00:03L'été a été meurtrier pour le jeu vidéo, c'est la guerre des consoles qui a été relancée autour
00:09du débat entre le physique et le digital,
00:11avec Sony qui annonce le 1er juillet qu'à partir de 2028, le jeu vidéo physique sur ses plateformes s
00:17'est fini,
00:18ce qui a entraîné une grogne de beaucoup de joueurs, les adeptes du physique.
00:22Microsoft a répondu de manière plutôt maligne en fin d'été avec son programme Disque Tout Digital
00:28pour permettre aux possesseurs d'un jeu en format physique de réclamer une licence digitale.
00:33Et puis entre-temps, ou même plutôt un peu avant, on a eu la Commission européenne qui s'est prononcée
00:38sur la pétition Stop Killing Games
00:40et qui a retoqué les demandes.
00:42Et on va parler justement de cette décision avec Julie Groff-Charrier.
00:47Bonjour.
00:47Bonjour.
00:48Habituée de PlaySmart, maître de conférence à l'université Paris-Saclay, habilité à diriger des recherches,
00:54donc c'est le niveau encore au-dessus.
00:55Vous avez suivi le sujet notamment de cette pétition Stop Killing Games.
00:59Les joueurs qui la soutenaient ont été déçus de la réponse de la Commission
01:04en estimant que retoquer cette pétition, c'était donner raison aux éditeurs sur la question de la non-propriété des
01:11jeux.
01:11Mais en réalité, on peut considérer que la décision de la Commission n'est pas si surprenante
01:17et surtout, ça ne veut pas forcément dire qu'on donne raison aux éditeurs face aux joueurs.
01:21Non, tout à fait.
01:22Comment la décrypter ?
01:23Tout à fait. Effectivement, les attentes étaient très grandes.
01:26On voit le nombre de signatures.
01:28Ça, pour le coup, je pense que ça a surpris tout le monde.
01:30Et donc, il y avait de très grandes attentes soulevées dans l'absolu,
01:34même si la déception est immense pour plein de joueurs.
01:36Ce n'est pas si surprenant que ça.
01:38En réalité, la Commission dit ce qu'on s'attendait à ce qu'elles disent.
01:41C'est-à-dire qu'il ne lui est pas possible en l'état de créer une obligation légale à
01:46la charge,
01:46notamment des éditeurs, d'un maintien du jeu.
01:49Et en fait, c'est assez logique pour deux raisons.
01:51D'abord, sur le plan théorique, parce que ça serait reconnaître un ersatz d'obligation d'exploitation
01:57qui n'existe pas en droit d'auteur.
01:59Donc, si ça n'existe pas pour les autres œuvres, ça n'existe pas.
02:01Pour ne pas l'obliguer dans le jeu vidéo.
02:03Exactement.
02:04Et ensuite, assez classiquement, parce que de toute façon,
02:07il y a une difficulté de mise en pratique sans doute derrière.
02:10Admettons qu'on consacre une obligation d'exploitation dans quel périmètre ?
02:14Combien de temps ? A la charge de qui ?
02:16Et en fait, je pense que c'est un sac de nœuds et qu'elle a bien fait,
02:20et théoriquement et pratiquement, de ne pas se lancer là-dedans.
02:23Ceci étant dit, effectivement, vous avez raison,
02:25elle laisse ouvert la voie aussi à une piste.
02:27Elle demande un dialogue entre les ayants droit et les consommateurs.
02:30On voit arriver l'hypothèse d'un code de conduite.
02:33Alors, c'est la mode de la soft flow.
02:35Justement, pour rappel, là, on parle du jeu The Crew,
02:38qui est un jeu de service.
02:39C'est important de le préciser.
02:41Donc, un jeu en ligne sur un serveur.
02:43Le problème, c'est que pour pouvoir accéder au jeu,
02:46quand il est arrivé dans les années 2010,
02:49on achetait un disque.
02:50Et donc, disque, bien.
02:53Donc, les gens se disent, j'ai acheté le jeu,
02:55je dois pouvoir y jouer.
02:56Alors qu'en fait, ce qu'ils ont acheté, même si c'est un disque,
02:58c'est une clé d'activation, en réalité.
03:01Ce n'est pas autre chose, c'est ça ?
03:02En fait, vous êtes tributaire des serveurs pour le faire tourner.
03:05Donc, à partir du moment où les serveurs ferment,
03:07on ne fait plus tourner le jeu.
