00:00 J'ai l'impression qu'on veut distribuer la petite pilule magique pour mourir,
00:02 simplement parce que ça coûtera moins cher que de développer des équipes d'HLD
00:06 qui, elles, pourraient faire en sorte que la fin de vie se passe dans la dignité entourée des gens qu'on aime.
00:10 J'ai écrit ce livre suite à la, non pas la polémique, mais disons,
00:21 à commencer à ressortir les histoires de la fin de vie.
00:23 Et on parlait du suicide assisté et de l'euthanasie,
00:26 des choses auxquelles je suis totalement opposé en tant que médecin et en tant qu'homme.
00:29 Et j'avais envie de raconter un peu une forme d'expérience,
00:31 c'est-à-dire certaines fins de vie que j'ai pu amener à gérer dans mes serbes généralistes,
00:35 pour démontrer que tout compte fait, le suicide assisté et l'euthanasie n'étaient pas la solution la plus ultime,
00:40 puisque la loi Leonetti est très bien faite.
00:43 C'est une histoire d'une jeune femme qui a un cancer, un enfant malheureusement qui a une leucémie.
00:50 Je raconte aussi comment j'ai accompagné un de mes confrères et amis jusqu'au bout,
00:53 comment j'ai accompagné mon père également.
00:55 Je parle de ma fin de vie à moi parce que c'est aussi une chose auquel il faut savoir penser.
00:58 Et puis naturellement, derrière, il y a toute une réflexion sur le métier de médecin,
01:02 sur la gestion de la fin de vie justement.
01:04 Régulièrement, le médecin est confronté à la vie, la maladie et la mort.
01:10 Il y a 30 ans, quand j'ai commencé, les gens mouraient plus chez eux.
01:13 Aujourd'hui, malheureusement, ils meurent souvent sur un brancard, dans une salle d'urgence, souvent seuls,
01:17 alors que le minimum qu'on peut apporter aux gens, c'est de leur permettre de mourir à domicile,
01:21 avec une aide, notamment la HAD, qui permet de faire cette césation palliative,
01:25 même si nous, généralistes, on a notre disposition malamorphine.
01:28 Quand les gens sont beaucoup trop algiques, on propose d'augmenter la morphine,
01:31 tout en expliquant naturellement à la famille qu'en augmentant la morphine,
01:34 on va céder, enfin une cédation de la douleur, avec le risque, malheureusement, que les choses s'arrêtent tout doucement.
01:39 C'est d'être présent, d'y aller tous les jours.
01:45 C'est parfois simplement tenir la main de quelqu'un.
01:47 Et puis, il n'y a pas une fin de vie, mais des fins de vie.
01:49 Tout le monde ne veut pas mourir de la même manière.
01:51 Quand on est jeune, on n'y pense pas parce qu'on pense à la mort des autres et pas trop à la sienne.
01:54 Quand on est malade, on commence un peu à y penser.
01:56 Et puis, vous savez, même en tant que médecin, on reste humain.
01:58 Et la fin de vie des autres, c'est une sorte de miroir, une mise en abîme,
02:01 qui nous permet aussi de nous interroger sur la manière dont nous-mêmes voudrions que ça se passe pour nous et notre famille.
02:05 Ah, moi, je trouve que c'est un débat qui n'a pas lieu d'être.
02:11 C'est une manière encore de noyer le poisson.
02:13 Vous savez, c'est comme la corrida.
02:14 Ceux qui sont pour n'arriveront jamais à convaincre ceux qui sont contre réciproquement.
02:17 Maintenant, il faut trouver les côtes mal taillées.
02:19 Surtout, beaucoup d'écoute, savoir un peu ce que les gens désirent,
02:21 mais pas leur proposer des solutions qui sont complètement délirantes.
02:24 J'ai l'impression qu'on veut distribuer la petite pilule magique pour mourir,
02:27 simplement parce que ça coûtera moins cher que de développer les équipes d'HLD,
02:30 qui, elles, pourraient faire en sorte que la fin de vie se passe dans la dignité entourée des gens qu'on aime.
02:34 La loi Lenetti est très bien faite.
02:36 Il faut pouvoir l'appliquer en mettant les moyens de l'appliquer.
02:39 De moins en moins, les gens commencent un peu à en parler.
02:44 Au départ, la mort était quelque chose qu'on cachait un petit peu.
02:47 Maintenant, les gens commencent un peu à en parler, à s'y préparer,
02:50 à nous dire des choses quelquefois qui sont un peu délirantes,
02:52 en disant "naturellement, vous viendrez mourir quand le moment est venu".
02:54 Non, le médecin, il soigne, il se bat pour la vie.
02:57 Un médecin n'est pas là pour tuer.
02:59 Là, aujourd'hui, à l'instant T, non, pas du tout,
03:04 mais le jour où ça viendra, je pense que, comme tout le monde, j'aurai...
03:07 Vous vous rendez compte, mourir, c'est abandonner des milliards de choses qu'on aime,
03:11 et surtout se dire que vont devenir ceux qui restent.
03:13 Donc c'est quand même très, très compliqué.
03:14 Je suis...
03:19 Styloscope.
03:21 Ah, mais j'adore m'emmerder.
03:22 S'il n'y a pas une période où vous vous ennuyez, vous ne pouvez pas créer.
03:25 L'ennui fait partie de la création.
03:26 C'est un truc qui est fondé sur mon expérience personnelle.
03:32 Je pense que, comme tout le monde, vous avez probablement déjà été opéré.
03:34 Au moment où vous descendez au bloc, au moment où vous remontez du bloc,
03:36 il y a un blackout complet.
03:37 C'est-à-dire qu'on ne sait absolument pas où vous êtes,
03:39 et la famille est très angoissée,
03:40 parce que, souvent, il y a du retard au bloc,
03:42 parce que le chirurgien est en retard, il y a une urgence qui vient s'intercaler,
03:44 et la famille n'est pas au courant.
03:45 Avec le système Hermès, c'est une application qui est active dans les blocs opératoires.
03:49 À chaque étape du parcours chirurgical,
03:52 l'infirmier qui fait l'identité aux vigilances,
03:54 il appuie sur un bouton, et à ce moment-là, il y a un SMS qui part vers les familles
03:57 en disant "votre mère, votre père, votre sœur vient de descendre au bloc,
04:00 ils viennent de rentrer en salle de réveil".
04:01 Et c'est très rassurant, non seulement pour la famille,
04:04 mais moi, pour l'avoir vécu, pour le patient lui-même.
04:06 Ah, ça, ça ne s'explique pas.
04:10 C'est comme une envie irrépressible.
04:12 J'ai toujours voulu écrire des choses comme ça,
04:13 mais je n'ai pas pu le faire.
04:14 J'ai toujours eu une envie irrépressible.
04:16 J'ai toujours voulu écrire.
04:17 Je suis issu d'une famille un peu d'écrivain,
04:18 mes parents étaient journalistes et écrivains également,
04:20 donc j'ai baigné toujours dans ce bouillonnement un peu culturel et d'écriture.
04:24 Et puis un beau jour, on ressent un besoin irrépressible d'écrire,
04:27 mais ce qui est important surtout, c'est de savoir s'évaluer de la médecine,
04:29 parce que je n'écris pas que sur la médecine.
04:31 Sinon, ça serait d'un triste.
04:32 "Odeo" en latin, ça veut dire "j'ose".
04:38 "Odeo" en latin, ça veut dire "j'ose".
04:41 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
04:44 [Musique]
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