Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 heures
Au CHU de Nice, diagnostiquer plus vite pour mieux orienter

En période épidémique, les urgences du CHU de Nice enregistrent environ 300 entrées par jour. Face à cet afflux, identifier rapidement les infections respiratoires est un enjeu essentiel pour organiser les soins et orienter chaque patient. Sur place, les professionnels ont repensé la place du diagnostic dans le parcours aux urgences.
Leur approche : réaliser des tests de PCR délocalisée directement dans les zones de soins, au plus près des équipes médicales. Plutôt que d’attendre les résultats de prélèvements envoyés au laboratoire central, les médecins disposent d’appareils permettant, selon les professionnels interrogés, d’obtenir un résultat en une dizaine de minutes.

Au-delà du temps gagné, les professionnels expliquent ce qu’un diagnostic précoce peut changer : mettre en place rapidement les mesures d’isolement, éclairer les décisions thérapeutiques, notamment concernant la prescription d’antibiotiques, et préparer une hospitalisation dans des conditions adaptées.

Une organisation qui repose aussi sur un travail étroit entre les urgences et le laboratoire, avec un principe au cœur de la démarche : « le bon test au bon moment pour le bon patient ».

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Là, on se retrouve dans le service d'accueil des urgences du CHU de Nice.
00:02Derrière moi, on a la zone de tri et d'orientation.
00:05C'est à cet endroit-là que le patient va être admis.
00:07On va lui prendre ses paramètres vitaux, sa tension, sa fréquence respiratoire, sa température.
00:12Et effectivement, si ce patient a des signes d'infection respiratoire aiguë,
00:15il va être orienté vers une zone de soins, là où un médecin va l'examiner
00:19et pouvoir faire, si nécessaire, un test de recherche de virus respiratoire en délocalisé.
00:40Les périodes de tension, on en a depuis très très longtemps dans tous les services d'urgence.
00:44Mais c'est vrai que la période de 2020, la période finalement Covid que tout le monde a connue,
00:49nous a fait réfléchir finalement sur l'organisation, mettre en place sur ces virus respiratoires.
00:54Et on s'est rendu compte que pendant ces périodes-là, surtout l'hiver,
00:58les périodes de forte affluence épidémique, on avait du mal à gérer cet afflux de patients
01:04qui est arrivé avec des symptomatologies qui souvent sont les mêmes
01:08et pourtant avec des virus derrière qui peuvent être différents
01:11et une prise en charge finalement thérapeutique qui va se modifier.
01:15En avançant progressivement, on s'est dit que ça devenait de plus en plus intéressant
01:18de pouvoir précocement, donc dès que le patient arrive dans un service d'urgence,
01:23peut-être identifier le pathogène qui était en lien avec sa symptomatologie clinique.
01:28Donc on a eu pas mal de discussions avec nos infectiologues, avec notre laboratoire,
01:33avec nos virologues pour essayer de trouver la meilleure organisation.
01:38Initialement pendant le Covid, tous nos prélèvements étaient envoyés au laboratoire central
01:43et on voyait très vite qu'en fait on perdait du temps parce qu'il y avait une heure, une
01:47heure et demie,
01:48des fois beaucoup plus de délais de rendu des résultats et du coup ces patients stagnaient
01:53dans les services d'urgence le temps d'avoir le résultat.
01:55Donc grâce à ces délais qui étaient trop longs, on a réfléchi à d'autres solutions
02:00et notamment à essayer de mettre en place ces appareils, en tout cas cette PCR délocalisée
02:05directement dans le service des urgences pour essayer en premier lieu de gagner du temps
02:09dans la prise en charge du patient et d'identifier plus précocement le pathogène.
02:13L'intérêt d'implanter en fait des tests de biologie moléculaire, c'est de permettre une autonomie aux urgentistes
02:19dans le diagnostic pour les patients, d'apporter vraiment en fait la possibilité de faire le test rapidement,
02:26avoir un résultat qui permet une meilleure prise en charge et une meilleure orientation du patient.
02:30On s'est bien rendu compte que ça a apporté quand même beaucoup pour la fluidité aux urgences,
02:36pour la prise en charge patient et donc notamment on a monté les grippes dessus,
02:39c'est-à-dire qu'on a commencé à réaliser les tests de grippe parce qu'on s'est rendu
02:43compte qu'en période épidémiologique,
02:44ça a apporté un réel bénéfice dans le circuit patient aux urgences de Nice.
02:54On a énormément de patients qui se présentent avec des profils très différents.
02:58On va avoir des infections respiratoires aiguës en période hivernale, mais pas que ça.