03:08Et donc, c'est un jeu dématérialisé.
03:09Alors, pour le coup, là, c'est un jeu dématérialisé en ligne.
03:13Et donc, le gros problème, parce que c'est le débat sous-jacent,
03:16c'est est-ce qu'on va préserver le jeu vidéo en format physique ?
03:19Ou est-ce qu'on va sur un tout démat ?
03:22Les opérateurs de console ont plutôt donné le ton qu'on allait sur du démat,
03:25ou en tout cas une augmentation du dématérialisé.
03:28Ce qui n'est pas illogique, c'est la marche normale de l'histoire.
03:31Sauf que réduire le débat sur le jeu vidéo
03:34comme un bien ou comme un simple service,
03:37le physique, en fait, ne suffit pas,
03:39parce qu'il faut bien définir de quoi on parle
03:40quand on parle de jeu vidéo physique, en fait.
03:42C'est quoi l'ambivalence, l'ambiguïté autour de ça ?
03:45Alors, en fait, il y a plusieurs choses.
03:46Il y a le jeu physique au sens le plus classique
03:49que vous et moi, nous avons connu.
03:51Voilà, exactement.
03:53Ouh là, la question ne se posait pas, en réalité,
03:54parce qu'il n'y avait pas de nécessité de connexion à quelques serveurs que ce soit.
03:57C'est tout le jeu sur le support, que ce soit une cartouche ou un disque.
04:01Exactement.
04:01Et là, c'est la dualité des propriétés.
04:05Évidemment, les titulaires de droits sont propriétaires,
04:07un titulaire plus exactement des droits sur l'œuvre, jeu vidéo,
04:10et nous, on était propriétaires de la cartouche.
04:13C'est une dualité d'en profiter.
04:14Voilà, et une dualité des propriétés.
04:16Le problème, c'est que derrière, avec les jeux en réseau,
04:18que ce soit des jeux finis ou des jeux en ligne en permanence,
04:22il y a une nécessité de connexion.
04:24Alors, sur des jeux type The Crew qui nécessitent,
04:26de toute façon, qui sont des jeux en ligne potentiellement indéfinis...
04:29C'est forcément un service.
04:31Là, c'est nécessairement un service.
04:32C'est un peu différent sur les jeux en ligne qui sont des jeux finis,
04:36c'est-à-dire qui ne nécessitent pas nécessairement de jouer en ligne.
04:38Oui, qui nécessitent un téléchargement initial,
04:40un peu comme là, maintenant, ce qu'on a avec la Switch 2,
04:43la Game Keycard, la carte-clé de jeu,
04:45c'est qu'elle active un téléchargement,
04:47mais c'est un jeu complet qu'on obtient sur la console.
04:50Voilà. Là, on a le jeu complet.
04:52Ceci étant dit, à partir du moment où c'est dû dématérialiser,
04:54alors la Game Keycard, c'est un tout petit peu à part, parce que...
04:57C'est un format un peu hybride,
04:58mais ça reste du digital dans les comptes des éditeurs.
05:01Exactement. C'est une licence, c'est pas une vente.
05:03Simplement, la licence est rattachée, non pas au compte joueur,
05:06et donc là, c'est terminé, il y a plus de...
05:08Elle est rattachée à la mini-cartouche.
05:11Et donc là, il y a une possibilité de revente, en fait,
05:13comme nous, on faisait avec le physique.
05:15Et donc là, c'est les trois concepts,
05:16donc de l'usus, fructus, et c'est abusus, le troisième.
05:20L'usus, c'est la possibilité d'utiliser...
05:23Donc ça, même qu'on soit en dématérialisation physique,
05:25il n'y a pas de soucis.
05:26Fructus, on n'a jamais fait du profit,
05:29exploité un jeu qu'on achetait, donc ça, c'est pas le problème.
05:31Par contre, c'est l'abusus, c'est le droit de revendre son jeu.
05:34Ça, c'est le dématé, ça rend ça impossible.
05:37Et on peut penser que les éditeurs, en fait,
05:40ils pensent avoir tout intérêt à aller sur un modèle
05:43qui soit essentiellement sur du démat,
05:44parce qu'il y aura peut-être moins de marché de l'occasion, c'est ça ?
05:47Oui, c'est un contrôle du marché de l'occasion.
05:49C'est aussi, comme vous le disiez en introduction,
05:53la nécessité de remettre en perspective,
05:54et c'est le sens de l'histoire.
