- il y a 7 semaines
La France a-t-elle encore les moyens de ses ambitions industrielles ? Le nouveau rapport du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan pointe l’érosion du tissu productif français et met en avant plusieurs leviers pour inverser la tendance : gains de productivité, investissement, innovation. Au micro de Sibylle Aoudjhane dans SMART ÉCO, Christopher Guérin, senior advisor chez Oliver Wyman et ancien directeur général de Nexans, et Adrien Brouillard, président exécutif de la division Robotique de Stäubli, débattent des conditions nécessaires pour renouer avec la compétitivité et la production industrielle.
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00:04Comment permettre à la France de rester un territoire compétitif, attractif pour la recherche et l'innovation, la productivité ?
00:11C'est la question posée par le nouveau rapport France 2035-France 2050 du Haut Commissariat à la stratégie et
00:18au plan.
00:18Un rapport qui fait de la capacité à produire un enjeu économique et de souveraineté.
00:24Alors que la France a vu son tissu productif s'éroder, peut-elle encore inverser la tendance pour échanger sur
00:31la question ?
00:31Je suis ravie d'être entourée de Christophe Guérin. Bonjour.
00:34Bonjour Cibé.
00:35Vous êtes senior advisor chez Olivier Weyman, ancien directeur général de Nexans, auteur de Pour aller dans le bon sens
00:41aux éditions du Cherche Mini.
00:43Et vous rejoignez Adrien Brouillard qui est toujours avec nous et toujours président exécutif de la division robotique chez Stubli.
00:49Merci beaucoup d'être avec nous.
00:52C'est vrai que le rapport parle d'érosion du tissu productif français.
00:57Est-ce que vous, Christophe Guérin, en tant qu'ancien directeur industriel, c'est le constat que vous avez fait
01:02après nombreuses années chez Nexans ?
01:06Oui. Je pense que déjà le rapport, il corrige un peu le diagnostic.
01:11On parlait d'effondrement de la productivité française.
01:13Là, qu'est-ce qu'il met en avant ?
01:15Je trouve que le rapport est intéressant à lire pour tous les entrepreneurs français.
01:18C'est qu'on a un peu résorbé l'effet de décroissance qu'on a eu pendant le Covid, parce
01:25qu'on s'est complètement effondré depuis 2019.
01:27Et en fait, on revient un petit peu au niveau de la productivité par tête de 2019.
01:31Donc ça, c'est plutôt une bonne nouvelle.
01:33Une bonne nouvelle.
01:34Une résorption.
01:35C'est ronde, mais ça ne s'effondre pas non plus.
01:37Ça ne s'est pas effondré.
01:37On est revenu un peu à la case départ.
01:39La problématique qu'on avait en 2019 en France, c'est qu'on était plutôt sur une très bonne tendance
01:43de productivité.
01:44Donc voilà.
01:44Donc, on a été coupé net au moment du Covid.
01:47Il faut regarder, par contre, nos voisins.
01:49Ça a été...
01:49L'Allemagne a beaucoup souffert également, mais il y a d'autres symptômes.
01:54Notamment, ils ont mis en avant le fait de l'évolution des coûts salariaux.
01:57Alors, c'est un avantage et un inconvénient, c'est qu'en Allemagne, la masse salariale a augmenté de plus
02:04de 50% par rapport à la France.
02:06Donc, on paye moins bien les Français que les Allemands.
02:10C'est toujours depuis le Covid ?
02:11Ça s'est plutôt amplifié depuis le Covid, oui, exactement, depuis 2019.
02:16Alors, pourquoi il y a un tel écart entre les salaires des Allemands et des Français ?
02:20C'est que le chômage en France reste relativement très élevé.
02:24Donc, du coup, il y a un peu moins de pression sur les salaires.
02:27Et sur l'emploi.
02:28Donc, bien sûr qu'il y a un sujet de lourdeur fiscale en France.
02:33On en parle beaucoup.
02:34Là, je prends ma casquette d'ancien dirigeant.
