Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 9 heures
Vendredi 9 octobre 2026, retrouvez Alexandra Dalu (Médecin nutritionniste), Serge Hercberg (Professeur de nutrition) et Yohan Atlan (Fondateur, Ingread) dans SANTÉ FUTURE, une émission présentée par Alix Nguyen.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:08Bonjour à tous et à tous, bienvenue dans Santé Futur, votre rendez-vous dédié à l'innovation et à l
00:12'avenir de la santé.
00:14D'après Santé Public France, 99% des Français connaissent le Nutri-Score.
00:19Et parmi ceux qui le connaissent, 68% déclarent en tenir compte dans leurs achats.
00:24En janvier 2026, plus de 1500 entreprises et marques l'utilisaient, soit plus de 60% du marché alimentaire en
00:30volume.
00:31En moins de 10 ans, ce logo allant du A vert au E rouge s'est donc imposé dans les
00:36rayons et dans les habitudes des consommateurs.
00:38Mais son affichage reste facultatif.
00:41Et pour la première fois en 2025, sa présence a même légèrement reculé après le retrait de plusieurs marques.
00:47Alors faut-il rendre le Nutri-Score obligatoire ? La question revient en force dans le débat politique.
00:52Le 25 septembre dernier, une pétition déposée sur le site de l'Assemblée nationale a franchi le cap des 100
00:58000 signatures.
00:59Le débat doit aussi revenir dans les prochaines semaines au Parlement à l'occasion de l'examen du PLFSS 2027.
01:06On en parle avec nos deux invités, Serge Ergberg, médecin nutritionniste et épidémiologiste,
01:14ancien président du programme national nutrition santé à l'origine du Nutri-Score,
01:19professeur de nutrition à l'université Sorbonne-Paris-Nord.
01:22Le docteur Alexandra Dallu, médecin nutritionniste, est également avec nous à distance.
01:29Et puis Nutri-Score, calories, compositions, jamais nous n'avons eu accès à autant d'informations sur ce que nous
01:35mangeons.
01:35Mais que se passe-t-il lorsque ces repères prennent trop de place ?
01:39Camille Rewal s'est intéressée aux troubles des comportements alimentaires.
01:43Enfin, dans notre pépite santé, une même étiquette alimentaire ne dit pas nécessairement la même chose à chacun d'entre
01:49nous.
01:49Allergies, grossesses, diabète, régime végétarien ou contraintes religieuses,
01:53comment savoir rapidement si un produit correspond réellement à notre profil ?
01:57C'est l'objectif d'Ingrid, une application qui propose une lecture personnalisée des étiquettes alimentaires.
02:05Son fondateur, Johan Atlan, sera notre invité.
02:12Bonjour à tous les deux, bienvenue dans Santé Futur.
02:15Serge Hergberg, je commence avec vous.
02:1899% des Français, je le disais, connaissent le Nutri-Score.
02:22On pourrait presque dire que le pari de la notoriété est gagné.
02:26Mais rappelons peut-être ce qu'il est censé faire.
02:29Qu'est-ce que nous dit réellement le Nutri-Score et qu'est-ce qu'il ne nous dit pas
02:32?
02:33Le Nutri-Score, c'est un système d'information nutritionnelle, vous l'avez rappelé, sous forme colorisante.
02:37qui va du vert au rouge, A, A, E, et qui permet à poser sur la face avant des emballages
02:43des aliments,
02:43au consommateur de pouvoir juger d'un simple coup d'œil la qualité nutritionnelle globale des aliments
02:49et pouvoir ainsi comparer les aliments et orienter ses choix, s'il le souhaite,
02:54vers des aliments de meilleure qualité nutritionnelle, plus favorables à leur santé.
02:59Il y a un deuxième objectif également avec le Nutri-Score, c'est pousser les industriels à reformuler,
03:03à innover pour retirer un peu de gras, un peu de sucre, un peu de sel,
03:07pour mettre à la disposition des consommateurs des aliments qui soient un peu plus favorables sur le plan nutritionnel.
03:13Et est-ce qu'on sait mesurer, au-delà du déclaratif, son impact réel sur nos comportements alimentaires ?
03:20Alors, on avait déjà beaucoup d'études qui ont été faites, qui ont montré que le fait d'afficher le
03:25Nutri-Score sur les aliments
03:26impacte les choix des consommateurs, donc des études faites en magasin expérimental, en supermarché virtuel,
03:33et même en condition réelle, ont montré que ça améliorait les choix et que le panier alimentaire était plus favorable
03:40à la santé.
