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  • il y a 2 jours
Certaines rencontres nous marquent plus que d’autres, au point de changer notre regard sur la vie. Le Pr Louis Dubertret revient sur celles qui ont façonné son parcours et nourri sa réflexion dans son livre "Vivre, c’est rencontrer".

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Transcription
00:00On est à la fois des scientifiques et des artistes.
00:02Et s'il n'y a pas les deux, il y a quelque chose qui manque.
00:12Lorsque l'on consulte des patients, on vit dans un monde de relations.
00:17Lorsque l'on fait de la recherche, on étudie les relations entre les molécules, les cellules,
00:22et on se rend compte que toute l'évolution, c'est un tissu de relations
00:26qui s'est complexifié progressivement jusqu'à aboutir à l'homme.
00:28Le bonheur de nos patients dépend de la qualité d'envie de relation,
00:33que leur relation avec les traitements, c'est un enjeu majeur.
00:38Et donc, ce livre est une réflexion sur la relation à tous les niveaux, y compris la vie spirituelle.
00:48En médecine, il y a deux approches complémentaires essentielles.
00:52La médecine scientifique, qui repose sur l'étude de population,
00:56et l'art de soigner, qui est l'art d'appliquer des connaissances obtenues sur des populations
01:01à monsieur untel ou madame untel.
01:04Donc, on est à la fois des scientifiques et des artistes.
01:07Et s'il n'y a pas les deux, il y a quelque chose qui manque.
01:09Cet ajustement, ce dialogue, donc ça se passe en quatre temps, le questionnement.
01:13Après ça, les explications sur comment fonctionne votre maladie.
01:16Il y a la négociation, qui est le point médical principal.
01:19On va essayer de se mettre d'accord sur une approche thérapeutique,
01:23et puis sur les façons de la modifier, sur la façon d'ajuster les choses petit à petit,
01:27exactement comme un tailleur négocie avec son client sur la façon d'ajuster.
01:32Et puis après ça, il y a la prescription, qui ne devrait jamais être une ordonnance,
01:35mais qui devrait être un contrat d'accord mutuel.
01:38Cet apprentissage fait que l'on découvre que toute la vie de nos malades se fait à travers des rencontres.
01:44C'est dans ce contexte-là que l'on se pose des questions de la vie spirituelle,
01:47puisque qui dit rencontre, dit accompagnement, dit alliance, dit ouverture à l'autre,
01:53dit déplacement de son centre de gravité vers l'autre.
01:56Et à ce moment-là, on rentre dans le domaine de la vie spirituelle
01:58qui concerne aussi bien les croyants que les incroyants.
02:04Ils ont tous changé ma façon d'exercer la médecine.
02:08Par exemple, le patient couvert de psoriasis, de squam,
02:11qu'on suivait à la trace dans les couloirs avec toutes les squam,
02:14qui vient, s'assoit en face de moi, puis je lui commence à l'expliquer, négocier,
02:18et puis je me rends compte qu'il s'en foutait complètement.
02:20Et alors pourquoi vous êtes là ?
02:21C'est parce que ma femme m'en a marre de passer l'aspirateur.
02:27Il faut vraiment essayer de comprendre ce que le malade attend de vous.
02:31Et le malade, il ne l'exprime pas jamais clairement.
02:34Par exemple, une autre anecdote, une malade vient hospitaliser dans sa vie
02:39pour un ulcère de jambe.
02:41On la soigne et on discute autour d'elle sur les techniques qui permettraient de cicatriser.
02:45Et puis en interrogeant, je me rends compte que son ulcère de jambe,
02:49c'est toute sa vie.
02:50Elle est toute seule, complètement isolée,
02:52et ce seul contact avec le monde, c'est les gens qui viennent faire des soins.
02:56Et à ce moment-là, la conclusion a été,
02:58on va continuer les soins, mais on ne va surtout pas la cicatriser,
03:01parce que si on la cicatrise, on va la tuer.
03:03Le point de vue objectif technique passe au second plan
03:06par rapport à la réalité du malade.
03:11Quand j'explique un petit peu la médecine centrée sur le patient,
03:14on me dit, écoutez, ça prend trop de temps.
03:16Effectivement, ce sont des consultations qui peuvent prendre facilement
03:19trois quarts d'heure, une heure, une heure et quart.
03:20Et je n'ai absolument pas le temps de le faire dans la vie quotidienne,
03:24mais il y a quelques malades que je repère
03:26qui ont besoin qu'on parle,
03:29et je les convoque le samedi matin
03:32où je prends trois quarts d'heure
03:33pour deux ou trois patients de la semaine
03:35pour lesquels j'ai besoin d'exercer cette médecine
03:38dans toute sa complexité.
03:41Et donc, si vous pratiquez,
03:43si vous vous exercez toute votre vie
03:45à pratiquer cette médecine centrée sur cette technique
03:48une ou deux fois par semaine,
03:50ça change votre regard
03:51et votre façon de sentir le patient
03:53pour tous les autres patients.
03:55Et donc, c'est un exercice qu'on fait de façon limitée
03:58pour des raisons évidentes que vous avez soulignées,
04:01mais qui éclaire toute votre pratique.
04:06La rencontre qui m'a le plus changé,
04:08c'est la rencontre avec Dieu.
04:09C'est quelque chose d'extrêmement impossible à définir.
04:12Puis la seconde rencontre, c'est avec mon épouse
04:14ou ça, c'est pareil, un tout petit quelque chose.
04:17Et puis, après quatre, cinq, six ans,
04:19on s'est dit que peut-être ça pourrait continuer.
04:24Qu'il reprenne et qu'il continue et qu'il développe
04:28ce qui fait tout le charme de sa vie,
04:30tout le sens de sa vie,
04:31qui est la relation avec les autres.
04:37Tout ce qui nous sépare, nous le ferons chanter
04:40et c'est cette chanson qui nous réunira.
04:42Sous-titrage Société Radio-Canada
04:45Sous-titrage Société Radio-Canada

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