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  • il y a 14 minutes
AVEC Mejdaline Mhiri et Clothilde le Coz, JournalisteS. AutriceS de “La zone d’impunité”

Retrouvez Muriel Reus, tous les dimanches à 8h10 pour sa chronique "La force de l'engagement" sur Sud Radio.

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##LA_FORCE_DE_L_ENGAGEMENT-2026-09-27##
Transcription
00:00Retrouvez la force de l'engagement avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé.
00:10Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Rius.
00:15Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour la force de l'engagement, l'émission qui
00:19donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société.
00:21Mes invités aujourd'hui sont Majdaline Miri, journaliste sportive indépendante, cofondatrice de l'association Femmes Journalistes de Sport,
00:28et Clotilde Lecoz, journaliste indépendante sur les questions de société et vous travaillez aujourd'hui pour les assises du journalisme.
00:38Ensemble a publié Hugo Dock, la zone d'impunité, critique du traitement médiatique des violences sexuelles et sexistes dans le
00:45sport,
00:46préfacée par l'ancienne footballeuse internationale Mélissa Plaza.
00:50Avec elle, nous allons parler de présomption d'innocence, de choix des mots, de responsabilité éditoriale, de journaliste sportif
00:55et de cette question essentielle, peut-on respecter pleinement la justice sans rendre les violences invisibles ?
01:01Mais avant de vous donner la parole, je vous propose, comme chaque dimanche, de nous engager contre l'omerta du
01:07sport.
01:08Un samedi de novembre 2024, au stade de La Rochelle, Oscar Gégou revient sur la pelouse,
01:13le joueur du 15 de France et mis en cause en Argentine pour viol aggravé.
01:17La justice ne s'est pas encore prononcée, elle lui donnera raison plus tard,
01:21un non-lieu confirmé d'ailleurs ce mois-ci, mais ce jour-là, personne ne le sait et une partie
01:25des tribunes se lève et applaudit.
01:27Ce jour-là, on a applaudi une personnalité, un nom, un pas marès, un garçon qu'on a vu gagner
01:32et que l'on aime.
01:33La notoriété a cette force, elle fabrique un crédit.
01:37A une victime, on demande des preuves, à un champion, on offre spontanément le bénéfice de l'attention, de la
01:42confiance et du doute.
01:43C'est aussi cela, l'omerta du sport, pas seulement un silence, mais aussi un bruit, celui des tribunes, des
01:49vestiaires, des commentaires,
01:50qui couvrent la voix de celles et ceux qui parlent.
01:52Il existe au ministère des Sports une cellule appelée Signal Sport, c'est là que l'on signale une violence
01:57commise dans un club,
01:58par un entraîneur, un dirigeant, un coéquipier.
02:01En 2023, cette cellule a ouvert 363 enquêtes.
02:04En 2025, 872, soit plus du double en deux ans.
02:09Dans 6 cas sur 10 pour des violences sexistes ou sexuelles.
02:13Dans 2 cas sur 3, la victime est mineure, un enfant, qu'on a confié à un club,
02:17en lui disant que le sport, c'était l'école de la vie.
02:20Les chercheurs de l'université de Montpellier ont voulu compléter ce tableau.
02:23En 2026, ils ont interrogé plus de 2000 licenciés de clubs français.
02:27Avec cette simple question, avez-vous déjà subi une violence dans votre club ?
02:32Près de 6 sportifs sur 10 ont répondu oui, humiliation, coups, négligence,
02:36et 1 sur 5 a révélé avoir subi une violence sexuelle.
02:401 sur 5, dans une équipe de foot, ça fait 2 joueurs sur le terrain.
02:43Alors pourquoi ce silence ?
02:45Le sport s'est construit un récit, celui d'un monde à part, avec ses valeurs,
02:49son esprit d'équipe, son exemplarité, un monde où le talent vaudrait certificat de moralité.
02:53Et surtout, le sport a une organisation qui lui est propre.
02:57Quand un sportif est accusé, ce sont les fédérations qui interviennent,
03:00avec leur propre commission de discipline,
03:02des dirigeants, des anciens sportifs, des gens du milieu,
03:04qui jugent des gens du milieu.
03:06En 2024, la Fédération française de l'athlétisme est saisie d'une troisième plainte pour violence
03:10contre Wifid Apio.
03:12Elle ouvre une procédure interne, mais elle maintient sa sélection aux Jeux de Paris.
03:15La plaignante, selon le journal Le Monde, n'a jamais été convoquée.
03:18Pas une sanction, pas même une suspension,
03:21relaxée par le monde du sport lui-même.
