00:00Pour la quasi-totalité de nos responsables politiques, le gaz c'est un marché, il n'y en a plus
00:03ici, j'en trouverai là.
00:06Où est le problème ?
00:12En 2022, avec la guerre d'Ukraine en Union européenne, on a remplacé du gaz russe par du GNL américain
00:21et Qatari.
00:23Et par des économies.
00:24Et par des économies, dont on ne parle pas assez en effet.
00:29Est-ce que, à la lumière de cet événement, on ne peut pas se dire que les États vont finalement
00:36toujours essayer de trouver une autre solution pour se doter de ressources,
00:41quitte à créer de nouvelles dépendances, de nouveaux problèmes, de nouvelles pollutions, ou à mettre le monde à feu et
00:47à sang ?
00:47Bien sûr que si.
00:50Imagine que tu sois le chef de l'État français, il n'y a plus le gaz russe.
00:54Est-ce que tu dis, mes chers concitoyens, au nom de la solidarité avec l'Ukraine, vous allez vous peler
00:58cet hiver ?
00:59Non, on ne va pas leur dire ça.
01:01Tu vas leur dire, rassurez-vous, nous n'allons plus acheter le gaz de ce Poutine diabolique, mais nous allons
01:08l'acheter ailleurs, il n'y a pas de problème, on va trouver.
01:10Bon, et c'est exactement...
01:12En politique, souvent, la promesse précède la réflexion.
01:17Ce n'est pas rare.
01:18Bon, donc là, c'est un cas de figure particulier, et il faut ajouter par ailleurs que, pour ce que
01:22j'en connais,
01:23le monde politique est extrêmement peu conscient du lien qu'il y a entre nos sociétés occidentales et les ressources
01:29matérielles sous-jacentes.
01:31La réalité du monde, pour le monde politique, l'essentiel du temps, c'est l'économie et le droit, c
01:36'est-à-dire deux conventions humaines.
01:38La réalité du monde, ce n'est pas des kilowattheures, des litres, des tonnes et des mètres carrés.
01:42Ce n'est pas ça, la réalité du monde.
01:44C'est des euros et des traités ou des lois.
01:48C'est ça, la réalité de leur monde.
01:50Alors, les deux se correspondent tant qu'on n'a pas de problème de ressources.
01:53Le jour où on a des problèmes de ressources, les deux peuvent se disjoindre de façon évidente.
01:59Donc, pour la quasi-totalité de nos responsables politiques, le gaz, c'est un marché.
02:04Il n'y en a plus ici, j'en trouverai là.
02:07Où est le problème ?
02:08Bon, on va leur expliquer.
02:10Vous savez, le gaz, quand même, il n'y en a pas partout.
02:12Il faut des conditions géologiques très particulières pour qu'il se forme.
02:14Et puis, les volumes ne sont pas les mêmes partout.
02:16Et puis, ça dépasse complètement leur entendement, ce truc-là, pour l'essentiel du temps.
02:21Donc, l'Europe, comme un seul homme, comme une seule femme, au moment de la guerre en Ukraine, a dit
02:26« Poutine, ton gaz, on n'en veut plus. »
02:28Ce qu'on a gagné dans l'affaire, c'est de se mettre dans les mains de Trump.
02:32Pas sûr que ce soit un meilleur allié.
02:34Que les Russes vont vendre leur gaz aux Chinois.
02:37Et donc, on va favoriser la puissance industrielle chinoise, contre laquelle, par ailleurs, on essaye de lutter, etc.
02:43Et on n'a pas du tout arrêté la guerre en Ukraine pour autant.
02:46Donc, si on juge l'arroi ses fruits, pas complètement convaincu personnellement, et ça n'emporte aucun soutien moral à
02:54ce que font les Russes.
02:55C'est juste, si on est très pragmatique, je pense que l'Europe a fait une erreur, a pêché par
03:02excès de naïveté.
03:04Et quand on est aux manettes du monde, la naïveté, c'est quand même un gros défaut.
03:08Un gros dossier sur la table ce matin, c'est le gaz.
03:10Puisqu'il faut le dire aux auditeurs, les stockages sont au plus bas.
03:13Oui, c'est une des conséquences de la fermeture du détroit, enfin de la fermeture, du goulet d'étranglement dans
03:18le détroit d'Hormuz.
03:19Une partie du gaz que nous achetons, surtout depuis que nous avons tourné le dos au gaz russe,
03:24c'est du gaz liquéfié qui vient du golfe Persique.
03:28Et avec les bateaux qui ne passent plus ou qui passent plus difficilement dans le détroit d'Hormuz, qui ferment
03:33ce golfe,
03:34l'Europe a des problèmes d'approvisionnement en gaz.
03:37Et les stockages, aujourd'hui, sont au plus bas.
03:39Alors, on a beau sortir d'un été caniculaire, dans quelques mois, et pas dans tant de mois que ça,
03:46dans un mois et demi, on se chauffera.
03:48Et une large partie de nos concitoyens se chauffe au gaz.
03:52Et donc la question qui se pose est de savoir si ce chauffage ne va pas se mettre à coûter
03:56très cher.
03:57Voir peut-être, parce que c'est peut-être quelque chose qui finira par arriver un jour,
04:01on est carrément des problèmes de pénurie physique.
04:04C'est-à-dire qu'il n'y ait pas autant de gaz qu'on voudrait en consommer pour se
04:07chauffer.
04:07Un jour, Jean-Marc, il faudra pourtant faire sans ?
04:10Alors, un jour, il faudra faire sans.
04:12Idéalement, le plus vite possible, parce que le gaz fait partie des combustibles fossiles
04:16qui produisent du CO2 qui réchauffent le climat.
04:18Et donc là, on sort d'en prendre du réchauffement climatique.
04:21On a bien vu que ce n'était pas toujours très sympathique.
04:23Et que ce n'était pas juste une affaire d'un pull en moins, comme l'avait dit,
04:26je ne sais trop quel personnage politique pas très bien inspiré il y a quelques années.
04:32Alors, il faudrait idéalement faire vite le plus vite possible.
04:34Mais même si on décide de ne pas faire vite le plus vite possible,
04:36un jour, on va faire avec moins, parce que les gisements s'épuisent.
04:39Comme pour le pétrole, il faut des dizaines ou des centaines de millions d'années
04:42pour que le gaz se forme sous terre à partir de restes de vie ancienne.
04:46Et donc, on ne peut pas en avoir indéfiniment autant qu'on veut du gaz.
04:50Dans le monde, il est vraisemblable que le pic de production sur le gaz
04:55devrait se passer aux alentours de 2030-2040.
04:59Alors, il y a des moyens pour remplacer les chaudières au gaz.
05:02Dans ce pays, plus de la moitié du gaz qu'on consomme concerne le chauffage.
05:05Et il y a notamment la pompe à chaleur.
05:07Et donc, la bonne question de mon point de vue, c'est comment est-ce qu'on fait en sorte
05:11pour que le plus vite possible, les chaudières à gaz existantes
05:14soient remplacées par des pompes à chaleur
05:17en demandant aux gens qui ont les moyens de le faire.
05:19Ça s'appelle une obligation.
05:20Et en aidant les gens qui n'ont pas les moyens pour le faire.
05:23Ça s'appelle une aide de la collectivité.
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