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  • il y a 2 jours
La recherche sur la maladie d’Alzheimer connaît une période charnière. Nouveaux biomarqueurs, arrivée de traitements ciblés, évolution du diagnostic : les avancées se multiplient, avec leur lot d’espoirs mais aussi de questions. Le Dr Nicolas Villain nous éclaire sur ces transformations et sur les défis qu’il reste à relever.

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Transcription
00:00Quand autant de cerveaux se mettent à réfléchir à un problème et tenter de le résoudre,
00:05ça va forcément aboutir à un résultat.
00:14Les anticorps anti-amilieux, il faut le savoir, ne sont pas autorisés en France.
00:18La Haute Autorité de Santé a jugé qu'ils n'étaient pas cliniquement pertinents et qu'ils étaient dangereux,
00:23donc ils n'ont pas accédé au remboursement.
00:25Là, on parle de médicaments qui sont autorisés et remboursés dans le système de soins publics aux États-Unis et
00:31au Japon,
00:31et puis autorisés en Europe.
00:33Ils sont révolutionnaires en revanche, parce qu'ils vont cibler un des mécanismes de la maladie, qui est évidemment complexe.
00:38Pour la première fois depuis 30 ans, on avait un médicament qui, dans une phase 3, a montré de façon
00:43robuste une efficacité,
00:45qui reste certes modeste, mais qui est bien réelle.
00:47Donc c'est un changement de paradigme.
00:49Ce qui est important, c'est de poursuivre et de combiner les traitements.
00:52Mais il faut avancer, il faut avancer évidemment en toute sécurité.
00:56Moi, je suis parmi ceux qui soutiennent que la France aurait dû au moins juger un bénéfice modeste à ses
01:02traitements
01:02et les mettre sur le marché dans une population restreinte.
01:07On les mène premièrement avec passion, parce que je crois que s'il n'y a pas de passion,
01:11on n'accepterait pas une charge de travail aussi importante.
01:13Et puis c'est elle-même qui nous force aussi quelque part à être nous-mêmes coupables
01:19et nous rajouter de la charge de travail quand on n'en a pas forcément besoin,
01:22parce qu'effectivement on est passionné par ce qu'on fait.
01:24Et on se dit, tiens, c'est intéressant, je viens de voir ce patient.
01:27J'ai cette idée, je vais me lancer un nouveau projet de recherche,
01:30alors que j'en ai déjà deux, trois en parallèle.
01:32Puis c'est avant tout aussi un travail d'équipe,
01:34donc il y a des choses que l'on fait à plusieurs.
01:36Et évidemment, ce n'est pas seul que l'on avance.
01:41J'ai hésité beaucoup au lycée, entre faire de la biologie et de la médecine,
01:46puis j'ai eu ce pragmatisme à 17 ans de me dire,
01:49bon, médecin, je suis sûr d'avoir un métier.
01:51Et puis en première année de médecine, une fois le concours réussi,
01:54j'ai eu l'opportunité de faire le double cursus proposé par l'école de l'Inserm,
01:59qui m'a permis de réconcilier mon dilemme de lycéen.
02:04Donc j'ai pu m'engager dans cette double voie dès le début de mes études de médecine.
02:10Je m'intéresse à la maladie d'Alzheimer.
02:12C'est une maladie que tout le monde connaît, que tout le monde craint,
02:15pour laquelle aujourd'hui, même si on fait du mieux qu'on peut,
02:18malheureusement, il n'y a pas vraiment de traitement curatif disponible.
02:21Travailler à la recherche diagnostique, à la recherche thérapeutique dans cette maladie,
02:24c'est extrêmement encourageant.
02:26Et c'est ça qui motive et qui se dit qu'aujourd'hui,
02:29même si je ne peux pas sauver ce patient,
02:31peut-être que dans cinq ans, dans dix ans, il en sera autrement pour les suivants.
02:37Aujourd'hui, on fait un diagnostic de maladie d'Alzheimer
02:39sur la base des tests de mémoire que l'on fait,
02:41au lit du patient ou en consultation,
02:43et également sur des tests biologiques.
02:45On va doser des marqueurs biologiques, donc des biomarqueurs,
02:47qui reflètent les lésions neuropathologiques que l'on observe dans le cerveau.
02:51Et nous, on contribue à cette recherche.
02:53Évidemment, on n'est pas les seuls.
02:54On contribue à cette recherche pour trouver de nouvelles cibles,
02:56de nouveaux biomarqueurs,
02:57et également valider notamment leurs valeurs pronostiques.
03:00On sait qu'aujourd'hui, ces biomarqueurs,
03:02à une bonne valeur diagnostique, on a moins de bons biomarqueurs pronostiques.
03:06Donc, on travaille sur ces dimensions-là.
03:10En même temps que ces biomarqueurs arrivent,
03:12effectivement, certains veulent aller plus vite que la musique
03:15et complètement redéfinir la maladie juste sur la base des biomarqueurs.
03:18En redéfinissant la maladie sur la simple base des biomarqueurs,
03:21en fait, on change ce qu'est elle-même la maladie
03:24parce qu'en fait, on va déjà multiplier par quatre la prévalence de la maladie,
03:27ce qu'on va prendre en compte trois quarts des personnes
03:30qui ont des biomarqueurs, mais qui n'ont pas de symptômes.
03:32Donc, ce n'est plus la même maladie,
03:33ça devient une maladie avec un pronostic beaucoup plus hétérogène,
03:36beaucoup de cas bénins.
03:37Et puis, aussi, se pose la question, au-delà du surdiagnostic,
03:40de celle du surtraitement,
03:42parce que des traitements ciblés arrivent sur les gens
03:45qui ont des biomarqueurs positifs.
03:46Évidemment, en multipliant la prévalence par quatre,
03:48se peut aussi se poser la question du surtraitement.
03:50Donc, moi, je me bats au sein de l'International Working Group
03:53pour une définition qui reste clinique et biologique.
03:59C'est que c'est un domaine extrêmement actif,
04:01mais quand je dis extrêmement, c'est que c'est difficile à suivre parfois.
04:05Il y a un vrai dynamisme dans ce domaine,
04:07beaucoup plus que quand j'ai commencé à m'intéresser
04:09à la maladie d'Alzheimer il y a déjà 20 ans.
04:11Ça, ça m'en optimise, parce que quand autant de cerveaux
04:14se mettent à réfléchir à un problème et tenter de le résoudre,
04:18ça va forcément aboutir à un résultat.
04:19Mais on a des avancées quand même concrètes,
04:22capables de fournir des résultats à moyen terme.
04:24Reste à nous de les concrétiser à long terme.
04:29C'est un dialogue, car d'un côté, vous avez les patients
04:32qui vous donnent des idées, qui vous inspirent,
04:34qui vous montrent aussi à quel point la maladie est complexe,
04:37qu'on ne peut pas la réduire à une simple voie moléculaire.
04:40Et de l'autre côté, effectivement, vous avez les chercheurs
04:42qui vous montrent qu'on peut résoudre des problèmes complexes,
04:46qu'on peut apporter des solutions.
04:47Ça va vraiment du lit vers la paillasse,
04:50et de la paillasse vers le lit.
04:51Et c'est un éternel ping-pong, et c'est ça qui permet d'avancer.
04:57Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait.
05:00Je pense que c'est crucial dans nos métiers,
05:02éviter de trop se mettre de barrières intellectuelles,
05:04de penser large, et c'est comme ça que vous avancerez.
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