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Magala Reghezza-zitt, géographe et ancienne membre du Haut Conseil pour le Climat, est invitée sur France Culture pour présenter son nouveau livre "Bienvenue en 2055 – Dans un monde neutre en carbone". Elle partage un constat alarmant quant à la capacité d'adapation de la France.

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Sources
Reghezza-zitt https://www.youtube.com/watch?v=Cj11dGWi9OQ
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
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En quoi le réchauffement est-il comparable à la dette publique ?
La progression est linéaire (CO2 comme euro), mais les impacts sont disproportionnés (impact climatique comme charge de la dette).

Quelle proportion des plus de 60 ans va atteindre sa limite physiologique pendant les vagues de chaleur ?
22%.

Combien de temps faut-il pour créer une forêt avec tous les services écosystémiques ?
50 à 100 ans.

#reghezzazitt #écologie #climat #effondrement #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Donc voilà, on doit se préparer à tout ça, on y est, et donc on va s'adapter.
00:04Quant à l'adaptation, alors, on va s'adapter, non.
00:08Il va falloir le dire à un moment.
00:10On ne s'adapte pas à tout, à n'importe quoi, et surtout tout le monde ne s'adapte pas.
00:15Qui c'est le on ?
00:23Et ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'en plus, on est en train de culpabiliser les individus.
00:27Les gens, les gens vont enfin prendre conscience, ils vont changer leur comportement.
00:31Les gens vont enfin faire faire.
00:32Mais est-ce que c'est aux gens de faire ?
00:34Et c'est ce que j'essaie de montrer dans le livre.
00:35Est-ce que vous iriez jusqu'à dire, et j'ai lu une enquête intéressante de la télévision Suisse Romande
00:39cet été,
00:40qui racontait que tous les petits gestes qu'on nous a demandé de faire, en fait,
00:45produisaient précisément de l'inaction à l'échelle globale.
00:47Parce qu'on a l'impression de mettre ces déchets dans la bonne poubelle,
00:51parce qu'on a le sentiment de bien faire en prenant un peu moins l'avion,
00:54mais que ces petits gestes-là, en fait, nous font ne pas demander, peut-être de la part des politiques,
01:00des gestes beaucoup plus importants, des arbitrages peut-être beaucoup plus sacrificiels.
01:04Alors, il y a deux choses différentes.
01:05Et je ne parlerai pas de sacrificiel, mais on pourra y revenir.
01:08Parce que justement, ce n'est pas sacrificiel.
01:10La première chose, c'est que oui, il existe ce qu'on appelle des effets rebonds.
01:13C'est-à-dire que vous arrêtez de fumer parce qu'on vous a dit que ce n'était pas
01:17bien,
01:17mais à côté de ça, vous mettez à boire.
01:18J'exagère, mais c'est-à-dire qu'on fait une action, on est persuadé, et on a raison de
01:23la faire.
01:25Mais du coup, ça...
01:25Ça, c'est un peu le colibri de Pierre Rabhi.
01:27Voilà.
01:27Chacun fait sa petite part et ça suffira.
01:30Mais du coup, on a un effet rebond derrière parce qu'on se dit, j'ai fait ma part.
01:33Mais derrière, il y a quand même un problème structurel qui est de dire que l'action individuelle,
01:37elle est possible parce qu'il y a des structures collectives qui la permettent.
01:40C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la question, ce n'est pas de vouloir changer, c'est de pouvoir
01:44changer.
01:45Et plus la crise climatique avance, plus les marges de manœuvre des entreprises et des ménages se réduisent,
01:50parce que quand vous avez une succession de chocs climatiques,
01:53qui se double derrière de chocs économiques, de chocs sanitaires,
01:56vos revenus, ils baissent.
01:58Vos revenus baissent, vos ressources baissent, les entreprises ont moins d'activité.
02:02On voit les pertes de PIB qu'il y a eu cet été.
02:05Et donc derrière, vous avez moins de marge pour investir.
02:07Vous avez moins de marge pour accéder à la voiture électrique.
02:10Vous avez moins de marge pour rénover votre maison.
02:12Et puis pour beaucoup de gens, en réalité, ils émettent peu.
02:16Pourquoi ils émettent peu ?
02:17Parce que leur mode de vie, pas leur comportement,
02:20leur mode de vie qui est lié au fait que...
02:21Leur pouvoir d'achat, par exemple.
