00:00Donc voilà, on doit se préparer à tout ça, on y est, et donc on va s'adapter.
00:04Quant à l'adaptation, alors, on va s'adapter, non.
00:08Il va falloir le dire à un moment.
00:10On ne s'adapte pas à tout, à n'importe quoi, et surtout tout le monde ne s'adapte pas.
00:15Qui c'est le on ?
00:23Et ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'en plus, on est en train de culpabiliser les individus.
00:27Les gens, les gens vont enfin prendre conscience, ils vont changer leur comportement.
00:31Les gens vont enfin faire faire.
00:32Mais est-ce que c'est aux gens de faire ?
00:34Et c'est ce que j'essaie de montrer dans le livre.
00:35Est-ce que vous iriez jusqu'à dire, et j'ai lu une enquête intéressante de la télévision Suisse Romande
00:39cet été,
00:40qui racontait que tous les petits gestes qu'on nous a demandé de faire, en fait,
00:45produisaient précisément de l'inaction à l'échelle globale.
00:47Parce qu'on a l'impression de mettre ces déchets dans la bonne poubelle,
00:51parce qu'on a le sentiment de bien faire en prenant un peu moins l'avion,
00:54mais que ces petits gestes-là, en fait, nous font ne pas demander, peut-être de la part des politiques,
01:00des gestes beaucoup plus importants, des arbitrages peut-être beaucoup plus sacrificiels.
01:04Alors, il y a deux choses différentes.
01:05Et je ne parlerai pas de sacrificiel, mais on pourra y revenir.
01:08Parce que justement, ce n'est pas sacrificiel.
01:10La première chose, c'est que oui, il existe ce qu'on appelle des effets rebonds.
01:13C'est-à-dire que vous arrêtez de fumer parce qu'on vous a dit que ce n'était pas
01:17bien,
01:17mais à côté de ça, vous mettez à boire.
01:18J'exagère, mais c'est-à-dire qu'on fait une action, on est persuadé, et on a raison de
01:23la faire.
01:25Mais du coup, ça...
01:25Ça, c'est un peu le colibri de Pierre Rabhi.
01:27Voilà.
01:27Chacun fait sa petite part et ça suffira.
01:30Mais du coup, on a un effet rebond derrière parce qu'on se dit, j'ai fait ma part.
01:33Mais derrière, il y a quand même un problème structurel qui est de dire que l'action individuelle,
01:37elle est possible parce qu'il y a des structures collectives qui la permettent.
01:40C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la question, ce n'est pas de vouloir changer, c'est de pouvoir
01:44changer.
01:45Et plus la crise climatique avance, plus les marges de manœuvre des entreprises et des ménages se réduisent,
01:50parce que quand vous avez une succession de chocs climatiques,
01:53qui se double derrière de chocs économiques, de chocs sanitaires,
01:56vos revenus, ils baissent.
01:58Vos revenus baissent, vos ressources baissent, les entreprises ont moins d'activité.
02:02On voit les pertes de PIB qu'il y a eu cet été.
02:05Et donc derrière, vous avez moins de marge pour investir.
02:07Vous avez moins de marge pour accéder à la voiture électrique.
02:10Vous avez moins de marge pour rénover votre maison.
02:12Et puis pour beaucoup de gens, en réalité, ils émettent peu.
02:16Pourquoi ils émettent peu ?
02:17Parce que leur mode de vie, pas leur comportement,
02:20leur mode de vie qui est lié au fait que...
02:21Leur pouvoir d'achat, par exemple.
02:22Leur pouvoir d'achat est faible, ils consomment moins.
02:24Et donc aujourd'hui, vous avez cette espèce d'injustice
02:26qui est profondément perçue dans les enquêtes d'opinion.
02:29Où d'un côté, vous avez des individus qui émettent finalement peu.
02:32Quand ils émettent, ce sont des émissions contraintes.
02:35Qui prennent de plein fouet le choc climatique.
02:37Et qui prennent en plus de plein fouet les mesures
02:39qui sont mises en place pour la transition.
02:41Parce que quand, par exemple, on met une taxe carbone,
02:43elle pèse de manière disproportionnée sur les ménages
02:45qui sont dépendants de la voiture.