03:01En fait, nous, notre travail d'urgentiste, c'est faire le tri dans tous ces patients
03:06et essayer d'orienter au mieux chaque patient en fonction de sa pathologie.
03:10Au CHUNIS, on est un gros service d'urgence.
03:12On fait à peu près 300 entrées par jour en pleine période épidémique.
03:16Ça veut dire qu'à un instant T, vous pouvez avoir dans le même service 90 patients qui sont présents
03:21au même moment.
03:22Ça veut bien dire qu'il faut qu'on mette en place une stratégie finalement de flux qui sera efficace
03:28pour pas que le patient stagne dans un service d'urgence alors qu'il n'en a pas besoin.
03:31S'il peut rentrer à son domicile, il va falloir qu'on le fasse le plus rapidement possible.
03:35S'il doit être hospitalisé, il va falloir qu'on identifie ce patient pareil très rapidement
03:40pour pouvoir lui trouver un lit d'hospitalisation.
03:42Et donc, la gestion de ces infections respiratoires au milieu de tous ces patients est primordiale
03:46parce que ces patients, en plus, ont potentiellement un virus respiratoire
03:50qui pourrait être donné à un autre patient.
03:53Donc, il peut y avoir une communication et une contamination entre les patients dans le service des urgences,
03:58des contaminations entre les patients et les professionnels de santé.
04:07Moi, si au bout de 10 minutes, 15 minutes, je sais que mon patient est contaminé avec tel ou tel
04:12virus,
04:13une grippe, un Covid, un VRS,
04:15ça va me permettre de rapidement mettre en place un isolement de ce patient au sein même du service des
04:20urgences,
04:21d'en informer les équipes de soins qui gravitent autour,
04:24le mettre dans la bonne filière de soins.
04:25Quand j'ai la bonne filière de soins, c'est même le bon service d'hospitalisation derrière.
04:29Est-ce qu'il va aller en service classique ? Est-ce qu'il va aller en réanimation ? Est
04:32-ce qu'il va aller en soins intensifs ?
04:33Tout ça, ça dépend bien sûr de notre examen clinique, de notre prise en charge médicale, mais aussi des résultats
04:38paracliniques.
04:39Et dans ces résultats paracliniques, les résultats microbiologiques sont absolument primordiaux.
04:44Deuxièmement, il y a un vrai impact thérapeutique parce qu'on sait que la prescription d'antibiothérapie, c'est un
04:50challenge pour nous aussi médecins urgentistes.
04:52On se pose toujours la question effectivement, est-ce qu'il faut que je mette en place une antibiotérapie ?
04:56Le fait d'avoir très rapidement un résultat qui nous dit, votre patient finalement, il a une maladie virale,
05:02nous permet de sursoir à l'antibiothérapie ou au moins se donner un délai de prescription.
05:06Donc il faut vraiment qu'on prescrive un antibiotique au patient qui en a réellement besoin.
05:11Et le troisième point important, c'est dans le parcours du soin du patient.
05:14On va aussi mettre le patient en chambre seul, s'il est porteur d'un virus.
05:20Et dans ce cas-là, on va diminuer aussi le risque de contamination nosocomial à l'intérieur des services.
05:24L'avantage de ces tests de biologie délocalisée, c'est de la biologie moléculaire.
05:28Donc ça apporte une bonne sensibilité analytique pour le diagnostic des infections respiratoires telles que la grippe.
05:34Donc ça permet en fait d'apporter de la fiabilité aux tests réalisés aux urgentistes
05:38et du coup une meilleure prise en charge, une meilleure identification.
05:40Le plus important, c'est d'avoir une équipe de cliniciens qui sont motivés
05:46et qui ont envie de faire vivre cette biologie délocalisée.
05:49À Nice, les urgences sont loin du laboratoire, donc on ne peut pas être en permanence auprès des automates.
05:57Donc il faut vraiment que l'équipe des urgences soit impliquée dans la gestion,
06:02dans les commandes, des réactifs et dans la gestion de l'automate.
06:05Nous sommes garants en fait de la qualité des analyses qui sont réalisées pour le patient.
06:11On va gérer les habilitations des agents qui vont faire les tests,
06:13parce que ce ne sont pas des techniciens de laboratoire qui font les tests, ce sont des médecins.
06:18On va également passer des contrôles qualité qui nous assurent de la fiabilité de ces tests.
06:24C'est un partenariat entre l'équipe des urgences et le laboratoire de virologie.
06:30On en a besoin en pratique clinique d'avoir quelque chose de fiable,
06:34parce que derrière chaque test, il y a une prise en charge thérapeutique.
06:37Et la plupart du temps, c'est effectivement la décision de
06:39est-ce que je mets en place une antibiotérapie ?
06:42Est-ce que je vais mettre en place un traitement antiviral ?
06:45Donc vraiment pouvoir s'assurer que le résultat que le test nous donne est fiable