03:41Et puis, on a maintenant, depuis qu'il est mis en place, des données statistiques qui montrent que dans les
03:46ventes en supermarché,
03:48les produits qui sont moins bien classés par Nutri-Score, D ou E, voient leur vente légèrement diminuer, de l
03:54'ordre de 10% par an,
03:55et ceux qui sont classés A ou B voient leur vente augmenter de A ou B.
04:00Il ne s'agit pas de supprimer la consommation et la vente dans les produits D et E,
04:04mais simplement, il faut en effet alerter les consommateurs sur le fait qu'il faut éviter de consommer ces produits
04:10en trop grande quantité.
04:10C'est ce qu'on voit dans ces statistiques.
04:13Alexandra Dallu, je m'adresse à vous.
04:15Dans votre pratique, est-ce que vous voyez les patients qui utilisent réellement le Nutri-Score pour orienter leur alimentation
04:22?
04:24Alors, déjà dans ma pratique au cabinet médical, les patients viennent me voir pour différents symptômes.
04:32Ils ne viennent pas me voir pour parler du Nutri-Score.
04:36Mais j'ai toujours trouvé que le système de colorimétrie, avec en effet le côté très visuel et en même
04:47temps les lettres ABCDE,
04:50permettait en effet aux consommateurs, surtout par rapport à la rapidité quand on fait ses courses,
04:57parce qu'il faut se souvenir que quand on fait des courses pour toute une famille,
05:01on ne va peut-être pas passer une heure pour pouvoir vérifier tout.
05:07Donc, je trouve que c'est quand même le Nutri-Score, encore une fois, un concept intéressant.
05:15Maintenant, c'est toujours pareil, c'est une forme de schéma.
05:21Et dans un schéma, on ne peut pas avoir tous les détails.
05:24Il faut se souvenir que dans l'alimentation, ce qui va compter aussi, c'est ce que vous faites,
05:30peut-être pas au quotidien, mais de façon hebdomadaire,
05:33et avec ce qu'on appelle la biodisponibilité,
05:36c'est-à-dire qu'un aliment avec un autre va être intéressant s'ils sont compatibles.
05:44Par exemple, quand vous mangez de la viande ou du poisson ou des œufs,
05:50vous avez du zinc, vous avez du fer, vous avez bien sûr de la vitamine D aussi, de l'iode.
05:59Mais si on parle du fer et du zinc, ils vont être très très mal absorbés
06:04si, à côté de ça, vous consommez un produit laitier qui va être riche en calcium.
06:11Donc, on a deux produits qui vont être plutôt A ou B
06:15et qui sont donc très bien notés en Nutri-Score.
06:18Mais si vous les associez, vous perdez un petit peu en qualité d'absorption de votre fer.
06:24Donc, les patients, quand ils viennent me voir, ils viennent parce qu'ils sont malades.
06:28Je suis médecin avant tout, donc ils viennent pour des problèmes de surpoids ou d'obésité.
06:32Ils viennent parce qu'ils sont fatigués, ils viennent parce qu'ils ont des troubles du sommeil, etc.
06:37Je suis médecin anti-âge, donc c'est quelque chose de très très global.
06:39On fait beaucoup d'endocrinologie.
06:42Après, quand on est amené à avoir un petit peu d'astuce,
06:46sans tomber dans l'orthorexie, parce que vous avez annoncé aussi le fait d'un sujet
06:52sur le trouble du comportement alimentaire,
06:54il faut être un petit peu pragmatique et simplifier la vie des gens.
07:01Donc, encore une fois, on peut parler d'astuces.
07:04Mais après, c'est vrai que dans un caddie, si on se retrouve avec des produits qui sont plutôt abaissés,
07:09bon, ça va être une bonne chose.
07:12Si on est encore dans le détail, les fromages, nos fromages français,
07:17qui sont de très bonne qualité, sont très mal notés.
07:21Alors que dans les fromages, vous avez du calcium,
07:24vous avez aussi des protéines qui peuvent être des protéines intéressantes
07:27pour des gens qui sont végétariens.
07:29Alors, bien sûr, vous avez du sel, mais vous avez aussi des probiotiques.
07:34Et les probiotiques, qui sont actuellement vraiment au top de la recherche,
07:41puisque au sein de l'Inserm Pasteur, vous avez un tas d'études,
07:48dont l'étude nationale French Gut, qui fait des rapprochements entre votre microbiote,
07:55donc votre flore intestinale de bonnes bactéries qui vous protègent au niveau de l'immunité,
08:02et puis certaines maladies comme Alzheimer, comme Parkinson, et puis bien d'autres maladies.