03:23On appelle cela juger entre soi,
03:24et quand on juge entre soi, on protège les siens.
03:27L'Assemblée nationale s'est penchée sur nos fédérations françaises,
03:30avec une commission d'enquête, six mois d'audition,
03:32un rapport rendu public en janvier 2024,
03:35250 pages qui révèlent les défaillances systémiques,
03:38et une omerta à tous les étages.
03:40Les députés réclamaient une autorité indépendante
03:42pour contrôler le sport de l'extérieur,
03:44elle n'existe toujours pas.
03:45Mais l'omerta, ce n'est pas simplement une question de gouvernance,
03:48c'est aussi une responsabilité collective.
03:50Des parents qui n'osent pas questionner,
03:52des supporters qui acclament,
03:54des médias qui racontent le sport,
03:55et quand une plainte pour viol devient une polémique,
03:58une agression sexuelle, un geste déplacé,
04:00des violences conjugales, une affaire extra-sportive,
04:03quand on donne la parole au coach, au coéquipier,
04:05à l'agent et jamais à la plaignante,
04:07quand le champion devient la victime de l'épreuve qu'il traverse,
04:09les mots ne nomment plus, il protège,
04:11et un journaliste qui protège n'informe plus.
04:14Le sport n'est pas un monde à part,
04:16il est le miroir de la société,
04:17en plus grand, en plus brillant.
04:19Ce miroir nous renvoie une vérité,
04:21sur un terrain, nous savons tous reconnaître une faute,
04:23en dehors du terrain, nous détournons les yeux,
04:25Mais ce miroir nous dit aussi autre chose,
04:28872 signalements,
04:29ce sont 872 personnes qui ont parlé,
04:31des enfants, des parents, des coéquipiers,
04:33qui ont refusé ce bruit.
04:35L'omerta tient par ceux qui se taisent,
04:37par ceux qui applaudissent,
04:38mais elle peut aussi tomber,
04:40dès que des voix s'élèvent,
04:41et qu'une société décide de les entendre.
04:46Aujourd'hui dans la force de l'engagement,
04:48mes invités sont Mejdaline Myri et Clotide Lecosse,
04:51elle publie la zone d'impunité,
04:53critique du traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles dans le sport,
04:57chez Rue Godoc.
04:57Bonjour, bonjour à vous deux.
04:59Bonjour.
05:01Alors, je vais commencer par vous, Mejda,
05:03je vais vous appeler Mejda,
05:04ça va être plus facile.
05:04Avec plaisir.
05:06Alors, vous êtes journaliste sportive,
05:07bien sûr, on l'a dit,
05:09vous avez confondé l'association Femmes Journalistes de Sport,
05:11vous écrivez dans ce livre
05:12qu'on ne devient jamais journaliste de sport
05:15pour traiter des violences des athlètes,
05:17mais par passion d'une discipline.
05:19Pourtant, ce livre est une critique de votre profession.
05:22Alors, qu'est-ce qui vous a fait basculer
05:25de cette passion du sport à cette enquête
05:27sur la façon dont c'est votre métier ?
05:29Et dans vos livres,
05:30vous ne nommez jamais des journalistes
05:32qui ne raconteraient pas les faits
05:34comme on aimerait tous les entendre.
05:36Pourquoi ce choix ?
05:37Alors, d'abord sur la passion du sport,
05:38moi je dirais que je l'ai toujours,
05:39cette passion du sport.
05:40Alors, ce n'est pas parce qu'on regarde bien en face
05:42les violences sexistes et sexuelles
05:44que tout d'un coup, on perd cette passion-là.
05:47Et il se trouve qu'en plus,
05:48moi, ces dernières années,
05:49j'ai beaucoup traité des femmes dans le sport.
05:53Je me suis beaucoup intéressée aux sportives.
05:54Et du coup, il y a moins de sujets,
05:57carrément moins d'athlètes féminines
05:59qui ont été accusés de violences sexuelles.
06:02Donc, j'avoue qu'il y a des fois
06:04où je me pose la question
06:05de à quel point est-ce que j'abîme ma passion
06:07à regarder les choses bien en face.
06:09Mais en vérité, non.
06:10Cet été, j'ai couvert le tour de France Femmes.
06:12Je vous assure que j'étais absolument passionnée
06:14pendant dix jours sur les routes du tour.
06:16Donc, non.
06:17Et après, pourquoi est-ce qu'on ne cite aucun journaliste ?
06:20Parce qu'on critique bien, avec Clotilde,
06:23un milieu, une façon de travailler.
