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Quatre ans après « Les Misérables », le réalisateur originaire de Seine-Saint-Denis dénonce une nouvelle fois la misère des quartiers dans son nouveau long-métrage « Bâtiment 5 », en salle depuis le 6 décembre. Portrait d’un réalisateur révolté.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : Canal +, Kourtrajmé, INA

#ladjly #lesmiserables #cinema

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Ambre Rosala pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Quatre Césars, un prix à Cannes, une nomination aux Oscars.
00:16Après le triomphe des misérables il y a quatre ans, le réalisateur Ladjli fait son retour au cinéma.
00:21Dans Bâtiment 5, sorti en salle le 6 décembre, il raconte à nouveau la banlieue.
00:26Le cinéaste de 45 ans aborde un nouveau thème, le mal-logement, mais il garde le même décor, Montfermeil, sa
00:33ville natale en Seine-Saint-Denis.
00:34Qui est Ladjli ? Comment a-t-il réussi à s'imposer dans le cinéma français ?
00:38Catherine Ball, spécialiste du cinéma, l'a rencontrée à plusieurs reprises pour Le Parisien.
00:43Elle raconte son parcours aujourd'hui dans Codesources.
00:59Catherine Ball, le mercredi 15 mai 2019, vous êtes au Festival de Cannes pour couvrir l'événement pour Le Parisien.
01:05Vous rencontrez Ladjli juste après la projection de son premier film, Les Misérables. Comment est-ce qu'il est ?
01:11Il est très heureux d'être là. On est à Cannes. Je me souviens que ce jour-là il faisait
01:14très beau.
01:15On fait l'interview juste à côté de la plage, devant les palmiers.
01:18C'est sa première fois au Festival de Cannes à Ladjli.
01:21Son film vient d'être projeté, Les Misérables.
01:23Et en plus il sait qu'il y a des échos très favorables.
01:26Donc il va très bien et il est très fier d'être là.
01:28Son long-métrage fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes avec 21 films en lice.
01:33C'est une surprise ?
01:34Oui, il faut savoir qu'il y a 21 films sélectionnés sur plus de 2000 films candidats à la Palme
01:39d'Or.
01:40Et à Cannes on parle toujours des habitués, des abonnés.
01:43Cette année-là il y a Pedro Almodovar, il y a les frères d'Ardennes, il y a Xavier Dolan,
01:48Terrence Malik.
01:49Il y a même parmi les Français, il y a les habitués des Pleuchins, il y a Céline Sciamma.
01:53Et puis il y a ce nom que personne ne connaît de Ladjli.
01:57Et il y a ce premier film qui est en compétition et qui est concours pour la récompense suprême, la
02:02Palme d'Or.
02:05Vous allez nous raconter comment le réalisateur a réussi à s'imposer dans le cinéma français.
02:10Ladjli est né le 3 janvier 1978, qu'est-ce qu'on sait de son enfance ?
02:14On ne sait pas grand-chose parce qu'il est très secret et même aujourd'hui encore en interview, il
02:18ne dit pas grand-chose sur lui.
02:20C'est quelqu'un qui n'aime pas parler de lui.
02:22On sait qu'il a un père éboueur d'origine malienne, qu'il est élevé par une mère au foyer
02:26dans une famille nombreuse.
02:28Et qu'il arrive au Bosquet à Montfermeil en Seine-Saint-Denis en 1980.
02:31Décrivez-nous le quartier où il grandit, le quartier des Bosquets à Montfermeil en Seine-Saint-Denis.
02:35La cité des Bosquets, c'est un ensemble d'immeubles construits en 1962.
02:40C'est des bars. Il y a 7 bars de 10 étages et 13 bars de 4 étages.
02:44C'est un ensemble qui compte environ 5000 habitants.
02:47C'est des copropriétés, c'est-à-dire que les habitants ont acheté leurs appartements.
02:52Au fil des années, on va se rendre compte que ces copropriétés se dégradent
02:55et ce sont des quartiers qui vont être la cible de politique prioritaire de la ville.
02:59La cité des Bosquets, elle a été désignée comme quartier prioritaire il y a quelques années.
