00:00On est à la fois des scientifiques et des artistes.
00:02Et s'il n'y a pas les deux, il y a quelque chose qui manque.
00:12Lorsque l'on consulte des patients, on vit dans un monde de relations.
00:17Lorsque l'on fait de la recherche, on étudie les relations entre les molécules, les cellules,
00:22et on se rend compte que toute l'évolution, c'est un tissu de relations
00:26qui s'est complexifié progressivement jusqu'à aboutir à l'homme.
00:28Le bonheur de nos patients dépend de la qualité d'envie de relation,
00:33que leur relation avec les traitements, c'est un enjeu majeur.
00:38Et donc, ce livre est une réflexion sur la relation à tous les niveaux, y compris la vie spirituelle.
00:48En médecine, il y a deux approches complémentaires essentielles.
00:52La médecine scientifique, qui repose sur l'étude de population,
00:56et l'art de soigner, qui est l'art d'appliquer des connaissances obtenues sur des populations
01:01à monsieur untel ou madame untel.
01:04Donc, on est à la fois des scientifiques et des artistes.
01:07Et s'il n'y a pas les deux, il y a quelque chose qui manque.
01:09Cet ajustement, ce dialogue, donc ça se passe en quatre temps, le questionnement.
01:13Après ça, les explications sur comment fonctionne votre maladie.
01:16Il y a la négociation, qui est le point médical principal.
01:19On va essayer de se mettre d'accord sur une approche thérapeutique,
01:23et puis sur les façons de la modifier, sur la façon d'ajuster les choses petit à petit,
01:27exactement comme un tailleur négocie avec son client sur la façon d'ajuster.
01:32Et puis après ça, il y a la prescription, qui ne devrait jamais être une ordonnance,
01:35mais qui devrait être un contrat d'accord mutuel.
01:38Cet apprentissage fait que l'on découvre que toute la vie de nos malades se fait à travers des rencontres.
01:44C'est dans ce contexte-là que l'on se pose des questions de la vie spirituelle,
01:47puisque qui dit rencontre, dit accompagnement, dit alliance, dit ouverture à l'autre,
01:53dit déplacement de son centre de gravité vers l'autre.
01:56Et à ce moment-là, on rentre dans le domaine de la vie spirituelle
01:58qui concerne aussi bien les croyants que les incroyants.
02:04Ils ont tous changé ma façon d'exercer la médecine.
02:08Par exemple, le patient couvert de psoriasis, de squam,
02:11qu'on suivait à la trace dans les couloirs avec toutes les squam,
02:14qui vient, s'assoit en face de moi, puis je lui commence à l'expliquer, négocier,
02:18et puis je me rends compte qu'il s'en foutait complètement.
02:20Et alors pourquoi vous êtes là ?
02:21C'est parce que ma femme m'en a marre de passer l'aspirateur.
02:27Il faut vraiment essayer de comprendre ce que le malade attend de vous.
02:31Et le malade, il ne l'exprime pas jamais clairement.
02:34Par exemple, une autre anecdote, une malade vient hospitaliser dans sa vie
02:39pour un ulcère de jambe.
02:41On la soigne et on discute autour d'elle sur les techniques qui permettraient de cicatriser.
02:45Et puis en interrogeant, je me rends compte que son ulcère de jambe,
02:49c'est toute sa vie.
02:50Elle est toute seule, complètement isolée,
02:52et ce seul contact avec le monde, c'est les gens qui viennent faire des soins.
02:56Et à ce moment-là, la conclusion a été,
02:58on va continuer les soins, mais on ne va surtout pas la cicatriser,
03:01parce que si on la cicatrise, on va la tuer.
03:03Le point de vue objectif technique passe au second plan
03:06par rapport à la réalité du malade.
03:11Quand j'explique un petit peu la médecine centrée sur le patient,
03:14on me dit, écoutez, ça prend trop de temps.
03:16Effectivement, ce sont des consultations qui peuvent prendre facilement
03:19trois quarts d'heure, une heure, une heure et quart.
03:20Et je n'ai absolument pas le temps de le faire dans la vie quotidienne,
03:24mais il y a quelques malades que je repère
03:26qui ont besoin qu'on parle,
03:29et je les convoque le samedi matin
03:32où je prends trois quarts d'heure
03:33pour deux ou trois patients de la semaine
03:35pour lesquels j'ai besoin d'exercer cette médecine
03:38dans toute sa complexité.
03:41Et donc, si vous pratiquez,
03:43si vous vous exercez toute votre vie
03:45à pratiquer cette médecine centrée sur cette technique
03:48une ou deux fois par semaine,
03:50ça change votre regard
03:51et votre façon de sentir le patient
03:53pour tous les autres patients.
03:55Et donc, c'est un exercice qu'on fait de façon limitée
03:58pour des raisons évidentes que vous avez soulignées,
04:01mais qui éclaire toute votre pratique.
04:06La rencontre qui m'a le plus changé,
04:08c'est la rencontre avec Dieu.
04:09C'est quelque chose d'extrêmement impossible à définir.
04:12Puis la seconde rencontre, c'est avec mon épouse
04:14ou ça, c'est pareil, un tout petit quelque chose.
04:17Et puis, après quatre, cinq, six ans,
04:19on s'est dit que peut-être ça pourrait continuer.
04:24Qu'il reprenne et qu'il continue et qu'il développe
04:28ce qui fait tout le charme de sa vie,
04:30tout le sens de sa vie,
04:31qui est la relation avec les autres.
04:37Tout ce qui nous sépare, nous le ferons chanter
04:40et c'est cette chanson qui nous réunira.
04:42Sous-titrage Société Radio-Canada
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