08:08Donc, dans les fromages français, vous avez un tas de probiotiques,
08:13et il est très mal noté au niveau du nutricor, puisqu'il a des graisses et il a du sel.
08:19Mais il faut bien entendu remettre ça dans un contexte de vie pratique.
08:27C'est-à-dire que, par exemple, si vous avez un morceau de fromage le soir
08:31qui vous sert d'apport protéique avec un peu de salade, une petite soupe, une ratatouille,
08:36et puis un fruit, le fait d'avoir les végétaux qui ont plein de potassium,
08:43ça va aller annihiler l'apport de sel du fromage.
08:49Donc, vous voyez, on est plutôt sur des astuces au niveau des mélanges des aliments.
08:57Mais encore une fois, je rejoins Serge sur la praticité.
09:02C'est mieux que rien, et c'est mieux que toutes les applis
09:06pour des gens qui pourraient tomber aussi dans leur correxie.
09:09Donc, ce sont, elle le disait, les limites du Nutri-Score.
09:15Est-ce que c'était justement une mauvaise compréhension de l'outil ?
09:20Le Nutri-Score n'a jamais eu vocation à dire qu'un aliment est bon ou mauvais.
09:24Exactement. Ce qui est très important, c'est connaître les limites d'un logo nutritionnel,
09:28que ce soit le Nutri-Score ou un autre, ça n'informe que sur la composition nutritionnelle.
09:33Donc, ça permet de façon simple, intuitive et compréhensible par tous
09:37de pouvoir reconnaître les aliments qui sont les meilleurs qualités nutritionnelles ou les moins pires.
09:43Et presque tout le monde connaît les slogans de la nutrition.
09:46Il ne faut pas manger trop gras, trop sucré, trop salé.
09:48Mais quand vous êtes dans la jungle des rayons de supermarché,
09:51comment reconnaître ceux qui sont les moins gras, moins sucrés, moins salés ?
09:55Alors, soit vous retournez l'emballage de l'aliment, vous avez une formation suffisante
09:59pour être capable de lire ces tableaux incompréhensibles ou lisibles.
10:02Et en fin de compte, le Nutri-Score, ça ne fait que traduire ces données incompréhensibles
10:07pour le grand public, mais qui peuvent être mis sous une forme synthétique
10:13et donc aider vraiment le consommateur.
10:15Mais ça, c'est limite le Nutri-Score.
10:17Ce n'est pas le Nutri-Score qui a les 8 sols, règle tous les problèmes nutritionnels.
10:20Mais c'est un élément de transparence indispensable et surtout qui s'appuie sur de la science.
10:25Plus de 160 études ont montré l'intérêt et l'efficacité du Nutri-Score
10:30et notamment des grandes études sur des milliers, des dizaines de milliers,
10:33voire des centaines de milliers de sujets suivis de nombreuses années
10:36ont montré que le fait de manger des aliments mieux classés sur l'échelle du Nutri-Score
10:40était associé à un moindre risque d'obésité, de diabète, de certains cancers,
10:46de maladies cardiovasculaires et une réduction de la mortalité.
10:49Néanmoins, pour la première fois en 2025, je le disais aussi en introduction,
10:52la part des volumes de produits affichant le logo a légèrement diminué,
10:5663% contre 64% auparavant.
10:59Plusieurs marques ont décidé de le retirer de certains produits.
11:03Pourquoi ce recul maintenant ?
11:05Alors, ce qu'il faut se rappeler, c'est que quand le Nutri-Score a été proposé,
11:07il y a 10 ans, aucune marque n'en voulait.
11:10Lorsqu'il a été adopté officiellement, après 4 années de bataille intense
11:13contre les lobbies, en 2017, elles étaient 6, ces marques a adopté Nutri-Score,
11:18il y en a eu 50-100.
11:19Aujourd'hui, 1500 marques, vous avez rappelé 64% du marché.
11:24C'est bien, mais il y a des sociétés qui refusent Nutri-Score.
11:28Ferrero, Lactalis, Coca-Cola, Mars ou Mondelez combattent le Nutri-Score
11:32et n'ont pas envie de montrer la réalité de la composition nutritionnelle de leurs produits.