03:05Après la classe de 3e, il est orienté en lycée professionnel, mais il finit par se faire envoyer.
03:09Oui, ses parents voulaient qu'il fasse de grandes études.
03:11Lui, il se voyait informaticien et puis en fait, l'école, ce n'est pas trop son truc,
03:14mais il est très créatif, il fait des courts-métrages.
03:17Et grâce à une association de quartiers, il acquiert une formation vidéo.
03:21Donc voilà, il repart de l'école, pas tout à fait sans bagage.
03:24Il a cette formation-là.
03:25Et quelques temps plus tard, il rejoint le collectif Courtragemé. Qu'est-ce que c'est ?
03:28Le collectif Courtragemé, il a été créé en 1994.
03:31Courtragemé, c'est un verlan de courts-métrages.
03:34Il a été fondé par trois personnes qui sont tout manis sans garer, Romain Gavras et Kim Chapiron.
03:39Romain Gavras, c'est le fils de Costa Gavras, le cinéaste.
03:42Et Kim Chapiron, il a un père qui s'appelle Kiki Picasso, qui est aussi artiste peintre pluridisciplinaire.
03:48Romain Gavras et Kim Chapiron, c'est des copains de longue date de l'Adjli,
03:52puisque Kim Chapiron et Romain Gavras étaient voisins d'immeubles à Paris.
03:57Mais Kim Chapiron a grandi entre Paris et Montfermeil, où ses grands-parents étaient installés.
04:01Et il allait toujours au centre de loisirs à Montfermeil.
04:03Et c'est là qu'il est devenu copain.
04:05Il me dit, c'est un copain de bac à sable, l'Adjli.
04:07Ils se connaissent depuis toujours.
04:08Et donc, il crée ce collectif pour aider les habitants de Montfermeil à créer à travers l'art.
04:14Et l'Adjli rejoint très vite ce collectif et se met à faire des courts-métrages avec eux.
04:18Mais c'est bon les mecs, arrêtez là, je vais aller léver maman.
04:21Chut !
04:21Je te tiens.
04:23Tu me tiens par la barbichette.
04:25Le premier de nos deux qui rira aura une tapette.
04:34Le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis,
04:37trois adolescents de 15 et 17 ans tentent d'échapper à un contrôle de police.
04:41Ils se cachent à l'intérieur d'un poste électrique.
04:44L'un des trois adolescents est grièvement blessé.
04:47Et les deux autres, Buna Traoré et Ziyeb Bena, meurent électrocutés.
04:51Dans les jours et les semaines qui suivent,
04:53de violentes émeutes éclatent à Clichy-sous-Bois,
04:55mais aussi à Montfermeil, où habite l'Adjli, qui a alors 27 ans.
04:59Ce qui a déclenché cette violence, c'est la mort de deux mineurs électrocutés
05:03alors qu'ils s'étaient réfugiés dans ce local d'EDF, après avoir escaladé le mur.
05:07Plusieurs adolescents présents hier soir
05:09affirment que les policiers poursuivaient les victimes.
05:12L'Adjli, il se retrouve vraiment à côté de l'épicentre de ces émeutes urbaines
05:17qui commencent à Clichy-sous-Bois, à Montfermeil,
05:20et qui vont après se répandre un peu partout en Ile-de-France
05:22et puis même dans d'autres grandes villes de France.
05:25Et il a sa caméra en main et il décide de tout filmer,
05:28c'est-à-dire d'être témoin de ce qui se passe.
05:31Donc il filme les émeutes, les affrontements violents
05:33entre les jeunes et les forces de l'ordre.
05:35Et donc il en fait un documentaire qui s'appelle
05:37« 365 jours à Clichy-Montfermeil »
05:39et qui sort en DVD en 2007.
05:41C'est son premier vrai film et c'est à partir de cette date
05:43qu'il se met à faire ce qu'on appelle du cop-watching,
05:45c'est-à-dire qu'il filme les interventions policières
05:48pour être témoin, pour qu'il y ait des preuves en cas de bavure.
05:54Deux ans plus tard, en 2008, il s'engage en politique.
