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  • il y a 10 heures
Vendredi 9 octobre 2026, retrouvez Serge Hercberg (Professeur de nutrition) et Alexandra Dalu (Médecin nutritionniste) dans SANTÉ FUTURE, une émission présentée par Alix Nguyen.

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Transcription
00:04Bonjour à tous les deux, bienvenue dans Santé Futur.
00:07Serge Hergberg, je commence avec vous.
00:0999% des Français, je le disais, connaissent le Nutri-Score.
00:13On pourrait presque dire que le pari de la notoriété est gagné.
00:17Mais rappelons peut-être ce qu'il est censé faire.
00:20Qu'est-ce que nous dit réellement le Nutri-Score et qu'est-ce qu'il ne nous dit pas
00:24?
00:25Le Nutri-Score, c'est un système d'information nutritionnelle,
00:27vous l'avez rappelé, sous forme colorielle, qui va du vert au rouge,
00:30et qui permet à poser sur la face avant des emballages des aliments,
00:35au consommateur de pouvoir juger d'un simple coup d'œil
00:38la qualité nutritionnelle globale des aliments,
00:41et pouvoir ainsi comparer les aliments et orienter ses choix, s'il le souhaite,
00:46vers des aliments de meilleure qualité nutritionnelle, plus favorables à leur santé.
00:50Il y a un deuxième objectif également que le Nutri-Score,
00:53c'est pousser les industriels à reformuler, à innover,
00:55pour retirer un peu de gras, un peu de sucre, un peu de sel,
00:58pour mettre à la disposition des consommateurs des aliments
01:01qui soient un peu plus favorables sur le plan nutritionnel.
01:05Et est-ce qu'on sait mesurer, au-delà du déclaratif,
01:08son impact réel sur nos comportements alimentaires ?
01:11On avait déjà beaucoup d'études qui ont été faites,
01:14qui ont montré que le fait d'afficher le Nutri-Score sur les aliments
01:19impacte les choix des consommateurs,
01:21donc des études faites en magasin expérimental, en supermarché virtuel,
01:25et même en condition réelle, ont montré que ça améliorait les choix,
01:29et que le panier alimentaire était plus favorable à la santé.
01:33Et puis on a maintenant, depuis qu'il est mis en place,
01:35des données statistiques qui montrent que,
01:37dans les ventes en supermarché,
01:40les produits qui sont moins bien classés par Nutri-Score,
01:43D ou E, voient leur vente légèrement diminuer,
01:45de l'ordre de 10% par an,
01:47et ceux qui sont classés A ou B, voient leur vente augmentée de A ou B.
01:51Il ne s'agit pas de supprimer la consommation et la vente des produits D et E,
01:55mais simplement, il faut en effet alerter les consommateurs
01:59sur le fait qu'il faut éviter de consommer ces produits en trop grande quantité.
02:02C'est ce qu'on voit dans ces statistiques.
02:05Alexandra Dallu, je m'adresse à vous.
02:06Dans votre pratique, est-ce que vous voyez les patients
02:10qui utilisent réellement le Nutri-Score pour orienter leur alimentation ?
02:16Déjà, dans ma pratique au cabinet médical,
02:19les patients viennent me voir pour différents symptômes.
02:24Ils ne viennent pas me voir pour parler du Nutri-Score,
02:28mais j'ai toujours trouvé que le système de colorimétrie,
02:33avec en effet le côté très visuel et en même temps les lettres ABCDE,
02:41permettait en effet aux consommateurs,
02:45surtout par rapport à la rapidité quand on fait ses courses,
02:48parce qu'il faut se souvenir que quand on fait des courses pour toute une famille,
02:53on ne va peut-être pas passer une heure pour pouvoir vérifier tout.
02:59Donc, je trouve que c'est quand même le Nutri-Score, encore une fois,
03:03un concept intéressant.
03:05Maintenant, c'est toujours pareil, c'est une forme de schéma,
03:12et dans un schéma, on ne peut pas avoir tous les détails.