11:35Et cette légère déclinaison qu'il y a eu d'une année sur l'autre
11:44de la part du marché couvert par le Nutri-Score
11:47est dit au fait que le Nutri-Score a été mis à jour
11:49parce que la science évolue et que donc, comme tous les outils de santé publique,
11:53il doit lui-même évoluer.
11:55Certains produits sont évalués de façon plus sévère.
11:57Voilà, et certains produits sont évalués de façon plus sévère.
12:00Certaines céréales contenant des sucres ajoutés ou des boissons lactées.
12:02Exactement, ce qui fait que des groupes comme Danone, Kellogg's ou Biorg's
12:05se sont retirés du Nutri-Score
12:07mais contents de voir la réalité
12:10de la qualité nutritionnelle médiocre de certains de leurs produits
12:15réellement affichés.
12:16Donc, on est aujourd'hui un plafond de verre
12:19et c'est pour ça que pour forcer la main
12:22à ceux qui refusent d'afficher le Nutri-Score,
12:24pour éviter que des sociétés se désengagent,
12:26il faut le rendre obligatoire au bénéfice des consommateurs.
12:30Alexandra Dalu, sur le principe,
12:33êtes-vous favorable à un Nutri-Score obligatoire
12:36sur l'ensemble des produits concernés ?
12:39Oui, bien sûr.
12:40En tant que médecin et en tant que consommatrice,
12:47à savoir qu'on est plus de 10 millions de Français
12:51avec un problème de surpoids d'obésité,
12:54c'est un problème de santé publique.
12:55Et en effet, quand vous mangez des produits transformés,
13:02très salés, très sucrés,
13:04et aussi avec des graisses raffinées, hydrogénées,
13:07vous êtes à risque d'avoir des problèmes,
13:10comme l'a rappelé Serge,
13:14cardio, vasculaire, métabolique et cancer, bien sûr.
13:16Donc, c'est normal de rendre obligatoire ce Nutri-Score,
13:25qui, encore une fois, est synthétique,
13:27mais très, très pratique.
13:31Dans un cas dit, si vous retrouvez cas avec du D et du E,
13:34peut-être qu'il faut se poser des questions.
13:36Donc, même s'il y a, encore une fois, des limites,
13:40comme on a pu le rappeler un peu,
13:42tout schéma est intéressant.
13:43Enfin, voilà, ça vous fait quand même comprendre
13:46où vous allez dans votre nutrition.
13:49Serge Agberg, vous avez lancé,
13:51avec plusieurs de vos collègues,
13:52une pétition sur le site de l'Assemblée nationale
13:54pour demander que le Nutri-Score devienne obligatoire.
13:57Le 25 septembre, elle a dépassé les 100 000 signatures.
14:01Quel est aujourd'hui le principal obstacle
14:04à l'obligation du Nutri-Score en France ?
14:06Alors, d'un côté, vous avez une demande des consommateurs.
14:10Vous l'appelez, le Nutri-Score est très connu.
14:1271% des consommateurs demandent
14:15que le Nutri-Score soit obligatoire.
14:16Il y a de la science derrière,
14:18il y a le soutien de l'Académie de médecine,
14:20de très nombreuses sociétés savantes,
14:23d'associations de consommateurs, de patients, d'ONG.
14:27Donc, on a, d'un côté, beaucoup, beaucoup d'éléments
14:30qui poussent à ce qui soit obligatoire,
14:33mais il y a un petit nombre de sociétés qui s'y opposent.
14:36C'est par un lobbying auprès de certains relais politiques
14:39qui bloquent la mise en place du Nutri-Score.
14:41Il n'y a pas d'obstacle à le rendre obligatoire.
14:44Maintenant, c'est à la responsabilisation des parlementaires
14:48que nous appelons.
14:49Et cette pétition vise à aider les parlementaires
14:52qui souhaitent déposer des amendements
14:55pour que le Nutri-Score devienne obligatoire
14:57et rappeler à ceux qui sont réticents,
14:59qui écoutent peut-être trop les lobbies,
15:01qu'il y a une demande sociétale extrêmement forte
15:05et plus il y aura de signatures sur cette pétition,
15:07plus cela pèsera dans le processus législatif.
15:10Il y a enfin une question que pose notre chronique aujourd'hui
15:15chez certaines personnes vulnérables.
15:17Est-ce que la multiplication des indicateurs
15:20peut contribuer à une relation trop rigide à l'alimentation ?
15:24Restez avec nous, c'est la chronique de Camille Rewal.