05:56Ça existe pour les oeuvres audiovisuelles,
05:57ça existe pour la musique.
05:59Il y a une espèce de logique de bascule,
06:01comme ça, au tout numérique.
06:02Le jeu vidéo suit, alors effectivement,
06:04ça pose des difficultés, notamment de compréhension,
06:07au sens d'acceptation.
06:10C'est peur de perdre aussi son accès aux jeux,
06:11parce qu'on n'a pas utilisé la console pendant trois ans.
06:14Bien sûr.
06:14Enfin, pas à cause,
06:15mais parce que le RGPD aussi impose des obligations
06:19aux éditeurs et aux opérateurs.
06:21La Commission européenne, elle demande à ce qu'il y ait un dialogue,
06:24mais là, on va se faire un peu de prospection.
06:27Le dialogue, il peut amener à quoi ?
06:28Quel compromis ?
06:29Est-ce que, par exemple, ce qu'a fait Nintendo
06:30avec ses Game Key Card,
06:32même si ça a été critiqué,
06:34mine de rien,
06:35ce n'est pas une si mauvaise idée ?
06:36Oui.
06:37Alors, là-dessus, je ne sais pas.
06:38Je pense que j'aurais une approche un peu en demi-tente,
06:41parce qu'en réalité,
06:42la Game Key Card,
06:43peu ou prou, ça reste du physique.
06:45C'est juste utile,
06:46pour le joueur, je parle.
06:48Dans l'approche du joueur, c'est physique.
06:50Voilà.
06:50C'est utile pour eux,
06:51parce que ça permet notamment de patcher au fur et à mesure,
06:53ce que ne permet pas un physique classique.
06:55Ça va faire plaisir aussi aux intermédiaires,
06:57les Grands Surfaces ou la FNAC,
06:59les distributeurs,
07:00qui ne sont pas les entreprises de jeux vidéo.
07:02Mais je ne suis pas sûre que le sens de l'histoire
07:05soit sur la Game Key Card.
07:06Peut-être que ça se maintiendra.
07:08Mais sur un format comparable ?
07:09Oui, bien sûr.
07:10Parce que la grande question, en fait,
07:11des joueurs, au-delà du physique et du démat,
07:14c'est leur droit sur les jeux qu'ils ont payés.
07:17Et c'est là où Microsoft,
07:19ce qu'ils ont proposé avec le programme
07:21Disque to Digital,
07:22est-ce que ça peut être vu comme une manière
07:24d'ouvrir ce dialogue,
07:25de proposer quelque chose
07:27qui soit à l'avantage,
07:28un peu plus à l'avantage des joueurs ?
07:30Oui, oui, incontestablement.
07:31Et la communication de Microsoft là-dessus
07:33est extrêmement fine
07:36et avec un très bon timing,
07:38parce qu'elle intervient après Sony,
07:40qui pour le coup a fait une communication
07:41très différente en expliquant que...
07:43Plus violent, plus brutal.
07:45Voilà, dans un contentieux en cours,
07:46en expliquant que les joueurs
07:48ne pouvaient pas penser qu'ils étaient...
07:50Alors, en plus, on ne sait pas trop
07:51s'ils parlent de propriété ou de titularité,
07:54c'est un peu confus.
07:55Microsoft se place au bon moment
07:56et au bon endroit, je crois,
07:58avec effectivement la logique inverse
08:00qui est la détention du physique
08:03amènerait, et commence à amener d'ailleurs...
08:05À des droits de licence.
08:06À des licences.
08:07Et sans avoir promis
08:09que sa prochaine console
08:10aurait un lecteur de disques,
08:11ce qui est très malin.
08:13Julie Groff-Charrier, je le rappelle,
08:14maître de conférence à l'Université Paris-Saclay.
08:16À très bientôt sur PlaySmart.
08:18On va parler de jeux dématérialisés
08:20parce que le prochain invité,
08:22son business, c'est de transposer
08:23des jeux PC console
08:24sur les téléphones ou les tablettes.
08:26Et forcément, là,
08:27il n'y a pas de disques,
08:28il n'y a pas de cartes SD.
08:30On en parle tout de suite.
08:31C'est avec Abriel Dacosta.
08:32C'est le CEO de PlayDigus.
08:33C'est le CEO de l'Université Paris-Saclay.
08:33C'est le CEO de l'Université Paris-Saclay.
08:33C'est le CEO de l'Université Paris-Saclay.
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