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  • il y a 6 heures
Avec Guillaume Massart, réalisateur du documentaire La Détention

Retrouvez Muriel Reus, tous les dimanches à 8h10 pour sa chronique "La force de l'engagement" sur Sud Radio.

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##LA_FORCE_DE_L_ENGAGEMENT-2026-05-24##
Transcription
00:00Retrouvez la force de l'engagement.
00:03Avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé.
00:10Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Rius.
00:15Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour la force de l'engagement,
00:18l'émission qui donne la parole à ceux et celles qui font bouger la société.
00:22Aujourd'hui, nous allons parler d'un univers que la République préfère souvent tenir à distance du regard public, la
00:28prison.
00:28Un monde fermé, invisible, saturé de tensions, de violences, de solitudes et pourtant au cœur même de notre contrat social.
00:36Mais nous n'allons pas rentrer dans une cellule, nous allons pénétrer dans l'endroit où l'on prépare
00:41celles et ceux qui devront faire fonctionner l'institution carcérale.
00:45Aujourd'hui, mon invité est Guillaume Massard.
00:47Bonjour.
00:48Bonjour, réalisateur du documentaire La Détention, sélectionné à l'acide calme et produit par TS Production.
00:54Mais avant de commencer notre conversation, je vous propose, comme chaque semaine, un engagement,
00:58et je vous propose cette semaine, de nous engager pour des prisons dignes.
01:03La prison fait partie de ces institutions que la République préfère maintenir hors champ.
01:07On parle de crimes, de condamnations, de peines, de sécurité, de fermeté pénale, de récidive.
01:12Mais on regarde rarement celles et ceux qui, ensuite, doivent faire fonctionner quotidiennement cette mécanique de l'enfermement.
01:19Parce que la prison reste un angle mort démocratique, un lieu qui appartient à la République,
01:23mais que la République tient à distance du regard public.
01:26La France connaît une surpopulation carcérale historique.
01:29Au 1er avril 2026, les prisons françaises comptaient plus de 88 000 détenues
01:34pour un peu plus de 63 000 places opérationnelles.
01:38Dans certains lieux, la densité carcérale dépasse 136%
01:41et l'Observatoire international des prisons estime que plus de 20 quartiers
01:45dépasseraient en réalité les 200% de taux d'occupation.
01:49Des cellules surchargées, des détenus à 3 ou 4 et parfois plus dans 9 mètres carrés,
01:54plus de 6 500 personnes qui dorment sur des matelas posés au sol,
01:58une promiscuité permanente, des tensions continues, des violences ordinaires.
02:02Dans cet univers, les surveillants pénitentiaires travaillent au contact des addictions,
02:05des troubles psychiatriques, des crises de violence, des tentatives de suicide,
02:09de la détresse psychologique et de l'effondrement humain.
02:12Et pourtant, ce métier reste probablement l'un des plus invisibles de notre République.
02:16Parce que tout dans cette profession est construit autour de l'effacement,
02:20l'anonymat, le devoir de réserve, l'invisibilité sociale.
02:24Peut-être aussi parce qu'il ne s'agit pas d'un métier que l'on choisit réellement par vocation.
02:28Les organisations syndicales elles-mêmes le reconnaissent.
02:31Ce sont principalement du statut de fonctionnaire, la stabilité de l'emploi
02:34et la sécurité économique qui permettent encore de recruter.
02:37Mais derrière, sa stabilité apparaît une autre réalité.
02:4240% des surveillants formés à l'École nationale d'administration pénitentiaire
02:47démissionnent dès leur première année d'exercice.
02:50Comme si, pour beaucoup, la réalité carcérale devenait impossible à supporter.
02:54Car la prison ne transforme pas seulement ceux qu'elle enferme,
02:57elle transforme aussi ceux qui y travaillent.
03:00Des recherches menées dans une vingtaine de prisons françaises
03:02montrent que les surveillants pénitentiaires sont aujourd'hui
03:05les personnels les plus disposés au burn-out et aux troubles de stress traumatique.
03:09Plus encore que les personnels soignants.
03:118 agents pénitentiaires sur 10 se déclarent stressés dans leur travail.
03:1579% estiment que leur activité dégrade leur santé.
03:1962% souffrent de troubles du sommeil.
03:22Et puis, il y a ce chiffre.
03:2431% d'entre eux se suicident plus que la population générale.
03:30Davantage même que les policiers.
03:32Alors, cette question devient impossible à éviter.
03:34Que produit une société lorsqu'elle habitue certains de ses citoyens
03:38à vivre quotidiennement avec l'enfermement,
03:40la violence, la souffrance psychique,
03:42et l'humination humaine ?