02:37Mais globalement, quand on va regarder un salaire français par rapport à un salaire allemand,
02:40il est plutôt productif.
02:42Donc, ça, c'est quand même aussi la deuxième bonne nouvelle.
02:46Le troisième, c'est qu'ils ont mis en avant, et ce qui est intéressant,
02:51les entreprises qui étaient dans le top 10 du quartier,
02:54celles qui progressent le mieux,
02:55qui, en fait, globalement, quand vous êtes très bien positionné,
02:57avec un bon niveau de productivité,
03:00vous avez 7 fois plus d'exports,
03:02vous avez une croissance qui est 5 fois supérieure à 63% des entreprises moyennes en France.
03:07Donc, vous êtes bien positionné.
03:08Quand vous êtes dans les mauvais quartiers, dans ceux qui sont moins productifs,
03:11il y a un risque de disparition à 10 ans qui est assez important.
03:14C'est ce qu'ils ont mis en avant.
03:16Donc, je reviens sur les comparaisons avec les pays.
03:19C'est-à-dire que, nous, même si notre productivité, elle, peut-être se développe,
03:23on ne jouerait pas, en fait, dans la même cour par rapport à l'Allemagne,
03:27les États-Unis, la Chine.
03:28On est juste...
03:30Est-ce que c'est des éléments comparables, en fait ?
03:31Je voulais dire que, sur l'Europe, on est normalement dans la même cour,
03:34mais pas avec les mêmes symptômes.
03:36L'Allemagne a énormément souffert de la crise indigétique russe,
03:39parce qu'ils avaient une très forte dépendance du gaz russe,
03:41qui n'est pas le cas de la France.
03:42Donc, on a la chance d'avoir une très forte autonomie grâce à notre puissance nucléaire.
03:47Donc, nous, l'inconvénient de l'Allemagne, c'est plutôt notre avantage.
03:51Sur la partie salariale, je l'ai dit,
03:53par contre, le décrochage se fait énormément avec les États-Unis,
03:56qui sont, eux, avec, qu'on critique ou pas,
04:03la refocalisation sur les US, sur le Made in America,
04:07la mise en place des tarifs,
04:09fait qu'aujourd'hui, il y a un rebond industriel aux États-Unis très fort.
04:13Je reviens des États-Unis, j'ai visité,
04:15et puis, en plus, il y a tout ce qui se passe
04:18sur ce que j'appelle le capitalisme de construction.
04:20On parle beaucoup d'IA.
04:22Adrien en parlait, on parle beaucoup d'IA.
04:24Mais derrière l'IA, qui est un actif immatériel,
04:27il y a de l'infrastructure, je l'ai vu,
04:29et il y a l'électricité.
04:30Donc, il y a besoin énormément de matériel, d'infrastructure.
04:33Et donc, là, aux États-Unis, on voit qu'on a un taux de productivité de 2% par an.
04:38Et en Chine, on est à 6%.
04:40Donc, en fait, là, c'est vrai que le rapport regarde un petit peu dans le rétroviseur,
04:44mais quand on regarde le pare-brise devant nous,
04:47là, l'écart est en train de s'accélérer.
04:49Et surtout, j'ai l'impression qu'il y a quand même une multitude de rapports qui s'amoncèlent.
04:53Qu'est-ce qu'on n'a pas bien compris ?
04:55En tout cas, c'est vrai que la productivité, ce n'est pas un sujet récent.
04:58Il y a eu un rapport de Mario Draghi qui a été réalisé,
05:01qui quand même stipulait beaucoup de choses.
05:04Pourquoi est-ce qu'on doit continuer à faire ces rapports ?
05:07On est très fort dans le diagnostic.
05:09Dans le diagnostic, on est juste.
05:12Après, c'est la politique associée à l'économie qui doit être très alignée.
05:20Je pense qu'aujourd'hui, quand on regarde la partie française ou quand on regarde la partie européenne,
05:24il faut faire des choix.
