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  • il y a 16 minutes
Avec Jean-Claude Delgènes, Président fondateur de Technologia.
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##TETE_TAF-2026-09-20##

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News
Transcription
00:00Sud Radio, la tête dans le taf. Didier Meyrand.
00:04Avec Kéréa, l'expert des solutions de prévention en entreprise.
00:08Le travail, c'est la santé. Rien faire, c'est la conserver.
00:17Les prisonniers des boulots font pas de vieux sortes.
00:24Bonjour à tous, je suis très heureux de vous retrouver pour la tête dans le taf.
00:29Ce travail qui nous prend la tête, dirait les plus jeunes.
00:33Ce travail qui nous entête, qui est parfois tellement envahissant, mais tellement stimulant.
00:37Ce travail bien utile pour remplir les chariots, parce qu'il faut faire les courses.
00:43Et donner parfois un sens plus positif à sa vie professionnelle.
00:47Cette semaine, nous en parlerons avec Jean-Claude Delgène, qui est le patron de Technologia.
00:53Puis, nous retrouverons Fabienne Broucaret, rédactrice en chef de Courrier Cadre.
00:59rebondir pour sa chronique My Happy Job.
01:01Et il sera question de la santé des patrons, Fabienne.
01:04Avec Fabrice Pastor, neuropsychologue, pour sa chronique Mon cerveau au boulot.
01:09Nous irons voir comment il n'est pas toujours facile de demander une augmentation à son patron.
01:15Et avec Thibaut Fleury, pour sa chronique Bosson Futé.
01:19Thibaut, qui est le DG d'efficience, il sera question de l'IA, l'intelligence artificielle.
01:24Un collègue, un outil, ou peut-être un stress de plus.
01:30Mais pour commencer, nous allons à la rencontre de Jean-Claude Delgène.
01:34Bonjour.
01:34Bonjour.
01:35Alors, Technologia.
01:36Merci de m'inviter.
01:37On en a que je vois.
01:38Technologia, quels sont les cœurs de métier ?
01:40Technologia, c'est un cabinet qui est spécialisé dans la prévention des risques professionnels
01:44et l'amélioration du dialogue social en entreprise.
01:47C'est un cabinet qui existe depuis presque 40 ans, qui compte un peu moins d'une centaine de salariés,
01:52qui est en fait, je pense qu'il s'est fait connaître.
01:55Alors, c'est toujours difficile de dire du bien de soi.
01:57Et moi, je suis...
01:59Parfois, ça fait du bien aussi.
02:00Oui.
02:01Moi, je suis de ceux qui considèrent que le succès d'hier ne garantit pas forcément l'infaillabilité demain.
02:06Mais c'est le jeu aussi de montrer un peu le travail des équipes.
02:11Parce qu'on a des équipes qui sont formidables.
02:12Donc, on a travaillé, par exemple, sur des sujets un peu compliqués, un peu difficiles,
02:16comme la prévention des risques professionnels au Technocentre-Nos.
02:20Lorsqu'il y a eu, en 2007-2010, les crises suicidaires,
02:24nous nous sommes occupés de la grande affaire Kerviel, à la Société Générale,
02:30les crises suicidaires pour France Télécom Orange.
02:34Donc là, on conseille en prévention des risques santé professionnels, des risques psychosociaux au sens large.
02:40Tout à fait, oui.
02:41On a aussi travaillé sur des sujets comme l'amiante.
02:43Comme, là, dernièrement, il y a eu une grave explosion chez un opérateur téléphonique à Paris.
02:49Bon, on était nommé comme expert.
02:50Donc, on travaille, en fait, sur un spectre assez large.
02:53Mais c'est vrai qu'on est plus connu sous l'angle des risques psychosociaux.
02:57Aujourd'hui, par exemple, j'ai vu que vous aviez un thème sur l'IA.
03:00On travaille énormément sur l'IA.
03:02On a été retenu, par exemple, par les grandes sociétés numériques.
03:07Parce qu'aujourd'hui, il y a un risque de ce qu'on appelle le burn-out numérique.
03:11Avec les boucles d'accélération produits par l'IA, il y a beaucoup de personnes qui se brûlent la santé.
03:18Donc, on travaille beaucoup là-dessus.
03:19J'ai fait une conférence encore cette semaine sur cette question de burn-out lié à l'intelligence artificielle.
03:26Le burn-out, qui est une problématique en matière de santé mentale de plus en plus abordée, de plus en
03:34plus évoquée.
03:35Mais pourtant, pas très précisément connue, en fait.
03:38Il y a beaucoup, beaucoup d'approximations.
03:41En fait, le burn-out, c'est un terme un peu valise.
03:44Chacun y met un peu ce qu'il veut.