05:57Oui, à Montfermeil, il y a un maire qui s'appelle
05:59Xavier Lemoyne, qui est un maire de droite
06:01et qui se représente.
06:03Et là, l'Ajli décide, avec d'autres personnalités
06:06issues de la société civile de Montfermeil,
06:09de créer une liste d'hiver gauche
06:11qui est soutenue par le PS, le PCF et les Verts.
06:14Et ils se présentent pour prendre la mairie de Montfermeil.
06:17Ils vont perdre à 150 voix près,
06:18Xavier Lemoyne va être réélu.
06:20Et aujourd'hui, 18 ans après,
06:21Xavier Lemoyne est toujours maire de Montfermeil.
06:24Le lundi 22 novembre 2010,
06:26dans l'après-midi, un bâtiment prend feu
06:28dans le quartier des Bosquets à Montfermeil.
06:30La petite cousine de l'Ajli, un bébé de 9 mois,
06:33meurt dans cet incendie
06:34et des centaines d'habitants se retrouvent sans logement.
06:37À ce moment-là, l'Ajli interpelle le maire de la ville.
06:39Oui, à ce moment-là, l'Ajli, avec d'autres personnes,
06:42se retrouve face au maire de Montfermeil,
06:44Xavier Lemoyne.
06:46Et voilà, on peut imaginer que l'Ajli
06:48est extrêmement choqué par la mort de sa petite cousine.
06:50Il est aussi très choqué par les conditions
06:52de relogement d'urgence de toutes ses familles.
06:54Il y a 100 personnes qui se retrouvent
06:56donc sans appartement.
06:58Il y a 8 chambres d'hôtels qui sont mises à disposition.
07:01Il y a un gymnase. Enfin voilà, l'Ajli trouve ça
07:02tout à fait indécent.
07:03Et donc, il y a cette altercation avec le maire.
07:06Xavier Lemoyne, à ce moment-là, va accuser
07:08l'Ajli de l'avoir saisi par le col
07:11et de l'avoir menacée.
07:12L'Ajli dira qu'il a été virulent, mais qu'il n'a pas été violent.
07:15En tout cas, il sera condamné
07:16à une amende pour outrage.
07:18Le 2 mars 2011, l'Ajli se retrouve à nouveau devant la justice.
07:23Il est jugé pour une affaire d'enlèvement et de séquestration.
07:25De quoi il est accusé exactement ?
07:27L'Ajli est accusé d'avoir participé à une expédition punitive.
07:30Il a un ami qui soupçonnait le mari de sa cousine
07:34d'avoir des relations avec sa soeur.
07:36Il l'a enlevé, il l'a frappé
07:38et le mari de la cousine s'est enfui
07:42de la voiture où il était séquestré.
07:44L'Ajli est accusé d'avoir participé à cette expédition.
07:48Il va acclamer son innocence,
07:49mais il sera quand même condamné
07:51à 3 ans de prison, dont 2 enfermes.
07:57Après sa sortie de prison,
07:58L'Ajli reprend sa carrière de cinéaste.
08:01Il réalise le court-métrage
08:02« 365 jours au Mali » en 2014,
08:05puis « A voix haute » 3 ans plus tard,
08:06un documentaire sur un concours d'éloquence.
08:09Le 26 février 2018, à 40 ans,
08:12il signe un nouveau court-métrage
08:13intitulé « Les misérables ».
08:15De quoi ça parle ?
08:16Alors « Les misérables », c'est une fiction.
08:18C'est l'histoire de Stéphane,
08:19qui est un jeune flic qui vient de Cherbourg
08:22et qui débarque à la BAC de Montfermeil
08:24et qui va découvrir un peu le quotidien
08:28dans cette ville de banlieue.
08:30Bon, là, t'es à Montfermeil,
08:31les bosquets, tu vois.
08:34Il y a quelques années,
08:35on ne pouvait pas tourner ici,
08:36on ne rentrait pas.
08:38Il est entouré de deux autres flics
08:40qui sont, eux, là, depuis longtemps.
08:41C'est des anciens de la BAC.