05:25Moi, ce que je vois, c'est que, et je l'avais vu en tant que dirigeant de Nexence,
05:29quand on veut être partout, on n'est nulle part.
05:31À un moment donné, il faut choisir ses batailles, il faut choisir ses secteurs,
05:35et il faut y aller à fond.
05:36Si on veut être partout, on va juste saupoudrer,
05:40on va diviser nos ressources, nos capitaux, avec très très peu d'impact.
05:45Et donc, ce qu'il faut faire actuellement au niveau européen et au niveau français,
05:49c'est quels sont les secteurs où on a encore une chance de gagner.
05:51Bien sûr, il y a le secteur de la défense,
05:53qui a été mis en lumière dans le rapport,
05:56parce qu'en fait, la R&D sur la défense peut avoir un bien pour les autres entreprises.
06:02Vous avez l'exemple de OAS, qui est une appli formidable,
06:07que tout le monde utilise au quotidien,
06:08mais qui, avant tout, a été inventée par le ministère des Armées israéliens.
06:13Et qu'on en a fait un outil de la vie de tous les jours.
06:15Donc, tous les investissements sur la défense
06:17peuvent être très positifs pour l'entreprise,
06:20pour l'industrie française.
06:24Mais globalement, il faut...
06:26Pour moi, il y a un sujet qui n'a pas été évoqué, c'est le renoncement.
06:28Moi, j'ai vu dans le rapport, l'IA a été nommé 60 fois,
06:31la robotisation 5 fois.
06:33Et après, le choix d'où on va,
06:35les clustering, de dire de bâtir des écosystèmes,
06:38où on a les universités, la chaîne d'approvisionnement,
06:42les fournisseurs tous ensemble pour être plus forts,
06:45on n'en parle pas, alors que c'est la force de la Chine.
06:47Vous avez des régions qui ont vraiment cette logique écosystémique
06:51de travailler ensemble, et on n'en parle pas.
06:53Et puis, nous, on l'a fait chez Nexans.
06:56On a choisi nos batailles,
06:58on a réduit le nombre de clients,
06:59on s'est focalisé là où on pouvait gagner,
07:01et on a refocalisé notre objectif d'innovation et de la R&D
07:05sur ce qui nous permettait de gagner demain.
07:08On va revenir après sur l'IA,
07:09mais c'est vrai qu'en fait, avant l'IA,
07:11il y a la robotisation, la robotique.
07:13Est-ce que ça, c'est déjà une première étape
07:16pour gagner en productivité ?
07:18Alors, tout à fait.
07:19La robotique industrielle, comme je le disais
07:21lors de mes premiers mots,
07:23c'est 40 à 50 ans d'expérience
07:25avec des équipements qui ont un taux d'efficacité,
07:28un taux de rendement à plus de 99%.
07:30Quand on regarde aujourd'hui le taux de robots installés
07:34par salariés en Chine ou en France
07:37ou en Allemagne ou aux Etats-Unis,
07:38ces ratios sont complètement,
07:41beaucoup plus importants en Chine, en Allemagne,
07:44aux Etats-Unis que ce qu'on peut l'avoir en France.
07:46Et on a eu beaucoup de débats en France
07:49où on opposait en fait l'automatisation
07:52avec le taux de chômage,
07:54alors qu'aujourd'hui, on voit que dans les faits
07:55et dans les chiffres,
07:57le taux de chômage est plus faible dans les pays
08:00qui ont su justement travailler leur productivité
08:02et donc leur compétitivité
08:04grâce à l'automatisation
08:05et donc grâce aux robots industriels.
08:07Et puis en plus, là-dessus,
08:08j'imagine qu'on est très fort en Europe et en France.
08:12Je veux dire, c'est des capacités qu'on a en interne,
08:14c'est une question de souveraineté aussi.
08:15Alors, on a la chance d'avoir justement un tissu européen
08:18avec des compétences qui sont très fortes.