15:31Nutri-Score, calories, étiquettes, ces informations
15:34nous accompagnent désormais dans nos choix alimentaires.
15:37Mais quelles influences ont-elles sur notre rapport à l'alimentation ?
15:41Camille, tu nous parles aujourd'hui des troubles des conduites alimentaires.
15:44Oui, on les appelle les TCA,
15:46donc on les connaît généralement sous le prisme de l'anorexie,
15:49la boulimie, l'hyperphagie.
15:51Mais en fait, le spectre qui le recouvre est très large.
15:54Ça concerne près d'un million de personnes en France.
15:57C'est le cas de Coralie que j'ai pu rencontrer.
15:59Donc elle, elle souffre d'anorexie restrictive
16:01avec un contrôle omniprésent sur son alimentation.
16:04Elle me l'expliquait, sa vie est régulée par des chiffres et des calculs.
16:08C'est une situation qui se reflète tout particulièrement
16:11quand elle va faire ses courses,
16:13là où j'ai pu la suivre dans ce qu'elle appelle une vraie épreuve.
16:18Généralement, c'est vraiment un rayon que je ne regarde jamais.
16:23Par exemple, la ratatouille à la Provençale, c'est Nutri-Score A.
16:27Il y aura des choses, de l'huile de colza par exemple,
16:30de l'huile d'olive vierge,
16:31que je n'arrive pas à acheter,
16:32que je n'arrive pas à manger pour le moment.
16:35Faire des courses, j'y passe bien deux heures,
16:40mais même pas dix produits.
16:43Ça peut me prendre vraiment énormément de temps.
16:46Le fait de prendre aussi des produits,
16:48de me dire, par exemple, la fameuse ratatouille cuisinée,
16:53l'apprendre peut-être au début en me disant,
16:54allez, je vais essayer, je vais aller contre ce que dit mon trouble
16:59et arriver à la caisse, s'il y a de la queue,
17:02je vais reposer au fur et à mesure.
17:04Je peux réduire mon panier de moitié en fait,
17:09de moitié,
17:11et me retrouver à la fin qu'avec des légumes au naturel,
17:20même tout ce qui était justement les colins d'Alaska au naturel,
17:25tout ce qui est surtout poisson.
17:26Ça par contre, ça tu peux prendre ?
17:27Ça je peux prendre,
17:28parce qu'au niveau des calories,
17:30c'est 84 calories pour les 100 grammes égouttés,
17:33et là il y a 105 grammes,
17:34donc je sais que si je mange la boîte entière,
17:36je n'aurai que 84 calories,
17:38et ça c'est ok pour moi.
17:39C'est vrai que par rapport à l'autre,
17:41187 calories contre 84 même ici,
17:44pour moi il n'y a pas photo,
17:45c'est l'autre qui...
17:47Même si tu le préfères en goût ?
17:49Même si je le préfère en goût,
17:50oui, carrément.
17:51Donc on voit ici la place du contrôle omniprésent
17:54dans la vie de Coralie,
17:55elle me décrivait, elle, le Nutri-Score,
17:57comme un outil supplémentaire de contrôle
17:59pour son trouble.
18:01Donc comment un outil,
18:03vous avez répondu à la question,
18:04censé nous aider à orienter nos choix alimentaires
18:07pour mieux manger,
18:08peut nourrir des troubles des conduites alimentaires,
18:11des troubles qui, on le rappelle,
18:12sont extrêmement dangereux,
18:14peuvent conduire jusqu'au décès.
18:17Mais même sans parler de TCA,
18:19il existe des risques de trop rigidifier son alimentation,
18:23et de catégoriser des aliments comme bons ou mauvais,
18:26c'est en tout cas ce que m'expliquait Hugo Saoudi,
18:28un médecin spécialisé des TCA.
18:31Le problème, c'est qu'elle va avoir tendance
18:33à ne manger que certaines catégories d'aliments
18:35au détriment d'autres.
18:36Et qu'en réalité, son alimentation,
18:39elle va plutôt être motivée
18:40par des éléments qui sont tout aussi importants
18:42autour du plaisir, autour du partage,
18:44qui vont être importants pour avoir une alimentation
18:47qui soit une alimentation en bonne santé.
18:49On rappelle que la santé,
18:50c'est un état complet de bien-être physique,
18:52psychique et social,
18:54que le partage, c'est aussi extrêmement important,
18:56et que généralement,
18:58les gens qui cherchent à se retrouver autour d'un repas,
18:59ils vont assez rarement se retrouver
19:01autour d'une assiette de ricoverse.
