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Dans le cadre d’une enquête sur un vaste réseau de corruption qui touche le secteur des fourrières parisiennes, plusieurs personnes sont mises en examen. Au cœur de ce scandale, on retrouve un franco-libanais de 51 ans, Chafic Alywan. Pour Code source, Nicolas Jacquard, journaliste au service police-justice du Parisien, raconte l'ascension et la chute de Chafic Alywan.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Dans une série d'articles pendant le mois de janvier, le Parisien a raconté dans le
00:16détail une affaire de corruption présumée touchant le secteur des fourrières. Visée
00:21par la justice, Interdépannage, l'entreprise chargée jusqu'ici d'enlever les voitures
00:25malgarée dans tout le sud de Paris et dans une partie de sa banlieue. Son patron, un franco-libanais
00:31de 51 ans, est en détention provisoire, mis en examen le 9 décembre, notamment pour
00:36corruption, blanchiment et abus de biens sociaux. Trois autres hommes sont mis en examen dans
00:41ce dossier soupçonné de corruption, deux policiers et un ancien fonctionnaire de la préfecture
00:47des Hauts-de-Seine. Codesources résume aujourd'hui le scandale Interdépannage avec Nicolas Jacquard,
00:53journaliste au service police-justice du Parisien.
00:59Nicolas Jacquard, le mardi 3 janvier, vous apprenez la mise en examen du patron d'une
01:04grosse entreprise de fourrières de la région, un certain Shafik Aliwan, un franco-libanais
01:09et vous connaissez ce nom-là. Vous avez déjà publié une enquête sur lui le 27 avril
01:142016. Qu'est-ce que vous racontiez à l'époque en résumé dans le Parisien ?
01:18Alors à l'époque, nous avions été alertés par des anciens salariés de la société de
01:24Shafik Aliwan, qui s'appelle Interdépannage, qui nous avait parlé des méthodes très particulières
01:29de ce patron de fourrières, pour certaines très nettement en marge de la légalité.
01:34Et nous avions jugé bon d'en faire une double page dans le Parisien qui était sortie à
01:38la une pour expliquer en fait que ce grand patron de fourrières travaillait parfois et
01:42très souvent en dehors des clous.
01:44Qu'est-ce que vous racontiez à l'époque en résumé dans le Parisien ?
01:47On expliquait un certain nombre de choses. La première, c'est d'abord un management
01:50extrêmement brutal de ce patron envers ses salariés. Et puis des pratiques qui sont
01:56déjà à la limite, voire au-delà de la légalité. On nous parle d'une course au profit avec
02:02des embuscades dans Paris de voitures qui sont systématiquement enlevées alors qu'elles
02:07n'auraient pas forcément à l'être. Et puis certains salariés nous disent qu'ils ne sont
02:11pas déclarés et que donc ils ont une part de salaire fixe et puis une part qui est versée
02:15au noir comme on dit à la fin de chaque mois.
02:20Vous travaillez de nouveau sur Shafiq Aliwan, donc après avoir appris qu'il a été mis en
02:25examen avec la journaliste de l'édition de Paris, Céline Carrez, comme en 2016. Et
02:30comme maintenant Shafiq Aliwan est donc mis en examen, les langues se délient, vous
02:35allez nous raconter comment Shafiq Aliwan est devenu le roi des fourrières parisiennes.
02:39Il est né en 1971 au Liban où il grandit et il vient s'installer en France une première
02:45fois en 1991 quand il a 20 ans. On sait qu'au Liban il y a eu cette guerre civile
02:50tragique
02:50pendant les années 80 jusqu'au tout début des années 90 et on comprend que Shafiq Aliwan
02:56a voulu fuir le Liban et donc qu'il s'est réfugié en France. Il cherche à réussir sa vie,
03:01c'est un immigré libanais qui a beaucoup d'ambition et qui va chercher à se faire sa vie ici,
03:07à s'inventer
03:08un avenir en France et donc il va commencer par divers petits boulots dans la région parisienne.
