00:00Là, on est en train de basculer vers une représentation différente des troubles psychiques
00:03et on essaye de plus y répondre en termes écosystémiques.
00:13Une augmentation de 30 à 40% juste en quelques années, là, en 3, 4, 5, 6 ans.
00:18Il se passe quelque chose et ça rend visible vraiment la part sociétale.
00:22C'est aussi le cas pour les troubles suicidaires, c'est aussi le cas pour les troubles liés au repli
00:26à domicile.
00:27Là, on est en train de basculer vers une représentation différente des troubles psychiques
00:31et on essaye de plus y répondre en termes écosystémiques.
00:34En tout cas, moi, c'est vraiment un des axes que je suis,
00:36c'est-à-dire comment on peut articuler la place de l'individu au milieu de sa famille
00:40et la famille au milieu de la société pour voir quels sont les déterminants à chaque niveau de ces troubles
00:45-là.
00:48En quelques années, là, on a eu un changement majeur de rapport à autrui et de rapport au monde.
00:55Et je pense que c'est ça que ça vient révéler.
00:58Chez les jeunes qui étaient hospitalisés pour des situations de crise,
01:01j'ai pu, avec mes collègues, analyser tous les ingrédients qui favorisaient cette crise.
01:05On s'est rendu compte que, finalement, on pouvait les résumer à trois dimensions centrales.
01:10La première dimension, la contenance, c'est la fonction qu'on a autour d'un sujet
01:13qui est une fonction de contenir, une fonction de délimiter, une fonction de structurer aussi.
01:20Donc, par exemple, dans le cadre d'une famille, ça va être la cohésion de la famille,
01:23la façon dont la famille a des projets, la façon dont la famille met un cadre éducatif.
01:27La deuxième fonction, c'est la filiation, c'est la qualité du lien entre les êtres humains.
01:32Et puis, la troisième dimension, c'est l'individuation, la place en tant qu'individu,
01:35la façon dont chacun va avoir l'espace de réaliser son propre chemin.
01:39Et en fait, ces trois dimensions-là, on a pu observer que,
01:41quand des familles pouvaient être en difficulté pour remplir ces fonctions et ces besoins des jeunes,
01:46ça augmente la probabilité de leurs troubles psychiques.
01:52C'est le fait que la contenance a complètement changé,
01:54elle a explosé à certains endroits.
01:57La filiation entre les êtres s'est beaucoup modifiée aussi,
02:00dans le sens où aujourd'hui, c'est plus pour la peur de la contamination virale
02:03qu'on reste loin des autres, qu'on se touche moins.
02:05C'est parce que, je pense, c'est une hypothèse,
02:08qu'on a plus peur de l'humain d'une manière générale
02:10et que, du coup, on se replie.
02:12Mais ça a des effets, notamment sur l'anxiété.
02:14L'individuation a évolué dans le sens d'augmentation de la part donnée à l'individu,
02:19mais aussi de la part mise sur les épaules de l'individu qui doit porter plus.
02:22Donc, je pense que ce décalage-là, de ces trois dimensions,
02:26est très en faveur de l'augmentation de ces différents troubles psychiques.
02:31Ce qui est important, c'est que la famille le détecte, la famille voit.
02:34Il y a quelque chose qui ne va pas bien parce qu'on est connecté au quotidien.
02:37Manger ensemble, de passer des temps ensemble,
02:39c'est déjà un sujet de santé publique en soi, à mon avis.
02:42Entre la place des réseaux, des écrans, etc., à la maison,
02:45les rythmes de travail, il y a une distance relationnelle.
02:50Il y a le côté aussi changement de comportement qui est important.
02:52Avant, ça fonctionnait plutôt bien et là, il y a un truc qui a changé.
02:55Depuis quand ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
02:56Et puis ensuite, de voir quelle place ça prend dans le quotidien.
02:59Le sommeil et donc peut-être la scolarité, les relations avec les autres.
03:02Et il y a plusieurs études récemment qui ont montré que les jeunes qui allaient le mieux
03:06étaient ceux qui avaient des projets à court ou moyen terme.
03:11Le modèle écosystémique, c'est ce qui nous permet d'intégrer micro, individu,
03:16meso, environnement immédiat, et macro, le grand environnement,
03:19pour voir comment chacun joue sa part.
03:21Il y a beaucoup de pédopsychiatres qui ont pris conscience
03:25qu'on était obligé d'intégrer la partie macro,
03:29la partie sociétale des déterminants des troubles psychiques.
03:32Et ça, c'est aussi la clinique de la crise qui le montre.
03:34C'est que quand on traite une crise, on s'aperçoit que si on traite les choses
03:37qu'au niveau individuel, c'est-à-dire au niveau micro, ça ne suffit pas.
03:40Ou alors on y passe tellement d'énergie que c'est trop coûteux pour le jeune
03:44ou pour les soignants.
03:45Mais au-delà de ça, moi, quand je vous disais que j'avais année après année
03:49observé que les familles se sentaient de plus en plus impuissantes,
03:52ça m'a fait prendre conscience que tous les relais familiaux
03:56s'étaient délités les uns après les autres, année après année.
03:59Et puis, c'est aussi de manière générale dans notre société la place donnée aux liens,
04:02la place donnée au faire ensemble, au vivre ensemble, à la festivité, etc.,
04:07qui s'est vraiment appauvrie et qui a des conséquences fondamentales
04:10sur la santé des jeunes.
04:11Et puis, on a le plus grand niveau macro qui sont les lois,
04:14la façon dont les lois vont défendre les patients, les droits des patients,
04:18par exemple dans le cadre des violences sexuelles chez nos patients
04:21qui sont très fréquentes.
04:25L'idée de ce livre, c'est d'essayer de partager ce qu'on peut observer
04:29quand on est soignant dans le contexte de crise, à savoir,
04:32quand on regarde justement ces ingrédients des crises,
04:34on s'aperçoit que les symptômes de l'adolescent sont des lanceurs d'alerte,
04:38d'un dysfonctionnement de son monde, mais surtout aussi d'un dysfonctionnement
04:42du monde autour d'eux.
04:44Et donc, moi, je souhaite aussi, pour alléger la barque des adolescents,
04:49transmettre qu'est-ce qui vient aussi de la société
04:51et comment les choses se font écho, miroir,
04:54comment les symptômes des adolescents sont miroirs de nos dysfonctionnements sociétaux
04:57pour nous aider à voir un peu, à discerner dans quelle direction on va,
05:02dans quelle direction on se bloque, là, sur un mur, une impasse.
05:05Et donc, si on sait écouter, et c'est ça que j'appelle l'intelligence de lecture des crises,
05:09si on arrive à écouter les crises,
05:12si on arrive à analyser ce qu'on fait pour y répondre, ce qu'on ne fait pas,
05:15et quand on fait quelque chose et ce qu'on prend le bon chemin,
05:17pour ça, on fait toujours des feedbacks, des rétroactions.
05:20Et ça, ça nous indique quoi ?
05:21Ça nous indique des lois du vivant.
05:22Et ces lois du vivant, elles sont hyper intéressantes à penser,
05:25à la fois à l'échelle d'un jeune, mais à l'échelle de la société aussi.
05:28C'est fascinant.
05:32Quand ce que je pense, ce que je dis et ce que je fais sont en adéquation,
05:36le bonheur m'appartient.
05:37Je trouve que de décaler positif, négatif, plutôt vers alignement et équilibre,
05:42ça me paraît vraiment très pourvoyeur de sens.
05:43Sous-titrage Société Radio-Canada