19:02On vit dans une société du dépassement de soi,
19:04du contrôle de soi, du contrôle de son corps,
19:06et d'une espèce de dualité entre l'esprit et le corps
19:08qui peut amener à beaucoup de situations problématiques.
19:11Le risque d'aller dans cette obsession
19:12qui prend beaucoup trop d'importance,
19:14c'est le risque d'avoir des carences,
19:16parce qu'on ne va pas justement manger assez
19:18de certaines catégories d'aliments.
19:20C'est le risque de développer
19:21des troubles des conduites alimentaires,
19:23je pense à des troubles restrictifs,
19:25mais je pense également à des troubles plus impulsifs,
19:27parce que quand on se prive
19:28de certaines catégories d'aliments,
19:30le cerveau va artificiellement augmenter
19:33la valeur attendue de récompense à la nourriture
19:35au moment où on y est confronté,
19:37et donc ça augmente aussi le risque
19:38de perte de contrôle à ce moment-là.
19:40Et le simple fait de se dire
19:41que certains aliments sont sains ou malsains,
19:44ça peut induire ce sur-risque
19:46de surconsommer des aliments
19:47qu'on considère comme étant malsains.
19:50Donc Serge, je me tourne vers vous,
19:52comment trouver le bon équilibre
19:53entre bien informer les consommateurs
19:55et éviter que ces repères
19:58ne deviennent des règles trop rigides ?
20:00Alors d'une part, il y a la pédagogie,
20:02la communication,
20:03il faut expliquer comment utiliser ces repères,
20:06donc que ce soit des recommandations
20:08au Nutri-Score,
20:09on explique bien que ce ne sont pas des normes
20:11et que même un produit classé d'ailleurs
20:13D ou E avec le Nutri-Score
20:14peut être consommé simplement une alerte,
20:16il ne doit pas être consommé
20:17en grande quantité trop fréquemment.
20:19Alors là, on est dans le domaine,
20:20bien sûr, de pathologie,
20:23vous l'avez rappelé,
20:24donc c'est extrêmement important
20:27de développer cette formation,
20:30cette information,
20:31cette communication
20:31sur le bon usage du Nutri-Score.
20:34Et l'avantage du Nutri-Score,
20:35c'est qu'il y a cinq catégories,
20:37donc ça n'est pas binaire,
20:38ça ne classe pas sains et malsains,
20:41ça classe les aliments en fonction
20:43des différences de qualité nutritionnelle,
20:45et ce que nous avons discuté
20:47avec nos collègues spécialistes
20:49des troubles de la conduite alimentaire
20:50dès le départ de la mise en place
20:52du Nutri-Score,
20:53c'est que grâce à ce côté graduel,
20:57ça favorise le fait d'avoir des choix
21:00qui sont moins perçus
21:02comme un classement entre des aliments
21:04qui seraient sains ou malsains,
21:05ce que donnerait un côté
21:07d'avoir juste deux catégories.
21:09L'importance de ne pas diaboliser
21:11certaines catégories d'aliments.
21:12Absolument, dans la nutrition,
21:14rien n'est interdit,
21:15simplement il y a des aliments
21:16dont il faut limiter la consommation,
21:18c'est ce que donne Nutri-Score,
21:19d'autres qu'il faut promouvoir,
21:21mais là, au travers des problèmes
21:23des troubles de la conduite alimentaire,
21:25on est dans des champs de la pathologie
21:27qui nécessitent une prise en charge
21:28qui dépasse très largement
21:30le Nutri-Score.
21:32Mais on est dans une société
21:33également où il y a une pression
21:34extrêmement forte en termes d'image du corps,
21:37il y a également le fait
21:39qu'il y a un marketing
21:39qui pousse à la consommation
21:41de certains aliments.
21:42Donc le Nutri-Score,
21:42c'est un des éléments
21:44d'une politique d'information nutritionnelle
21:47qui devrait, au contraire,
21:48avoir un effet rassurant
21:50pour les consommateurs.
21:52Merci beaucoup,
21:53merci beaucoup Camille,
21:54merci à nos deux invités,
21:56Serge Herberg et Alexandra Dallu.
22:00On passe tout de suite
22:00à la pépite santé.
22:06Face à une même étiquette,
22:07nous n'avons pas tous besoin
22:08de la même information.