03:14Au tout départ il est, nous dit-on, serveur dans différents restaurants dont un restaurant
03:18d'Anières-sur-Seine dans les Hauts-de-Seine et puis il a toujours été intéressé par tout ce qui
03:23touche au monde de la voiture et il va parvenir à se faire embaucher comme chauffeur à l'ambassade du
03:29Qatar à Paris. À ce moment là il va nouer des contacts extrêmement intéressants avec les
03:34employés de l'ambassade du Qatar, contacts qui lui serviront après. Mais à cette période il est
03:38condamné pour avoir agressé un proche à l'arme blanche. Oui un jour il blesse l'un de ses cousins
03:45au cours d'une violente bagarre avec un couteau, il met plusieurs coups de couteau et il écope d'une
03:50peine de huit mois de prison ferme à l'issue de laquelle il devra quitter la France. Il part au
03:54Liban
03:54puis il revient en France une seconde fois au milieu des années 90. Qu'est ce qu'il fait à
03:59ce moment là ?
04:00Alors après son travail de chauffeur à l'ambassade du Qatar, il a l'idée de
04:03monter un garage automobile puisqu'il a vu à travers l'entretien, le fonctionnement de la
04:09flotte de véhicules de l'ambassade que très régulièrement ceci devait passer au garage et
04:15il se dit qu'il y a peut-être une manne financière à la clé. Et puis en tant que
04:19chauffeur il a côtoyé
04:21des carrossiers parisiens, des garagistes et il se dit que la mécanique ça peut être son avenir et
04:26c'est ce qu'il va faire. Il va créer son propre garage à Anir-sur-Seine. Un jour pendant
04:31l'année 2000,
04:32Shafiq Aliwan rencontre un ancien ministre en dépendance à Twingo dans le 8e arrondissement
04:37de Paris, un certain Olivier Stirn. Alors Olivier Stirn, le nom ne parle peut-être pas à tout le
04:42monde aujourd'hui mais c'est vraiment un vieux routier de la politique au sens propre puisqu'il a
04:47commencé sa carrière sous De Gaulle. Il a appartenu à tous les partis de tous les présidents de la
04:535e République. Il a été ministre sous Mitterrand, plusieurs fois secrétaire d'Etat sous Giscard et sous
04:58Pompidou. Shafiq Aliwan perçoit tout de suite tout le parti qu'il peut tirer de l'ex-ministre qui a
05:04alors une soixantaine d'années. Il va le persuader de l'aider et se présente comme un immigré qui
05:11veut absolument réussir, qui est extrêmement travailleur et Stirn semble séduit par le
05:16personnage auquel il va ouvrir son carnet d'adresse. Shafiq Aliwan lance l'entreprise qui va faire sa
05:22fortune interdépannage le 23 janvier 2001. Ensuite il va réussir à décrocher un premier
05:28agrément de fourriériste dans le département des Hauts-de-Seine. Oui alors après la mécanique,
05:33Shafiq se lance dans le dépannage. Il va commencer par prendre en charge toute une partie du réseau
05:39autoroutier des Hauts-de-Seine comme dépanneur. Donc c'est un marché extrêmement captif et
05:43rémunérateur et à partir de là il veut prospérer dans les fourrières et il lui faut alors décrocher
05:48les marchés des communes concernées dont il fera le fourriériste. Et en ça Olivier Stirn va l'aider ?
05:54Oui Olivier Stirn va passer un grand nombre de coups de fil pour aider son protégé. D'ailleurs
05:58certains des concurrents de Shafiq Aliwan nous disent quand il y avait un souci, Shafiq disait toujours
06:03Olivier Stirn va régler le problème, Olivier Stirn va intervenir pour moi. On sent que Stirn est en
06:09quelque sorte le mentor dont se prévaut Shafiq Aliwan. A partir du début des années 2010, Shafiq Aliwan
06:17remporte plusieurs appels d'offres pour gérer les fourrières de plusieurs grandes villes de la
06:21région parisienne. Oui alors essentiellement dans les Hauts-de-Seine il va maintenant s'occuper des
06:26fourrières de villes par exemple comme Colombe, Suraine. Au fur et à mesure il rentre ses marchés
06:31dans son portefeuille. Ses salariés qui conduisent les 4x4 de fourrières, ses grutiers, travaillent beaucoup.
