00:00Là, on se retrouve dans le service d'accueil des urgences du CHU de Nice.
00:02Derrière moi, on a la zone de tri et d'orientation.
00:05C'est à cet endroit-là que le patient va être admis.
00:07On va lui prendre ses paramètres vitaux, sa tension, sa fréquence respiratoire, sa température.
00:12Et effectivement, si ce patient a des signes d'infection respiratoire aiguë,
00:15il va être orienté vers une zone de soins, là où un médecin va l'examiner
00:19et pouvoir faire, si nécessaire, un test de recherche de virus respiratoire en délocalisé.
00:40Les périodes de tension, on en a depuis très très longtemps dans tous les services d'urgence.
00:44Mais c'est vrai que la période de 2020, la période finalement Covid que tout le monde a connue,
00:49nous a fait réfléchir finalement sur l'organisation, mettre en place sur ces virus respiratoires.
00:54Et on s'est rendu compte que pendant ces périodes-là, surtout l'hiver,
00:58les périodes de forte affluence épidémique, on avait du mal à gérer cet afflux de patients
01:04qui est arrivé avec des symptomatologies qui souvent sont les mêmes
01:08et pourtant avec des virus derrière qui peuvent être différents
01:11et une prise en charge finalement thérapeutique qui va se modifier.
01:15En avançant progressivement, on s'est dit que ça devenait de plus en plus intéressant
01:18de pouvoir précocement, donc dès que le patient arrive dans un service d'urgence,
01:23peut-être identifier le pathogène qui était en lien avec sa symptomatologie clinique.
01:28Donc on a eu pas mal de discussions avec nos infectiologues, avec notre laboratoire,
01:33avec nos virologues pour essayer de trouver la meilleure organisation.
01:38Initialement pendant le Covid, tous nos prélèvements étaient envoyés au laboratoire central
01:43et on voyait très vite qu'en fait on perdait du temps parce qu'il y avait une heure, une
01:47heure et demie,
01:48des fois beaucoup plus de délais de rendu des résultats et du coup ces patients stagnaient
01:53dans les services d'urgence le temps d'avoir le résultat.
01:55Donc grâce à ces délais qui étaient trop longs, on a réfléchi à d'autres solutions
02:00et notamment à essayer de mettre en place ces appareils, en tout cas cette PCR délocalisée
02:05directement dans le service des urgences pour essayer en premier lieu de gagner du temps
02:09dans la prise en charge du patient et d'identifier plus précocement le pathogène.
02:13L'intérêt d'implanter en fait des tests de biologie moléculaire, c'est de permettre une autonomie aux urgentistes
02:19dans le diagnostic pour les patients, d'apporter vraiment en fait la possibilité de faire le test rapidement,
02:26avoir un résultat qui permet une meilleure prise en charge et une meilleure orientation du patient.
02:30On s'est bien rendu compte que ça a apporté quand même beaucoup pour la fluidité aux urgences,
02:36pour la prise en charge patient et donc notamment on a monté les grippes dessus,
02:39c'est-à-dire qu'on a commencé à réaliser les tests de grippe parce qu'on s'est rendu
02:43compte qu'en période épidémiologique,
02:44ça a apporté un réel bénéfice dans le circuit patient aux urgences de Nice.
02:54On a énormément de patients qui se présentent avec des profils très différents.
02:58On va avoir des infections respiratoires aiguës en période hivernale, mais pas que ça.
03:01En fait, nous, notre travail d'urgentiste, c'est faire le tri dans tous ces patients
03:06et essayer d'orienter au mieux chaque patient en fonction de sa pathologie.
03:10Au CHUNIS, on est un gros service d'urgence.
03:12On fait à peu près 300 entrées par jour en pleine période épidémique.
03:16Ça veut dire qu'à un instant T, vous pouvez avoir dans le même service 90 patients qui sont présents
03:21au même moment.
03:22Ça veut bien dire qu'il faut qu'on mette en place une stratégie finalement de flux qui sera efficace
03:28pour pas que le patient stagne dans un service d'urgence alors qu'il n'en a pas besoin.
03:31S'il peut rentrer à son domicile, il va falloir qu'on le fasse le plus rapidement possible.
03:35S'il doit être hospitalisé, il va falloir qu'on identifie ce patient pareil très rapidement
03:40pour pouvoir lui trouver un lit d'hospitalisation.