03:16Il faut se souvenir que dans l'alimentation,
03:18ce qui va compter aussi, c'est ce que vous faites,
03:21peut-être pas au quotidien, mais de façon hebdomadaire,
03:25et avec ce qu'on appelle la biodisponibilité,
03:28c'est-à-dire qu'un aliment avec un autre va être intéressant s'ils sont compatibles.
03:35Par exemple, quand vous mangez de la viande ou du poisson ou des œufs,
03:42vous avez du zinc, vous avez du fer,
03:45vous avez bien sûr de la vitamine D aussi, de l'iode,
03:51mais si on parle du fer et du zinc, ils vont être très très mal absorbés
03:56si, à côté de ça, vous consommez un produit laitier qui va être riche en calcium.
04:03Donc, on a deux produits qui vont être plutôt A ou B,
04:07et qui sont donc très bien notés en Nutri-Score,
04:10mais si vous les associez, vous perdez un petit peu en qualité d'absorption de votre fer.
04:16Donc, les patients, quand ils viennent me voir,
04:18ils viennent parce qu'ils sont malades, je suis médecin avant tout,
04:21donc ils viennent pour des problèmes de surpoids ou d'obésité,
04:24ils viennent parce qu'ils sont fatigués,
04:26ils viennent parce qu'ils ont des troubles du sommeil, etc.
04:28Je suis médecin anti-âge, donc c'est quelque chose de très très global,
04:31on fait beaucoup d'endocrinologie.
04:34Après, quand on est amené à avoir un petit peu d'astuce,
04:38sans tomber dans l'orthorexie,
04:39parce que vous avez annoncé aussi le fait d'un sujet sur le trouble du comportement alimentaire,
04:46il faut être un petit peu pragmatique et simplifier la vie des gens.
04:53Donc, encore une fois, on peut parler d'astuce,
04:56mais après, c'est vrai que dans un cas dit,
04:58si on se retrouve avec des produits qui sont plutôt abaissés,
05:01bon, ça va être une bonne chose.
05:03Si on est encore dans le détail,
05:06les fromages, nos fromages français,
05:09qui sont de très bonne qualité,
05:11sont très mal notés.
05:13Alors que dans les fromages, vous avez du calcium,
05:16vous avez aussi des protéines,
05:17qui peuvent être des protéines intéressantes
05:19pour des gens qui sont végétariens.
05:21Alors, bien sûr, vous avez du sel,
05:23mais vous avez aussi des probiotiques.
05:26Et les probiotiques,
05:27qui sont actuellement vraiment au top de la recherche,
05:32puisque au sein de l'Inserm Pasteur,
05:37vous avez un tas d'études,
05:40dont l'étude nationale French Gut,
05:42qui fait des rapprochements entre votre microbiote,
05:47donc votre flore intestinale de bonnes bactéries
05:52qui vous protègent au niveau de l'immunité,
05:54et puis certaines maladies comme Alzheimer,
05:56comme Parkinson,
05:58et puis bien d'autres maladies.
06:00Donc, dans les fromages français,
06:02vous avez un tas de probiotiques,
06:05et il est très mal noté au niveau du Nutri-Score,
06:08puisqu'il a des graisses et il a du sel.
06:11Mais il faut, bien entendu,
06:14remettre ça dans un contexte de vie pratique.
06:19C'est-à-dire que, par exemple,
06:20si vous avez un morceau de fromage le soir
06:22qui vous sert d'apport protéique,
06:24avec un peu de salade,
06:26une petite soupe, une ratatouille,
06:28et puis un fruit,
06:29le fait d'avoir les végétaux
06:32qui ont plein de potassium,
06:34ça va aller annihiler l'apport de sel du fromage.
06:40Donc, vous voyez,
06:41on est plutôt sur des astuces
06:43au niveau des mélanges des aliments.
06:49Merci, Alessandra.
06:50Je rejoins Serge sur la praticité.
06:53C'est mieux que rien,
06:55et c'est mieux que toutes les applis
06:57pour des gens qui pourraient tomber aussi dans leur correxie.
07:01Donc, ce sont, elle le disait,
07:03les limites du Nutri-Score.