06:27Et en vérité, c'est le manque de formation,
06:29c'est le manque de réflexion
06:32dans les rédactions
06:34qui amène à cette omerta
06:36et à cette zone d'impunité,
06:38comme on l'a nommée.
06:40Mais je dirais que c'est à peine,
06:42ça l'est aussi,
06:43mais c'est à peine une responsabilité individuelle.
06:45Après, quand même,
06:46il y a dix ans, il y a eu MeToo,
06:48et au bout d'un moment,
06:50si chacun n'ouvre pas des livres
06:52pour se renseigner
06:53et approfondir sur le sujet
06:56des violences sexistes et sexuelles,
06:57ça le regarde,
06:57c'est un choix personnel, en fait.
06:59Alors Clotilde, vous écrivez toutes les deux
07:01que la zone d'impunité
07:02n'est ni un territoire
07:03ni un vide juridique,
07:04mais un espace symbolique
07:05où les mots se dérobent,
07:06où la gravité se dilue,
07:07la plaignante disparaît du récit
07:09et le talent devient
07:10un certificat de moralité.
07:12Un média peut-il fabriquer de l'impunité
07:14alors même qu'il n'a aucun pouvoir de juger ?
07:18C'est bien tout l'objet
07:20de cette zone d'impunité.
07:23C'est d'y contribuer d'une manière
07:24ou d'une autre
07:25par le fait de ne pas s'interroger
07:28sur les mots employés.
07:32D'employer encore des expressions
07:34toutes faites
07:34qu'on a l'habitude d'utiliser
07:36dans le langage courant.
07:37On parle pas mal de l'expression
07:39geste déplacé, par exemple,
07:41qui en fait a cette caractéristique
07:46de dire sans nommer.
07:48C'est-à-dire que cette zone d'impunité,
07:49effectivement,
07:50c'est pas un territoire géographique,
07:51c'est pas quelque chose
07:52qu'on peut réellement délimiter,
07:54mais c'est quelque chose
07:55auquel on peut contribuer,
07:56mais qu'on peut aussi faire reculer
07:57en se posant les questions
07:59de savoir ce geste déplacé,
08:01c'est quoi ?
08:01C'est une agression sexuelle
08:02ou c'est autre chose ?
08:04Et pour nous,
08:06c'est aussi pour ça
08:06qu'on a voulu écrire ce livre,
08:09c'est faire notre travail de journaliste
08:10que d'aller nommer jusqu'au bout.
08:13Et donc,
08:13en ne nommant pas jusqu'au bout,
08:16on dit dans ce livre
08:17et on défend cette thèse-là
08:18qu'en tant que journaliste,
08:20on contribue à cette zone d'impunité.
08:22Et la zone d'impunité,
08:23elle est aussi créée
08:23par nos habitudes de travail,
08:25c'est-à-dire d'aller systématiquement,
08:26par exemple,
08:28quand il y a des histoires
08:28de violences sexuelles,
08:30aller interviewer le coach,
08:31les coéquipiers,
08:32qui vont dire
08:33« Non, il ne s'est jamais comporté
08:34avec moi comme ça ».
08:34Comme si un handballeur,
08:37un footballeur, etc.,
08:38s'il n'a pas tenté
08:38de violer ses coéquipiers,
08:40alors c'est que probablement
08:41il n'a pas pu le faire
08:41avec une femme.
08:42Ça n'a aucun sens
08:43une fois qu'on le pointe du doigt,
08:45mais ça arrive régulièrement.
08:46Alors justement,
08:47votre livre s'ouvre
08:48sur l'affaire de Mendoza
08:49la nuit du 6 au 7 juillet 2024
08:51pour plainte aggravée
08:53contre Hugo Horadou
08:54et Oscar Gégou.
08:56Et on relève
08:57que la presse argentine,
08:58enfin vous relevez,
08:59que la presse argentine
09:00a traité cette affaire
09:00dans les rubriques
09:01« Sécurité ou société »
09:03et jamais en fait divers
09:04et sans récit
09:05sur la souffrance des joueurs.
09:07Alors qu'en France,
09:07on a beaucoup entendu
09:08les perles et coaches,
09:09l'ancien international
09:10Alexandre Dumoulin
09:12en disant
09:13« Ces victimes,
09:14elles doivent vraiment
09:14avoir un pet au casque ».
09:16Ils y disent quoi
09:17ce contraste
09:17de traitement ?