06:38Ils travaillent énormément, on pourrait presque dire que c'est de l'abattage. Vous travaillez bien au-delà
06:43des 35 heures légales, c'est-à-dire que vous travaillez 10 à 11 heures par jour, parfois six
06:48jours sur sept. Certaines fois vous travaillez la journée, d'autres fois vous travaillez la nuit.
06:52En quelque sorte vous n'arrêtez jamais et le patron fait tout pour que vous n'arrêtiez pas
06:56puisque à partir du moment où vous n'enlevez pas, il ne gagne pas d'argent. Donc le but du
06:59jeu
06:59c'est vraiment cette course aux chiffres et cette course à l'enlèvement.
07:03Shafiq Aliwan surveille ses grutiers par plusieurs moyens.
07:06Oui, alors il y a un moyen légal ou en tout cas semi-légal, c'est-à-dire que ses
07:11grues sont
07:12équipées de trackers GPS, c'est-à-dire que en temps quasi réel, il sait où chacune de ses
07:18grues se trouve dans Paris. Mais au-delà de ça, Shafiq Aliwan organise un véritable système de
07:23renseignement pourrait-on dire, c'est-à-dire que quand il voit qu'une grue par exemple est restée
07:28sur place trop longtemps, il va soit se déplacer discrètement sur place pour aller espionner son
07:33salarié, soit parfois même envoyer quelqu'un en son nom pour voir ce qui se passe.
07:38Et quand il n'est pas content, il peut leur hurler dessus à distance.
07:41Il les gère avec la radio qui est installée dans chacun de ses véhicules et ses colères
07:46homériques sont rapportées par l'ensemble de ses salariés. Il leur crie dessus, il reproche
07:52à tous en général d'être incapables et voilà, on a un management, on le disait, très rugueux.
07:57Ça s'explique aussi, nous disent les proches de Shafiq Aliwan, par la personnalité de ses
08:02chauffeurs qui, pour beaucoup, ont fait de la prison, des parcours un petit peu chaotiques.
08:07Et les proches de Shafiq Aliwan nous disent également qu'il a peur de se faire voler par
08:10ses propres chauffeurs et que c'est aussi pour ça qu'il les surveille autant.
08:15Les 4x4 d'interdépannage qui enlèvent les véhicules mal stationnés ne sont pas toujours
08:20aux normes.
08:20Ce qui se passe, c'est que les camions de fourrière vont avoir tendance à lever de l'avant
08:25quand ils vont tracter une voiture ou des motos. Et pour parer à ce problème-là,
08:29Shafiq Aliwan a fait découper certains de ses véhicules, il les a fait rallonger et
08:34ces changements doivent être déclarés officiellement, ce que Shafiq Aliwan n'a jamais fait.
08:39Ce qu'il faut dire aussi, c'est que la plupart de ses grues sont hors d'âge et que
08:43certaines
08:44ne passent plus au contrôle technique.
08:46Et donc, pour pallier à ce problème-là, Shafiq Aliwan met une voiture en bon état et
08:52va utiliser illégalement le contrôle technique de cette voiture qui est en bon état pour valider
08:58toutes les autres qui ne le sont pas.
08:59Quand il le peut, Shafiq Aliwan rend des services à des policiers.
09:02Oui, parce que ces policiers sont des interlocuteurs privilégiés dans le monde de la fourrière.
09:08Et assez rapidement, Shafiq Aliwan a compris tout l'intérêt d'entretenir avec eux
09:13d'excellentes relations.