03:44Derrière les débats astrés sur la sécurité ou la justice pénale,
03:47il y a une réalité plus sombre.
03:49Celle d'une institution qui use humainement les détenus,
03:52mais aussi les surveillants.
03:53Alors oui, la prison est censée protéger la société
03:55et préparer la réinsertion.
03:57Pourtant, plus de la moitié des détenus
03:59sont recondamnés dans les 3 ans suivant leur sortie.
04:02Évidemment, une démocratie doit pouvoir sanctionner.
04:05Elle doit protéger.
04:06Elle doit parfois enfermer.
04:08Mais une démocratie adulte devrait aussi être capable
04:11de regarder lucidement ce que cet enfermement
04:13fait aux êtres humains qui la subissent,
04:15comme à ceux qui la font fonctionner.
04:18Sud Radio, la force de l'engagement, Muriel Reus.
04:22Alors aujourd'hui, dans la force de l'engagement,
04:24je donne la parole à Guillaume Massard,
04:26réalisateur de documentaires,
04:28deux documentaires et du documentaire La Détention,
04:30sélectionné cette année à l'ACIDE au Festival de Cannes.
04:33Un film qui suit la formation des surveillants pénitentiaires
04:37à l'École nationale d'administration
04:39et qui interroge à travers leur transformation
04:41les mécanismes profonds de l'institution carcérale.
04:44Bonjour Guillaume.
04:45Bonjour.
04:46Alors avant la détention,
04:47vous avez déjà consacré un premier documentaire
04:49à l'univers carcéral avec La Liberté,
04:53tourné à Casablanca en Corse,
04:55une prison un peu particulière,
04:57sans mur, sans mirador.
04:59Moi j'ai envie de vous demander,
05:00mais d'où vient cet intérêt pour la prison ?
05:02Pourquoi cette institution vous travaille-t-elle
05:04au point d'y consacrer plusieurs années de votre vie
05:06et deux documentaires ?
05:08C'est une bonne question,
05:09c'est une question que je me pose souvent,
05:10c'est une question que me pose souvent ma compagne aussi.
05:13C'est pas une question évidente.
05:15Pourquoi s'enfermer en prison si longtemps volontairement
05:17quand tant de gens ont envie de s'en enfuir ?
05:20C'est vraiment une question compliquée.
05:23Je pense que la prison me concerne
05:26simplement parce que je suis citoyen,
05:28parce que j'habite dans cette société-ci
05:31et que curieusement,
05:33depuis que je suis enfant,
05:35je vois bien autour de moi
05:37qu'il y a comme une évidence à penser la prison,
05:39que personne ne se formalise
05:42de l'existence de la prison dans le paysage
05:44et je crois qu'à un endroit,
05:46ça m'a toujours semblé étrange, curieux,
05:48je n'ai jamais bien compris ce qui s'y passait.
05:51Et du coup, je crois que tout simplement,
05:52j'ai voulu savoir ce qui s'y passait.
05:53Mais j'ai voulu savoir ce qui s'y passait
05:54quand j'ai découvert Casabillanda,
05:56dont vous parliez,
05:58qui est une prison très très singulière en France,
06:01effectivement, qui est en Corse,
06:02du côté d'Aleria,
06:03dans la plaine orientale,
06:04et qui est la seule prison dite ouverte en France.
06:07Et ça veut dire quoi alors ?
06:08Eh bien voilà, moi aussi, ça m'a surpris.
06:09Une prison ouverte, ça ne va pas du tout ensemble
06:11et ça m'a d'autant plus saisi.
06:13Je me suis dit, d'accord,
06:14qu'est-ce qu'il y a à y comprendre ?
06:16Alors en Europe,
06:16il y a plusieurs prisons ouvertes
06:18et en France, c'est la seule.
06:19Une prison ouverte,
06:20c'est une prison où il n'y a pas de mur d'enceinte,
06:22où il n'y a pas tout ce qui fait
06:24les limites naturelles habituelles,
06:26naturelles, pas vraiment,
06:27mais les limites artificielles justement
06:29de la prison,
06:30qui sont les hauts murs,
06:31qui sont les barreaux aux fenêtres,
06:32qui peuvent être les miradors,
06:33qui peuvent être les filins anti-hélicoptères.
06:36Tout ce qu'on appelle la sécurité passive
06:38habituelle de ces établissements
06:40n'existe pas là.
06:41C'est une prison qui est en bord de mer,
06:43qui est une prison agricole,
06:45où les détenus travaillent au champ
06:46pendant la journée
06:47et le soir regagnent leurs cellules.
06:50Mais pendant la journée,
06:51tout est ouvert.