09:19Alors ce contraste
09:19de traitement,
09:21il nous a intéressés
09:22parce qu'il était criant
09:24à ce moment-là
09:26et on s'est interrogés,
09:28on s'est vraiment posé
09:30la question de savoir
09:30pourquoi,
09:31alors que les informations
09:32étaient disponibles
09:33dans les médias argentins
09:35et les médias locaux
09:36de Mendoza,
09:36pourquoi on n'en entendait
09:38pas parler en France ?
09:42La réponse,
09:43elle est nuancée.
09:44elle est nuancée,
09:47on ne peut pas dire
09:48qu'on n'en a pas parlé
09:49parce qu'on ne voulait
09:49pas le faire,
09:50on voulait fermer les yeux.
09:52Il y a des différences
09:53de traitement.
09:53Il y a aussi des différences
09:54de traitement
09:55dans la presse argentine
09:56et ils en ont parlé
09:57de cette manière-là
09:58de manière très précise
09:59en publiant les vidéos,
10:01en allant voir
10:03l'avocate de la victime,
10:05évidemment,
10:07en rappelant à chaque fois
10:09que l'avocat
10:10qui défendait les joueurs
10:12était également
10:13le frère du ministre
10:14de la Justice
10:15en Argentine
10:16et en rappelant
10:18le contexte.
10:19C'est ce rappel
10:20du contexte
10:21qui était présent
10:22dans les journaux
10:22de Mendoza
10:24qui nous ont interpellés
10:26parce que c'est vrai
10:27qu'en France,
10:27on n'avait pas autant
10:28de contexte
10:28quand on parlait
10:29de cette affaire.
10:30Non, parce qu'il y a
10:30un manque de contexte,
10:31finalement,
10:32on ne va pas au fond
10:33de l'histoire.
10:34Enfin, ça veut dire
10:35que les journalistes
10:36ne vont pas chercher
10:37le contexte
10:38dans ce cas précis
10:38que vous décrivez ?
10:39Pourquoi à l'étranger
10:40on le fait ?
10:40Pourquoi on ne le fait
10:41pas en France ?
10:42Là, ce qu'on a vu
10:45à Mendoza,
10:46c'est que c'était aussi fait
10:47parce que les joueurs
10:47étaient français.
10:48Ils ne traitent pas
10:48forcément de la même manière
10:49les choses
10:50quand les joueurs
10:50sont argentins.
10:51D'accord, ok.
10:52Donc c'est un parti pris
10:53contre la France ?
10:55Ce n'est pas que c'est
10:55un parti pris
10:56contre la France,
10:56c'est aussi que c'est
10:57plus facile d'avoir
10:59une forme,
10:59je dis bien une forme
11:00de neutralité,
11:01d'objectivité
11:02quand il n'y a pas
11:02de relation d'affect
11:03en vérité.
11:08des athlètes
11:08qu'on a vu évoluer,
11:10revenir de blé
11:11se battre
11:12pour être sur le terrain,
11:13etc.
11:14Le jour où ils sont
11:14accusés de violence,
11:15il y a quelque chose
11:16d'assez humain
11:17à fermer un peu
11:19les oreilles,
11:20à ne pas vouloir
11:20bien croire,
11:21etc.
11:22Et puis,
11:22souvent les journalistes
11:23de sport sont en connaissance
11:24des athlètes,
11:24par contre ils ne sont pas
11:25en connaissance
11:26de la victime,
11:27de la plaignante.
11:28Et donc,
11:30cet écart-là,
11:30il se ressent vraiment
11:32à ce moment-là
11:34dans les mots
11:35qu'on va choisir,
11:36les personnes
11:36qu'on va choisir
11:37d'interviewer.
11:38Les titres,
11:39les angles,
11:40et à la fin,
11:41tout ça,
11:41ça crée une disproportion
11:42qui n'est pas admise
11:43dans notre milieu.
11:44Pas du tout.
11:45Alors,
11:45ne pas croire,
11:46ça devient difficile.
11:47Vous avez recensé
11:47110 athlètes de haut niveau,
11:49français ou évoluant en France,
11:51visés par des accusations
11:51de violences sexistes
11:52ou sexuelles
11:53depuis 2004.
11:54Une trentaine de rugbymans,
11:55une trentaine de footballeurs.
11:57En 2024,
11:5713 rugbymans professionnels
11:59en activité
11:59sont passés devant la justice.
12:01La plupart
12:02ont retrouvé un club.
12:05Pourquoi le sport français
12:06n'arrive pas à faire
12:07ce que d'autres ont fait,
12:08écarter un joueur
12:09le temps de l'enquête
12:09ou s'en séparer
12:10après une condamnation ?