08:21Nous, chez Stubli, on a justement des capacités R&D
08:25qui sont essentiellement,
08:26quand je dis essentiellement,
08:27c'est à plus de 90% en Europe
08:29et on arrive à développer des produits
08:32à forte valeur ajoutée
08:33dans des domaines très premium
08:35pour couvrir les applications complexes
08:37et donc amener cette valeur ajoutée-là
08:39encore une fois à notre client.
08:40Enfin, si je peux me permettre,
08:41l'offre, elle est là.
08:42Mais l'utilisation est relativement très faible.
08:44Vous allez dans des usines en Chine,
08:46moi j'étais en Chine il y a six mois,
08:47vous voyez des robots partout.
08:49Ça n'a pas mis en danger l'emploi
08:51parce qu'il y a quand même un gros sujet
08:52de vieillissement de la population,
08:54mais globalement, la présence de robots est là.
08:55Vous visitez des entreprises européennes,
08:57ça reste relativement faible.
08:59Nos leviers de croissance sont plutôt
09:01sur la partie Chine et États-Unis
09:03qui montrent un marché beaucoup plus dynamique
09:05en termes d'automatisation
09:06que le niveau actuel en Europe.
09:09Et donc, à mon sens,
09:10c'est bien un domaine à couvrir
09:13et à développer sur eux.
09:15Quelle est la problématique
09:16par rapport aux entreprises européennes ?
09:18C'est quoi ?
09:18C'est de la pédagogie ?
09:19C'est des gens qui sont obnubilés par l'IA
09:20et qui pensent qu'on va redoubler
09:22de productivité à moindre coût ?
09:24Comment ça ?
09:25Il y a plusieurs niveaux logiques.
09:27Il y a un peu cette couche
09:28entre guillemets politique
09:29où on vient opposer
09:31le chômage
09:34ou l'employabilité
09:35avec l'automatisation
09:36alors qu'encore une fois,
09:38dans les faits,
09:39ça ne se vérifie pas.
09:40Et après,
09:41il y a quand même
09:42des aspects de pédagogie
09:44et en effet de formation
09:45des différentes personnes
09:47pour pouvoir faciliter
09:48l'accès
09:49et la mise en place
09:50de robots industriels
09:51dans le moyen de production
09:53des clients.
09:53Je pense que c'est vital
09:54parce qu'en fait,
09:55vous voyez,
09:55les écoles de maintenance
09:57ou d'électriciens,
09:58on a une grande pénurie
09:59d'électriciens en France,
10:00aujourd'hui,
10:00ils sont formés avec un iPad
10:01à piloter des robots.
10:02Donc, si leur premier emploi,
10:04vous leur montrez
10:05des machines
10:05qui ont 30 ans d'âge,
10:07vous ne leur faites plus envie.
10:08Donc, c'est un vrai sujet.
10:09Et est-ce que la productivité,
10:12c'est le nerf de la guerre,
10:14c'est ce vraiment
10:15vers quoi il faut tendre
10:16en tant qu'industriel ?
10:17Parce que c'est vrai
10:17que j'ai lisé
10:18plusieurs de vos interviews
10:19où vous parliez aussi
10:20de cette logique,
10:21il faut sortir de cette logique
10:22du toujours plus
10:23et que finalement,
10:24produire plus,
10:25ça ne veut pas forcément
10:25dire plus de rentabilité
10:27pour une entreprise, etc.
10:28Est-ce que c'est la productivité
10:30qu'il faut viser en premier ?
10:31Oui, alors c'est une bonne remarque.
10:33J'ai une citation
10:35de Maria Guadalupe
10:36qui est prof à INSEAD
10:38et qui était là ce matin
10:38à la lecture du document.
10:40Et je trouve que son exemple
10:41est très parlant
10:42parce qu'elle a travaillé
10:43sur le sujet
10:44de la productivité en Espagne.
10:45Et elle a dit
10:46que pour que l'Espagne
10:47fasse 1,5% de croissance,
10:49elle doit atteindre
10:492,1% de gains de productivité
10:51par employé.