02:47Et puis de l'autre côté, vous avez des ménages qui,
02:49polluent beaucoup, ont des moyens de climatiser leur logement,
02:54de prendre l'avion pour aller dans des pays où il fait plus frais,
02:57d'acheter bio, d'acheter local,
03:01d'avoir des grandes surfaces à chauffer.
03:03Donc ils émettent en réalité beaucoup,
03:05ils ont les moyens de changer,
03:06la transition pèse très peu sur eux.
03:07Et en plus, aujourd'hui, c'est ces personnes
03:09qui tirent déjà les bénéfices de la transition.
03:11Pourquoi ? Parce que les solutions qui conduisent
03:13vers la neutralité carbone sont des solutions
03:15qui, généralement, sont bonnes pour le pouvoir d'achat,
03:17sont bonnes pour la qualité de vie,
03:19sont bonnes pour l'alimentation, donc pour la santé,
03:21sont bonnes pour la lutte contre les allergies, etc.
03:25Mais vous, la chercheuse en géographie qui tient ses propos,
03:27vous dites, c'est pas à moi de le dire,
03:28ce sera aux politiques de le dire ?
03:29Alors, les politiques ont le devoir
03:31de construire des projets,
03:34si possible réalistes et financés,
03:35sur la base de ce qu'on sait déjà.
03:38Et quand vous disiez,
03:39les solutions, c'est pas être optimiste,
03:41les solutions existent.
03:42Elles existent.
03:44Elles existent, elles existent, elles existent,
03:46et elles sont finançables.
03:47Elles sont accessibles.
03:49Sans être sacrificielles,
03:50comme vous disiez il y a quelques instants ?
03:51Sans être sacrificielles.
03:53Pourquoi ? Parce que ce sont des choix
03:54qu'on va devoir faire
03:55sur ce que nous considérons
03:57comme étant essentiel à notre bien-être,
04:00et sur des choses qu'on considère
04:01comme étant superflues.
04:04Et ça, ce choix-là,
04:05il est subjectif et politique.
04:06Ce mot magique,
04:07employer tout l'été, s'adapter,
04:09il a été prononcé,
04:10vous avez le sueur au ciel,
04:11par le président de la République, Emmanuel Macron,
04:13qui est en déplacement en Gironde,
04:16sur le site des méga-feux,
04:17le 27 juillet dernier.
04:19On a anticipé collectivement.
04:21Il y a eu un très gros travail qui a été fait.
04:22La nation a réinvesti
04:24dans tous les domaines civils, militaires.
04:26Mais au moment où on se parle,
04:28il faut avoir beaucoup d'humilité.
04:30Ce qu'on vit est très atypique.
04:32L'année 2026,
04:33elle est atypique, complètement.
04:36Et ça, sur un terreau
04:37qui est une extrême sécheresse.
04:39Et donc, il va falloir qu'on résiste.
04:41Mais c'est ça, en fait.
04:42C'est une matière organique qui est là,
04:44parce qu'il y a eu beaucoup de pluie
04:45qui a fait monter une végétation
04:46extrêmement abondante au printemps,
04:49au tout début d'été.
04:50Puis une forte vague de chaleur
04:52qui a beaucoup, beaucoup
04:53passé chez cette matière
04:54et qui en a fait un combustible
04:56absolument terrible
04:57dès qu'il y a un début de feu.
04:58Donc voilà, on doit se préparer à tout ça.
05:00On y est.
05:01Et donc, on va s'adapter.
05:02Il y a un peu une contradiction
05:04dans les propos du président de la République
05:05qui dit d'abord, c'est atypique,
05:06c'est exceptionnel,
05:07mais on va devoir s'y adapter
05:09parce qu'on y est.
05:11Comment vous entendez ces propos-là ?
05:12Et puis le mot « adapter »,
05:13pourquoi est-ce qu'il vous a fait tiquer
05:14à ce point-là ?
05:16Alors, c'est intéressant
05:17ce que dit Emmanuel Macron
05:18parce que finalement,
05:19c'est un problème de temporalité.
05:21C'est-à-dire que, d'ailleurs,
05:23on a beaucoup parlé sur la période
05:24d'une accélération
05:25du changement climatique.