12:11On en parle juste après la pause.
12:13Retrouvez la force de l'engagement
12:15avec Ajipi,
12:17épargne,
12:18retraite,
12:18assurance emprunteur,
12:20prévoyance,
12:20santé.
12:22Ajipi !
12:23Sud Radio,
12:24la force de l'engagement,
12:2515h,
12:2615h30,
12:27Muriel Rius.
12:28Aujourd'hui,
12:29je reçois
12:29Amé Zadine,
12:30Miri et Clotilde Lecoz
12:31qui publient
12:32La zone d'impunité,
12:33critique du traitement médiatique
12:34des violences sexistes
12:35et sexuelles
12:35dans le sport
12:36chez Rugodoc.
12:37Juste avant cette pause,
12:38on s'est interrogé
12:39sur cette différence
12:40de traitement
12:41entre la France
12:42et l'étranger.
12:44Une différence de traitement,
12:45c'est aussi une différence
12:46de traitement
12:47dans le milieu de la culture
12:48et des médias.
12:49Si on regarde le cinéma,
12:50par exemple,
12:50en 2025,
12:51l'Académie des Césars
12:52a adopté une règle.
12:53Toute personne mise en examen
12:54ou en cause judiciairement
12:56pour des violences
12:57voit son droit de vote
12:58suspendu jusqu'à l'issue
12:59de la procédure
13:00ou est exclue
13:00en cas de condamnation définitive.
13:02Pourquoi le cinéma
13:03peut-il se fixer une règle
13:04et pourquoi le sport
13:05n'y arrive-t-il pas ?
13:07On s'est beaucoup posé
13:08cette question,
13:09honnêtement,
13:09pendant l'enquête.
13:10Les pistes de réponse
13:12qu'on a trouvées,
13:12c'est que là où le sport
13:15a toujours été vu
13:16comme un divertissement,
13:17le milieu culturel
13:19a été plus vite gagné
13:21par la politique
13:22et par la société,
13:24la réflexion.
13:26Quand il y a
13:28je ne sais quelle cérémonie
13:30au niveau du cinéma,
13:31ce n'est pas surprenant
13:32de voir des acteurs,
13:35actrices faire des discours
13:36engagés,
13:37etc.
13:37Ça arrive régulièrement
13:38dans le sport,
13:39on passe son temps
13:40à essayer d'éloigner
13:41de l'objet politique
13:42et à faire comme si
13:43le sport n'était qu'un espace
13:45de divertissement
13:46qui finalement serait
13:47très éloigné
13:48de la société.
13:49Tout ça,
13:50ça a des conséquences aussi
13:51sur le traitement
13:51des athlètes
13:52où il y a cette idée
13:53qu'il y a des contrats
13:54et surtout des carrières
13:55qui sont très courtes
13:56et que du coup,
13:58d'éloigner du terrain
13:58pendant six mois,
13:59un an,
14:00ça briserait
14:01la carrière
14:02d'un athlète
14:03et puis,
14:04alors même si le milieu
14:05de la culture
14:06n'est pas en reste
14:07en termes de sexisme,
14:08évidemment,
14:09et n'empêche que
14:09le milieu du sport
14:10a vraiment été créé
14:11par les hommes,
14:12pour les hommes,
14:13pour exacerber
14:14la masculinité,
14:15la virilité des hommes
14:15et que tout ça,
14:17c'est un terreau propice,
14:18on va dire,
14:19à ce que quand des hommes
14:22sont suspectés
14:23de violence,
14:24eh bien,
14:24on cherche vraiment
14:25à fermer les yeux
14:26et vous l'avez dit
14:28tout à l'heure,
14:29on a relevé
14:30plus de 110 athlètes
14:33de haut niveau
14:33qui ont été accusés,
14:35il y a beaucoup
14:36de collègues journalistes
14:36de sport
14:37qui ont lu le livre
14:38et qui nous ont dit
14:38mais j'ai appris
14:39aucun cas,
14:40je les connaissais tous,
14:41je les avais jamais mis
14:42ensemble,
14:43additionnés.