03:45Mais, en fait, le burn-out doit être compris comme étant plutôt un syndrome d'épuisement professionnel.
03:50C'est le terme, en fait, médical.
03:52Et le syndrome d'épuisement professionnel, c'est un facteur prédictif de suicide.
03:56Donc, ce n'est pas du tout une maladie, en fait, vaine.
04:00C'est quelque chose de très grave.
04:01Quand vous êtes victime d'un burn-out, c'est neuf mois d'arrêt en moyenne.
04:06C'est d'ailleurs pour ce qui explique l'envol, aujourd'hui, des coups de l'absentéisme.
04:11Puisque, en fait, les pathologies psychiques liées au travail, en particulier le burn-out, sont en pleine expansion.
04:17En fait, c'est la maladie du trop.
04:19Trop de travail, trop peu de récupération, trop de stress chronique.
04:22Et donc, beaucoup de gens sont touchés par ce phénomène-là.
04:28Alors, deux informations, mais vous, vous le savez déjà.
04:30Il existe un test sanguin qui peut nous éclairer sur le burn-out et doser notre taux de cortisol dans
04:36le sang.
04:37Et vous pouvez le faire dans un laboratoire, tout à fait à côté de chez vous.
04:41Il vaut mieux le faire dans un CHU, c'est quand même beaucoup plus facile d'accès.
04:46Si vous voulez faire reconnaître une maladie professionnelle, il vaut mieux le faire.
04:50Parce que c'est très compliqué de se faire reconnaître au niveau d'un burn-out, au niveau des maladies
04:53professionnelles.
04:53Puisque vous avez un seuil pour instruire auprès des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles.
04:59Il faut démontrer un seuil de 25% d'IPP.
05:02C'est très compliqué.
05:02À suivre. Et puis, bien sûr, toute l'information bientôt via YouTube.
05:08Et puis, pour ceux qui seront dans le sud de la France, au forum de la santé mentale au Palais
05:12des Festivals de Cannes, les 18 et les 19 octobre.
05:16Maintenant, nous retrouvons Fabienne Broucarré.
05:18Bonjour Fabienne.
05:19Bonjour Didier.
05:20Rédactrice en chef de Courrier cadre de Rebondir pour votre chronique Happy Job.
05:25Et vous nous parlez de la santé mentale des patrons.
05:28Parce qu'ils ont aussi une santé mentale, les patrons.
05:31Exactement. Parce que si on parle de plus en plus de santé mentale au travail, comme on le fait avec
05:35notre invité aujourd'hui,
05:36on parle encore trop peu de celle des dirigeants.
05:38Notamment quand ils sont à la tête de TPE et de PME.
05:41C'est quand même un sacré angle mort.
05:42Car ces structures en France constituent quand même l'immense majorité du tissu économique français.
05:47L'Alliance pour la santé mentale et AG2R, la mondiale, viennent de publier un baromètre qui leur est dédié.
05:51Et plusieurs chiffres moins m'ont marqué.
05:53Déjà, 86% disent qu'ils vont bien.
05:55C'est quand même assez rassurant.
05:56Sauf que dans le même temps, 64% affirment aussi vivre des périodes de stress intenses.
06:01Pour près d'un sur cinq, c'est carrément tous les jours ou presque.
06:05Donc en résumé, oui oui ça va, mais quand même sous haute pression.
06:08Il faut dire que quand on dirige une petite entreprise, on est aussi souvent le commercial, le RH et le
06:13pompier de service.
06:14Une majorité de dirigeants pensent d'ailleurs que s'ils s'arrêtent, ne serait-ce que quelques jours, leur activité
06:19risque d'en pâtir.
06:20Oui, le chef d'entreprise, le patron, c'est celui qui est au feu, qui est toujours courageux, qui est
06:25toujours debout.
06:26Et pourtant, ce n'est pas si simple.
06:28Le risque, c'est de finir par considérer que le stress du patron, c'est comme normal et de le
06:34laisser s'installer.
06:36Exactement Didier, en se disant, je suis le patron ou la patronne, c'est comme ça et puis ça fait
06:40partie de mon job.
06:41C'est justement pour sortir de cette banalisation et parfois même aussi d'une forme de déni
06:45que l'Observatoire Amaroc, qui a été fondé par le professeur Olivier Torres,
06:50travaille depuis des années sur la santé des travailleurs non salariés.
06:53Il a notamment développé deux outils que je trouve très intéressants pour prendre un peu de recul sur son quotidien.
06:57Un stressomètre et un satisfactomètre.
07:00Un stressomètre et un satisfactomètre.
07:04Et oui, alors le premier permet de mettre noir sur blanc tout ce qui s'accumule
07:08et qui peut finir par peser l'air de rien.