06:52La limite du champ,
06:53c'est la limite du champ,
06:54c'est-à-dire des fossés,
06:56c'est-à-dire la forêt sur un flanc,
06:58c'est-à-dire la mer sur un autre.
06:59Et on leur fait confiance,
07:01ils circulent sur des hectares
07:02et des hectares de terre en Corse.
07:04Et donc, ça m'a beaucoup surpris.
07:06J'ai découvert l'existence de cette prison
07:07dans un article où on me disait
07:09qu'en fin de journée,
07:10avant de regagner leurs cellules,
07:11les détenus se baignaient dans la mer.
07:13Et ça m'a semblé complètement improbable.
07:15Et j'ai aimé en même temps cette image
07:17en me disant, d'accord,
07:18peut-être que cette prison
07:20que je ne comprends pas
07:21ou dont je ne comprends pas nécessairement
07:24le caractère indispensable,
07:26peut-être qu'il existe une manière d'enfermer
07:28qui serait différente
07:29et peut-être que j'ai raté quelque chose
07:31dans ma compréhension de la prison
07:33et qu'il existe une utopie carcérale quelque part.
07:36Il faudrait aller voir.
07:37Donc, je suis allé voir,
07:38j'ai essayé de comprendre à mon tour,
07:40d'y passer du temps.
07:42Et j'ai compris, me semble-t-il, sur place
07:44qu'effectivement,
07:47il y a des manières plus confortables
07:49d'enfermer.
07:50Tout ce que vous avez dit dans votre édito
07:52est tout à fait édifiant
07:53sur l'état des prisons.
07:55Mais que, pour autant,
07:56le principe de la prison
07:58n'était pas forcément changé.
08:00Que je me trouvais dans une prison
08:01où les détenus étaient incarcérés
08:03pour des faits très, très graves,
08:05puisqu'il s'agissait à 80%
08:07d'infracteurs sexuels intrafamiliaux.
08:10Et qu'ils étaient à quelques années
08:11de leur sortie.
08:12Et qu'ils témoignaient, pour autant,
08:14d'une incarcération
08:15qui ne valait pas nécessairement mieux
08:16que ce que je connaissais, d'ailleurs.
08:21puisqu'ils avaient vécu
08:22les mêmes problèmes de privation.
08:25Ils n'avaient pas été davantage éclairés
08:27sur qui ils étaient,
08:30ce qu'ils avaient fait,
08:30pourquoi ils avaient commis ces faits-là.
08:33Ils étaient dans une introspection
08:35qu'ils devaient mener à peu près seuls.
08:37Il n'y avait pas davantage de moyens.
08:39Et je m'inquiétais
08:40de les voir prochainement sortir
08:41en me disant que
08:42je ne les voyais pas tant transformés
08:45que ça par cette expérience carcérale
08:46qui avait duré.
08:47Et qu'ils finissaient
08:48de la meilleure manière qu'ils soient.
08:49puisqu'ils sont incarcérés
08:50à Casa Bionda
08:51pour les trois à cinq dernières années
08:52de leur peine.
08:54Et donc, je n'ai pas eu l'impression
08:56que la prison même,
08:58la meilleure prison possible,
09:01celle avec intérieur cuir,
09:03je n'ai pas eu l'impression
09:05que cette prison-là
09:06transformait les choses pour autant.
09:08Voilà.
09:08Donc, j'ai eu des gros doutes.
09:10Et ces doutes-là
09:12vous ont amené à continuer.
09:13Ces doutes-là
09:14m'ont amené à continuer.
09:14Et donc, on va parler de la détention
09:16qui est le sujet
09:17pour lequel vous êtes là aujourd'hui.
09:19Donc là, vous allez faire
09:20un choix plutôt singulier.
09:22Vous allez décider
09:23de ne pas filmer des détenus,
09:24ni la prison d'ailleurs,
09:26elle-même.
09:26Mais vous allez choisir
09:27de suivre les futurs
09:28surveillants pénitentiaires
09:29pendant leur formation
09:30à l'École nationale
09:31d'administration pénitentiaire.
09:33Alors, pourquoi vous avez choisi
09:34de déplacer votre regard
09:36vers celles et ceux
09:37qui vont faire fonctionner
09:38cette institution carcérale ?
09:40Parce que j'avais eu l'impression
09:41de ne pas avoir tout vu
09:42à Casa Bianda.
09:43À Casa Bianda,
09:44j'avais vu, bon, déjà
09:46une exception
09:47dans le système carcéral français
09:49et que peut-être
09:50que je n'en avais pas encore compris
09:53toutes les modalités
09:54du principe général.