14:43En fait,
14:44cette lecture systémique
14:45des violences
14:46n'existe pas
14:47dans la profession,
14:48elle a un petit peu
14:48été faite
14:49au moment
14:50de l'affaire
14:51Jégout au Radou
14:52parce qu'en fait,
14:53sur la même année,
14:54il y a eu tellement
14:54d'affaires
14:55qu'on s'est dit
14:55bon, peut-être
14:55qu'il y a un problème
14:56avec la troisième mi-temps
14:57mais la vérité
14:58c'est que ça a été
14:59très peu fait
14:59sur d'autres disciplines
15:01que voilà,
15:02c'est quelques papiers
15:03dans un coin
15:03mais quelle réflexion
15:04globale profonde
15:06il y a sur ces sujets
15:07dans les rédactions
15:07pour changer les mots
15:08c'est assez faible
15:09même si il faut noter
15:10que par exemple
15:11à RMC,
15:12à l'équipe
15:12il y a des formations
15:14qui sont en cours
15:15ou qui ont été faites
15:16ces dernières semaines
15:17pour justement
15:18former les rédactions.
15:19Je voudrais juste
15:20rebondir sur les chiffres
15:21qu'on avance
15:22en disant
15:22qu'on a recensé
15:24110 athlètes
15:25c'est surtout révélateur
15:26de la médiatisation
15:28des disciplines
15:31parce qu'en fait
15:31il y a effectivement
15:32le rugby et le football
15:33qui arrivent en premier
15:34mais c'est aussi
15:34parce que c'est les sports
15:35et les disciplines
15:36qui ont le plus
15:37d'attention médiatique
15:38ce qui ne veut pas dire
15:39que dans d'autres disciplines
15:40c'est absent
15:41ça veut juste dire
15:42que c'est aussi
15:42moins couvert
15:43et c'est aussi ça
15:44qu'on met en évidence
15:46et qu'il y a quelque chose
15:47de systémique
15:48à aller approfondir là.
15:49Alors c'est très intéressant
15:50ce côté systémique
15:50que vous mettrez en relation
15:51enfin en évidence
15:52dans ce livre
15:53parce qu'évidemment
15:54on a bien compris
15:55aujourd'hui dans la société
15:56enfin je l'espère
15:56parce qu'à force de le répéter
15:58j'espère qu'on a fini
15:59par le comprendre
15:59que les violences
16:00étaient systémiques
16:01mais c'est vrai
16:01qu'on ne l'avait pas
16:03peut-être intégré
16:04dans le domaine du sport
16:06alors et puis
16:07il y a quelque chose
16:07très intéressant
16:08dans ce livre
16:09c'est ce que vous empruntez
16:10à Thierry Illouz
16:11le concept des mots élastiques
16:12des mots dont on ne sait pas
16:13où ils commencent
16:14et dont on ne sait pas
16:15où ils finissent
16:15une polémique
16:16pour des violences conjugales
16:17un geste déplacé
16:18pour une main sur les fesses
16:20un scandale extrasportif
16:21pour une accusation de viol
16:23un baiser forcé
16:24celui dont on a tous
16:25entendu parler
16:26de Luis Rubiales
16:28effectivement en Espagne
16:29à quel moment
16:31la prudence juridique
16:33parce que peut-être
16:34que c'est ça
16:34la prudence juridique
16:35devient une minimisation
16:36et qui dans une rédaction
16:38décide du mot
16:39qu'on emploie ?
16:41Alors moi je ne crois pas
16:41que ce soit de la prudence juridique
16:43je pense que c'est un malaise
16:44de la profession
16:46qui vraiment
16:47ni les journalistes
16:48ni les chefs
16:49ne sont formés
16:50et au tout début
16:53de l'interview
16:53vous me demandez
16:54où en était
16:55ma passion du sport
16:56vraiment
16:57quand on devient
16:57journaliste de sport
16:58c'est parce que
16:59on a pleuré en 98
17:00avec Zizou
17:02c'est pour plein
17:03de raisons différentes
17:04mais c'est rarement
17:05parce qu'on a envie
17:05de couvrir les histoires
17:06de violences sexuelles
17:07dans le sport
17:07absolument jamais
17:09et donc en fait
17:10après MeToo
17:11on se retrouve à devoir
17:12gérer tout ça
17:12moi je crois
17:13qu'il y a une sorte
17:13de stupéfaction
17:15un peu de la profession
17:16de on ferme les yeux
17:17et on n'a pas les mots
17:18pour calicher
17:19moi j'ai posé la question
17:21notamment à RMC
17:23à Radio France
17:25mais aussi d'ailleurs
17:26à France Télévisions
17:26qui n'ont pas dit
17:27un seul mot
17:28lors de la dernière finale
17:29de Roland-Garros
17:29sur les accusations
17:30de violences
17:31à l'encontre
17:32d'Alexander Zverev
17:34qui a donc gagné
17:35et qui n'a pas fait
17:36la une du quotidien
17:37l'équipe le lendemain
17:38ce qui n'était pas arrivé
17:39depuis plus de 10 ans
17:41et donc
17:43à chaque fois
17:43ce qu'on m'a dit
17:44j'ai interpellé
17:46un certain nombre
17:46de personnes
17:47qui m'ont tout dit
17:47mais en fait
17:48on ne sait pas bien
17:49comment en parler