08:42Et voilà, on suit le quotidien
08:45de ces trois flics qui patrouillent,
08:47qui s'ennuient,
08:47qui se font des petites blagues potaches.
08:49Et tout d'un coup,
08:50il y a un gamin qui filme
08:52une bavure policière.
08:54Et là, la situation dégénère.
08:56La même année,
08:56ce court-métrage est nommé au César,
08:58mais le film ne remporte pas de statuette.
09:00La Jilly décide de l'adapter
09:02en long-métrage.
09:03Le tournage commence à la fin
09:04de l'été 2018 avec de tout petits moyens.
09:07Oui, Les Misérables,
09:07c'est un film que La Jilly tourne à l'arrache
09:09avec un budget de 1,5 million d'euros,
09:11ce qui peut paraître énorme
09:12et ce qui est en fait très peu
09:13pour un long-métrage.
09:15Il le tourne à Clichy-Montfermeil
09:18avec beaucoup d'habitants
09:19de Clichy-Montfermeil,
09:20environ 200 qui jouent les figurants.
09:22Et c'est un film
09:23qui ne reçoit pas d'aide
09:25du Centre national du cinéma,
09:26ce qui est assez rare.
09:28La Jilly dira d'ailleurs
09:28qu'il a fait ce film à l'arrache
09:30et sans aide publique,
09:31il dira que c'est un film
09:32dont personne ne voulait.
09:33À la fin de l'année,
09:34alors que son film est en phase de montage,
09:36La Jilly décide d'ouvrir
09:37une école de cinéma,
09:38l'école Courtre à Jemais.
09:39Où est-ce qu'elle se trouve ?
09:40Elle est issue de ce collectif
09:41Courtre à Jemais dont on a parlé
09:42et elle se trouve au cœur des Bosquets,
09:45de la cité des Bosquets à Montfermeil.
09:46C'est une école qui est destinée
09:48à donner leur chance
09:50à des habitants
09:51qui n'ont pas pu faire d'études,
09:53n'avaient pas les moyens,
09:54n'avaient pas de réseau.
09:55L'école Courtre à Jemais,
09:56elle dispense des formations gratuites,
09:58des cours de réalisation,
09:59d'aide à l'écriture au scénario.
10:02Donc voilà, c'est cette école
10:03qui vise à aider, là encore,
10:05les jeunes de Montfermeil
10:06ou des quartiers voisins
10:08à accéder au métier du cinéma
10:10qui pouvait leur paraître
10:11totalement inaccessible.
10:13On en revient au début de cet épisode.
10:15Catherine Ball,
10:16le mercredi 15 mai 2019,
10:18le premier long métrage
10:19de La Jilly, Les Misérables,
10:20est présenté au Festival de Cannes.
10:22De quoi parle le film ?
10:23Les Misérables,
10:24c'est la version longue
10:25du court métrage.
10:26C'est pareil,
10:27c'est l'histoire
10:28d'une bavure policière
10:30qui dérape,
10:30qui embrase la cité.
10:32C'est aussi une radiographie
10:34de ces quartiers-là
10:35parce qu'on voit
10:36un petit peu
10:37toutes les composantes,
10:38toutes les communautés
10:39de ces quartiers.
10:40Il y a les flics,
10:41il y a les jeunes,
10:42il y a les éducateurs,
10:43il y a les dealers de drogue,
10:45il y a les frères musulmans,
10:46il y a les mamans.
10:48C'est un petit peu
10:50une photographie
10:51de ce quartier
10:52au-delà de cette histoire
10:53de bavure policière
10:55qui va dégénérer
10:56et qui va totalement
10:57mettre le feu
10:58au quartier.
10:59Contrôle de police,
11:01vous faites quoi là ?
11:02On attend le bus.
11:03Vous attendez le bus là ?
11:07Ça sent le shit ça ?
11:08Hé, c'est bon,
11:09on s'ouvre.
11:10Ça va, je gère.
11:10Je vous filme,
11:11vous n'avez pas le droit
11:11de faire ça.
11:12Arrête de filmer.
11:13Non.
11:14T'es contente là ?
11:20Quand vous le voyez,
11:20qu'est-ce que vous en pensez ?