07:10Problème de trésorerie, baisse d'activité, surcharge de travail, conflit avec un associé.
07:14Le second, à l'inverse, s'intéresse à tout ce qui fait du bien dans la vie d'un dirigeant.
07:19Bonne entente au bureau, nouveau contrat, réussite d'un projet.
07:22Une question d'équilibre donc, l'objectif c'est de prendre conscience de son état
07:26avant que le corps ou la tête ne disent stop.
07:28Mais une fois qu'on a pris conscience qu'on ne va pas bien, même si on est patron,
07:33encore faut-il réussir à en parler.
07:35Et ça, on se rend compte que c'est peut-être là que ça coince le plus.
07:3941% des dirigeants disent que leur statut les freine pour parler de leurs difficultés psychologiques.
07:43C'est quand même assez important.
07:45Et il reste plus facile pour eux d'évoquer un problème de santé physique que de santé mentale.
07:49On a ainsi vu des patrons parler publiquement de leur cancer, de leur burn-out ou de leur dépression, beaucoup
07:54moins.
07:54Pourtant, ailleurs, les lignes bougent.
07:56Dans le sport de haut niveau, de plus en plus de champions osent parler de leur fragilité et de leur
07:59vulnérabilité.
08:00Au sommet de sa carrière, par exemple, la gymnaste américaine Simone Biles a préféré s'arrêter pour se préserver.
08:06Cela ne l'a pas empêché de revenir au premier plan.
08:08Et vous en conviendrez avec moi, ça n'a rien enlevé à son charisme, bien au contraire.
08:12Alors pourquoi ce serait différent pour un chef d'entreprise ?
08:15On attend d'un dirigeant qu'il tienne la barre, qu'il rassure, qu'il garde le cap.
08:18Mais même un bon capitaine peut un jour avoir besoin qu'on lui lance une bouée.
08:22Qu'on lui lance une bouée ou qu'il laisse passer dans ses fragilités des failles, qui sont des failles
08:29de lumière.
08:30Parce qu'on dit toujours que dans les failles passe la lumière.
08:33Merci beaucoup Fabienne Broucaret pour cette chronique My Happy Job.
08:37Est-ce que sur ce sujet de la santé mentale des patrons, Jean-Claude Delgène, vous avez aussi un prisme,
08:44une observation ?
08:45Oui, je connais très bien le professeur Torres, qui est une relation amicale de longue date,
08:50puisqu'il s'est inscrit dans ses travaux il y a une quinzaine d'années.
08:55Donc nous, on se connaît très très bien, on se croise très souvent et on a beaucoup travaillé ensemble.
08:59Je pourrais rajouter une chose importante, c'est que la création d'entreprise reste,
09:03et donc la responsabilité d'une entreprise reste la dernière grande aventure de notre siècle.
09:08Et donc c'est pour ça que ça attire beaucoup de monde.
09:09Alors nous, on avait fait une étude il y a quelques années qui était très intéressante.
09:13On avait comparé justement la question du syndrome d'épuisement professionnel des chefs d'entreprise, PME,
09:20avec des cadres de grandes entreprises, pour voir en fait ce qui se passait.
09:25Parce que en fait, la question du burn-out, c'est une question de récupération physiologique.
09:29Vous avez un pic d'activité, il faut savoir ce qui est normal, on peut travailler beaucoup,
09:34on peut avoir un pic d'activité, c'est tout à fait normal.
09:36Par contre, il faut savoir gérer ces phases de récupération.
09:40Si vous savez gérer vos phases de récupération, si vous avez cette latitude décisionnelle pour gérer cette phase de récupération,
09:46c'est beaucoup moins terrible au niveau de santé.
09:48Et donc on avait fait cette comparaison et on s'était aperçu que les cadres supérieurs,
09:53enfin pas le top management, mais en dessous le top management,
09:57étaient très souvent plus malades de la même intensité de travail que les chefs d'entreprise.
10:03Pourquoi ? Parce que les chefs d'entreprise avaient la latitude et avaient une meilleure qualité de récupération.
10:09Il faut savoir que la récupération physiologique est essentielle.
10:12Il y a eu une étude qui a été menée en 2004 par InterHeart.
10:16InterHeart, c'est en fait une grosse étude internationale,
10:19et en France, elle a été conduite, cette étude, par la Fédération française de cardiologie.
10:23La Fédération française de cardiologie, en 2004, a démontré qu'il y avait 3 500 à 4 000 décès chaque
10:29année
10:29dus au stress chronique professionnel.