02:22Leur pouvoir d'achat est faible, ils consomment moins.
02:24Et donc aujourd'hui, vous avez cette espèce d'injustice
02:26qui est profondément perçue dans les enquêtes d'opinion.
02:29Où d'un côté, vous avez des individus qui émettent finalement peu.
02:32Quand ils émettent, ce sont des émissions contraintes.
02:35Qui prennent de plein fouet le choc climatique.
02:37Et qui prennent en plus de plein fouet les mesures
02:39qui sont mises en place pour la transition.
02:41Parce que quand, par exemple, on met une taxe carbone,
02:43elle pèse de manière disproportionnée sur les ménages
02:45qui sont dépendants de la voiture.
02:47Et puis de l'autre côté, vous avez des ménages qui,
02:49polluent beaucoup, ont des moyens de climatiser leur logement,
02:54de prendre l'avion pour aller dans des pays où il fait plus frais,
02:57d'acheter bio, d'acheter local,
03:01d'avoir des grandes surfaces à chauffer.
03:03Donc ils émettent en réalité beaucoup,
03:05ils ont les moyens de changer,
03:06la transition pèse très peu sur eux.
03:07Et en plus, aujourd'hui, c'est ces personnes
03:09qui tirent déjà les bénéfices de la transition.
03:11Pourquoi ? Parce que les solutions qui conduisent
03:13vers la neutralité carbone sont des solutions
03:15qui, généralement, sont bonnes pour le pouvoir d'achat,
03:17sont bonnes pour la qualité de vie,
03:19sont bonnes pour l'alimentation, donc pour la santé,
03:21sont bonnes pour la lutte contre les allergies, etc.
03:25Mais vous, la chercheuse en géographie qui tient ses propos,
03:27vous dites, c'est pas à moi de le dire,
03:28ce sera aux politiques de le dire ?
03:29Alors, les politiques ont le devoir
03:31de construire des projets,
03:34si possible réalistes et financés,
03:35sur la base de ce qu'on sait déjà.
03:38Et quand vous disiez,
03:39les solutions, c'est pas être optimiste,
03:41les solutions existent.
03:42Elles existent.
03:44Elles existent, elles existent, elles existent,
03:46et elles sont finançables.
03:47Elles sont accessibles.
03:49Sans être sacrificielles,
03:50comme vous disiez il y a quelques instants ?
03:51Sans être sacrificielles.
03:53Pourquoi ? Parce que ce sont des choix
03:54qu'on va devoir faire
03:55sur ce que nous considérons
03:57comme étant essentiel à notre bien-être,
04:00et sur des choses qu'on considère
04:01comme étant superflues.
04:04Et ça, ce choix-là,
04:05il est subjectif et politique.
04:06Ce mot magique,
04:07employer tout l'été, s'adapter,
04:09il a été prononcé,
04:10vous avez le sueur au ciel,
04:11par le président de la République, Emmanuel Macron,
04:13qui est en déplacement en Gironde,
04:16sur le site des méga-feux,
04:17le 27 juillet dernier.
04:19On a anticipé collectivement.
04:21Il y a eu un très gros travail qui a été fait.
04:22La nation a réinvesti
04:24dans tous les domaines civils, militaires.
04:26Mais au moment où on se parle,
04:28il faut avoir beaucoup d'humilité.
04:30Ce qu'on vit est très atypique.
04:32L'année 2026,
04:33elle est atypique, complètement.
04:36Et ça, sur un terreau
04:37qui est une extrême sécheresse.
04:39Et donc, il va falloir qu'on résiste.
04:41Mais c'est ça, en fait.
04:42C'est une matière organique qui est là,
04:44parce qu'il y a eu beaucoup de pluie
04:45qui a fait monter une végétation
04:46extrêmement abondante au printemps,
04:49au tout début d'été.
04:50Puis une forte vague de chaleur
04:52qui a beaucoup, beaucoup
04:53passé chez cette matière
04:54et qui en a fait un combustible
04:56absolument terrible
04:57dès qu'il y a un début de feu.
04:58Donc voilà, on doit se préparer à tout ça.
05:00On y est.
05:01Et donc, on va s'adapter.
05:02Il y a un peu une contradiction
05:04dans les propos du président de la République
05:05qui dit d'abord, c'est atypique,
05:06c'est exceptionnel,
05:07mais on va devoir s'y adapter
05:09parce qu'on y est.
05:11Comment vous entendez ces propos-là ?