11:21C'est vraiment un choc.
11:22Moi, je me souviens
11:23qu'à Cannes,
11:24quand j'étais sortie
11:25de la projection,
11:25il y avait des caméras
11:26parce que c'était le film
11:27un peu surprise de la sélection.
11:29Il y a des journalistes
11:29qui nous ont sauté dessus.
11:30Alors, qu'est-ce que vous en avez pensé ?
11:31Et moi, je me souviens
11:32que j'avais du mal à parler
11:33parce que c'est un film
11:34qui est sous tension
11:36en permanence,
11:37qui nous met totalement
11:39en apnée.
11:40La mise en scène
11:40est très impressionnante.
11:42C'est un film,
11:42un grand film de cinéma
11:44qui est sorti 24 ans
11:46après la haine
11:46et qui montre la banlieue
11:47comme on ne l'avait pas vue
11:48depuis la haine.
11:49Le prix du jury
11:50sont les misérables
11:52de la haine.
11:54Le samedi 25 mai,
11:55le film remporte
11:56le prix du jury
11:57du Festival de Cannes.
11:58Décrivez-nous cette scène.
12:00Il monte sur scène
12:00et il commence très sagement
12:02à remercier un par un
12:03ses producteurs,
12:05ses acteurs,
12:07le délégué général
12:08du Festival de Cannes.
12:09Le discours
12:11dans le palais
12:11du Festival de Cannes,
12:12c'est un exercice
12:13dans lequel il n'est pas
12:13très à l'aise.
12:14Mais au fur et à mesure
12:16de son petit speech,
12:17il trouve les mots
12:17et il remercie
12:18son collectif
12:19court rajmé,
12:19ses copains qui sont là
12:20dans la salle.
12:21Amakli court rajmé
12:22ici présente,
12:23Kim Chapiron,
12:23Romain Gavras,
12:25Mounouda Sourgière,
12:26Oxmo Cuccino,
12:29Vincent Cassel
12:30et tous les membres
12:31parce qu'on est
12:32beaucoup.
12:33Moukoumalis Angaré,
12:34chef du village
12:34de Garalo.
12:35Merci les gars
12:36pour cette aventure.
12:37Et il dit...
12:38On part de rien,
12:39on n'a pas fait
12:39d'école de cinéma.
12:40On n'a pas fait
12:41d'école de cinéma
12:42et on voudrait dire
12:42que c'est possible
12:43d'être là
12:44au Festival de Cannes
12:46en compétition
12:46et de gagner
12:47le prix du jury.
12:48Donc je vais dédier
12:49ce prix à tous
12:49les misérables de France
12:50et d'ailleurs.
12:51Merci.
12:53Six mois plus tard,
12:54Les Misérables sort en salle
12:56le mercredi 20 novembre.
12:57Est-ce que le film
12:58marche bien ?
12:58Oui, déjà le film
12:59est accueilli
13:00par des très bonnes critiques
13:01globalement
13:02et c'est un très grand
13:04succès public.
13:05Il va marcher d'ailleurs
13:05pendant de longues semaines.
13:07Au total,
13:07il attira
13:08plus de 2 millions
13:09de 100 000 spectateurs
13:10en salle.
13:11Donc c'est l'un des gros
13:12cartons de l'année.
13:13Sur l'année 2019,
13:14c'est le troisième film
13:15derrière
13:15Qu'est-ce qu'on a fait
13:16au bon Dieu
13:16et Nous finirons ensemble
13:18de Guillaume Canet.
13:19Donc c'est vraiment
13:20un très gros succès
13:21populaire.
13:22Le film est choisi
13:23pour représenter
13:23la France aux Oscars
13:25mais le 17 décembre,
13:26quelques jours avant
13:27la cérémonie américaine,
13:28le magazine d'extrême droite
13:30Causeur publie sur son site
13:31un article intitulé
13:32L'adjli a fait de la prison
13:34pour complicité
13:35de tentative de meurtre.
13:37Qu'est-ce que dit
13:37cet article ?
13:38Alors l'article fait
13:39évidemment référence
13:39à l'affaire d'enlèvement
13:41et séquestration
13:42dont on a parlé plus tôt.