10:32C'est énorme. Et pour terminer là-dessus, il faut savoir que c'était avant la création des smartphones,
10:38en 2007, là où en fait ce qui a transformé nos vies,
10:41puisque à partir de 2007, 2008, 2010, on n'allait plus au travail, on ne sortait plus du travail,
10:47mais on était constamment connectés à des projets.
10:51Et c'est ça le vrai sujet.
10:52C'est comment on arrive à organiser sa vie et à mettre un peu à distance la toute puissance du
10:57travail.
10:58Se connecter et se déconnecter, et pourquoi pas se connecter à la nature.
11:04Il y a beaucoup d'ouvrages, de publications, et j'ai vu que vous en parliez aussi,
11:08soit dans Courrier 4, soit dans Rebondir, d'être en lien avec la nature,
11:12et de se recharger avec ce que la nature nous offre dans ces phases que vous appelez,
11:17Jean-Claude Delgène, de décompensation, de dépression, de repos,
11:21comme si on se remettait en charge.
11:23Et nous, on va s'absenter quelques minutes.
11:26A tout de suite pour poursuivre avec la tête dans le taf.
11:55Et nous, sur Sud Radio, dans la tête dans le taf,
11:58on va faire de vieux eaux, parce qu'on va ménager nos montures.
12:03Et je reçois Jean-Claude Delgène, qui est le patron de Technologia,
12:08qui est un expert sur les risques psychosociaux au travail.
12:12Et j'aimerais bien que vous fassiez l'effort de nous donner l'exemple d'une intervention
12:19dont vous êtes la plus fière, où vous nous dites, ça, je l'ai fait, et ça, ça a marché.
12:25Alors, j'en ai fait plusieurs, mais...
12:26Ah oui, non, mais je vous demande le best one !
12:28The place to be !
12:29Deux choses, deux choses.
12:31La première...
12:31Une !
12:33J'ai été, en fait, à l'origine de l'appel des 44, en 2011,
12:38avec bon nombre de scientifiques, d'intellectuels,
12:42comme Boris Cyrulnik, Michel Debout, etc.,
12:45pour appeler à la création d'un observatoire national des crises suicidaires,
12:50qui a été créé en 2013, à l'époque, par Mme Touraine,
12:55qui était ministre de la Santé,
12:56parce qu'on n'avait pas d'outils suffisamment probants
12:59pour analyser, pour comprendre les crises suicidaires
13:02afin de mieux les prévenir.
13:04Et sinon, deuxième chose, j'ai mis en place...
13:06Ah, vous y penez quand même, deuxième chose !
13:07J'ai mis en place avec, à l'époque,
13:11en travaillant avec Jacques Boulay,
13:12qui vient de nous quitter, dont je salue la mémoire,
13:15qui était un grand professeur d'architecture, un philosophe,
13:19on a mis en place une formation aidée par la DGT,
13:22la Direction Générale du Travail,
13:23M. Combrexet à l'époque, M. Lanousière,
13:25nous avons mis en place cette formation
13:27pour faire en sorte que les architectes
13:29construisent des immeubles
13:30qui ne génèrent pas de risques psychosociaux.
13:33On a fait ça avec l'Ordre des architectes.
13:35Ça, c'est deux réalisations très concrètes qui parlent.
13:37Donc vous êtes très fier.
13:38Je suis fier, oui.
13:39L'occasion pour moi de saluer dans vos propos
13:41mon ami proche Boris Cyrulnik,
13:43que j'ai eu tellement de plaisir à interviewer
13:45au cours de ces dix dernières, vingt dernières années,
13:48et Fabrice Joland, le patron de l'UNPS,
13:51l'Union Nationale de la Prévention du Suicide,
13:53grand psychiatre qui a conduit ses travaux.
13:55Et je vous redonne à tous le numéro 31-14.
13:59Vous êtes témoin d'un risque suicidaire.
14:01Vous vous sentez en risque suicidaire.
14:0331-14 partout en France
14:05et à n'importe quelle heure du jour et de la nuit.
14:09Nous retrouvons Fabrice Pastor
14:11qui est avec nous en duplex pour sa chronique
14:14« Mon cerveau au boulot ».
14:17Bonjour Fabrice.
14:19Bonjour Didier.
14:20Vous êtes neuropsychologue, auteur de livres
14:23et en tout cas celui qui fait l'actualité
14:25c'est « Qu'est-ce qui se passe dans la tête des enfants ».
14:28Et aujourd'hui, c'est peut-être le papa,
14:30le collaborateur qui nous parle en tant que neuropsychologue
14:33parce que vous vous dites
14:34« C'est compliqué de demander une augmentation,
14:37c'est parfois des sueurs froides ».
14:39Alors pourquoi est-ce qu'on a tant de mal
14:40à demander plus d'argent à son patron ?