09:14Et déjà, quand il est dans les Hauts-de-Seine, il va par exemple les inviter à manger dans
09:19de très bons restaurants.
09:20Il va aussi, chaque année, leur offrir des bouteilles de champagne.
09:23Il va aussi leur faire bénéficier, à ses contacts policiers, de réparations gratuites
09:28au sein de son garage.
09:29Il a racheté en 2008 également une carrosserie.
09:32Et on comprend qu'assez vite, tous ses contacts, ses amis policiers, viennent faire réparer
09:37leur voiture à l'œil dans ces garages-là.
09:39Au début de l'année 2013, il décroche un premier contrat à Paris.
09:43Oui, et interdépannage à partir de cette date va prendre une toute autre ampleur puisqu'il
09:47va passer de cinq à six communes des Hauts-de-Seine à la moitié du marché parisien des fourrières.
09:54C'est toute la moitié sud de Paris avec les arrondissements les plus chics.
09:58On parle à cette époque-là de trois pré-fourrières qui sont Fauch, Ballard et Charletti,
10:04pour lesquels l'intégralité des véhicules qui y sont emmenés le sont par l'entreprise
10:09de Shafiq Aliwan.
10:11On parle de presque 125 000 enlèvements par an.
10:15Et si vous multipliez ça par les 10 euros environ qu'ils touchent par enlèvement,
10:19vous comprenez le chiffre d'affaires que ça génère.
10:23Le 3 mai 2013, le Parisien raconte un incident qui montre que les 4x4 d'interdépannage
10:28enlèvent les voitures particulièrement vite.
10:31Oui, on a vraiment l'illustration de cette course aux chiffres avec, notamment sur les Champs-Elysées,
10:37un petit garçon qui a 9 ans, qui dormait dans la voiture de ses parents.
10:41Et ce véhicule est emmené en fourrière avec l'enfant à l'intérieur.
10:45À cette période, Nicolas Jacquard, à Paris, le taux d'enlèvement des voitures
10:48est largement supérieur à celui d'autres grandes villes.
10:51Oui, on parle là à l'apogée des fourrières parisiennes, il y a une petite dizaine d'années,
10:57de 250 000 enlèvements de véhicules chaque année.
11:01C'est presque 15 fois plus qu'une ville comme Lyon.
11:04C'est une voiture à Paris toutes les deux minutes qui était enlevée à cette époque-là.
11:08Et très clairement, les élus d'opposition déjà dénoncent une course aux chiffres en disant
11:13« On voit que ces véhicules ne sont enlevés que dans les alentours imminents des pré-fourrières.
11:19Il faut enlever vite à n'importe quel prix.
11:21Et par contre, indépendamment même du fait que le véhicule gêne ou non la circulation.
11:26Vous avez des véhicules qui sont systématiquement enlevés,
11:28par exemple sur les places de livraison la nuit, alors qu'ils ne gênent personne. »
11:32Parfois, les salariés d'interdépannage rendent les voitures aussitôt en échange d'argent liquide.
11:36Ces chauffeurs ont très vite été connus pour leur pratique extrêmement généralisée
11:43de ce qu'on appelle le chargé restitué.
11:45C'est-à-dire que quand le chauffeur arrive sur un enlèvement,
11:51qu'il y a l'automobiliste qui ne veut pas que sa voiture soit enlevée,
11:54il y a parfois et très souvent moyen de s'arranger.
11:57On sait aujourd'hui que le plus souvent, en moyennant une centaine d'euros,
12:01vous pouviez les donner de la main à la main au chauffeur
12:04qui allait reposer votre véhicule et vous le rendre.
12:06D'abord, c'est moins cher que les 180 euros d'enlèvement forfaitaire à Paris.
12:10Et puis surtout, ça vous évite d'aller jusqu'à la fourrière pour récupérer votre voiture.
12:14Et dans les fourrières gérées par Interdépannage,
12:16d'après vos informations Nicolas Jacquard,
12:18des voitures sont parfois rendues alors qu'elles sont impliquées dans des enquêtes judiciaires.
