rejoignent ?
08:34 Vous savez, la vieille stratégie, qui n'est pas nouvelle.
08:38 - Oui, il y a sûrement ça.
08:39 Il y a aussi surtout l'idée que le maintien de l'ordre,
08:42 brutal, voire violent, pourrait décourager les manifestants.
08:45 Et on essaye de parier, enfin je dis "on",
08:47 le gouvernement essaye de parier sur l'usure des manifestants.
08:50 Mais le maintien de l'ordre, ce n'est pas décourager les manifestants,
08:52 c'est d'abord le maintien de l'ordre,
08:53 la première mission du maintien de l'ordre, c'est de protéger les manifestants.
08:56 Et ensuite, c'est de faire cesser les infractions
08:58 et d'intervenir avec la force strictement nécessaire.
09:01 Donc aujourd'hui, on voit bien qu'il y a un pari du gouvernement
09:03 qui me semble extrêmement dangereux pour la Concorde nationale.
09:06 Le bilan humain est déjà trop élevé,
09:08 il a été beaucoup trop pendant la répression du mouvement des Gilets jaunes.
09:11 Il est déjà beaucoup trop haut dans le cadre de ce mouvement social.
09:13 Les syndicats n'ont cessé de prévenir.
09:15 Ils continuent de dire que la colère est forte.
09:19 Donc cette stratégie du chaos, qui est aussi fondée sur l'idée
09:21 "je vais resserrer mes propres rangs en apparaissant comme étant le parti de l'ordre",
09:25 mais je pense aussi que les manifestants vont se fatiguer,
09:28 vont avoir peur de la violence, vont jeter l'éponge.
09:33 C'est une grave erreur car les colères ne s'effacent jamais,
09:35 ne font que s'additionner et un jour le vase va vraiment déborder.
09:40 - Oui, vous êtes d'ailleurs, de ce point de vue,
09:42 plutôt pessimiste quant à l'avenir.
09:43 Enfin l'avenir, je dirais proche.
09:46 Quand je dis pessimiste, je veux dire par là qu'on n'évitera pas,
09:49 vous savez, l'ère des soulèvements, on n'évitera pas les affrontements.
09:52 - Ce que je crains, c'est que cette méthode de répression
09:55 qu'on a utilisé pendant le mouvement des Gilets jaunes,
09:57 où finalement la colère des Gilets jaunes ne s'est pas du tout tarie,
10:00 quand vous discutez avec les Gilets jaunes,
10:02 leur niveau de colère est même augmenté.
10:04 On va y ajouter la colère de tous ceux qui ont rejoint le mouvement social
10:07 depuis le début du mois de janvier et on ajoute les colères.
10:10 Donc moi, je ne crois pas que ça va s'effacer.
10:13 Je crois que ça s'additionne et il est grand temps de remettre des mécanismes
10:17 de concertation et de discussion pour que, comme je le disais,
10:20 le maintien de l'ordre ne gère plus qu'une colère résiduelle
10:22 et non pas l'entièreté de la colère.
10:24 - Si vous étiez le conseiller du soir
10:27 ou l'homme qui susurre à l'oreille des gouvernants,
10:30 de nos gouvernants, Laurent Bigot,
10:32 aujourd'hui, en ce moment, vous leur diriez quoi ?
10:35 - Je n'ai pas cette prétention, mais moi, en tant que citoyen,
10:39 ce que j'attends du gouvernement et du président,
10:42 c'est d'avoir toujours une option qui calme le jeu.
10:45 Il est le président de tous les Français,
10:47 y compris de ceux qui ne l'aiment pas
10:48 et de ceux qui n'ont pas voté pour lui.
10:50 C'est pareil pour le ministre de l'Intérieur.
10:52 C'est des gens qui doivent avoir une sémantique
10:55 qui ne doit plus être guerrière.
10:56 On ne doit pas mettre de l'huile sur le feu.
10:58 La fermeté, ce n'est pas la guerre.
11:00 Il ne faut pas confondre ces deux registres.
11:02 Un ministre de l'Intérieur peut être ferme
11:04 sans pour autant criminaliser les oppositions,
11:06 sans avoir une sémantique guerrière.
11:08 Et c'est pareil pour le président de la République.
11:09 Et c'est ça que moi, j'aimerais, en tant que citoyen, qu'il change
11:12 et qu'il mette en place des actions concrètes
11:14 pour que ceux qui revendiquent soient entendus.
11:18 - Merci Laurent Bigot.
11:19 Je rappelle que vous avez été directeur de cabinet
11:21 du préfet de la Dordogne, puis du préfet de la Corse
11:23 et enfin du préfet de la Martinique.
11:25 Vous savez ce dont vous parlez.
11:26 Et effectivement, aujourd'hui,
11:29 halte au feu, je dis bien halte au feu mental,
11:33 halte au feu intérieur et halte au feu physique, bien sûr.
11:38 Ce n'est pas le moment de remettre, comme on dit,
11:40 du kérosène dans l'incendie.
11:43 Merci encore.
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