14:43Eh bien Didier, parce que demander une augmentation,
14:45il faut le dire,
14:46c'est pas seulement demander plus d'argent.
14:48C'est un peu comme demander un peu combien on vaut.
14:51On se sent jugé, comparé aux autres.
14:54Et là, c'est pas la même chose.
14:55On touche à quelque chose de beaucoup plus personnel.
14:58D'ailleurs, on peut avoir d'excellents arguments
15:00pour demander une augmentation.
15:02Par exemple, on a sauvé trois dossiers hyper compliqués.
15:06On a contribué à doubler les ventes.
15:08On a remplacé le chef pendant ses vacances.
15:10On a même réparé l'imprimante
15:12que tout le monde regardait un peu comme une bête sauvage
15:14depuis 2018.
15:15Donc on a fait quelque chose de très concret, finalement.
15:18Énorme.
15:18Donc c'est vrai qu'avec tous ces exploits,
15:20vous devriez arriver au boulot
15:21avec une sorte de cap de Superman.
15:24Ça y est, je la vois.
15:25Pourtant, au moment de parler,
15:27devant le boss,
15:28vous devenez un peu le stagiaire
15:29qui a perdu son stylo.
15:31Si jamais vous avez deux minutes,
15:33éventuellement,
15:33on pourrait peut-être parler un peu de ma rémunération.
15:35Mais seulement si ça ne vous embête pas.
15:37Enfin, vous imaginez bien le truc.
15:39Notre cerveau déteste, en tout cas,
15:40quelque chose qu'on appelle l'incertitude.
15:42Il va se poser plein de questions totalement légitimes.
15:45Et si mon boss dit non ?
15:48Et s'il pense que je suis trop gourmand ?
15:49Et s'il ne m'invite plus jamais à la galette des rois ?
15:51Bref, de là à être dans l'angoisse,
15:53il n'y a qu'un pas.
15:54Une discussion professionnelle
15:56peut un peu se transformer en danger relationnel.
16:00En fait, on n'est plus dans
16:01est-ce que mon salaire correspond à mon travail ?
16:03Mais est-ce qu'on va encore m'aimer après ça ?
16:05Alors oui, comment on peut alors parler de chiffres
16:09avec ce risque émotionnel que vous nous décrivez ?
16:11Est-ce qu'il y a des pièges ?
16:14Oui, il y a des pièges.
16:15Le premier chiffre entendu,
16:17le premier chiffre posé,
16:18nous colle au cerveau un peu comme un chewing-gum
16:21sous une chaussure.
16:22C'est ce qu'on appelle l'ancrage,
16:23en lien avec le biais d'ancrage.
16:25Si l'on vous annonce une somme objectivement basse,
16:29c'est ce montant qui devient le repère,
16:31même si vous savez qu'il ne correspond pas à votre poste.
16:34C'est pour cela qu'il est intéressant
16:36de connaître les salaires pratiqués dans votre métier
16:39ou à votre poste avant le rendez-vous.
16:40Sinon, on risque de négocier à partir d'un chiffre
16:43posé par l'autre avec peu de marge de manœuvre.
16:46Alors si je comprends bien, Fabrice,
16:48vous nous dites que le problème,
16:51ce n'est pas seulement le montant de l'augmentation demandée,
16:54mais c'est aussi la peur d'être jugé.
16:56Quand je demande plus d'argent à mon patron,
16:58combien est-ce que moi je vaux en plus ?
17:00C'est ce qui se joue, quoi.
17:02C'est exactement ça, Didier.
17:03Et ça arrive à un bon nombre de travailleurs et de collaborateurs.
17:06On parle d'ailleurs parfois de retour de bâton.
17:08En gros, quand une personne négocie fermement,
17:11elle peut être vue comme parfois trop exigeante
17:14ou même pas assez sympathique, voire froide.
17:17Et d'ailleurs, il faut noter que les femmes,
17:19y sont particulièrement exposées.
17:21Des études montrent qu'elles peuvent être davantage pénalisées socialement
17:24lorsqu'elles négocient une rémunération.
17:25Et je ne vous apprends rien en vous disant qu'encore en France,
17:28à temps de travail égal,
17:29les femmes gagnent environ encore 14% de moins que les hommes.
17:34En fait, c'est tout le paradoxe.
17:36On leur dit « Allez-y, osez demander ».
17:38Quand elles demandent,
17:39certains trouvent qu'elles ont du caractère.
17:41Et il semble que le caractère soit quelque chose de très bien,
17:44surtout quand c'est chez le voisin.
17:46Enfin bref, c'est pour cela que la journée internationale
17:49de l'égalité de rémunération,
17:50qui a eu lieu ce vendredi 18 septembre,
17:52est très importante.