12:23Ça concerne essentiellement les fourrières des villes de banlieue,
12:28donc Haute-Seine plus la ville de Saint-Ouen, à Seine-Saint-Denis,
12:30où Aliouane a la main sur la fourrière.
12:32Parce que sur Paris, il fait les enlèvements,
12:35mais par contre, préfourières et fourrières sont gérées par les agents de la ville de Paris.
12:38Ce n'est pas le cas en banlieue où Chafik Aliouane fait littéralement ce qu'il veut.
12:42Et ce sont dans ces fourrières-là que peuvent être, par exemple,
12:45placés des véhicules sous scellés judiciaires,
12:47des véhicules impliqués dans des accidents mortels, par exemple, dans des trafics de drogue.
12:51Et on comprend que chez Chafik Aliouane,
12:54le fait de payer en cash vous ouvre un certain nombre de portes et de barrières.
12:59Et on nous a expliqué que, par exemple,
13:01des trafiquants avaient pu récupérer leur véhicule moyenne en finances.
13:04Également un chauffeur de taxi qui avait eu un accident mortel
13:06et qui a voulu récupérer son véhicule,
13:08alors même que celui-ci aurait dû être détruit,
13:10mais qu'il a récupéré moyennant plusieurs milliers d'euros en liquide.
13:13Des voitures sont également revendues de façon totalement illégale.
13:16Oui, parce que dans les fourrières sont également placés ce qu'on appelle les VHU,
13:21véhicules hors d'usage.
13:22Ce sont les voitures qui sont en bout de course,
13:25dont les propriétaires ne se manifestent pas.
13:26Et l'État va payer les fourrières pour qu'elles les transfèrent à la destruction.
13:31Mais il faut savoir que dans ces voitures,
13:32certaines sont en parfait état de marche.
13:34Il y a même, nous dit-on, plutôt de belles voitures.
13:36Ça arrive assez souvent.
13:37Et Aliwan va en quelque sorte pratiquer une forme de recyclage sauvage.
13:43C'est-à-dire que ces voitures dont il dit qu'elles ont été détruites,
13:46il ne va pas les détruire,
13:47mais il va, avec la complicité de certains fonctionnaires,
13:50les remettre en circulation.
13:52Le quotidien, ce sont des voitures enlevées abusivement,
13:55certaines rendues abîmées.
13:56Ces pratiques durent des années.
13:58On imagine que des automobilistes s'en plaignent ?
14:01Oui, alors les plaintes contre interdépannage et ces chauffeurs
14:03vont vraiment s'accumuler au fil des années,
14:06encore plus que contre les concurrents d'interdépannage.
14:09Elles vont remonter à la préfecture de police,
14:11qui est à l'époque compétente pour les fourrières.
14:13Mais on a vraiment le sentiment qu'il ne se passe rien.
14:17Éventuellement, pour ceux qui sont les plus accrocheurs,
14:20Aliwan va consentir, quand leur véhicule a été abîmé,
14:23à le faire réparer dans sa carrosserie des Hauts-de-Seine.
14:25Mais tout le monde lui dira qu'on est vraiment sur des réparations
14:28qui tiennent plus du rafistolage.
14:29Et on a vraiment le sentiment que Shafiq Aliwan et ses chauffeurs
14:32peuvent prospérer autant qu'ils le souhaitent.
14:34Nicolas Jacquard, en enquêtant, vous apprenez que les fourrières
14:37de la banlieue parisienne d'interdépannage
14:39généraient chaque semaine des dizaines de milliers d'euros en liquide,
14:43donc potentiellement autant d'argent non déclaré.
14:45Est-ce que l'on sait où est parti cet argent ?
14:47Oui, en très grande partie, cet argent a pris la direction du Liban.
14:52Shafiq Aliwan s'y rendait très régulièrement.
14:54Il retournait dans son pays d'origine,
14:56d'abord parce qu'il continuait à y avoir ses proches qui y vivaient.