09:56Et puis, à Casa Bianda,
09:58les surveillants n'avaient pas
09:59souhaité être filmés.
10:01Et donc, je m'étais dit
10:02que j'avais raté quelque chose
10:04dans la rencontre
10:05et que je n'avais pas vu
10:06les deux faces de cette pièce.
10:08Donc, un jour,
10:09on m'a proposé
10:10de présenter mon film
10:12La Liberté à Agen,
10:13où se trouve cette école.
10:15Après quoi,
10:16il y avait des élèves
10:18qui étaient dans la salle,
10:18il y avait des formateurs
10:19qui étaient dans la salle.
10:20Après quoi, on m'a proposé
10:21de faire le tour de l'école.
10:23Et là, sur place,
10:24j'ai été, d'une part,
10:26frappée par l'organisation
10:27des choses,
10:28avec des bâtiments
10:29de simulation,
10:31avec ces centaines
10:33de recrues qui étaient là.
10:34J'étais très impressionnée
10:35par le nombre de personnes
10:36qui étaient recrutées
10:37à cet endroit-là.
10:38Je me suis rendu compte
10:38que je ne m'étais jamais posé
10:39la question de comment
10:40est-ce qu'on formait
10:41la prison ?
10:42Est-ce qu'il y avait un lieu
10:43où on inventait la prison ?
10:44Et qu'est-ce qu'on y inventait ?
10:46Et je me suis dit
10:47qu'à cet endroit-là,
10:48j'allais apprendre
10:49ce qui était l'idéal
10:51de la prison.
10:52Toujours dans cette quête
10:52de y a-t-il une mauvaise prison ?
10:54Y a-t-il une bonne prison ?
10:55Pardon, je reprends.
10:57Toujours dans cette quête
10:58de y a-t-il une possibilité
11:00d'une meilleure prison ?
11:01Est-ce que c'est vraiment
11:02quelque chose de possible ?
11:03Donc, je me disais
11:04que ce serait intéressant
11:05d'entendre l'endroit
11:06où la doctrine s'inventait,
11:08l'endroit où l'idéal
11:10de la prison serait déployé.
11:12Et puis aussi
11:12qu'à cet endroit-là,
11:15les surveillants en formation,
11:16les surveillants et surveillantes,
11:18parce qu'il y a une grande parité,
11:21allaient être plus libres
11:22de me parler.
11:22Plus libres de me parler
11:23parce qu'eux-mêmes arrivaient
11:25sans connaître l'institution,
11:26la découvraient en même temps
11:28que moi,
11:28et n'étaient pas encore
11:32sous l'obligation
11:35de ce devoir de réserve
11:37dont vous parliez tout à l'heure.
11:38Et que, voilà,
11:39ce serait sans doute
11:39beaucoup plus simple
11:40de les rencontrer.
11:41Donc, de faire leur connaissance,
11:42d'être à leur côté.
11:43Moi, j'ai vu ce film.
11:44Évidemment, je l'ai beaucoup aimé.
11:46C'est pour ça
11:46que vous êtes là aujourd'hui.
11:48J'ai trouvé que c'était
11:49extrêmement intéressant
11:50de filmer vraiment
11:52de cette façon
11:53les viselages,
11:53les silences,
11:54les regards,
11:55les moments de doute,
11:55les moments de sidération.
11:56Un des gens que vous avez suivi
11:57pendant combien de temps ?
11:59Pendant six mois.
11:59Les six mois que dure la formation.
12:01Pendant six mois.
12:02Et à un moment donné,
12:03je me suis même demandé
12:04si le vrai sujet du film,
12:05c'était moins la prison
12:06que l'impact psychique
12:08de la prison
12:08sur ceux qui y travaillent.
12:10Est-ce que c'est pas un peu
12:11aussi le cœur
12:12de ce documentaire,
12:12cette question-là ?
12:13C'est une question importante,
12:14en effet,
12:16sur ce que la prison
12:17fait aux personnes
12:18qui y passent,
12:20quelles qu'elles soient d'ailleurs,
12:21qu'elles soient détenues
12:22ou surveillants.
12:23Effectivement,
12:24il y a cette question
12:24du choc carcéral
12:25dont on parle beaucoup.
12:28On prévient les détenus
12:29du choc carcéral
12:30qu'ils vont rencontrer
12:30lorsqu'ils vont arriver en prison
12:32pour la première fois.
12:33Mais on prévient aussi
12:34les surveillants
12:35que ce choc carcéral
12:36les concerne également.
12:38Tout ce que vous avez décrit
12:39dans votre édito
12:39de l'état des prisons,
12:41ça va leur tomber dessus.
12:42Ça va les stupéfier
12:43à leur tour.