10:53Donc croissance dit productivité.
10:55Voilà.
10:55Et aujourd'hui,
10:56ils sont qu'à 0,6%
10:57alors que les Etats-Unis
10:58sont à 2 points.
10:59Elle dit
10:59si vous tirez la ligne
11:00sur 10 ans,
11:02l'écart de valeur
11:03va être considérable.
11:04Et donc si la productivité
11:05n'est pas présente en Espagne,
11:06même chose en France,
11:08associée au vieillissement
11:09de la population,
11:10c'est juste la qualité de vie
11:11qui va se dégrader
11:11très fortement.
11:13Donc en fait,
11:13la productivité par tête
11:14est un élément
11:17complètement rattaché
11:18à la problématique
11:19de croissance.
11:20Mais après,
11:20moi ce que je disais,
11:21c'est la notion du toujours plus.
11:22Et la notion du toujours plus,
11:24c'est ce qu'on fait beaucoup
11:24avec Oliver Weyman actuellement,
11:25c'est de dire
11:26il y a un sujet de simplification.
11:27Choisissons nos batailles,
11:28quels sont nos clients de demain,
11:30quels sont nos fournisseurs de demain,
11:31quels sont les marchés
11:31sur lesquels on a encore
11:32une chance de gagner.
11:33Parce que la Chine aujourd'hui,
11:34vous la voyez présente
11:35dans 30 secteurs,
11:37mais il y a un plan sur 10 ans
11:39qui dit qu'ils veulent conquérir
11:40140 secteurs
11:41et d'avoir 40%
11:42de part de marché mondial.
11:43On voit bien
11:43ce qui s'est passé
11:44dans l'automobile
11:45et pourtant,
11:45le secteur automobile européen
11:48est quand même
11:48un secteur fort
11:49et on voit ce qui se passe.
11:50Vous n'imaginez pas
11:51ce qui peut se passer
11:52sur les secteurs
11:53où on est un peu plus faible.
11:54Donc oui,
11:54la productivité,
11:56elle peut se faire,
11:57mais pas obligatoirement,
11:58pas plus de chiffre d'affaires,
12:00plus de volume.
12:01C'est reconcentration
12:03des efforts R&D,
12:05de la productivité
12:06et d'aller surtout
12:08chercher la valeur,
12:10les gains,
12:11la profitabilité
12:11pour les investissements
12:12de demain.
12:12Et justement,
12:13j'ai l'impression
12:13que dans ce rapport
12:14l'État propose
12:16de choisir vraiment
12:18ces combats,
12:21notamment au niveau
12:21de l'innovation,
12:22de miser plutôt
12:23sur des secteurs
12:24qui pourraient
12:25plus se développer
12:27et qui pourraient
12:28avoir leur chance
12:29et pour lesquels
12:29les risques
12:30seraient moins risqués.
12:31Est-ce que c'est
12:31des choix qu'il faut faire
12:33peut-être resserrer
12:34ces priorités ?
12:36Ils sont un peu timides
12:37dans le rapport.
12:38Je pense que pour
12:39la politique de demain,
12:40les choix sont indéniables.
12:41Il va falloir choisir
12:42ces batailles.
12:43Ils mettent en avant
12:43la défense.
12:45Il y a des sujets
12:46de souveraineté.
12:47La défense européenne
12:48est en train
12:48d'investir massivement,
12:50etc.
12:51Mais globalement,
12:52il faut déterminer
12:53les 10-15 secteurs.
12:55On va faire des clusters,
12:56on va bâtir
12:56des écosystèmes,
12:57on va repenser
12:58tout l'appareil productif
12:59et les investissements
13:01et le soutien
13:03à la R&D
13:04sur ces secteurs-là.
13:05Et il faut arrêter
13:06d'éduler
13:07les efforts
13:08de subventions,
13:10de supports à la R&D
13:10partout,
13:11sur tous les secteurs.
13:11il faut choisir
13:12vraiment nos batailles.