03:42Et donc, la gestion de ces infections respiratoires au milieu de tous ces patients est primordiale
03:46parce que ces patients, en plus, ont potentiellement un virus respiratoire
03:50qui pourrait être donné à un autre patient.
03:53Donc, il peut y avoir une communication et une contamination entre les patients dans le service des urgences,
03:58des contaminations entre les patients et les professionnels de santé.
04:07Moi, si au bout de 10 minutes, 15 minutes, je sais que mon patient est contaminé avec tel ou tel
04:12virus,
04:13une grippe, un Covid, un VRS,
04:15ça va me permettre de rapidement mettre en place un isolement de ce patient au sein même du service des
04:20urgences,
04:21d'en informer les équipes de soins qui gravitent autour,
04:24le mettre dans la bonne filière de soins.
04:25Quand j'ai la bonne filière de soins, c'est même le bon service d'hospitalisation derrière.
04:29Est-ce qu'il va aller en service classique ? Est-ce qu'il va aller en réanimation ? Est
04:32-ce qu'il va aller en soins intensifs ?
04:33Tout ça, ça dépend bien sûr de notre examen clinique, de notre prise en charge médicale, mais aussi des résultats
04:38paracliniques.
04:39Et dans ces résultats paracliniques, les résultats microbiologiques sont absolument primordiaux.
04:44Deuxièmement, il y a un vrai impact thérapeutique parce qu'on sait que la prescription d'antibiothérapie, c'est un
04:50challenge pour nous aussi médecins urgentistes.
04:52On se pose toujours la question effectivement, est-ce qu'il faut que je mette en place une antibiotérapie ?
04:56Le fait d'avoir très rapidement un résultat qui nous dit, votre patient finalement, il a une maladie virale,
05:02nous permet de sursoir à l'antibiothérapie ou au moins se donner un délai de prescription.
05:06Donc il faut vraiment qu'on prescrive un antibiotique au patient qui en a réellement besoin.
05:11Et le troisième point important, c'est dans le parcours du soin du patient.
05:14On va aussi mettre le patient en chambre seul, s'il est porteur d'un virus.
05:20Et dans ce cas-là, on va diminuer aussi le risque de contamination nosocomial à l'intérieur des services.
05:24L'avantage de ces tests de biologie délocalisée, c'est de la biologie moléculaire.
05:28Donc ça apporte une bonne sensibilité analytique pour le diagnostic des infections respiratoires telles que la grippe.
05:34Donc ça permet en fait d'apporter de la fiabilité aux tests réalisés aux urgentistes
05:38et du coup une meilleure prise en charge, une meilleure identification.
05:40Le plus important, c'est d'avoir une équipe de cliniciens qui sont motivés
05:46et qui ont envie de faire vivre cette biologie délocalisée.
05:49À Nice, les urgences sont loin du laboratoire, donc on ne peut pas être en permanence auprès des automates.
05:57Donc il faut vraiment que l'équipe des urgences soit impliquée dans la gestion,
06:02dans les commandes, des réactifs et dans la gestion de l'automate.
06:05Nous sommes garants en fait de la qualité des analyses qui sont réalisées pour le patient.
06:11On va gérer les habilitations des agents qui vont faire les tests,
06:13parce que ce ne sont pas des techniciens de laboratoire qui font les tests, ce sont des médecins.
06:18On va également passer des contrôles qualité qui nous assurent de la fiabilité de ces tests.
06:24C'est un partenariat entre l'équipe des urgences et le laboratoire de virologie.
06:30On en a besoin en pratique clinique d'avoir quelque chose de fiable,
06:34parce que derrière chaque test, il y a une prise en charge thérapeutique.
06:37Et la plupart du temps, c'est effectivement la décision de
06:39est-ce que je mets en place une antibiotérapie ?
06:42Est-ce que je vais mettre en place un traitement antiviral ?
06:45Donc vraiment pouvoir s'assurer que le résultat que le test nous donne est fiable
06:50est très important pour nos soignants, puis aussi pour rassurer le patient.
06:54On a besoin d'un test fiable, mais d'un test aussi très très rapidement.
06:58Nous, aux urgences, on a un flux de patients qui est important.
07:00On ne peut pas se permettre d'attendre deux heures, deux heures et demie d'avoir le résultat.
07:04Toute minute qui est gagnée nous permet de diminuer finalement cette durée moyenne de séjour,
07:09et c'est une plus-value pour le patient.