17:53L'égalité salariale,
17:55c'est aussi des règles claires dans les entreprises.
17:57Et pour conclure, Fabrice, en dernier lieu,
17:59quel est le bon réflexe pour ne pas perdre tous ses moyens
18:02devant son patron
18:03et ne pas qu'émander une augmentation,
18:06mais la négocier ?
18:08Oui, c'est ça.
18:09Il faut arriver avec des faits.
18:10Avant le rendez-vous,
18:11vous préparez trois choses.
18:12Ce qui a changé dans votre poste,
18:14deux ou trois résultats concrets
18:15et surtout une demande précise.
18:18Par exemple,
18:19« Depuis un an, j'ai pris ces nouvelles missions.
18:21J'ai obtenu ces résultats
18:23et je souhaite que ma rémunération
18:24soit alignée sur ce périmètre. »
18:27Avec des faits,
18:27vous déplacez la discussion.
18:29On ne parle plus de votre valeur en tant que personne,
18:31mais du poste,
18:32des missions
18:33et du travail accompli.
18:34Alors certes,
18:35votre cerveau aura peut-être
18:36encore un petit coup de chaud,
18:38mais un cerveau stressé
18:39avec un dossier bien préparé,
18:40c'est déjà beaucoup plus solide
18:42qu'un cerveau stressé
18:43qui improvise
18:44comme un oral du bac.
18:46Merci Fabrice Pastor
18:47pour cette chronique
18:48« Mon cerveau au boulot ».
18:49On vous retrouve la semaine prochaine.
18:50Jean-Claude Delgène,
18:52est-ce que vous pourriez nous dire,
18:53vous, chez Technologia,
18:55comment vous faites
18:55pour avoir des relations
18:58constructives, positives,
18:59win-win avec vos partenaires,
19:00avec vos clients ?
19:01Écoutez, nous,
19:02on essaye d'être
19:03le plus transparent possible.
19:05On respecte déjà
19:07par rapport aux salariés,
19:09par rapport à l'équipe,
19:11en interne,
19:12les conventions collectives.
19:13Je pense que les gens
19:13sont plutôt bien payés,
19:14même s'il y a toujours
19:16la reconnaissance liée au salaire,
19:18aux primes.
19:18c'est, je dirais,
19:21une question éternelle.
19:22Pour compléter un peu
19:23ce qui a été dit tout à l'heure,
19:24je pense que,
19:25aussi pour négocier,
19:27il faut essayer aussi
19:28de préparer une alternative.
19:29Quand vous êtes un bon élément
19:31et que votre employeur
19:32vous voit partir,
19:33ou risque de vous voir partir,
19:35il est plus enclin
19:36à vous retenir
19:37en vous donnant,
19:38je dirais,
19:39la rémunération
19:40que vous attendez.
19:41Retenir les talents,
19:42c'est aussi
19:43bien les rémunérer.
19:44Voilà.
19:44Donc,
19:45je pense que là-dessus,
19:46il faut y réfléchir un peu.
19:47Et qu'est-ce que vous faites,
19:48vous,
19:48pour bien rémunérer vos talents ?
19:50Vous vous laissez négocier
19:53des augmentations facilement,
19:54comme vient d'en parler
19:55Fabrice Passor ?
19:55Oui, oui.
19:56Nous,
19:56alors,
19:56c'est très clair.
19:57Vous savez,
19:57la question de l'augmentation,
19:59la question du salaire,
19:59ça dépend aussi
20:00de la culture de l'entreprise.
20:02Il y a des cultures d'entreprise,
20:03c'est assez cash.
20:05Les gens,
20:06en fait,
20:06nous,
20:06dans notre métier
20:07où on a des bacs plus 10
20:09avec parfois trois disciplines maîtrisées,
20:12les gens,
20:12ils vous disent cash,
20:13voilà,
20:13je veux ça,
20:14sinon je m'en vais.
20:14Vous voyez ?
20:14Donc,
20:15c'est en fait assez simple.
20:17Et le fait est qu'on essaye
20:19de retenir les talents,
20:20on essaye de faire en sorte
20:21de s'aligner,
20:22mais ce n'est pas toujours facile
20:23parce que,
20:24tout simplement,
20:24en particulier les jeunes,
20:26nous,
20:26Technologia,
20:26c'est une marque connue,
20:29reconnue,
20:29je pense qu'elle est très honorable
20:31et donc,
20:32c'est un bon parcours pour les jeunes.
20:34Les jeunes rentrent chez nous,
20:35ils font trois ou quatre ans
20:36et après,
20:37ils obtiennent ailleurs
20:38des rémunérations
20:39beaucoup plus conséquentes,
20:40peut-être,
20:41parfois.
20:41On retrouve Thibaut,
20:43Fleury,
20:43bonjour.