13:13Adrien,
13:14pour vous,
13:14sur vos sites français,
13:16le crédit impôt recherche,
13:17c'est quelque chose
13:18de fondamental pour vous,
13:19ces soutiens
13:20à la recherche ?
13:21Oui, absolument,
13:22c'est fondamental.
13:23Ça nous aide
13:24justement à garder
13:25et à maintenir
13:25un niveau de compétitivité.
13:28Et chez Stobly,
13:29on a dernièrement
13:30justement ouvert
13:31notre R&D
13:33vers un monde
13:34beaucoup plus tourné
13:35vers l'extérieur
13:36et notamment
13:37à travers
13:37la participation
13:38de France 2030,
13:40donc des programmes
13:40qui permettent
13:41de lier ensemble
13:43différentes sociétés
13:44avec différentes briques
13:45technologiques.
13:46Donc ça,
13:47c'est des dynamiques
13:48qui existent
13:49et qui sont utiles
13:51pour l'entreprise.
13:52La question,
13:53c'est comment on arrive
13:53à les accélérer
13:54et comment on arrive
13:55à les amplifier
13:56dans une stratégie
13:57qui est beaucoup plus commune.
13:58On parle notamment
14:00de la compétitivité
14:01dans l'industrie.
14:02Il y a beaucoup
14:02de ces programmes-là
14:03qui sont orientés
14:04vers de la robotisation
14:05dans les services
14:06et j'ai envie de dire
14:07le ratio entre
14:09développer les services
14:10et développer l'industrie
14:11ne sont peut-être pas,
14:13en tout cas de mon point de vue,
14:14ne sont pas
14:15correctement équilibrés.
14:16Parce que qu'est-ce
14:16qui vous manque
14:17en soi
14:18pour pouvoir accélérer
14:20en France
14:20si vous voulez
14:21vous développer,
14:22etc.
14:22Qu'est-ce qui serait
14:24la première pierre
14:25pour pouvoir accélérer ?
14:26Alors,
14:26du talent de la créativité,
14:28on en a,
14:29on en a beaucoup.
14:30Ça,
14:30c'est pas le problème.
14:32Ce qu'il nous faut,
14:33en effet,
14:33c'est une action coordonnée.
14:34Je pense que
14:35la coordination
14:36de différents acteurs
14:37dans l'ensemble
14:38de la chaîne de valeur
14:39est très importante.
14:40Et après,
14:41il nous faut aussi
14:41de la réactivité
14:42de la part
14:43de nos fournisseurs.
14:45Je vous donne
14:46un exemple.
14:46Faire un prototype
14:47en Chine,
14:49ça prend deux mois.
14:49Faire un prototype
14:50en France,
14:51ça prend neuf à douze mois.
14:53Donc,
14:53forcément,
14:54quand on est
14:54entre guillemets
14:55dans une course
14:56en face de compétiteurs
14:59exclusivement asiatiques,
15:00cette rapidité
15:02de mise à disposition
15:03sur le marché,
15:04elle est clé,
15:05d'autant plus
15:05dans un tournant
15:06où le développement
15:07logiciel
15:08et l'intelligence artificielle
15:10amènent plus de valeur.
15:11Et ça,
15:11c'est quoi ?
15:12C'est les normes
15:12qui nous ralentissent ?
15:14C'est les normes
15:15et c'est aussi
15:15le tissu industriel
15:17qui est justement
15:19un peu en forme
15:19de saturation
15:20ou d'hésitement
15:22sur les endroits
15:23qui seront porteurs
15:25pour l'avenir.
15:26Ce qu'on peut dire,
15:26c'est qu'on compare
15:27souvent la France
15:28avec la Chine
15:29et les Etats-Unis,
15:29mais il faut comparer
15:30l'Europe
15:31avec la Chine et les Etats-Unis.
15:32Et la Chine,
15:33c'est un marché,
15:34une souveraineté.
15:35Etats-Unis,
15:35un marché,
15:36une souveraineté.