14:59Et puis, ça lui a permis de mettre à l'abri une grande partie de cette manne financière
15:04en liquide que les fourrières ont généré.
15:06On a une idée de sa fortune ?
15:07Alors c'est assez difficile à estimer, mais beaucoup de ses proches,
15:11de ceux qui l'ont croisé, nous disent qu'il n'a jamais lésiné sur des signes extérieurs de richesse.
15:15On nous parle d'un appartement très luxueux à Neuilly-sur-Seine.
15:19On nous parle également de voitures de luxe dans lesquelles il aurait investi.
15:24Une Bentley, par exemple, revient assez régulièrement.
15:27On l'a vu d'ailleurs se faire récupérer par un chauffeur.
15:30Et cette Bentley, à l'issue d'une commission départementale de sécurité routière
15:34chargée d'attribuer les marchés des fourrières.
15:36Et puis, il y a tous ces appartements qu'il posséderait au Liban.
15:40On nous parle là encore d'une dizaine de biens immobiliers,
15:42dont un appartement de 4 millions d'euros.
15:47Nicolas Jacquard, pendant votre enquête sur lui,
15:50plusieurs anciens salariés d'interdépannage vous décrivent un patron qui se sent tout puissant.
15:55C'est vraiment ça.
15:55On a le sentiment qu'au fil des années,
15:59Shafiq Aliwan s'est trouvé dans une forme de fuite en avant,
16:03qu'il a presque perdu pied avec la réalité.
16:05Et quand on lui objectait quelque chose,
16:07il avait coutume de dire « il y a Dieu et il y a moi ».
16:12Au mois de mars 2021,
16:14alors qu'interdépannage a déjà une mauvaise réputation,
16:16ne serait-ce qu'avec le dossier du Parisien daté d'avril 2016,
16:20l'entreprise de Shafiq Aliwan conserve un contrat très important à Paris.
16:24Shafiq Aliwan, qui on le disait avait depuis une dizaine d'années la moitié sud de Paris,
16:31continue à travailler à Paris
16:32parce que son marché parisien est renouvelé une nouvelle fois en 2021.
16:36Mais à ce moment-là, la police des polices,
16:38l'IGPN enquête déjà sur Shafiq Aliwan,
16:41ses agissements et ses potentiels complices au sein des forces de l'ordre.
16:45Et le mercredi 7 décembre,
16:47le franco-libanais est arrêté,
16:49placé en garde à vue dans les locaux de l'IGPN.
16:51Deux jours plus tard, il est mis en examen,
16:54notamment pour corruption, prise illégale d'intérêt
16:56ou encore abus de biens sociaux.
16:58Shafiq Aliwan est placé en détention provisoire
17:01à la prison de la santé à Paris.
17:03Un deuxième homme est mis en examen,
17:05un ancien fonctionnaire de la préfecture des Hauts-de-Seine,
17:08Nicolas Jacquard, de quoi ce fonctionnaire est soupçonné ?
17:11Ce fonctionnaire, qui se prénomme Dominique,
17:15n'est pas n'importe qui.
17:16Il avait d'abord le grade d'attaché préfectoral,
17:18ce qui est relativement élevé dans une préfecture,
17:20et il a été longtemps directeur de la réglementation
17:24de la préfecture des Hauts-de-Seine.
17:26Ça veut dire qu'il gérait une équipe de presque 35 personnes
17:28qui avaient la main sur tout ce qui touche à l'automobile
17:31dans le département des Hauts-de-Seine,
17:33qu'il s'agisse des permis de conduire,
17:34des cartes grises et aussi des fourrières.
17:36En résumé, de quoi est-ce qu'il est soupçonné ?
17:38Alors, il est soupçonné d'avoir œuvré pour les intérêts
17:42de Chafik Aliwan et d'interdépannage,
17:44de lui avoir fourni des documents officiels,
17:47d'avoir fermé les yeux aussi
17:49sur toutes les récriminations des automobilistes
17:52qui se plaignaient de Chafik Aliwan.