17:50en gros c'est ce qu'ils m'ont dit
17:51et donc
17:52il y a vraiment
17:53cette
17:54cette ignorance
17:56ce
17:56parfois on se cache
17:57effectivement devant
17:58la présomption d'innocence
18:00mais
18:01c'est dit à demi-mot
18:02c'est vraiment
18:02une ignorance
18:03mais vous citez
18:04Alexandre Zverev
18:05je rappelle quand même
18:07qu'il a été condamné
18:07en première instance
18:08pour couler blessure
18:09sur son ex-compagne
18:10qu'il a payé
18:10200 000 euros
18:12de frais
18:12pour clore le procès
18:13en appel
18:14et pourtant
18:14l'équipe a présenté
18:15comme un résistant
18:16alors est-ce qu'il n'y a pas
18:17aussi un côté
18:18boys club
18:20franchement
18:20quand Mohamed Ouah
18:21s'est placé en détention
18:22pour violences conjugales
18:23dans le midi-livre
18:24il devient une personnalité
18:25attachante
18:25quand Benjamin Mandi
18:27en son procès
18:28pour cette viol
18:28devient un gavroche
18:30de palaiso
18:32dans l'équipe
18:33quand le père
18:34d'Hugo
18:36Auradou
18:36explique sur TF1
18:37que son fils
18:37est innocent
18:38parce que c'est son fils
18:39c'est pas un phénomène
18:40de boys band
18:41c'est évidemment
18:42totalement un phénomène
18:43de boys club
18:44qui s'ignore
18:46qui refuse
18:47de se voir
18:47mais on a les chiffres
18:49désormais
18:4983% des journalistes
18:51de sport
18:51sont des hommes
18:52seulement 17%
18:53sont des femmes
18:53évidemment que tout ça
18:55ça a des conséquences
18:56sur la manière
18:56dont est traitée
18:57l'information
18:58et il y a 5 ans
18:59le documentaire
19:00de Marie Portolano
19:01je ne suis pas une salope
19:02je suis une journaliste
19:03avait donné la parole
19:04à près de 20 consoeurs
19:06qui disaient à quel point
19:07est-ce qu'elle souffrait
19:08du sexisme
19:08certes du grand public
19:09mais surtout
19:10de la part de collègues
19:11et de chefs
19:13depuis que je suis co-présidente
19:14de cette association
19:15il ne se passe pas un mois
19:16sans que des consoeurs
19:17viennent me raconter
19:18ce qu'elles ont subi
19:20et la vérité
19:21c'est que
19:22ça c'est de la responsabilité
19:23des chefs
19:23que de faire en sorte
19:24qu'on soit davantage
19:25en mixité
19:26dans les rédactions de sport
19:27pour que ça évolue
19:28et réagir
19:29et oui
19:29l'un des impacts
19:30que ça a
19:31le plus concret
19:32c'est cette double mécanique
19:34dont on parle
19:34dans le livre
19:35qui est de
19:361
19:37avoir tendance
19:38à réduire
19:38les femmes au silence
19:39quand on voit
19:40qu'elles font
19:4111% du temps de parole
19:42sur les plateaux
19:43des missions sportives
19:45c'est quand même
19:45très peu
19:48donc déjà
19:48on réduit
19:50leurs paroles
19:50au silence
19:51et ensuite
19:52on va en plus
19:53glorifier
19:54les exploits sportifs
19:55masculins
19:55et donc
19:56on va les présenter
19:57comme des résistants
19:58ce qui fait que
20:00là aussi
20:01on peut
20:02parler
20:02en quelque sorte
20:04d'une double peine
20:05sur le domaine sportif
20:07et dans le journalisme
20:08alors citons quelques chiffres
20:10quand même
20:10par rapport à ce que vous venez de dire
20:11en réaction
20:1185% des journalistes de sport
20:13sont des hommes
20:14sur les plateaux sportifs
20:15les femmes représentent
20:1622% des présents
20:17et 11% du temps de parole
20:18en 2023
20:2066% des compétitions diffusées
20:22n'avaient aucune femme
20:23en plateau
20:24et à l'été 2025
20:25la chaîne Ligue 1 Plus
20:27c'est ça
20:27comme ça qu'on dit
20:28a annoncé
20:29zéro journalisme femme
20:30au commentaire
20:31alors
20:32bon
20:32tout ça c'est pas très joyeux
20:34et quand même
20:35dans ce livre
20:36une fois qu'on a dit ça
20:37vous vous contentez pas
20:39du constat
20:39vous annoncez
20:41qu'une dizaine
20:41de journalistes de l'équipe
20:42vous l'avez dit tout à l'heure
20:43Mejdalin
20:44sont formés
20:45et ont rédigé
20:47une charte contre le sexisme
20:48pour un traitement rigoureux
20:49des violences faites
20:50aux femmes
20:52je constate que
20:53la nouvelle directrice
20:55de la rédaction de l'équipe
20:56est une femme
20:57espérons qu'elle va jouer
20:58son rôle de femme
20:59engagée
20:59et alliée
21:01RMC a formé
21:02une quinzaine de journalistes
21:03alors on arrive à la fin
21:04de cet entretien
21:05moi je vais vous poser
21:05cette dernière question
21:06si vous deviez imposer
21:08qu'une seule règle
21:09non négociable
21:10dans toutes les rédactions
21:11vous choisiriez laquelle ?
