00:00On n'est pas des héros, on est vraiment des gens ordinaires qui faisons parfois des choses extraordinaires.
00:12Initialement, je ne voulais pas faire ça, je voulais être médecin généraliste à la campagne, c'était très romantique.
00:18Mais en fait, j'ai mis le doigt dans l'engrenage quand j'étais au SMUR de Gonesse,
00:22puis après ça j'ai choisi pour mon service national les marins-pompiers, et puis ça m'a tellement plu
00:27que je suis resté.
00:30Le côté stress, le côté adrénaline, mais c'est surtout le travail en équipe, parce que tout seul on n
00:37'est rien.
00:38La camaraderie, c'est ça qui permet de supporter beaucoup de choses.
00:40Je me suis rendu compte que c'était un travail addictif, j'ai été obligé d'arrêter pour raison de
00:44santé.
00:44Ça a été très très dur, parce qu'à la fois quand je vois une équipe du SMUR, je les
00:50plains parce que je sais que la nuit prochaine ils ne vont pas dormir,
00:53mais je les envie parce qu'ils font quelque chose d'intéressant.
00:55Pourtant quand j'y étais, je fais un boulot de con.
01:02Tout de la vie d'un urgentiste, sur les règlements de compte, parce que c'est quand même un peu
01:06une spécificité marseillaise, de moins en moins,
01:09mais on peut retrouver tout ce qui peut arriver à un urgentiste, c'est-à-dire aussi bien des accouchements,
01:15que des flingages, que des problèmes cardiaques, que des noyés.
01:19Quand on est en caserne ou en hôpital, on ne sait jamais ce qui va arriver dans une heure.
01:23On est toujours prêt à tout, et ça c'est passionnant.
01:29Pas provocation, parce que c'est vrai, j'ai vraiment du sang sur les mains, donc il n'y a
01:33pas de problème.
01:34Je raconte que quand j'ai fait le massage du terrain, j'avais du sang dans les gants, pourtant j
01:38'avais mis des gants.
01:39Mais voilà, c'est pour montrer qu'on est vraiment dans le réel, que je n'ai pas cherché à
01:46embellir la réalité.
01:50D'un côté, j'ai choisi le spectaculaire, et puis d'un autre côté, j'ai choisi aussi ce qui
01:54m'a ému.
01:55Et là, c'est intéressant parce que je me suis aperçu qu'en écrivant le livre,
01:58qu'il y a des choses qui m'ont beaucoup plus ému en écrivant le bouquin, que j'ai eu
02:01d'affect en les vivant.
02:06La petite mamie qui a massé le cœur de son papy qui était en arrêt cardiaque avec le baume du
02:14tigre,
02:15c'est trop craquant.
02:17Sur l'intervention, on a été très pro, et là maintenant, ça me prend beaucoup plus.
02:23Et puis après ça, il y a eu des vraies situations dramatiques, comme cette jeune fille de 17 ans, je
02:27crois,
02:28qui s'est noyée dans son bain un soir de Noël, qui était épileptique,
02:31et que son père, sapeur-pompier, a réanimé sous le sapin de Noël.
02:35C'est une situation totalement improbable, et la mère m'a dit, vous en prendrez soin, docteur, c'est notre
02:39seul.
02:40Je n'ai pas pu lui répondre.
02:45D'abord, on ne maîtrise pas grand-chose, on n'est pas des héros,
02:47on est vraiment des gens ordinaires qui faisons parfois des choses extraordinaires.
02:52On essaye d'être le plus professionnel possible, avec des gestes techniques qui sont des fois un peu délicats.
02:57On essaye que ça marche.
02:59C'est un peu ce que disait Ambrose Paré, je le pensais que Dieu le guérit.
03:03Ça marche ou ça ne marche pas.
03:07Je pense que les gens sont de plus en plus exigeants.
03:09Ça, c'est une constante médicale.
03:14Après, il y a des choses qui ont beaucoup évolué.
03:16On ne voit plus de gros accidents de la route, parce que les voitures sont extrêmement sûres.
03:19Les règlements de compte, c'est un peu changé.
03:21Maintenant, ils travaillent avec Alachnikov, alors qu'avant, c'était un peu des « seigneurs » qui s'expliquaient en
03:261143.
03:27On voit beaucoup moins de TS polymédicamenteuses.
03:29Est-ce que les médicaments sont plus sûrs ?
03:31Parce que les psychotropes, qui étaient dangereux, ont été retirés plus ou moins du commerce ?
03:36C'est sûr que c'est de l'abattage.
03:40Il y a eu travail à la chaîne.
03:41Et surtout, le gros souci, c'est le manque de lits d'aval.
03:45C'est-à-dire que c'est bien de soigner les patients,
03:47mais si on ne peut pas les emmener dans un lit, dans un délai raisonnable,
03:51il y a une dame qui a passé six jours aux urgences, même pas dans un box, dans le couloir.
03:55Ce n'est pas possible.
03:56Ça ne devrait pas exister.
03:57Donc ça, il y a un problème.
03:58Mais c'est un problème structurel.
04:00Ce n'est pas un problème de soins.
04:01Parce qu'effectivement, il y a des services qui sont fermés parce que les gens sont en vacances.
04:04Il faut bien que les soignants prennent des vacances.
04:09Alors moi, j'ai la chance d'avoir quasiment des cloisons étanches entre la maison et le boulot.
04:13J'essaye de ne pas trop en parler en famille.
04:15Ça arrive.
04:16Alors c'est vrai que c'est à l'occasion de repas où les copains viennent à la maison
04:19que ma famille découvre des choses.
04:22Mais je n'ai pas de cauchemars.
04:23Je ne dors pas trop mal.
04:24Ça va.
04:25C'est peut-être parce que j'ai une heureuse nature.
04:26Mais je ne dis pas que c'est le cas général.
04:32Totalement.
04:33J'ai été opéré à cœur ouvert l'année dernière.
04:36J'y suis allé relax en me disant que ça se passe mal.
04:40C'est fini.
04:41Oui, effectivement, on relativise.
04:42Parce qu'on a tellement vu d'arrêts, tout ça.
04:47Bon, on sait que c'est le cycle normal.
04:52Un pour tous, tous pour un.
04:56Sous-titrage Société Radio-Canada