20:44Bonjour Didier.
20:45Vous êtes le DG Déficience
20:46et chaque semaine,
20:48nous vous retrouvons
20:49pour votre chronique
20:50Bossons,
20:50Futé
20:51et cette semaine,
20:52pour Bosser,
20:53Futé,
20:53vous nous parlez
20:54d'intelligence artificielle
20:55au travail.
20:56Alors,
20:56l'IA,
20:57collègues,
20:58outils,
20:59ou est-ce que c'est
20:59un nouveau stress ?
21:01Un peu les trois,
21:02Didier.
21:03L'IA est déjà entrée
21:04dans le quotidien professionnel.
21:05Selon l'APEC,
21:06en 2026,
21:07un cadre sur deux
21:08l'utilise au moins
21:09une fois par semaine.
21:10Pourtant,
21:11seuls 29%
21:13disent avoir été formés.
21:14Elle peut nous faire gagner du temps,
21:16automatiser certaines tâches répétitives,
21:18faciliter la recherche
21:19ou la réduction,
21:19mais elle peut aussi
21:21générer de nouvelles inquiétudes.
21:23Peur de se voir,
21:25peur de voir son métier
21:26profondément transformé,
21:27voir son emploi disparaître,
21:28sentiment de devoir s'adapter
21:29toujours plus vite
21:30et surtout risque que les gains
21:31de temps promis par l'IA
21:32deviennent de nouveaux objectifs
21:34et intensifient le travail.
21:35Ce serait un paradoxe,
21:37un outil censé nous soulager
21:38qui finirait par nous faire
21:39travailler davantage
21:40et encore plus vite.
21:41On ne serait pas au premier
21:41des paradoxes
21:42dans le champ du travail.
21:44Alors concrètement,
21:45par contre,
21:45qu'est-ce qu'on peut faire
21:46dans l'entreprise
21:46pour ne pas devenir
21:47l'esclave de l'IA ?
21:49La première priorité,
21:51c'est ne pas partir de l'outil,
21:52mais c'est partir du travail.
21:53Avant de déployer une IA,
21:55il faut se demander
21:55qu'est-ce qu'on cherche
21:56à améliorer ?
21:57Quelles tâches veut-on simplifier
21:58et quels effets
21:59sur la charge de travail,
22:00l'autonomie
22:01ou les relations dans l'équipe ?
22:02Oui, donc c'est plutôt
22:02un allié de compétences, l'IA,
22:04avant d'être victime
22:05ou d'être soumis.
22:07Exactement.
22:07Ensuite, le deuxième point,
22:09c'est former.
22:10Pas seulement à faire
22:11de bons prompts,
22:11mais à comprendre
22:12les limites de l'outil,
22:13vérifier ses réponses
22:14et protéger les données.
22:15Et puis, troisième principe,
22:17associer les salariés.
22:18Une IA imposée
22:18peut vite être perçue
22:20comme un outil de contrôle
22:21ou comme la première étape
22:22avant de remplacer
22:23certains postes.
22:24Il faut donc expliquer
22:25clairement ce que l'on veut faire
22:26avec l'IA,
22:27ce qui va changer
22:28et ce qui reste
22:29de la responsabilité humaine.
22:31Bref, une IA testée
22:32avec ceux qui vont l'utiliser
22:33a beaucoup plus de chances
22:34d'être vécue
22:34comme un appui
22:35que comme une menace.
22:36Alors, pour les salariés,
22:38l'IA, là aussi,
22:39c'est à observer
22:41avec vos conseils
22:42et on les retrouve
22:43sur Bosson Futé.
22:44J'aurais trois conseils, Didier.
22:46D'abord,
22:47utilisez prioritairement l'IA
22:48sur des sujets
22:49que vous maîtrisez.
22:50Vous serez plus à même
22:51de détecter une erreur,
22:52une approximation
22:53ou une incohérence.
22:55Parce que l'IA
22:55n'a pas de cerveau.
22:56Le cerveau, il est humain.
22:58Pas encore, en tout cas.
23:00Sur un sujet
23:00que vous connaissez mal,
23:02il faut vraiment
23:02renforcer la validation.
23:04Revenir aux sources
23:04ou, si l'enjeu est important,
23:06faire vérifier la réponse
23:07par un expert du sujet.
23:09Parce que l'IA
23:10a une particularité.
23:11Elle peut être
23:12extrêmement convaincante,
23:13même lorsqu'elle se trompe.
23:15Et puis,
23:16attention aux données confidentielles.
23:17Ce n'est pas parce que
23:18votre entreprise autorise
23:19une IA
23:20qu'elle vous autorise
23:20à tout lui confier.