07:07Est-ce que c'était justement une mauvaise compréhension de l'outil ?
07:12Le Nutri-Score n'a jamais eu vocation
07:13à dire qu'un aliment est bon ou mauvais.
07:16Exactement.
07:16Ce qui est très important,
07:17c'est connaître les limites d'un logo nutritionnel,
07:20que ce soit le Nutri-Score ou un autre.
07:22Ça n'informe que sur la composition nutritionnelle.
07:25Donc, ça permet de façon simple, intuitive
07:27et compréhensible par tous
07:28de pouvoir reconnaître les aliments
07:31qui sont les meilleurs qu'il y a été nutritionnels
07:33ou les moins pires.
07:34Et presque tout le monde connaît les slogans de la nutrition.
07:37Il ne faut pas manger trop gras, trop sucré, trop salé.
07:40Mais quand vous êtes dans la jungle des rayons de supermarché,
07:43comment reconnaître ceux qui sont les moins gras,
07:45moins sucrés, moins salés ?
07:46Alors, soit vous retournez l'emballage de l'aliment,
07:49vous avez une formation suffisante
07:50pour être capable de lire ces tableaux incompréhensibles ou invisibles.
07:54Et en fin de compte, le Nutri-Score,
07:56ça ne fait que traduire ces données incompréhensibles
07:58pour le grand public,
08:00mais qui peuvent être mis sous une forme synthétique
08:04et donc aider vraiment le consommateur.
08:06Mais ça, c'est limite, le Nutri-Score.
08:08Ce n'est pas le Nutri-Score qui a lui.
08:09Il se règle tous les problèmes nutritionnels.
08:12Mais c'est un élément de transparence indispensable
08:14et surtout qui s'appuie sur de la science.
08:16Plus de 160 études ont montré l'intérêt
08:19et l'efficacité du Nutri-Score.
08:22Et notamment des grandes études
08:23sur des milliers, des dizaines de milliers,
08:25voire des centaines de milliers de sujets
08:26suivis de nombreuses années,
08:27ont montré que le fait de manger
08:29des aliments mieux classés sur l'échelle du Nutri-Score
08:32était associé à un moindre risque d'obésité,
08:35de diabète, de certains cancers,
08:37de maladies cardiovasculaires,
08:38et une réduction de la mortalité.
08:40Néanmoins, pour la première fois en 2025,
08:42je le disais aussi en introduction,
08:43la part des volumes de produits affichant le logo
08:45a légèrement diminué,
08:4863% contre 64% auparavant.
08:51Plusieurs marques ont décidé de le retirer
08:53de certains produits.
08:54Pourquoi ce recul maintenant ?
08:56Alors, ce qu'il faut se rappeler,
08:58c'est que quand le Nutri-Score a été proposé,
08:59il y a 10 ans, aucune marque n'en voulait.
09:01Lorsqu'il a été adopté officiellement,
09:03après 4 années de bataille intenses
09:05contre les lobbies,
09:06en 2017, elles étaient 6,
09:08ces marques a adopté Nutri-Score,
09:10il y en a eu 50-100.
09:11Aujourd'hui, 1500 marques,
09:12vous avez rappelé, 64% du marché.
09:16C'est bien, mais il y a des sociétés
09:18qui refusent Nutri-Score.
09:19Ferrero, Lactalis, Coca-Cola, Mars ou Mondelez
09:22combattent le Nutri-Score
09:24et n'ont pas envie de montrer la réalité
09:25de la composition nutritionnelle de leurs produits.
09:27Et cette légère déclinaison
09:31qu'il y a eu d'une année sur l'autre
09:35de la part du marché couvert par le Nutri-Score
09:38est dit au fait que le Nutri-Score a été mis à jour
09:41parce que la science évolue
09:42et que donc, comme tous les outils de santé publique,
09:45il doit lui-même évoluer.
09:47Certains produits sont évalués de façon plus sévère.
09:49Voilà, et certains produits sont évalués de façon plus sévère.
09:52Certaines céréales contenant des sucres ajoutés
09:53ou des boissons lactées.