17:57Le mercredi 4 janvier, en fin de journée,
18:00avec notre consoeur du Parisien Céline Carès,
18:02vous sortez l'information de la mise en examen
18:04de Chafik Aliwan, en même temps que nos confrères
18:07de Mediapart, vous signez le fait du jour
18:09du jeudi 5 janvier, le gros dossier quotidien
18:12du Parisien, et vous publiez aussi ce jour-là
18:15le témoignage d'une femme, une veuve,
18:17dont le mari travaillait pour interdépannage,
18:19qui a été tué le 29 juin 2022 dans un accident
18:22sur l'autoroute A4 dans le Val-de-Marne.
18:25Pour elle, pour cette femme, son mari n'aurait
18:27jamais dû mourir ce jour-là.
18:29Oui, et ça semble être une certitude
18:31parce que Samir Baie, d'abord,
18:34de ce que nous en dit sa femme,
18:35à ce moment-là, n'était pas déclaré officiellement
18:38par interdépannage.
18:39C'est un employé qui avait été licencié
18:42à plusieurs reprises par son entreprise
18:43et qui, à chaque fois, avait été réintégré,
18:45mais sans forcément l'être officiellement.
18:47Et puis, on sait que les 4x4
18:50de l'interdépannage n'ont pas le droit
18:52d'intervenir sur l'autoroute.
18:55Samir Baie, ce jour-là, s'est quand même arrêté
18:57pour venir au secours d'une automobiliste
18:59et les gendarmes qui sont intervenus
19:01après sa mort, après l'accident,
19:03il a été percuté par un chauffard,
19:04se sont rendus compte que sa grue
19:06n'était plus aux normes.
19:08En fait, cette grue n'avait pas
19:09de contrôle technique en règle
19:11et à tel point que, dix jours avant,
19:14elle avait été placée elle-même en fourrière
19:16par les agents de la préfecture de police.
19:19Donc, cette grue aurait dû être immobilisée
19:21au moment de l'accident.
19:22Et on ne comprend toujours pas
19:23comment elle est ressortie
19:25de cette immobilisation.
19:27Shafiq Aliwan, très clairement,
19:28a récupéré ce véhicule,
19:30l'a remis en circulation.
19:31Et le soir même,
19:32quelques heures seulement
19:33après la mort de Samir Baie,
19:35qui utilisait ce 4x4 de Fourier,
19:37les employés d'interdépannage
19:38sont venus une nouvelle fois
19:40le récupérer.
19:41Et on nous dit que le soir même,
19:42dans Paris,
19:43cette grue était en train
19:44d'enlever des voitures.
19:45Et donc, la veuve de Samir Baie
19:47témoigne dans le Parisien.
19:49Et le jour de la sortie
19:50de ce témoignage
19:51et de votre dossier,
19:51Nicolas Jacquard,
19:52cette femme est agressée
19:54chez elle,
19:55dans son appartement
19:56de Bagnolet, en Seine-Saint-Denis.
19:57Elle a été agressée
19:58très violemment,
19:59nous dit-elle,
20:00par trois individus
20:02qui ont attendu
20:02qu'elle rentre
20:03à son domicile.
20:04Des individus
20:05qui l'ont poussée
20:06à l'intérieur de l'appartement.
20:08On a l'impression
20:08qu'ils ont voulu faire croire
20:10un cambriolage.
20:11Ils ont commencé
20:11par demander de l'argent.
20:12Il n'y en avait pas,
20:14cette dame vit très simplement.
20:15Elle est femme de ménage,
20:17de profession.
20:18Et puis, assez vite,
20:19l'un des individus
20:20a dit à son complice
20:21« C'est bon,
20:21j'ai ce qu'il nous faut »
20:22et ils ne sont partis
20:23qu'avec un seul dossier
20:25marqué interdépannage.