13:43L'article parle
13:44de tentative de meurtre
13:45et dit que cette tentative
13:46de meurtre serait liée
13:47à une volonté
13:48d'appliquer la charia.
13:50Donc voilà,
13:51nous on a retrouvé
13:52aux Parisiens
13:52la condamnation,
13:54à aucun moment
13:54il est question
13:55d'application de la charia
13:56et l'adjli n'a jamais
13:57été condamnée
13:58pour tentative de meurtre.
13:59À ce moment-là,
14:00l'adjli ne réagit pas
14:02personnellement,
14:02il réagit par le biais
14:03de ses avocats
14:04qui publient un communiqué
14:05pour dire que l'adjli
14:07a purgé sa peine,
14:08qu'il a été condamné
14:09et qu'il a purgé sa peine
14:10et qu'il a toujours
14:11clamé son innocence.
14:13Deux mois plus tard,
14:14le 28 février 2020,
14:15la 45e cérémonie
14:17des Césars
14:17s'ouvre à la salle
14:18Pléiel à Paris
14:19et le film de l'adjli,
14:21Les Misérables,
14:21est nommé
14:22dans 12 catégories.
14:23Oui, le film fera
14:24un carton plein
14:25puisqu'il va remporter
14:26le César suprême,
14:28c'est-à-dire celui
14:28du meilleur film,
14:29donc le César
14:30le plus prestigieux.
14:31Il va également remporter
14:32le César du meilleur
14:33espoir masculin
14:35pour Alexis Manentzi
14:36et les Césars
14:37du meilleur montage
14:38et le César du public
14:39qui est aussi un César
14:40évidemment très important.
14:42Effectivement,
14:43le film a cartonné
14:44au César,
14:45c'est-à-dire qu'il a eu
14:46une très grande reconnaissance
14:47de la part de la profession.
14:48La même année,
14:49l'association de l'adjli,
14:50la cité des arts visuels,
14:51qui abrite son école de cinéma
14:53et visée par une enquête
14:54préliminaire du parquet
14:55de Bobigny
14:56pour abus de confiance
14:57et blanchiment.
14:59L'adjli et son frère Amadou
15:00qui préside l'association
15:01sont soupçonnés
15:02d'avoir détourné
15:03près de 300 000 euros
15:04de fonds publics.
15:05À ce jour,
15:06l'enquête est toujours en cours.
15:08Catherine Ball,
15:09on en vient à cette année
15:10le jeudi 16 novembre 2023.
15:12Vous vous rendez
15:13à la projection presse
15:14du nouveau film de l'adjli,
15:15Bâtiment 5.
15:16Il est comment ce film ?
15:17Alors Bâtiment 5,
15:18ça se passe dans une ville
15:19qui s'appelle Montvillier,
15:20qui est un double fictionnel
15:22de Montfermeil.
15:23Il met en scène
15:24plusieurs personnages,
15:25notamment Abby
15:25qui a grandi
15:26dans une barre d'immeubles
15:28qui s'appelle
15:28Le Bâtiment 5
15:29et cette barre d'immeubles
15:31va être démolie.
15:32C'est une copropriété
15:33qui s'est dégradée
15:34au fil des années,
15:34qui est devenue
15:36insalubre, dangereuse.
15:37Elle va être démolie
15:37et Abby se rend compte
15:38que les habitants
15:40vont être délogés.
15:42Moyennant des dédommagements
15:43très faibles,
15:44on va leur racheter
15:44leur appartement
15:45pour 10 000
15:45ou 15 000 euros
15:46et on va les reloger
15:48dans des appartements
15:49qui ne correspondent pas
15:49du tout
15:50à leurs besoins.
15:51Donc elle rentre un peu
15:52en guerre
15:52contre le maire
15:53de Montvillier
15:54et à côté de ça
15:55elle a un ami
15:56qui s'appelle Blase
15:57et qui lui
15:57est totalement
15:58consumé par la colère
16:00qui trouve
16:01que les habitants
16:02sont humiliés
16:03par l'État,
16:03par la mairie
16:04et par la police.