09:54Exactement, ce qui fait que des groupes comme Danone,
09:56Kellogg's ou Biorg's se sont retirés du Nutri-Score
09:59mais contents de voir la réalité
10:02de la qualité nutritionnelle médiocre
10:05de certains de leurs produits
10:07réellement affichés.
10:08Donc, on est aujourd'hui un plafond de verre
10:11et c'est pour ça que pour forcer la main
10:13à ceux qui refusent d'afficher le Nutri-Score,
10:16pour éviter que des sociétés se désengagent,
10:18il faut le rendre obligatoire
10:19au bénéfice des consommateurs.
10:22Alexandra Dalu, sur le principe,
10:24êtes-vous favorable à un Nutri-Score obligatoire
10:27sur l'ensemble des produits concernés ?
10:30Oui, bien sûr.
10:32En tant que médecin et en tant que consommatrice,
10:38à savoir qu'on est plus de 10 millions de Français
10:42avec un problème de surcôte d'obésité,
10:45c'est un problème de santé publique
10:47et en effet, quand vous mangez des produits
10:52transformés, très salés, très sucrés
10:55et aussi avec des graisses raffinées, hydrogénées,
10:59vous êtes à risque d'avoir des problèmes
11:01comme l'a rappelé Serge,
11:05cardio, vasculaire, métabolique et cancer, bien sûr.
11:08Donc, c'est normal de rendre obligatoire
11:16ce Nutri-Score qui, encore une fois, est synthétique,
11:19mais très, très pratique.
11:23Dans un cas dit, si vous retrouvez cas avec du D et du E,
11:26peut-être qu'il faut se poser des questions.
11:28Donc, même s'il y a encore une fois des limites,
11:32comme on a pu le rappeler un peu,
11:33tout schéma est intéressant.
11:35Enfin, voilà, ça vous fait quand même comprendre
11:37où vous allez dans votre nutrition.
11:40Serge Ackberg, vous avez lancé,
11:42avec plusieurs de vos collègues,
11:44une pétition sur le site de l'Assemblée nationale
11:46pour demander que le Nutri-Score
11:47devienne obligatoire.
11:49Le 25 septembre, elle a dépassé
11:51les 100 000 signatures.
11:53Quel est aujourd'hui le principal obstacle
11:55à l'obligation du Nutri-Score en France ?
11:58Alors, d'un côté, vous avez une demande
12:00des consommateurs, vous l'avez appelé,
12:02le Nutri-Score est très connu,
12:03que 71% des consommateurs demandent
12:06que le Nutri-Score soit obligatoire.
12:08Il y a de la science derrière,
12:10il y a le soutien de l'Académie de médecine,
12:12de très nombreuses sociétés savantes,
12:14d'associations de consommateurs,
12:16de patients, d'ONG.
12:18Donc, on a d'un côté
12:21beaucoup, beaucoup d'éléments
12:22qui poussent à ce qu'il soit obligatoire,
12:24mais il y a un petit nombre
12:25de sociétés qui s'y opposent.
12:27Et par un lobbying auprès de certains relais politiques
12:31bloquent la mise en place du Nutri-Score.
12:33Il n'y a pas d'obstacle à le rendre obligatoire.
12:35Maintenant, c'est à la responsabilisation
12:38des parlementaires que nous appelons.
12:41Et cette pétition vise à aider les parlementaires
12:44qui souhaitent déposer des amendements
12:46pour que le Nutri-Score devienne obligatoire.
12:48et rappeler à ceux qui sont réticents,
12:50qui écoutent peut-être trop les lobbies,
12:53qu'il y a une demande sociétale extrêmement forte.
12:56Et plus il y aura de signatures sur cette pétition,
12:59plus cela pèsera dans le processus législatif.
13:02Il y a enfin une question
13:04que pose notre chronique aujourd'hui
13:06chez certaines personnes vulnérables.
13:08Est-ce que la multiplication des indicateurs
13:11peut contribuer à une relation trop rigide
13:14à l'alimentation ?
13:15Restez avec nous, c'est la chronique de Camille Rewal.

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