20:30Ce dossier interdépannage,
20:31c'est le dossier
20:32dans lequel la veuve du Grutier
20:33avait rangé
20:34tous les documents
20:35concernant la mort
20:36de son mari
20:36et son employeur.
20:38La mairie de Paris réagit
20:40le lendemain
20:40de la publication
20:41de l'enquête du Parisien.
20:42le jeudi 5 janvier
20:44en annonçant
20:45l'ouverture
20:46d'une enquête administrative.
20:48Nicolas Jacquard,
20:49que disent
20:49les avocats
20:50de Shafiq Aliwan
20:51pour le défendre ?
20:52Alors,
20:53les avocats
20:54de Shafiq Aliwan
20:55sont très taiseux,
20:57pourrait-on dire,
20:57puisqu'ils ne nous ont parlé
20:58qu'à une seule reprise
21:00au tout début
21:00du mois de janvier.
21:01Et puis ensuite,
21:02ils ont refusé
21:02toutes nos sollicitations.
21:04Ce qu'ils nous ont dit,
21:05c'est qu'ils ont reconnu
21:06bien évidemment
21:06que leurs clients
21:07étaient incarcérés.
21:08Ils ont reconnu aussi
21:09les motifs
21:10de cette incarcération,
21:11mais tout en minimisant
21:13son rôle
21:13et en expliquant
21:14qu'en fait,
21:15Shafiq Aliwan,
21:16à les entendre,
21:17serait presque une victime
21:18dans cette affaire,
21:19que ce sont les policiers
21:21qu'il connaissait,
21:21qui au bout d'un moment
21:22se seraient montrés
21:23tout puissants,
21:24que lui n'avait pas
21:25vraiment le choix
21:26et que tous ces policiers
21:27venaient par exemple
21:27faire réparer leur voiture
21:29gratuitement dans son garage
21:30et que lui en quelque sorte
21:32devait s'exécuter.
21:35Quelques semaines plus tard,
21:36le lundi 30 janvier,
21:38deux policiers
21:38sont mis en examen
21:39dans cette affaire,
21:40deux brigadiers chefs.
21:41Ils sont soupçonnés
21:42notamment de corruption passive
21:43par personnes dépositaires
21:45de l'autorité publique
21:46et de détournement
21:48de la finalité d'un fichier.
21:49En clair,
21:50ils auraient donné
21:51à Shafiq Aliwan
21:51des informations trouvées
21:53sur des fichiers de police.
21:55Nicolas Jacquard,
21:55cette affaire est loin
21:56d'être terminée ?
21:57On a l'impression
21:59que cette affaire débouche
22:01sur un vaste réseau
22:03de corruption,
22:04au-delà même
22:04des deux brigadiers chefs
22:05qui sont déjà mis en cause
22:07et du fonctionnaire
22:07de la préfecture des Hauts-de-Seine.
22:08On a vu à travers
22:10notre enquête journalistique
22:11que des hauts cadres policiers
22:14étaient impliqués.
22:15On nous parle
22:16de commissaires de police,
22:18on nous parle de voitures
22:19qui auraient été offertes
22:21par Shafiq Aliwan
22:22à ses amis proches.
22:24On nous parle également
22:25d'enveloppes de cash
22:26qui auraient été fournies
22:27à ses policiers
22:28par Shafiq Aliwan
22:29en remerciement
22:30des services rendus.
22:31Donc il y a de fortes chances
22:32que tout cela,
22:34en tout cas pour partie,
22:35soit entendu
22:36à un moment ou à un autre
22:37de l'enquête.
22:47Merci Nicolas Jacquard.
22:49Vos articles sur Interdépannage
22:51co-signés avec Céline Carez
22:52sont à lire sur leparisien.fr.
22:56Codesource est le podcast quotidien
22:57d'actualité du Parisien.
22:59Si vous aimez Codesource,
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23:15Réalisation
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23:17Le Parisien vous propose
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23:26vous raconte
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23:30le chef du service
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