05:27Ça s'accélère.
05:27En réalité, non.
05:29Ça suit l'intensification des émissions.
05:32Il y a vraiment un lien très fort
05:33entre le CO2
05:34et les autres gaz à effet de serre
05:36qui viennent s'ajouter dans l'atmosphère,
05:37qui viennent augmenter ce stock
05:40et puis ce qui se passe aujourd'hui.
05:41Ce qu'on a dit aussi depuis longtemps,
05:43c'est que ce n'est pas une progression linéaire.
05:45Le réchauffement, il est linéaire.
05:47C'est-à-dire que plus on ajoute,
05:48plus ça augmente.
05:50Quand on arrête,
05:50ça stoppe quasiment au même moment.
05:52Mais les impacts,
05:53ils sont disproportionnés.
05:54C'est-à-dire qu'à chaque fois
05:55que vous montez une petite marge de réchauffement,
05:57les conséquences,
05:59elles sont immenses.
06:00À nouveau,
06:01c'est comme la dette et le déficit.
06:03C'est-à-dire que vos taux d'intérêt,
06:05ils montent de plus en plus vite
06:06et donc évidemment,
06:07la charge de la dette,
06:08elle grossit de plus en plus vite.
06:10C'est euro après euro
06:11qu'on l'accumule.
06:12C'est pareil.
06:13Et donc,
06:14la temporalité,
06:15c'est un.
06:15Et ça, c'est très intéressant
06:16parce que le mandat d'Emmanuel Macron
06:18a vu le passage d'un réchauffement
06:20qui était dans le futur au présent.
06:22Ça y est,
06:22maintenant,
06:22on parle tous du réchauffement au présent.
06:24Et cette idée de
06:25il faut se préparer,
06:26mais pour quand ?
06:27Et là, en fait,
06:28on est en train de voir se réaliser
06:30tout ce qui est écrit.
06:31Je vous renvoie au rapport
06:32du Haut Conseil pour le climat
06:33depuis la création de ce Haut Conseil
06:35qu'Emmanuel Macron,
06:36d'ailleurs,
06:36a créé.
06:38qui rappelle, en fait,
06:39que les conditions propices
06:40à l'incendie
06:41augmentent de manière disproportionnée
06:43à mesure que le changement climatique
06:45s'accélère.
06:46Ou, plus exactement,
06:47s'intensifie,
06:48si on veut être rigoureux.
06:49Et donc, en fait,
06:50cette idée de...
06:51Oui, c'est atypique.
06:52Bien sûr que c'est atypique.
06:53Pourquoi c'est atypique ?
06:54Parce que le climat
06:55que nous vivons aujourd'hui,
06:56nos parents,
06:57nos grands-parents,
06:58vous et mon enfant,
07:00on ne l'a jamais vécu.
07:01Nous avons des événements
07:03qui, aujourd'hui,
07:03auraient été impossibles
07:05dans un climat
07:06non réchauffé par l'homme.
07:07Ça veut dire concrètement
07:08qu'au début du XXe siècle,
07:10ces événements-là
07:11n'auraient quasiment pas pu se passer.
07:13Donc, oui, c'est atypique.
07:15Sauf que cette atypicité
07:16devient la norme
07:17puisque c'est ce qui correspond
07:19au niveau de réchauffement actuel.
07:21Quant à l'adaptation,
07:23alors,
07:23on va s'adapter ?
07:25Non.
07:26Il va falloir le dire à un moment.
07:27On ne s'adapte pas à tout,
07:29à n'importe quoi.
07:30Et surtout,
07:31tout le monde ne s'adapte pas.
07:32Qui c'est le « on ? »
07:34Le « on », il dépend de
07:36votre niveau socio-éducatif.
07:38Il dépend de vos revenus.
07:39Il dépend de vos structures familiales.
07:41Il dépend de l'aide
07:42à laquelle vous avez accès.
07:44Ça peut être des aides publiques,
07:45ça peut être des aides privées.
07:46Il dépend, en fait,
07:47d'un certain nombre de facteurs.
07:48Et puis, il faut bien comprendre
07:49qu'aujourd'hui,
07:51il existe des seuils physiologiques
07:52auxquels
07:53on ne s'adapte pas,
07:55auxquels les êtres humains
07:56ne peuvent pas s'adapter.