15:37Et l'Europe,
15:37c'est 27 souverainetés.
15:39Donc,
15:3927 approches différentes,
15:4227 normes différentes
15:43et il faut qu'on fasse avec.
15:44Donc,
15:44cette fragmentation aussi
15:45est un ralentissement
15:46par rapport à la productivité
15:47et la robotisation.
15:48Je reviens sur l'IA.
15:50Est-ce que,
15:50du coup,
15:51en termes très concrets,
15:53est-ce que c'est utile
15:54pour la robotisation ?
15:56Comment est-ce que
15:56vous pouvez intégrer l'IA
15:58dans vos process,
16:00soit même techniquement
16:01dans le robot en soi
16:02pour pouvoir justement
16:03progresser en productivité ?
16:05Il faut,
16:05à mon sens,
16:06avoir une approche pragmatique.
16:08Encore une fois,
16:08M. Guérin disait,
16:09on a entendu 60 fois
16:10le mot IA
16:11dans le discours.
16:13Il y a l'IA,
16:14la vision de l'IA
16:16dans 10-15 ans
16:17et puis il y a
16:18comment on peut
16:18en bénéficier tout de suite.
16:19Donc,
16:20dès aujourd'hui,
16:21on peut bénéficier de l'IA
16:22notamment en connectant
16:23nos robots
16:24à travers des systèmes
16:25de vision
16:26qui vont être capables
16:27d'interpréter
16:28quel objet
16:28on va devoir manipuler
16:30et donc interagir
16:31avec le robot
16:32et lui faire faire
16:32le bon mouvement.
16:33et plus on va avancer
16:35dans la maturité
16:36de l'intelligence artificielle,
16:38plus on va pouvoir
16:39mettre des fonctionnalités
16:40justement qui s'adaptent,
16:42de la flexibilité
16:43dans la gestion
16:44de la trajectoire,
16:45dans la gestion
16:46des moteurs
16:47et des différents aspects
16:48fonctionnalités
16:49du robot.
16:50Oui,
16:50parce que je disais
16:50un rapport
16:51de la Banque de France,
16:52pour l'instant,
16:52il disait plutôt,
16:53il s'est un peu dubitatif
16:54en tout cas sur l'effet
16:56sur la productivité.
16:57Aujourd'hui,
16:58l'IA n'a pas l'air
16:59d'avoir un effet
17:02si démultiplié
17:02sur la productivité.
17:03Alors,
17:04l'adoption de l'IA
17:04par les entreprises françaises,
17:06on est globalement
17:06très en retard
17:07par rapport
17:08à ce qui se passe en Chine,
17:08par rapport aux Etats-Unis.
17:11Donc ça,
17:11on a quand même
17:12un phénomène de rattrapage
17:13et aujourd'hui,
17:14ce qui m'embête
17:14un petit peu
17:14dans ce que je dis
17:15le rapport
17:15et je le vois
17:16dans d'autres articles,
17:18c'est qu'on a plutôt
17:19une IA défensive.
17:20D'ailleurs,
17:21en Europe,
17:22on est plutôt
17:22à travailler
17:23la résilience,
17:24la sécurité
17:24des approvisionnements,
17:26la sécurité
17:27des apports
17:28d'énergie,
17:29etc.
17:29Donc on est plutôt
17:30dans une logique défensive
17:32et l'IA,
17:32elle est presque
17:33mise en avant
17:33dans une logique défensive.
17:34Je m'explique,
17:36quand on parle
17:36de mettre l'IA
17:37pour l'automatisation
17:38des tâches,
17:39c'est la suppression
17:40d'emplois.
17:41Voilà,
17:41quand on parle d'IA
17:42dans la robotisation
17:43ou l'innovation,
17:45c'est plutôt
17:45la croissance du top line,
17:46c'est apporter
17:47la valeur ajoutée.