23:21Il faut que l'outil
23:22soit autorisé,
23:23mais aussi le type de données
23:24que vous lui transmettez.
23:25Et le réflexe
23:26beau son futé
23:27de la semaine ?
23:28Et Didier,
23:29le bon réflexe,
23:30c'est de cultiver
23:31notre esprit critique,
23:32notre curiosité
23:33et notre autonomie.
23:34Autrement dit,
23:35utiliser l'IA
23:36sans lui abandonner
23:37notre cerveau.
23:38Continuons
23:39à chercher,
23:40à lire,
23:40comprendre et confronter.
23:42Et puis,
23:42sachons aussi
23:43nous passer de l'IA
23:44de temps en temps
23:44pour continuer
23:45à exercer
23:45nos propres compétences.
23:47L'IA doit rester
23:48un appui
23:48à notre travail,
23:49pas un substitut
23:51à notre jugement.
23:51Merci Thibault Fleury,
23:54DG,
23:55comme on dit,
23:56déficience
23:56pour votre chronique
23:57Bosson Futé.
23:59Et pour terminer,
24:01Jean-Claude Delgène,
24:02DG Technologia,
24:03vous n'avez pas
24:03trop de mal
24:04à recruter des jeunes
24:05sur les risques
24:06psychosociaux au travail ?
24:07Ils sont sensibles
24:07au sujet ?
24:08Nous,
24:08c'est un métier vocationnel.
24:10On a énormément
24:11de gens
24:11qui veulent venir
24:12travailler chez nous
24:13parce qu'encore une fois...
24:14Pas de pénurie
24:14de compétences ?
24:15Non.
24:17Dans notre métier,
24:18non.
24:18On a,
24:18en fait,
24:19des difficultés
24:20à monter en compétence
24:22des gens
24:23pour qu'ils prennent
24:23des responsabilités.
24:24Mais être sur le terrain,
24:26agir et tout,
24:26nous,
24:26on n'a pas de soucis.
24:27On a un problème
24:28d'encadrement
24:30parce que ce sont
24:31des métiers
24:31très compliqués
24:32à mener
24:32entre les dirigeants,
24:35les représentants
24:36des salariés,
24:37les représentants
24:38des services
24:38centraux au travail.
24:39Il faut vraiment
24:40avoir une flexibilité
24:41au niveau...
24:42Dernière question
24:43avant qu'on se quitte
24:44et chaque semaine,
24:45mon invité,
24:45il y a droit,
24:46si vous me permettez
24:47l'expression,
24:47si j'étais président
24:48en cette année électorale,
24:50Alors vous,
24:50vous êtes un patron,
24:52un boss,
24:52qu'est-ce qu'il faudrait faire
24:53si vous étiez à l'Elysée ?
24:54Alors,
24:55je pense,
24:56si vous voulez,
24:57j'ai beaucoup réfléchi
24:57à cette question.
24:58On s'espère bien.
24:59En fait,
25:00il me semble
25:01qu'on pourrait
25:01mettre en place
25:03une mesure
25:03très pratique,
25:05peu coûteuse,
25:06très utile,
25:07qui serait
25:07une comptabilité
25:09analytique
25:10obligatoire
25:10pour les risques
25:12psychosociaux.
25:12Pour faire en sorte,
25:14par les chiffres,
25:15de faire apparaître
25:16dans toute sa dimension
25:19ces problèmes
25:20pour permettre
25:21la discussion
25:21entre tous les acteurs.
25:23Parce qu'actuellement,
25:23on en parle beaucoup,
25:24mais on ne les chiffre pas.
25:26Or,
25:26c'est un gisement énorme
25:28pour, en fait,
25:29l'ensemble de la nation.
25:31Merci beaucoup,
25:32Jean-Claude Delgen.
25:33Je suis obligé
25:33de vous ralentir
25:34à ce que nous arrivons
25:35à la fin de cette émission.
25:36Je rappelle que vous publiez
25:38« Faire face aux risques
25:40psychosociaux »
25:41chez Erol,
25:41le livre de Fabrice Pastor.
25:43Mais qu'est-ce qui se passe
25:44dans la tête des enfants ?
25:46Vous retrouvez
25:46la tête dans le taf
25:48sur les plateformes
25:49de streaming
25:49sur le site
25:50de Sud Radio.
25:51Je vous souhaite
25:51une belle semaine
25:53et nous nous retrouverons
25:54la semaine prochaine
25:54pour un autre numéro
25:55de la tête dans le taf.
25:56Au revoir et merci.
25:58Kérea,
25:59l'expert des solutions
26:00de prévention en entreprise,
26:01vous a présenté
26:02Sud Radio,
26:04la tête dans le taf,
26:05Didier Meyran.
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