22:10Une personne allergique aux arachis,
22:12d'une femme enceinte,
22:12d'une personne diabétique
22:13ou quelqu'un qui suit
22:14un régime végétarien
22:16ne va évidemment pas
22:17regarder les mêmes éléments.
22:19Alors, comment passer
22:20d'une information alimentaire générale
22:22à une lecture personnalisée
22:23de ce que nous mangeons ?
22:24C'est l'objectif d'Ingrid,
22:26une application qui permet
22:27de scanner un produit
22:28ou de photographier son étiquette
22:30pour déterminer s'il est compatible
22:32avec son propre profil.
22:33Pour en parler,
22:35j'accueille son fondateur
22:36Johan Atlan.
22:37Bonjour et bienvenue
22:38dans Santé Futur.
22:39Merci.
22:40Vous êtes vous-même
22:41allergique alimentaire
22:42depuis l'âge de deux ans
22:43puis vous avez développé
22:44un diabète de type 1.
22:46Vous dites avoir passé
22:47votre vie à lire
22:48les compositions.
22:49Qu'est-ce qui vous manquait
22:50dans les outils
22:51qui existaient déjà ?
22:52Je pense notamment à Yuka
22:53qu'on évoque souvent.
22:55Effectivement, Ingrid,
22:56c'est avant tout
22:57une application qui est née
22:58d'une expérience personnelle.
22:59donc allergique
23:00à l'âge de deux ans
23:01aux œufs,
23:02aux noisettes,
23:03aux noix,
23:04aux poissons.
23:05Donc des allergies
23:06assez sévères.
23:06Donc effectivement,
23:07on passe son temps
23:08à lire la composition.
23:09Ce qui me manquait
23:10actuellement,
23:11c'est principalement
23:12de pouvoir cibler
23:14un élément en particulier.
23:15Donc je ne suis pas allergique
23:16à tous les fruits à coque,
23:17je suis allergique
23:17aux noix et noisettes
23:19aujourd'hui.
23:20Donc c'était
23:21cette subtilité
23:23dans l'étiquette
23:24qui était assez complexe
23:25à trouver.
23:26aussi,
23:27je n'ai pas envie
23:28d'avoir un jugement
23:29de valeur
23:29sur mon produit
23:31que je prends.
23:32Je veux juste savoir
23:32si oui ou non
23:33il est compatible
23:34avec mon régime alimentaire.
23:36Donc concrètement,
23:37j'entre dans un supermarché,
23:38je prends un produit
23:39et je scanne son code barre.
23:40Que me dit Ingrid ?
23:42Alors,
23:42s'il est déjà référencé
23:44dans la base de données,
23:45on répond si oui ou non
23:46il est compatible.
23:47Sinon,
23:47on demande à l'utilisateur
23:48de prendre en photo
23:50la composition du produit
23:52et pour lui répondre
23:53dans les quelques secondes
23:54si oui ou non
23:54il est compatible
23:55avec son régime alimentaire.
23:57Vous prenez en compte
23:58plus de 50 critères ?
23:59C'est ça.
24:00Les 14 allergènes
24:01à déclaration obligatoire,
24:03mais aussi différents
24:04régimes alimentaires.
24:06Mais votre particularité,
24:08c'est surtout
24:09de pouvoir croiser
24:10plusieurs contraintes.
24:11Effectivement.
24:12Alors,
24:13bon,
24:14pour mon cas personnel,
24:15je suis diabétique
24:15et allergique,
24:16ce qui fait que
24:17je dois quand même
24:18compter un peu
24:18les glucides
24:19avant de manger.
24:20mais il y a des gens
24:22qui sont par exemple
24:23enceintes et allergiques,
24:24enceintes et végétariens
24:25qui ont des convictions
24:27religieuses
24:28et des allergies.
24:29Donc,
24:29effectivement,
24:30en fait,
24:30on pouvait trouver
24:31sur le marché
24:32des applications
24:33qui sélectionnent
24:34un type de restriction alimentaire
24:36mais tout,
24:37ce n'était pas encore disponible
24:39donc j'ai décidé de le créer.
24:41Depuis votre lancement
24:42donc en août dernier,
24:43c'est tout frais,
24:44sur les premiers scans réalisés,
24:46un produit sur deux
24:46s'est révélé incompatible
24:48avec le profil
24:49de l'utilisateur,
24:50c'est énorme.
24:51Qu'est-ce que ça a dit
24:52de nous
24:52que nous connaissons
24:53finalement mal
24:54la composition
24:55de ce que nous achetons ?