05:12Et puis le mot « adapter »,
05:13pourquoi est-ce qu'il vous a fait tiquer
05:14à ce point-là ?
05:16Alors, c'est intéressant
05:17ce que dit Emmanuel Macron
05:18parce que finalement,
05:19c'est un problème de temporalité.
05:21C'est-à-dire que, d'ailleurs,
05:23on a beaucoup parlé sur la période
05:24d'une accélération
05:25du changement climatique.
05:27Ça s'accélère.
05:27En réalité, non.
05:29Ça suit l'intensification des émissions.
05:32Il y a vraiment un lien très fort
05:33entre le CO2
05:34et les autres gaz à effet de serre
05:36qui viennent s'ajouter dans l'atmosphère,
05:37qui viennent augmenter ce stock
05:40et puis ce qui se passe aujourd'hui.
05:41Ce qu'on a dit aussi depuis longtemps,
05:43c'est que ce n'est pas une progression linéaire.
05:45Le réchauffement, il est linéaire.
05:47C'est-à-dire que plus on ajoute,
05:48plus ça augmente.
05:50Quand on arrête,
05:50ça stoppe quasiment au même moment.
05:52Mais les impacts,
05:53ils sont disproportionnés.
05:54C'est-à-dire qu'à chaque fois
05:55que vous montez une petite marge de réchauffement,
05:57les conséquences,
05:59elles sont immenses.
06:00À nouveau,
06:01c'est comme la dette et le déficit.
06:03C'est-à-dire que vos taux d'intérêt,
06:05ils montent de plus en plus vite
06:06et donc évidemment,
06:07la charge de la dette,
06:08elle grossit de plus en plus vite.
06:10C'est euro après euro
06:11qu'on l'accumule.
06:12C'est pareil.
06:13Et donc,
06:14la temporalité,
06:15c'est un.
06:15Et ça, c'est très intéressant
06:16parce que le mandat d'Emmanuel Macron
06:18a vu le passage d'un réchauffement
06:20qui était dans le futur au présent.
06:22Ça y est,
06:22maintenant,
06:22on parle tous du réchauffement au présent.
06:24Et cette idée de
06:25il faut se préparer,
06:26mais pour quand ?
06:27Et là, en fait,
06:28on est en train de voir se réaliser
06:30tout ce qui est écrit.
06:31Je vous renvoie au rapport
06:32du Haut Conseil pour le climat
06:33depuis la création de ce Haut Conseil
06:35qu'Emmanuel Macron,
06:36d'ailleurs,
06:36a créé.
06:38qui rappelle, en fait,
06:39que les conditions propices
06:40à l'incendie
06:41augmentent de manière disproportionnée
06:43à mesure que le changement climatique
06:45s'accélère.
06:46Ou, plus exactement,
06:47s'intensifie,
06:48si on veut être rigoureux.
06:49Et donc, en fait,
06:50cette idée de...
06:51Oui, c'est atypique.
06:52Bien sûr que c'est atypique.
06:53Pourquoi c'est atypique ?
06:54Parce que le climat
06:55que nous vivons aujourd'hui,
06:56nos parents,
06:57nos grands-parents,
06:58vous et mon enfant,
07:00on ne l'a jamais vécu.
07:01Nous avons des événements
07:03qui, aujourd'hui,
07:03auraient été impossibles
07:05dans un climat
07:06non réchauffé par l'homme.
07:07Ça veut dire concrètement
07:08qu'au début du XXe siècle,
07:10ces événements-là
07:11n'auraient quasiment pas pu se passer.
07:13Donc, oui, c'est atypique.
07:15Sauf que cette atypicité
07:16devient la norme
07:17puisque c'est ce qui correspond
07:19au niveau de réchauffement actuel.
07:21Quant à l'adaptation,
07:23alors,
07:23on va s'adapter ?
07:25Non.
07:26Il va falloir le dire à un moment.
07:27On ne s'adapte pas à tout,
07:29à n'importe quoi.
07:30Et surtout,
07:31tout le monde ne s'adapte pas.
07:32Qui c'est le « on ? »
07:34Le « on », il dépend de
07:36votre niveau socio-éducatif.
07:38Il dépend de vos revenus.
07:39Il dépend de vos structures familiales.
07:41Il dépend de l'aide
07:42à laquelle vous avez accès.
07:44Ça peut être des aides publiques,
07:45ça peut être des aides privées.