12:44Eux aussi,
12:45ils vont voir
12:45plusieurs personnes
12:46dans une même cellule
12:47avec des matelas au sol
12:48et ils ne vont pas
12:49trouver ça normal.
12:50Eux aussi,
12:51ils vont entendre
12:51ces cris,
12:52sentir ces odeurs,
12:54voir ces cellules vétustes,
12:55voir cette vermine
12:56quand il y en a.
12:57Bref,
12:58eux aussi,
12:58ça va les choquer.
12:59D'une part,
13:00l'état des choses,
13:01mais ensuite aussi,
13:02il va falloir
13:03qu'ils acceptent
13:04la position
13:05dans laquelle ils se trouvent,
13:06dans laquelle ils ont choisi
13:07de se trouver.
13:08Attention,
13:08personne ne les contraint.
13:09Mais tout de même,
13:10malgré tout,
13:11les voici en position
13:12d'avoir du pouvoir
13:13sur des gens
13:14qui, eux,
13:14sont enfermés là.
13:16C'est eux
13:17qui doivent s'assurer
13:19de leur incarcération,
13:21de la privation
13:21de liberté
13:22d'une personne.
13:23C'est eux
13:23qui les surveillent
13:24au quotidien.
13:24C'est eux
13:25qui les empêchent
13:26de sortir.
13:27C'est eux
13:27qui les obligent
13:28à regagner
13:29leurs cellules.
13:30C'est eux
13:30qui risquent
13:31de devoir un jour
13:32les décrocher
13:32s'ils se sont pendus.
13:34C'est eux
13:34qui risquent
13:35de devoir les séparer
13:36s'ils sont en train
13:36de se battre.
13:37Et c'est eux aussi
13:38qui risquent
13:38de s'en prendre une,
13:40effectivement,
13:40au détour d'un couloir.
13:41Mais c'est également eux
13:42qui risquent
13:43d'avoir envie
13:43d'en mettre une aussi
13:44parce que toute cette situation
13:46leur tape sur le système
13:47et qu'effectivement
13:49ce choc carcéral
13:50les concerne.
13:51Et quand ils reviennent
13:51de stage,
13:52ils ont deux stages
13:53pendant la formation,
13:55quand ils reviennent
13:55de stage,
13:55on sent que le choc carcéral
13:57les concerne
13:57et les a transformés,
13:59les a heurtés,
14:00les a atteints.
14:01Un des aspects aussi
14:02très intéressants
14:02dans ce film,
14:04c'est que l'école elle-même
14:04ne cherche pas
14:05à masquer la réalité carcérale.
14:07Les formateurs
14:07parlent aussi de suicide,
14:08de violence,
14:09du quartier disciplinaire,
14:10du burn-out,
14:11de la souffrance physique.
14:12On sent une institution
14:14qui prépare
14:15ses futurs surveillants
14:16à une réalité dure
14:17et on en parle
14:17juste après la pause.
14:18Retrouvez la force
14:20de l'engagement
14:21avec AJP,
14:22épargne,
14:23retraite,
14:24assurance emprunteur,
14:25prévoyance,
14:26santé.
14:28Sud Radio,
14:29la force de l'engagement,
14:3115h, 15h30,
14:33Muriel Rius.
14:33Donnez la parole
14:34à celles et ceux
14:35qui font bouger la société,
14:36c'est sur Sud Radio
14:37et c'est la force
14:38de l'engagement.
14:39Aujourd'hui,
14:39il y avait Guillaume Massard,
14:40réalisateur du documentaire
14:41La détention.
14:42Nous nous engageons
14:43pour comprendre
14:44comment on devient
14:46surveillant pénitentiaire
14:47et ce que cette formation
14:49révèle au fond
14:50de l'institution carcérale
14:51elle-même.
14:52Avant cette pause,
14:53Guillaume,
14:53je vous demandais
14:54si vous aviez été surpris
14:55de découvrir
14:56une parole aussi lucide,
14:58parfois même critique,
14:59de l'institution elle-même.
15:01J'ai été surpris en bien,
15:02oui, oui.
15:03J'étais heureux de ça,
15:05j'étais heureux de découvrir ça.
15:06Lorsque j'ai fait mes repérages,
15:08j'y suis allée une première fois
15:09sans caméra,
15:10donc j'ai fait deux fois
15:10cette formation.
15:11Et lorsque j'ai fait
15:12mes repérages,
15:14les six premiers mois
15:15que j'ai passés
15:16dans cette école,
15:17ça a été cette découverte
15:18d'entendre que
15:20la parole critique
15:22de la prison
15:23serait portée
15:24par les formateurs
15:25également.
15:26La découverte
15:27assez surprenante
15:29pour moi
15:29et heureuse
15:30que cette formation
15:31faisait bien son travail,
15:32que les formateurs
15:33étaient à l'aise,
15:35précis,
15:36pédagogues
15:37et qu'ils venaient
15:38de la coursive,
15:39qu'ils savaient
15:39de quoi ils parlaient
15:40et que par conséquent
15:41ils disaient la vérité
15:42à leurs étudiants.
15:44Et j'ai compris
15:45après coup
15:45qu'ils n'avaient pas le choix,
15:46qu'il fallait bien
15:46qu'ils disent la vérité,
15:47sans quoi les étudiants
15:48revenant de stage
15:51exploseraient,
15:51ce serait complètement
15:52intenable
15:53et qu'il valait mieux
15:54dire la vérité.
15:55Mais de fait,
15:55dire la vérité,
15:56c'est dépeindre une prison
15:57qui est très dysfonctionnelle,
16:00qui est mise en échec,
16:02qui suscite de la violence,
16:04qui suscite de la folie,
16:05qui suscite des névroses,
16:06des énormes problématiques
16:08et qui ne semblent pas
16:10beaucoup encouragées
16:10à la réinsertion
16:12et qui semblent au contraire
16:14engagées à ce qu'elles
16:15soient mises en échec
16:16et que les gens qui sortent
16:17soient plutôt susceptibles
16:19de récidiver.
16:20Et donc c'est très étonnant
16:22pour moi,
16:23dans un premier temps,
16:24d'entendre les cours
16:25se dérouler comme ça
16:26et c'est ce qui,
16:27en même temps,
16:28me fait comprendre
16:28que ce sera ça le film.
16:30C'est la force du film aussi,
16:31c'est ça.
16:32C'est que le film
16:32va aller de cours en cours,
16:33qu'on va rester en cours
16:34et que je n'aurai pas besoin
16:36de me mettre à construire
16:37un discours,
16:40comment dire,
16:40un peu trop insistant.
16:43Non,
16:43qu'en fait,
16:44ça va être porté
16:45par l'institution elle-même
16:47et que peut-être
16:48que ce que je vous disais
16:49au début de notre échange,
16:51ce doute que moi,
16:52j'avais depuis longtemps
16:53sur la validité de la prison,
16:55peut-être que ce doute
16:57gagnera certains spectateurs
16:58à leur tour
16:58qu'en sortant de ça,
16:59ils se demanderont
17:00mais est-ce que c'est vraiment ça
17:01que j'attendais de la prison ?
17:02Est-ce que c'est vraiment ça
17:02que je veux de la prison ?
17:04Est-ce que c'est la seule solution
17:06qu'on puisse nous proposer ?
17:07Alors,
17:08on peut aussi s'interroger
17:09sur le choix de ce métier
17:10parce qu'à l'écran,
17:12ils sont quand même jeunes.
17:13La plupart,
17:14ils ont quel âge d'ailleurs ?
17:15Eh bien,
17:15c'est large
17:16parce que ça va
17:16de 18 à 45 ans,
17:18voire davantage.
17:19Le doyen du petit groupe
17:21que j'ai filmé
17:21à 49 ans.
17:23D'accord.
17:23Parce que quand même,
17:25c'est un métier
17:26très particulier.
17:27C'est un métier
17:28où il faut...
17:29On est dans
17:30la confidentialité,
17:31on accepte
17:32de subir des violences
17:33pratiquement au quotidien.
17:35Alors,
17:35pourquoi,
17:36d'après vous,
17:37on choisit
17:37ce type de métier ?
17:38Pourquoi ils ont choisi
17:39ces métiers ?
17:40Les personnes avec lesquelles
17:41vous avez travaillé
17:43pendant tous ces mois ?
17:45Et est-ce que certains
17:46ont craqué ?
17:47Certains sont partis ?
17:49Ça rejoint ce que vous disiez
17:51tout à l'heure
17:51dans votre éditorial.
17:52Je pense que les syndicats
17:54ont raison de dire
17:55qu'il n'y a pas
17:56nécessairement de vocation.
17:57Je pense qu'elle est
17:58très, très rare,
17:59la vocation.
18:00Je pense que la plupart
18:01des gens qui font ce métier
18:03passent le concours
18:04pour avoir un job.
18:05Pour avoir un job
18:08fiable, fixe, stable,
18:10un travail de fonctionnaire.
18:12C'est un concours
18:13qui est plutôt accessible.
18:17Au moment où moi je tourne,
18:19il suffit d'avoir le brevet
18:20pour pouvoir le passer.
18:21Aujourd'hui, il faut le bac.
18:23Mais tout de même,
18:24c'est quand même
18:24un concours qui est accessible.
18:25On recrute énormément.
18:27L'administration a besoin
18:28de recruter.
18:29Elle fait beaucoup de pubs.
18:30Elle fait de la pub à la télé,
18:31elle fait de la pub dans le métro,
18:32elle fait de la pub sur Internet.
18:34J'ai entendu beaucoup
18:34de gens qui disaient
18:35que c'était parce que
18:36j'étais sur Facebook
18:37et que j'ai vu passer une pub.
18:38Du coup, ça m'a dit
18:39pourquoi pas ?
18:40Il y a beaucoup de gens
18:41qui sont en reconversion professionnelle.
18:43Il y a des femmes célibataires
18:45avec enfants
18:46qui en sont
18:46à leur quatrième métier.
18:49Il y a aussi beaucoup de gens
18:50qui viennent des dom-toms.
18:52Au moment où je tourne,
18:53il y a environ un tiers
18:54des personnes
18:54qui viennent des dom-toms.
18:55Et si j'ai bien compris,
18:56actuellement,
18:57c'est davantage.
18:58On n'est pas loin
18:58de même 50-50.
19:01Donc, on voit bien
19:02que c'est des gens
19:03qui ne viennent pas
19:04parce qu'ils ont la vocation
19:05d'enfermer quelqu'un.
19:06Et au fur et à mesure
19:08du moment où
19:08vous les suiviez,
19:10vous sentez
19:11ce que moi j'ai senti,
19:12cette interrogation.
19:14Est-ce que vraiment
19:15je suis à ma place ?
19:16Les choses bougent.
19:17Ça bouge.
19:18Les choses bougent très fort.
19:19Alors ça,
19:20comment vous l'avez traité ?
19:21Eh bien,
19:22ça, je l'ai regardé de près.
19:23Je l'ai regardé arriver
19:24sur leur visage.
19:25Je l'ai regardé arriver
19:26dans leurs émotions.
19:27Je les ai vus changer.
19:29Parce qu'effectivement,
19:30quand ils arrivent,
19:31ils n'ont aucune notion
19:32de ce qu'ils vont faire.
19:32Ils sont comme vous et moi.
19:34Ils savent très peu de choses
19:34de la prison.
19:36Ils savent les petites représentations
19:37qu'on a à la télévision,
19:38etc.
19:39Et puis,
19:40ce qu'ils découvrent sur place,
19:41c'est ce qu'ils vont devoir faire.
19:43C'est ce qu'ils vont devoir
19:44obliger les gens à faire.
19:45Et je pense que c'est ça
19:46le plus dur.
19:47Ce n'est pas tant
19:47les conditions de détention
19:49qui sont effectivement dramatiques,
19:50mais de voir quel pouvoir
19:51vous avez sur les autres
19:53et accepter que ça va être
19:54votre métier
19:54et accepter que vous allez vivre
19:56avec vous-même
19:57de cette manière-là.
19:58Il y en a beaucoup
19:59qui,
20:00comment dire,
20:01sont des prolétaires
20:02qui vont finir par
20:03trahir leur propre classe,
20:04s'il vous plaît.
20:05Oui,
20:05parce qu'il faut réguler le pouvoir.
20:07Et à un moment,
20:08il faut admettre
20:08qu'on est en train
20:09de franchir ce cap-là
20:11et qu'on est en train
20:12de basculer.
20:13Et ce n'est pas facile.
20:13Il y en a qui ne l'acceptent pas
20:14du tout.
20:15Il y en a qui vont arrêter
20:16en cours de route.
20:17J'étais même surpris
20:18d'apprendre ce que vous disiez,
20:19ce chiffre de 40%
20:20qui démissionne
20:22pendant leur première année.
20:23Parce que pendant la formation,
20:24moi,
20:24ce qui me surprend beaucoup,
20:25c'est que pendant la formation,
20:26il y en a très peu
20:26qui abandonnent.
20:27Dans mon groupe,
20:28il y en a une qui abandonne,
20:29il y en a une autre
20:30qui n'ira pas au bout non plus
20:31pour d'autres raisons.
20:33Mais voilà,
20:33ce n'est pas grand monde
20:35sur 20 élèves.
20:37Ça ne fait pas beaucoup.
20:38Et sur l'ensemble de la promotion,
20:41on était à peu près
20:41dans les mêmes statistiques.
20:43Donc,
20:43j'étais assez surpris
20:44de voir que si peu
20:45arrêtés en cours de route.
20:46Mais aussi parce qu'ils sont
20:47déjà payés
20:49tandis qu'ils entrent à l'école.
20:50Ça y est,
20:50ils sont fonctionnaires.
20:51Ils ont passé le concours.
20:52Et ils en ont tous besoin,
20:54en fait,
20:54matériellement.
20:55Ils en ont besoin.
20:55Ils ne sont pas venus
20:56parce qu'ils ont envie
20:58d'enfermer des gens.
20:59Alors,
20:59on découvre d'ailleurs
21:00vous venez de le dire.
21:01Ils sont déjà fonctionnaires.
21:02On découvre dans ce film
21:03à la fin,
21:04à toute fin,
21:05une institution codifiée.
21:07On voit un protocole
21:08presque militaire
21:09lors de la fin de la formation.
21:11Ils sont en uniforme.
21:12Ils sont en garde-à-vous.
21:13Ils chantent la Marseillaise.
21:14C'est vraiment
21:15un cérémonial républicain.
21:17Est-ce que cette mise
21:18en scène institutionnelle,
21:19c'est aussi,
21:19d'une certaine manière,
21:20une façon de leur donner
21:21de la fierté,
21:22de l'honneur,
21:23une forme de reconnaissance
21:24à ce métier ?
21:25Venant de l'école,
21:26vous voulez dire ?
21:26Est-ce que c'est ce que
21:27l'école veut ?
21:28C'est très probable
21:29que c'est ce que l'école veut.
21:30D'ailleurs,
21:31c'est raccord
21:32avec des évolutions récentes.
21:34Par exemple,
21:34désormais,
21:35l'administration pénitentiaire
21:37défile sur les Champs-Elysées
21:38au 14 juillet,
21:39ce qu'elle ne faisait pas
21:40jusqu'à présent.
21:41Donc,
21:41il y a une volonté,
21:42je pense,
21:43de faire mieux connaître
21:44ce métier,
21:45qui est probablement aussi
21:46lié à ce besoin
21:47de recrutement
21:47dont on parlait tout à l'heure.
21:49Mais par exemple,
21:50moi,
21:50quand je suis arrivée,
21:53alors déjà,
21:53à Casa Biandab,
21:54ça m'a vraiment frappée
21:55pendant la formation.
21:57je ne connaissais pas
21:59cet uniforme.
22:00Je me suis rendu compte
22:00que je ne l'avais pas
22:01dans l'œil,
22:02que je n'avais pas l'habitude
22:02de voir cet uniforme.
22:04On ne le connaît pas
22:04parce que c'est un uniforme
22:05qu'on ne croise pas dehors.
22:06On croise les militaires,
22:08on croise les policiers,
22:09mais eux,
22:09il n'y a pas de raison
22:10qu'on les croise.
22:10C'est comme vous disiez,
22:11un travail de Londres,
22:12il ne faut pas qu'on sache
22:13qu'ils font ce métier-là.
22:15Il faut rester anonyme.
22:16On n'a pas le droit
22:17de venir au travail
22:17en uniforme.
22:18On se change sur place
22:20dans l'établissement.
22:21Je vous rassure,
22:22les gendarmes aussi,
22:23souvent,
22:23ils ne vont pas en uniforme
22:24parce que l'agression,
22:25c'est dangereux.
22:26On se met en uniforme
22:27quand on est dans l'institution.
22:29Tout à fait.
22:30Moi, je ne connaissais pas
22:31cet uniforme.
22:32Dans le film,
22:32on apprend à le connaître,
22:34à le reconnaître.
22:36Avec mon étalonneuse,
22:37on a même cherché
22:37qu'il était le bon bleu marine.
22:39Retrouver le bon bleu marine
22:40de cet uniforme
22:41qui est si méconnu.
22:43Écoutez, Guillaume,
22:44merci beaucoup
22:44pour cette conversation
22:46sur un sujet
22:46tout de même très engageant.
22:48Alors, la détention,
22:50ça ne filme pas simplement
22:50une institution.
22:51Ça montre des transformations humaines.
22:53Moi, je vous recommande
22:54vraiment d'aller voir
22:55ce film,
22:55ce documentaire.
22:56Il est à Cannes
22:57en ce moment.
22:59La force de l'engagement,
23:00c'est chaque dimanche
23:01à 15h sur Sud Radio,
23:03en podcast sur sudradio.fr.
23:05Et je vous retrouve
23:06dimanche prochain,
23:07même heure,
23:07même énergie
23:08avec celles et ceux
23:09qui font bouger la société.
23:10Excellente dimanche.
23:11C'était la force
23:12de l'engagement.
23:14Avec AJP,
23:15épargne,
23:16retraite,
23:17assurance emprunteur,
23:18Prévoyance,
23:18santé.
23:19AJP.
23:21AJP.
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