00:00Avec Alain Mink, président d'AM Conseil, bonjour et bienvenue à vous.
00:04Vous avez co-écrit avec Guillaume Herner un capitalisme devenu fou,
00:07comment les riches ont gagné la lutte des classes chez Flammarion, c'est sorti en septembre.
00:11Alors dans ce monde, il y a quelques valeurs sûres, vous en faites partie,
00:15rassurez-moi Alain Mink, vous défendez toujours le capitalisme,
00:17parce que sinon c'est vraiment le monde qui est devenu fou.
00:19Non, non, écoutez, les choses sont très simples,
00:21il n'y a pas d'autre système que l'économie de marché,
00:24il n'y a pas à l'intérieur de l'économie de marché
00:27et d'autres mécanismes de production que le capitalisme,
00:30mais il faut parfois contribuer à le défendre contre ses propres démons.
00:34Alors, bon, on va prendre, je vais vous changer un peu, quelques points.
00:38Vous constatez la progression des illégalités.
00:40Nous sommes le pays le plus redistributif, alors vous voulez taxer les riches ?
00:45Non, en revenu, la vérité elle est extrêmement simple,
00:50il y a eu une immense révolution qu'on n'a pas vue en 1982,
00:53ça fait plus de 40 ans, quand les taux d'intérêt réels sont devenus positifs.
00:59Et il faut bien mesurer qu'aujourd'hui, on n'en parle pas assez des taux d'intérêt réels actuels,
01:05vous vous rendez compte que le taux d'intérêt réel en France,
01:07il est grosso modo maintenant de 3%, près de 3%.
01:11Quand les taux d'intérêt réels sont positifs, celui qui possède s'enrichit,
01:16celui qui s'endette s'appauvrit.
01:20Et c'est pour ça que, oui, la France est un pays très redistributif,
01:25mais l'enjeu ne c'est pas cela, l'enjeu c'est l'incroyable augmentation des inégalités de capital.
01:31Alors vous allez me dire, vous pensez comme Zuckman.
01:34Ah non ! Zuckman ou Piketty, en réalité, donnent une mauvaise réponse à une vraie question.
01:42Je vous en donne un exemple.
01:45Il y a 20 ans, 30% de la richesse accumulée provenait de l'héritage.
01:50Aujourd'hui, c'est plus de 60%.
01:52Dans 20 ans, ça sera 80%.
01:55Ça veut dire qu'une société où la richesse ne fait que se transmettre
02:00est une société qui est congélée.
02:02Donc, au nom du marché, au nom de la liberté, etc.,
02:06il faut se poser cette question.
02:07Donc il faut taxer le capital, si je comprends bien.
02:10Non, il faut d'une manière...
02:12Il ne faut pas se tromper d'imposition, mais on n'y échappera pas.
02:16Et d'ailleurs, ce qui se passe, on verra ce que va être le référendum en Californie la semaine prochaine.
02:22Mais vous vous rendez compte, en Californie, le paradis absolu du capitalisme,
02:27vous avez un référendum sur une imposition.
02:30Alors, d'un seul coup, pas répétitif, en théorie, de 5% du capital.
02:36Et vous allez tout à l'heure décrire sans doute les mécanismes de changement de gouvernance
02:40qui sont ceux de Facebook, qui sont destinés à permettre à Zuckerberg de payer, si besoin est, les 5%.
02:47Mais ça va être quoi, la conséquence ?
02:50La Silicon Valley va partir au Texas, non ?
02:51Non, mais le vrai enjeu, il faut bien le dire...
02:54Ils vont quitter la Californie ?
02:55C'est l'impôt sur les successions.
02:57On sera obligé...
02:59Alors, il faut bien voir la réalité.
03:01L'impôt sur les successions sur les individus est un impôt élevé.
03:06Mais l'impôt sur les successions sur les entreprises,
03:11quand on fait la somme de la séparation nues propriétés usufruits jeunes,
03:18du PAC, du TREI ou autres, l'impôt sur les successions est de moins de 10%.
03:24Sauf que nos entreprises, c'est notre croissance, c'est notre productivité, c'est l'avenir de la France.
03:30Mais la transmission des entreprises se fait par des moyens qui peuvent être plus originaux
03:38que la seule transmission en ligne directe.
03:40Pourquoi les Etats-Unis ont en partie réglé ce problème, et l'Allemagne aussi,
03:43par l'importance des fondations ?
03:45Car quand vous donnez une fondation, vous êtes à exonérer d'impôts.
03:48Alors, attendez, je ne suis pas en train de prener la révolution, je dis on n'y échappera pas.
03:52Mais la révolution des successions, c'est les grandes successions,
03:54parce qu'en fait, le patrimoine est taxé tout au long de la vie.
03:58Mais ça, c'est pas...
04:00Le patrimoine est pas taxé deux fois ?
04:03Répondez-moi à la question suivante.
04:05Comment fonctionne une société où la richesse commence à ne dépendre que de la transmission ?