07:46Il dépend, en fait,
07:47d'un certain nombre de facteurs.
07:48Et puis, il faut bien comprendre
07:49qu'aujourd'hui,
07:51il existe des seuils physiologiques
07:52auxquels
07:53on ne s'adapte pas,
07:55auxquels les êtres humains
07:56ne peuvent pas s'adapter.
07:56Vous avez peut-être vu une étude
07:58qui a été publiée récemment
07:59sur le fait que
08:01je crois 22%
08:02des personnes
08:03de plus de 60 ans
08:04risquaient d'atteindre
08:05leurs limites physiologiques
08:07par rapport à des vagues de chaleur
08:09et par rapport à des chaleurs
08:10extrêmement humides.
08:11Parce qu'effectivement,
08:12quand vous vieillissez,
08:13votre corps est plus fatigué
08:14et moins capable
08:15de réguler sa température.
08:18Et donc,
08:18on voit aujourd'hui
08:19que non seulement
08:19les corps ne s'adaptent pas,
08:21non seulement certaines structures
08:23ne s'adaptent pas.
08:24On a vu, par exemple,
08:25des rails qui fondaient.
08:26On a vu que dans les sous-sols,
08:28quand il faisait 40 en surface,
08:29il fait 80,
08:30donc même les meilleurs tubes
08:31ne tiennent pas.
08:32Et puis, malheureusement,
08:34on voit aussi aujourd'hui
08:35que la biodiversité
08:36ne s'adapte pas.
08:38Parce qu'un écosystème,
08:39ça ne va pas aussi vite
08:40qu'un être humain.
08:41Vous, vous mettez un pull
08:42ou un ventilo,
08:42l'écosystème ne le fait pas.
08:45En fait, ce qu'on voit cet été,
08:46c'est une mort lente,
08:50silencieuse,
08:51dans les océans,
08:52mais aussi dans les forêts.
08:54Et cet effondrement
08:55de la biodiversité,
08:56ce n'est pas juste
08:56une perte d'espèces,
08:58ce n'est pas juste
08:59des hérissons,
09:00des koalas,
09:00enfin, ça me rend très triste,
09:02mais c'est plus que ça.
09:03C'est la perte
09:03des services écosystémiques.
09:05Ce qui est en train
09:05de se passer cet été
09:06avec les forêts,
09:07les forêts,
09:07ce sont des puits de carbone.
09:09Ces puits de carbone,
09:09ils nous permettent
09:10de faire moins d'efforts
09:11sur nos émissions.
09:12Parce que,
09:12quand on émet,
09:13les forêts récupèrent.
09:15Mais quand on parle
09:15d'adaptation,
09:16il ne s'agit pas uniquement
09:17de dire,
09:17on va y arriver.
09:18C'est aussi, par exemple,
09:20changer,
09:20quand on plante des arbres,
09:22pas les mêmes essences.
09:22C'est ça aussi,
09:23s'adapter.
09:24C'est aussi prévoir
09:24ce que sera l'avenir.
09:26C'est prévoir ce que sera l'avenir,
09:27mais c'est aussi de se dire
09:28que si on ne mène pas de front
09:29l'atténuation et l'adaptation,
09:31il n'y aura pas
09:31d'adaptation possible.
09:33Ce qu'on a vu cet été,
09:34c'est que des arbres
09:34qui ont été plantés,
09:36même avec des essences adaptées,
09:37sont morts.
09:39Parce que,
09:40les conditions climatiques
09:41font qu'il faut 20 ans
09:42pour faire un arbre.
09:43Il faut 50 ans,
09:44100 ans, parfois,
09:45pour faire une forêt
09:46avec tous les services
09:47écosystémiques.
09:48Aujourd'hui, en fait,
09:49avec le changement climatique,
09:50vous avez des écosystèmes
09:54qui n'arrivent plus
09:54à encaisser les chocs
09:55et les tendances.
09:57Pour autant,
09:57vous avez dit,
09:58on peut encore faire des choses.
10:00C'est un peu contradictoire
10:01avec ce discours apocalyptique
10:02que vous tenez ce soir
10:03à ce micro.
10:04Je ne suis pas habitué
10:05à entendre Magali Regazazit
10:07avec autant de pessimisme
10:09dans la voix.
10:10Quelque chose s'est passé
10:11cet été pour vous,
10:12on le sent bien.
10:44Sous-titrage MFP.
10:47Sous-titrage MFP.
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