24:56Effectivement,
24:57à l'ère de l'alimentation
24:59transformée,
25:00il y a parfois
25:0020 à 30 ingrédients
25:02dans un seul produit
25:03donc c'est écrit tout petit,
25:05c'est dur de lire,
25:07de se concentrer,
25:08il y a du monde autour,
25:09il faut jouer au détective
25:10parce qu'on recherche
25:11un seul aliment
25:12dans toute une liste
25:13qui est séparée
25:13par des virgules
25:15écrits en noir,
25:16petits,
25:16sur fond de couleur parfois,
25:17c'est vraiment pas mis en valeur.
25:19Donc effectivement,
25:20nous ça nous prouve
25:21que l'application
25:21a une utilité,
25:23qu'elle peut éviter
25:24des allergies
25:25et c'est ce qu'on veut.
25:27Vous vous appuyez
25:28notamment sur
25:28Open Food Fact
25:29qui réfère plus d'un million
25:30de produits vendus en France
25:32mais lorsqu'un produit
25:33n'est pas dans la base,
25:34l'utilisateur peut photographier
25:35directement l'étiquette.
25:36Comment l'application
25:37parvient-elle alors
25:38à identifier
25:39les ingrédients problématiques ?
25:40On utilise des modèles
25:42d'intelligence artificielle,
25:43on a essayé
25:44de choisir
25:44des solutions françaises
25:45donc on utilise
25:46les API de Mistral,
25:49on n'a pas de publicité
25:50aussi sur l'application,
25:52toutes les données
25:52restent dans le téléphone
25:54et voilà,
25:55c'est grâce
25:56à l'intelligence artificielle
25:57qu'on peut faire ça
25:58beaucoup plus rapidement
25:58aujourd'hui.
25:59Il y a un point intéressant
26:00dans votre positionnement,
26:01vous dites ne pas vouloir
26:02porter jugement
26:03de valeur sur les aliments,
26:05pourquoi cette distinction
26:06est-elle importante ?
26:07On l'a vu
26:08dans les reportages
26:09juste avant,
26:10il y a beaucoup
26:11de troubles
26:11de comportement alimentaire,
26:13on ne veut pas juger
26:14un aliment
26:15et quand on a
26:16des régimes restrictifs,
26:18c'est vrai que c'est assez dur
26:19de pouvoir s'alimenter
26:20donc on veut juste
26:21trouver un produit
26:22compatible
26:23et non pas
26:25mettre
26:27un jugement
26:27de valeur
26:28sur ce produit.
26:29Dernière question,
26:30Johan Atlan,
26:31aujourd'hui on passe
26:31progressivement
26:32d'une information nutritionnelle
26:34identique pour tous
26:35à des outils
26:36capables de prendre en compte
26:37de plus en plus
26:37de caractéristiques
26:38individuels,
26:40jusqu'où voulez-vous
26:41aller avec cette personnalisation ?
26:43Justement,
26:44on est en train
26:45de sortir du supermarché
26:46pour se diriger
26:47beaucoup plus
26:48vers l'assistant
26:49ce qui est une autre
26:50fonctionnalité d'Ingrid
26:51donc par exemple
26:52au restaurant
26:52je prends en photo
26:53la carte
26:54du restaurant
26:55et ça va me dire
26:56si oui ou non
26:57quels plats sont compatibles
26:58avec mon régime alimentaire
27:00sous forme de quoi ?
27:01de chatbot ?
27:01sous forme de chat
27:02exactement,
27:03c'est un chat
27:03qui connaît parfaitement
27:04votre régime alimentaire
27:05qui a toutes les restrictions
27:06en tête
27:07et qui connaît aussi
27:09la plupart des recettes
27:10que propose un restaurant
27:11donc ça va forcément
27:13mettre des warnings
27:15un peu partout
27:16pour dire
27:16il peut quand même
27:17y avoir des noix
27:18dans une sauce
27:19dans ce genre de choses
27:19mais statistiquement parlant
27:21la plupart du temps
27:22il n'y a pas de problème
27:23Merci beaucoup
27:25Merci Johan Atlan
27:26fondateur d'Ingrid
27:27merci à Camille Roual
27:29qui produit cette émission
27:30à très bientôt
27:31sur Bsmart for Change
27:32Sous-titrage Société Radio-Canada
27:36Sous-titrage Société Radio-Canada
27:37Sous-titrage Société Radio-Canada
27:39Sous-titrage Société Radio-Canada
27:40Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations