Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 13 minutes
Issue de 16 années de recherche menées au CNRS et à l’Université de Lille, la start-up française Voltify développe des micro-batteries destinées à de nouveaux usages. Après la recherche et le développement du prototype, l’entreprise doit désormais relever le défi du passage à l’échelle et de l’industrialisation, avec une nouvelle levée de fonds à la clé. Maxime Hallot, CEO de Voltify, revient sur ce parcours, de la recherche publique à l’entrepreneuriat, au micro de Sibylle Aoudjhane dans SMART ÉCO.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:04Du monde de la recherche au monde de l'entrepreneuriat, la start-up Voltify fabrique des micro-batteries.
00:11Mais avant d'arriver au prototype, il a fallu 16 ans de recherche.
00:14Et c'est justement ce passage de la recherche à l'industrialisation potentielle qui va nous intéresser.
00:20Mais avant quelques mots, avec vous Maxime Allot, bonjour.
00:23Bonjour.
00:23Alors vous êtes le CEO de Voltify.
00:26Tout d'abord, est-ce que vous pouvez bien sûr nous expliquer cette technologie ?
00:29Donc je disais que ce sont des micro-batteries qui se rapprochent, enfin vous êtes inspiré du fonctionnement du corps
00:36humain.
00:36On parle de biomimétisme à ce niveau-là. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?
00:40Tout à fait. Alors le biomimétisme est un terme assez bien choisi.
00:43Puisqu'en réalité, on a des objets à l'intérieur du corps humain qui sont en apparence relativement petits par
00:48rapport à la taille du corps.
00:49L'exemple le plus simple sont les poumons.
00:52Donc il faut savoir que quand vous inspirez du sang, l'échange gazeux entre le sang et l'air inspiré,
00:56c'est à peu près l'équivalent d'un demi-cours de tennis.
00:58C'est 100 m². Donc c'est une énorme surface au rapport de l'objet qui est à l'intérieur
01:05du corps humain.
01:05Et nous, on a repensé un peu l'architecture d'une batterie de la même manière, puisque la quantité d
01:10'énergie que l'on peut stocker,
01:12c'est directement proportionnel à cet échange justement d'ions entre deux électrodes.
01:16Donc la même image que les poumons que j'évoquais.
01:18Et donc nous, on a créé une architecture en trois dimensions, un peu complexe, qui est complètement enterrée dans ce
01:24qu'on appelle un substrat de silicium.
01:25Donc il y a aujourd'hui l'architecture de base de toute l'électronique moderne.
01:28Et c'est avec ça qu'on a réussi à miniaturiser à l'extrême et à densifier la quantité d
01:33'énergie qu'on peut stocker dans un composant comme une batterie par exemple.
01:36Et ce modèle-là, ça rompt avec le modèle traditionnel de la batterie ?
01:39C'est-à-dire que ce qu'on va trouver dans les autres outils qui ont des batteries, ce ne
01:44sera pas réalisé de la même manière ?
01:46Complètement. En fait, c'est assez atypique dans le monde du stockage de l'énergie et d'autant plus sur
01:50le monde géré de la microélectronique et des semi-conducteurs,
01:53puisque c'est aujourd'hui notre industrie.
01:56Et l'idée derrière a été déjà initiée par des chercheurs franco-américains dès les années 2008, mais sans pouvoir
02:01réussir à franchir le pas.
02:02C'est-à-dire cette capacité à produire de manière séquentielle et de maîtriser, gérer la synthèse des matériaux pour
02:10des batteries à l'intérieur de ces architectures complexes.
02:13Et c'est ces briques-là que nous, on a réussi à lever au sein de l'entreprise à travers
02:1716 années de R&D.
02:18Vous allez nous raconter tout ça. Juste en termes de matériaux utilisés, là, est-ce qu'on est pareil sur
02:24ces mêmes matériaux ou des batteries traditionnels ?
02:26Et du coup, forcément, les mêmes dépendances qu'il y a derrière ?
02:29Alors, je dirais oui et non, dans le sens où on a quand même un petit peu fait des choix
02:33technologiques sur les matériaux.
02:34Donc, par exemple, on reste en technologie lithium-ion, puisque c'est ce qu'on fait de mieux depuis plus
02:37de 50 ans.
02:38Mais par contre, on a fait d'autres choix. Par exemple, on n'utilise pas de solvant, on n'utilise
02:41pas de cobalt.
02:42En gros, on a essayé d'éliminer au maximum tout risque technologique lié, par exemple, à la santé du corps
02:48humain,
02:48puisque ça va être des batteries qui peuvent être déployées à l'intérieur du corps. On l'évoquera après, peut
02:52-être.
02:52Mais dans l'idée, effectivement, c'est de pouvoir sélectionner ça, tout en maîtrisant quand même des aspects matériaux qui
02:58sont déjà présents dans l'industrie.
03:01Donc, vous nous avez parlé de ces toutes petites micro-batteries. À quel usage sont-elles destinées ?
03:07Alors, il y a deux usages. Alors, effectivement, on parle de micro-batteries. Pour donner une bonne idée, c'est
03:11entre un millimètre carré et deux fois l'épaisseur d'un cheveu, un grain de sable.
03:15Et donc, l'idée derrière ça, c'est de pouvoir répondre à un besoin critique aujourd'hui sur la santé,
03:20qui est la surveillance de ce qu'on appelle les pathologies chroniques.
03:24Le glaucome, le diabète, on peut en évoquer un certain nombre. Et aujourd'hui, une personne sur 11 est atteinte
03:30du diabète.
03:31Et ça représente aujourd'hui énormément de cas pathologiques sur lesquels on a besoin de ce qu'on appelle de
03:36surveillance en continu.
03:38Et tous ces dispositifs qui sont placés à l'intérieur du corps humain, le seul qu'on connaît assez bien
03:42dans le grand domaine public, ça va être le pacemaker.
03:45Mais les autres dispositifs que j'évoque sont incapables de répondre à une autonomie en énergie suffisante.
03:51C'est comme si on avait besoin de le charger tous les jours, alors que c'est un implant connecté
03:56à l'intérieur du corps humain.
03:57Parce que là, l'autonomie, du coup, elle sera de combien de temps ? Vous savez déjà ? Comment est
04:01-ce que vous travaillez ?
04:01Alors, c'est très dépendant du cas applicatif. Aujourd'hui, on travaille avec plusieurs cas d'usage.
04:07Un exemple qu'on peut donner, c'est sur des lentilles connectées pour la DMLA, donc dégénérescence maculaire liée à
04:11l'âge.
04:12Aujourd'hui, on a un client qui a une autonomie de 4 heures sur sa batterie, donc sur sa lentille
04:17connectée.
04:17Et l'inconvénient de ça, c'est que le patient, lui, il a besoin d'une lentille qui fonctionne à
04:21minima toute la journée.
04:22Donc, avec nos dispositifs, on pourra avoir plusieurs jours d'autonomie, quasiment 15 fois plus d'autonomie que celle que
04:28l'on peut afficher.
04:29Et d'autres dispositifs, comme pour des implants sur la surveillance de glycémie pour le diabète, notamment le diabète de
04:35type 1 chez les jeunes enfants,
04:37on pourrait imaginer une autonomie qui va passer de deux semaines à, à minima, un an et demi.
04:42Oui, ça change radicalement.
04:44Quand on fait de la recherche, donc là, c'est 16 années de recherche, on pense déjà à son application
04:50?
04:50Est-ce que vous aviez déjà ça en tête pendant toutes ces années ?
04:53Alors, oui et non.
04:55En réalité, le groupe de chercheurs qui a commencé à travailler là-dessus avait des cas applicatifs d'usage, effectivement,
05:00en tête relativement limitée,
05:02c'est-à-dire pas de design très prédéfini.
05:04Mais par contre, au fur et à mesure, on se rend compte de la portée de la recherche et de
05:08la portée, donc, j'irais, du cas applicatif et du cas, j'irais, de l'impact social sur lequel ça
05:14pourrait mener.
05:15Et c'est à partir de là qu'on commence à construire, j'irais, une recherche, mais plutôt basée sur
05:20la visée du cas applicatif.
05:21Donc, ça s'est fait de manière progressive.
05:22Et à partir de quel moment pendant ces 16 années, qu'est-ce qui vous a permis d'innover, d
05:30'aller sur des terrains qui ne sont pas du tout encore aujourd'hui explorés ?
05:34Parce que c'est vrai que vous avez donc ce champ de recherche, j'imagine, tout ce qui est microtechnologie,
05:38etc.
05:39À quel moment et qu'est-ce qui vous a permis d'aller dans cette brèche non-exploitée encore jusqu
05:45'à présent ?
05:45Alors, c'est beaucoup d'itérations et c'est aussi, j'irais, un accompagnement de nos institutions,
05:51puisque, bon, au départ, avant de créer cette entreprise, j'étais jeune chercheur.
05:55Et dans l'idée, en France, on a quand même un écosystème qui est assez robuste.
05:59On arrive à produire des connaissances et on arrive à être leader mondial sur certains sujets.
06:04Et le stockage de l'énergie au sens large fait partie de ces sujets-là.
06:09Donc, c'est un petit peu comme ça qu'on arrive à prendre le sujet, j'irais, à bras-le
06:12-corps,
06:12avec un groupe de chercheurs et qu'on arrive à itérer de manière séquentielle
06:15pour essayer d'amener d'une résolution, d'une problématique marché vers un produit
06:21et surtout vers un produit qui répond à ce besoin de marché qu'on avait identifié au préalable.
06:26Et ça, c'est accompagné, comment ? C'est à la fois l'accompagnement humain, j'imagine,
06:32aussi il y a des aides.
06:33Comment est-ce que vous avez réussi à être accompagné sur ce processus
06:37de mettre une application sur une innovation ?
06:40Alors là, en l'occurrence, c'est une application qui émane d'une institution qui s'appelle le CNRS,
06:45le Centre National de la Recherche Scientifique Française,
06:48qui est un pilier sur la recherche française au volet académique, on va dire.
06:57Donc, on a un certain nombre de subventions, d'accompagnement qui financent la recherche publique
07:00et qui permettent de manière séquencée d'aller chercher les moyens suffisants, humains,
07:08d'infrastructures, mais aussi financiers, pour pouvoir mener ces recherches.
07:12Vous en êtes où aujourd'hui sur le prototype ou à quel niveau vous en êtes de la production ?
07:17Donc là, aujourd'hui, on a un petit outil de production, grâce au CNRS, encore une fois,
07:21puisqu'il nous accompagne sur le développement de notre technologie
07:23et le développement de notre capacité à produire.
07:26On peut produire entre 3 et 10 000 composants par mois, typiquement,
07:30donc des composants d'un millimètre carré,
07:32et qui offrent, je dirais, des quantités de stockage qui sont inégalées à travers le monde,
07:36puisqu'on a 15 fois plus de quantité d'énergie qu'on peut stocker dans ces batteries.
07:41Et donc, on a, voilà, en Haute-France, cet outil qui nous permet à la fois de répondre aux enjeux
07:46de marché,
07:47où on a nos premiers clients, sur lesquels on est en train de valider des prototypes,
07:51et sur lesquels on a aussi un terrain de jeu pour poursuivre notre R&D.
07:55Maxime, allô, merci beaucoup d'avoir été avec nous.
07:57On vous retrouve tout de suite dans le débat éco.
08:00On va essayer de comprendre un peu mieux,
08:01prendre un peu plus de hauteur sur ces aides publiques dont vous nous avez parlé.

Recommandations