07:11Une action en tout cas sur cette durée moyenne de séjour, ça va être un critère de qualité.
07:16Et donc clairement, on voit que quand on a les PCR en délocalisé,
07:19finalement on arrive à réduire ce temps d'attente,
07:22parce que finalement vous chantez un petit peu l'étape de l'envoi du prélèvement au laboratoire.
07:30Si on diminue déjà la prescription d'antibiothérapie, on va avoir un impact.
07:34Mais il faut savoir aussi que grâce à l'identification de ces virus,
07:37il y a plusieurs patients peut-être sur lesquels on peut sursoir l'hospitalisation.
07:42Et dans ce cas-là, si on décide parce qu'on a mis en place finalement
07:45et qu'on a identifié un virus de la grippe, que le patient n'a pas de critères cliniques
07:49qui nécessitent une hospitalisation, on va pouvoir être rassurés nous,
07:53le faire entrer à son domicile en donnant une vraie explication à la famille
07:57de la cause de ces symptômes.
08:00Et donc finalement, la prise en charge ambulatoire, médico-économique,
08:03coûte moins cher qu'une hospitalisation qui ne serait pas justifiée.
08:07Globalement, je pense qu'on arrive à diminuer les coûts
08:10en identifiant plus rapidement les virus.
08:17Avec le professeur Contanti, on fait une veille épidémiologique.
08:21En fait, le laboratoire de virologie participe au réseau rénal
08:24et de façon hebdomadaire, on reçoit un bulletin épidémiologique.
08:28Début novembre, on commence à surveiller l'arrivée de la grippe.
08:31Et quand la grippe, on considère qu'elle arrive à un certain taux de positivité,
08:36on va déclencher des tests de biologie délocalisée aux urgences.
08:39Donc en fait, cela nous permet de faire le bon test au bon patient au bon moment.
08:43Alors nous, on a mis un cut-off qui est arbitraire,
08:45mais il y a un cut-off qu'on a discuté entre nous.
08:47Quand on voit que les prélèvements qui sont faits en ville
08:50dépassent 5% de positivité sur le virus comme pour la grippe,
08:55et bien finalement, on va engranger et déclencher notre stratégie
08:59de détection de ces virus à l'intérieur de l'hôpital.
09:01Et on va activer nos machines et nos PCR délocalisées
09:04pour pouvoir mettre en place ces tests.
09:07Donc on suit cette période épidémique en ville
09:10et on adapte notre prise en charge à l'hôpital,
09:12mais toujours en concertation presque une fois par semaine
09:15avec le service de microbiologie.
09:17C'est le bon test au bon moment pour le bon patient.
09:19Donc il faut vraiment aller détecter les choses
09:21quand on pense que cela va être utile en termes de prise en charge thérapeutique
09:24pour le patient, en termes de filiarisation,
09:26mais aussi avec une vision des coûts qui doit être efficace.
09:29Chaque test qu'on fait au patient, il a un coût.
09:32Il faut que le test qu'on mette en place,
09:33il soit bien sûr utile pour le patient.
09:36Il faut qu'il change la prise en charge thérapeutique du patient,
09:38mais il faut aussi que nous, on s'y retrouve économiquement.
09:41On ne peut pas tester tous les patients toute l'année
09:45avec ces PCR délocalisés,
09:47parce qu'en fait, ce serait comme jeter de l'argent public à la poubelle.
09:53On a choisi à Nice de mettre ces machines au plus près, finalement,
09:58de l'équipe médicale.
09:59Donc on a une machine de PCR délocalisée
10:01qui est positionnée dans chaque zone de soins,
10:04dans chaque bureau médical.
10:06Comme ça, le médecin, quand il a fini sa prise en charge,
10:08va déclencher le prélèvement,
10:11va le mettre dans la machine pour qu'elle soit techniquée,
10:13et au bout de 10 minutes, on va avoir le résultat instantanément
10:18qu'on pourra regarder sur notre logiciel de métier,
10:21parce qu'on est connecté au laboratoire central de l'hôpital.
10:23Et dès qu'on a le résultat,
10:24on va pouvoir mettre un petit drapeau rouge sur notre logiciel de métier
10:28qui va aussi informer toute l'équipe soignante
10:30que ce patient, finalement, il est contaminé par la grippe ou par le Covid.
10:34Et donc là, vont se mettre en place toute la procédure d'isolement
10:38qui convient en fonction du virus qu'on aura mis en évidence.
10:43C'est parti !