04:13Vous croyez que ça donne de l'espoir à une société ?
04:16Vous croyez que ça donne le sentiment qu'on peut faire son propre chemin ?
04:20Donc, ce problème existe.
04:22La seule chose, c'est qu'il ne faut pas se tromper sur les remèdes,
04:24ni sur l'ampleur, parce qu'il ne faut pas manier un marteau pilon,
04:29ni sur les remèdes.
04:31Et je pense qu'en particulier, tous les thèmes autour de l'ISF
04:34sont de très mauvaises réponses.
04:37Mais ce sujet, il est là, et on n'y échappera pas.
04:40Alors, il y a une réponse à ça, relative.
04:42Moi, je suis un ardent partisan des salariés devenus actionnaires de leur boîte.
04:49D'abord, je pense que toutes les boîtes qui ont les salariés actionnaires fonctionnent plutôt mieux.
04:53La France, de ce point de vue, a une originalité qui est un avantage formidable.
04:58Vous pensez quand même qu'un groupe comme le groupe Bouygues,
05:04personne ne le sait, ou les gens l'oublient,
05:06les salariés ont plus d'actions que la famille éponyme.
05:09C'est l'objet du Pact-Papin qui est en débat dans le budget.
05:13Donc ça, vous êtes un ardent défenseur.
05:14Vous avez nombre de sociétés cotées qui ont comme premier actionnaire leur salarié.
05:20Souvent parce que c'est le résultat issu de la privatisation.
05:23Et moi, je pense qu'aujourd'hui, la social-démocratie intelligente,
05:27ce n'est pas la redistribution du revenu, c'est de faire...
05:32Aujourd'hui, la valeur ajoutée, c'est déformer au profit du capital et au dépens du travail.
05:38Vous ne pouvez pas le rétablir un équilibre relatif en augmentant les salaires
05:42à cause de la concurrence internationale.
05:44Donc la seule réponse, c'est transformer les salariés en actionnaires là où on le peut.
05:50Et je trouve que...
05:52J'ai essayé de convaincre je ne sais pas combien de pouvoirs d'une loi très simple,
05:55qui est de dire qu'on donne trois ans aux entreprises cotées
06:00pour que les salariés aient au moins 10% du capital.
06:03Ce jour-là, demandez aux salariés de Vinci
06:06qui, il y a 10 ans ou 15 ans, ont profité de l'incroyable ascension de l'action.
06:11Ils ont un deux pièces au bord de la mer.
06:14C'est ce qui permet d'augmenter les salaires, finalement.
06:16Non, ce n'est pas ce qui permet d'augmenter les salaires.
06:18C'est ce qui permet d'augmenter la richesse globale, leur niveau de vie.
06:23Et de ce point de vue, je pense que la France a une capacité un peu exemplaire en la matière.
06:29C'est très différent de l'Allemagne.
06:30Vous posez une question sur les 10 ans de macronisme ?
06:33Oui, si vous voulez, oui.
06:34Vous en pensez quoi, vous, 10 ans plus tard ?
06:36Vous l'avez soutenu, Emmanuel Macron ?
06:38Vous l'avez même beaucoup aidé ?
06:39Écoutez, moi, je l'ai soutenu, Macron, en 2016.
06:42Je n'ai pas voté pour lui en 2022.
06:45Il était furieux.
06:46Je pensais que son deuxième mandat, j'ai voté pour Valérie Pécresse.
06:50Je pensais que son deuxième mandat serait médiocre.
06:53Je ne savais pas qu'il serait catastrophique.
06:55« Catastrophique », c'est le mot que vous retenez.
06:58Est-ce que vous avez un candidat pour 2027 ?
07:02Le modéré qui pourra battre Mme Le Pen.
07:05Donc, peu importe ?
07:08À la limite, le modéré, peu importe.
07:11J'ai dit que je votais pour Édouard Philippe parce que je pense que c'est celui qui a le
07:14plus de chance.
07:15Mais si c'est Glucksmann qui arrivait au deuxième tour, je voterais Glucksmann.
07:19Et si vous avez le choix entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour ?
07:22Je m'abstiendrai et je connais le résultat de toute façon.
07:26Mais je pense, je suis convaincu qu'il y aura à la fin un réflexe de vote utile dans l
07:31'électorat modéré.
07:33C'est-à-dire que je pense qu'une partie de l'électorat Glucksmann, avant le premier tour, glissera sur
07:38Philippe s'il est encore en position.
07:42Le vote utile, cette fois-ci, il n'est pas au deuxième tour, il est au premier tour.
07:45Merci Alain Mink d'avoir été notre invité.
07:48Ça passe trop vite, président d'AM Conseil.
07:51Et vous avez donc co-écrit avec Guillaume Erner un capitalisme devenu fou.
07:54Comment les riches ont gagné la lutte des classes.
07:56C'est chez Flammarion et dans toutes les bonnes librairies.
07:59Merci à vous.
07:59Merci.