21:14alors moi je dirais
21:16plutôt parce qu'on n'en a pas parlé
21:17je dirais qu'on crée
21:19des rubriques
21:21pour soit société
21:22soit justice
21:23mais qu'on puisse
21:25retracer
21:25en fait
21:26et comprendre
21:26le caractère systémique
21:27des affaires
21:28aujourd'hui
21:28si vous allez sur le site
21:29de l'équipe
21:30de Eurosport
21:31etc
21:31c'est le travail
21:33de fourmis
21:33que vous devez faire
21:34que nous on a fait
21:34d'aller chercher
21:35les affaires
21:35une par une
21:36parce qu'on en avait
21:37entendu parler
21:38parce qu'on a enquêté
21:40mais la vérité
21:40c'est qu'aujourd'hui
21:41aucun média
21:43ne travaille
21:43sur une lecture globale
21:45des violences sexistes
21:46c'est sexuel
21:47c'est sans cesse
21:47des cas individuels
21:48c'est l'affaire
21:49Mendy
21:50c'est l'affaire
21:50Zverev
21:51c'est l'affaire
21:51Awas
21:51et du coup
21:52ça supprime totalement
21:54la lecture
21:55qui permet de comprendre
21:56les dominations patriarcales
21:58etc.
21:58et moi ce serait de la formation
22:02c'est pas sur la formation
22:04formez-vous
22:05pour pouvoir mieux en parler
22:07parce que
22:08notre rôle
22:09c'est évidemment
22:09de traduire
22:12de donner les faits
22:13de traduire ces histoires
22:14de pouvoir parler
22:16de ce qui se passe
22:16dans la société
22:17la société elle avance
22:18elle réfléchit
22:19si on le fait pas aussi
22:21on peut pas en parler
22:23de cette manière là
22:24donc vraiment
22:25formez-vous
22:26alors merci à vous deux
22:27je rappelle votre livre
22:28de la zone d'impunité
22:29critique du traitement médiatique
22:30des violences sexistes
22:31et sexuelles dans le sport
22:32publié chez Rue Godoc
22:34on sait bien
22:35les journalistes
22:35ne rendent pas la justice
22:36mais ils choisissent
22:37les mots par lesquels
22:38une affaire entre
22:39dans le débat public
22:40c'est très important
22:41nommer précisément
22:42ce n'est pas condamné
22:43c'est permettre de comprendre
22:44ce qui est dénoncé
22:45de situer
22:45ce que la justice a établi
22:47et de ne pas laisser
22:48la réputation
22:49ou la proximité
22:50décider seul du récit
22:51la force de l'engagement
22:53c'est chaque dimanche
22:54à 15h
22:54sur Sud Radio
22:55vous pouvez retrouver
22:56l'intégralité de l'émission
22:58sur sudradio.fr
22:59et bien sûr
22:59sur tous les podcasts
23:00je vous retrouve dimanche prochain
23:02même heure
23:02même énergie
23:03pour celles et ceux
23:03qui font bouger la société
23:05et surtout
23:05je vous souhaite
23:06un excellent dimanche
23:07c'était la force
23:09de l'engagement
23:09avec AJP
23:11épargne
23:12retraite
23:13assurance emprunteur
23:14prévoyance
23:15santé
23:15cop
23:161
23:171
23:171

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