17:48Donc,
17:49sur la France,
17:49il faut qu'on fasse attention
17:50parce que déjà,
17:51qu'on combine
17:52des salaires bruts,
17:53moyens,
17:54plus faibles qu'en Allemagne,
17:55qu'en plus,
17:56on a un taux
17:56de chômage élevé
17:57et qu'on développe
17:59l'IA de manière défensive
18:00sur l'automatisation
18:01des tâches,
18:02je ne dis pas que c'est mal,
18:03mais c'est nécessaire,
18:05on risque d'avoir
18:06un paradoxe,
18:07c'est d'améliorer
18:09la productivité,
18:10mais au détriment
18:11de la masse salariale,
18:12donc au détriment
18:13de l'emploi.
18:13Et c'est pour ça
18:14qu'il faut vraiment
18:15tourner l'IA
18:16dans un caractère
18:17offensif
18:18lié à l'innovation.
18:19Ou en tout cas,
18:19trouver un équilibre
18:21pour mettre
18:22ces emplois-là
18:24sur d'autres secteurs
18:25pour trouver
18:26un équilibre
18:27de l'emploi.
18:27Oui,
18:28c'est surtout
18:28la qualification.
18:29Il y a un gros sujet,
18:30on ne l'a pas dit,
18:31civil,
18:32sur l'emploi des seniors.
18:34Pareil,
18:34très en retard.
18:36Les seniors actifs
18:38entre 60 et 64 ans
18:40en France,
18:40c'est 40 %,
18:41si je ne me trompe pas
18:42de ce qui a été dit
18:42ce matin.
18:44Au Pays-Bas,
18:44c'est 70 %.
18:46Et aujourd'hui,
18:48à 60 ans,
18:49on n'est pas vieux.
18:51On voit que la durée
18:53de vie est en train
18:53de s'allonger,
18:54on est encore
18:54très très actifs.
18:56Vous mettez ces gens-là
18:57au service de l'innovation
18:58et de l'IA,
18:58c'est de la productivité.
19:00Et aujourd'hui,
19:01on est plutôt dans une logique
19:02de plan social
19:02à se débarrasser
19:03de cette population-là
19:04et je pense
19:05qu'on fait erreur.
19:06Je termine,
19:07parce qu'il nous reste
19:08une minuteante,
19:08sur cette nouvelle
19:09de ce matin
19:09de Mistral
19:10qui vient de lever
19:113 milliards d'euros.
19:12C'est un petit pas de côté,
19:14mais c'est une bonne nouvelle
19:16dans le sens
19:16où enfin,
19:17en Europe,
19:17on arrive à trouver
19:19cet acteur
19:20lié à l'IA
19:21qui peut aussi
19:24nous protéger
19:25de d'enjeux
19:25de souveraineté
19:26qui sont importants.
19:27Oui,
19:27c'est une bonne nouvelle.
19:28Enfin,
19:28cocorico,
19:29on a besoin de nouvelles
19:30qui sont soit dans le domaine
19:32de l'industrie,
19:33soit dans le domaine
19:34de la tech,
19:34parce que sinon,
19:35la France va devenir
19:36un parc d'attractions
19:37et un musée
19:37pour les touristes.
19:38Donc,
19:39aujourd'hui,
19:40on consomme plus
19:41que ce qu'on produit,
19:41donc il va falloir
19:42qu'on accélère les choses.
19:44Christopher Guérin,
19:44vous êtes senior advisor
19:45chez Olivier Weyman,
19:47ancien directeur général
19:47de Nexens,
19:48auteur de Pour aller
19:49dans le bon sens
19:50aux éditions du Cherche Midi,
19:52Adrien Brouillard,
19:53président exécutif
19:54de la vision robotique
19:55chez Stubli.
19:56Merci beaucoup
19:57d'avoir été avec nous
19:58pour ce débat
19:58sur la productivité.
20:00Merci à vous toutes
20:00et tous
20:01de nous avoir suivis.
20:02C'était Smartéco.
20:03Sous-titrage Société Radio-Canada
20:07Sous-titrage Société Radio-Canada