06:50est très important pour nos soignants, puis aussi pour rassurer le patient.
06:54On a besoin d'un test fiable, mais d'un test aussi très très rapidement.
06:58Nous, aux urgences, on a un flux de patients qui est important.
07:00On ne peut pas se permettre d'attendre deux heures, deux heures et demie d'avoir le résultat.
07:04Toute minute qui est gagnée nous permet de diminuer finalement cette durée moyenne de séjour,
07:09et c'est une plus-value pour le patient.
07:11Une action en tout cas sur cette durée moyenne de séjour, ça va être un critère de qualité.
07:16Et donc clairement, on voit que quand on a les PCR en délocalisé,
07:19finalement on arrive à réduire ce temps d'attente,
07:22parce que finalement vous chantez un petit peu l'étape de l'envoi du prélèvement au laboratoire.
07:30Si on diminue déjà la prescription d'antibiothérapie, on va avoir un impact.
07:34Mais il faut savoir aussi que grâce à l'identification de ces virus,
07:37il y a plusieurs patients peut-être sur lesquels on peut sursoir l'hospitalisation.
07:42Et dans ce cas-là, si on décide parce qu'on a mis en place finalement
07:45et qu'on a identifié un virus de la grippe, que le patient n'a pas de critères cliniques
07:49qui nécessitent une hospitalisation, on va pouvoir être rassurés nous,
07:53le faire entrer à son domicile en donnant une vraie explication à la famille
07:57de la cause de ces symptômes.
08:00Et donc finalement, la prise en charge ambulatoire, médico-économique,
08:03coûte moins cher qu'une hospitalisation qui ne serait pas justifiée.
08:07Globalement, je pense qu'on arrive à diminuer les coûts
08:10en identifiant plus rapidement les virus.
08:17Avec le professeur Contanti, on fait une veille épidémiologique.
08:21En fait, le laboratoire de virologie participe au réseau rénal
08:24et de façon hebdomadaire, on reçoit un bulletin épidémiologique.
08:28Début novembre, on commence à surveiller l'arrivée de la grippe.
08:31Et quand la grippe, on considère qu'elle arrive à un certain taux de positivité,
08:36on va déclencher des tests de biologie délocalisée aux urgences.
08:39Donc en fait, cela nous permet de faire le bon test au bon patient au bon moment.
08:43Alors nous, on a mis un cut-off qui est arbitraire,
08:45mais il y a un cut-off qu'on a discuté entre nous.
08:47Quand on voit que les prélèvements qui sont faits en ville
08:50dépassent 5% de positivité sur le virus comme pour la grippe,
08:55et bien finalement, on va engranger et déclencher notre stratégie
08:59de détection de ces virus à l'intérieur de l'hôpital.
09:01Et on va activer nos machines et nos PCR délocalisées
09:04pour pouvoir mettre en place ces tests.
09:07Donc on suit cette période épidémique en ville
09:10et on adapte notre prise en charge à l'hôpital,
09:12mais toujours en concertation presque une fois par semaine
09:15avec le service de microbiologie.
09:17C'est le bon test au bon moment pour le bon patient.
09:19Donc il faut vraiment aller détecter les choses
09:21quand on pense que cela va être utile en termes de prise en charge thérapeutique
09:24pour le patient, en termes de filiarisation,
09:26mais aussi avec une vision des coûts qui doit être efficace.
09:29Chaque test qu'on fait au patient, il a un coût.
09:32Il faut que le test qu'on mette en place,
09:33il soit bien sûr utile pour le patient.
09:36Il faut qu'il change la prise en charge thérapeutique du patient,
09:38mais il faut aussi que nous, on s'y retrouve économiquement.
09:41On ne peut pas tester tous les patients toute l'année
09:45avec ces PCR délocalisés,
09:47parce qu'en fait, ce serait comme jeter de l'argent public à la poubelle.
09:53On a choisi à Nice de mettre ces machines au plus près, finalement,
09:58de l'équipe médicale.
09:59Donc on a une machine de PCR délocalisée
10:01qui est positionnée dans chaque zone de soins,
10:04dans chaque bureau médical.
10:06Comme ça, le médecin, quand il a fini sa prise en charge,
10:08va déclencher le prélèvement,
10:11va le mettre dans la machine pour qu'elle soit techniquée,
10:13et au bout de 10 minutes, on va avoir le résultat instantanément
10:18qu'on pourra regarder sur notre logiciel de métier,
10:21parce qu'on est connecté au laboratoire central de l'hôpital.
10:23Et dès qu'on a le résultat,
10:24on va pouvoir mettre un petit drapeau rouge sur notre logiciel de métier
10:28qui va aussi informer toute l'équipe soignante
10:30que ce patient, finalement, il est contaminé par la grippe ou par le Covid.
10:34Et donc là, vont se mettre en place toute la procédure d'isolement
10:38qui convient en fonction du virus qu'on aura mis en évidence.
10:43C'est parti !

Recommandations