07:56Vous avez peut-être vu une étude
07:58qui a été publiée récemment
07:59sur le fait que
08:01je crois 22%
08:02des personnes
08:03de plus de 60 ans
08:04risquaient d'atteindre
08:05leurs limites physiologiques
08:07par rapport à des vagues de chaleur
08:09et par rapport à des chaleurs
08:10extrêmement humides.
08:11Parce qu'effectivement,
08:12quand vous vieillissez,
08:13votre corps est plus fatigué
08:14et moins capable
08:15de réguler sa température.
08:18Et donc,
08:18on voit aujourd'hui
08:19que non seulement
08:19les corps ne s'adaptent pas,
08:21non seulement certaines structures
08:23ne s'adaptent pas.
08:24On a vu, par exemple,
08:25des rails qui fondaient.
08:26On a vu que dans les sous-sols,
08:28quand il faisait 40 en surface,
08:29il fait 80,
08:30donc même les meilleurs tubes
08:31ne tiennent pas.
08:32Et puis, malheureusement,
08:34on voit aussi aujourd'hui
08:35que la biodiversité
08:36ne s'adapte pas.
08:38Parce qu'un écosystème,
08:39ça ne va pas aussi vite
08:40qu'un être humain.
08:41Vous, vous mettez un pull
08:42ou un ventilo,
08:42l'écosystème ne le fait pas.
08:45En fait, ce qu'on voit cet été,
08:46c'est une mort lente,
08:50silencieuse,
08:51dans les océans,
08:52mais aussi dans les forêts.
08:54Et cet effondrement
08:55de la biodiversité,
08:56ce n'est pas juste
08:56une perte d'espèces,
08:58ce n'est pas juste
08:59des hérissons,
09:00des koalas,
09:00enfin, ça me rend très triste,
09:02mais c'est plus que ça.
09:03C'est la perte
09:03des services écosystémiques.
09:05Ce qui est en train
09:05de se passer cet été
09:06avec les forêts,
09:07les forêts,
09:07ce sont des puits de carbone.
09:09Ces puits de carbone,
09:09ils nous permettent
09:10de faire moins d'efforts
09:11sur nos émissions.
09:12Parce que,
09:12quand on émet,
09:13les forêts récupèrent.
09:15Mais quand on parle
09:15d'adaptation,
09:16il ne s'agit pas uniquement
09:17de dire,
09:17on va y arriver.
09:18C'est aussi, par exemple,
09:20changer,
09:20quand on plante des arbres,
09:22pas les mêmes essences.
09:22C'est ça aussi,
09:23s'adapter.
09:24C'est aussi prévoir
09:24ce que sera l'avenir.
09:26C'est prévoir ce que sera l'avenir,
09:27mais c'est aussi de se dire
09:28que si on ne mène pas de front
09:29l'atténuation et l'adaptation,
09:31il n'y aura pas
09:31d'adaptation possible.
09:33Ce qu'on a vu cet été,
09:34c'est que des arbres
09:34qui ont été plantés,
09:36même avec des essences adaptées,
09:37sont morts.
09:39Parce que,
09:40les conditions climatiques
09:41font qu'il faut 20 ans
09:42pour faire un arbre.
09:43Il faut 50 ans,
09:44100 ans, parfois,
09:45pour faire une forêt
09:46avec tous les services
09:47écosystémiques.
09:48Aujourd'hui, en fait,
09:49avec le changement climatique,
09:50vous avez des écosystèmes
09:54qui n'arrivent plus
09:54à encaisser les chocs
09:55et les tendances.
09:57Pour autant,
09:57vous avez dit,
09:58on peut encore faire des choses.
10:00C'est un peu contradictoire
10:01avec ce discours apocalyptique
10:02que vous tenez ce soir
10:03à ce micro.
10:04Je ne suis pas habitué
10:05à entendre Magali Regazazit
10:07avec autant de pessimisme
10:09dans la voix.
10:10Quelque chose s'est passé
10:11cet été pour vous,
10:12on le sent bien.
10:44Sous-titrage MFP.
10:47Sous-titrage MFP.
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