16:06Donc le film
16:06met en scène
16:07deux réactions
16:07à l'humiliation,
16:09d'un côté
16:09la voix de l'engagement
16:11politique
16:11et de l'autre
16:12la violence.
16:12Vous rencontrez Ladjli
16:14une semaine plus tard
16:15le jeudi 23 novembre.
16:16Comment il est
16:17pendant l'interview ?
16:18Alors il faut savoir
16:18que Ladjli déjà
16:19ne donne aucune interview
16:20tout seul.
16:21Là pendant toute la promotion
16:22de ce film
16:22il donne ses interviews
16:23en duo
16:24soit avec son co-scénariste
16:27Giordano Gederlini
16:27ce qui était le cas pour moi
16:28soit avec l'un ou l'autre
16:30de ses acteurs.
16:32Ladjli
16:32ce n'est pas ce qu'on appelle
16:33un bon client
16:33pour les médias
16:34c'est-à-dire que
16:35ce n'est pas quelqu'un
16:35qui parle facilement
16:36et qui a des formules
16:37comme ça toutes faites
16:38un peu comme les acteurs américains
16:40quand ils font des interviews
16:41en cinq minutes
16:42c'est hyper efficace
16:43il y a la punchline
16:45le sens de la réplique
16:46Ladjli
16:46il est assez sauvage
16:48en interview
16:49c'est-à-dire qu'il est
16:50très sympathique
16:50il est très souriant
16:51il est très sympa
16:52mais il faut vraiment
16:53aller le chercher
16:55et surtout quand c'est personnel.
16:57Et justement
16:57ce nouveau film
16:58est très personnel.
16:59Oui parce que
16:59ce bâtiment 5
17:00c'est celui où Ladjli
17:01a grandi avec sa famille
17:02et même avec sa femme
17:03et ses enfants
17:04il a habité là
17:05jusqu'en 2020
17:06c'est-à-dire jusqu'à
17:07la démolition de la barre.
17:09C'est aussi très personnel
17:10parce que le film
17:11il met en scène
17:11un personnage
17:12qui est gagné par la colère
17:14quand il voit les conditions
17:15de relogement des habitants
17:16c'est ce qu'a vécu Ladjli
17:17avec Xavier Lemoyne.
17:19Il y a aussi
17:19un incendie
17:20dans l'immeuble
17:21dans le bâtiment 5
17:22on en a parlé plus tôt
17:24Ladjli a perdu
17:25une petite cousine
17:26dans l'incendie
17:27d'un bâtiment voisin
17:28dans la cité des bosquets
17:29à Montfermeil.
17:29Il y a beaucoup
17:30beaucoup d'éléments
17:31du film
17:32jusqu'à la description
17:33du maire de Montfermeil
17:34Xavier Lemoyne
17:35et même de son épouse
17:36qui sont
17:37beaucoup d'éléments
17:38qui sont autobiographiques
17:39et quand j'interroge Ladjli
17:41là-dessus
17:41je lui dis
17:42mais quand même
17:42ce maire
17:43même si dans le film
17:44c'est le maire de Montvilliers
17:45qui ne s'appelle pas
17:45Xavier Lemoyne
17:46ce maire c'est Xavier Lemoyne
17:47il botte en touche
17:48il me dit
17:49ça peut être
17:50plein d'autres maires de droite
17:51et voilà
17:52il monte en généralité
17:53c'est-à-dire qu'il dit
17:54on s'est inspiré
17:55de ce qu'on a vécu
17:56et il ne va pas au-delà
17:59Avec ce film
17:59est-ce qu'il confirme
18:00une nouvelle fois
18:01qu'il a sa place
18:01dans le cinéma français ?
18:03Oui bien sûr
18:03parce que c'est un film
18:04qui est très fort
18:04c'est un film
18:05qui est très tenu
18:06très maîtrisé
18:06et puis Ladjli
18:07c'est une voie importante
18:08parce qu'il y a eu
18:09des films sur la banlieue
18:10il y a eu même des films
18:11récemment sur le mal logement
18:12dans les quartiers
18:13mais c'est un film
18:15sur la banlieue
18:15qui est fait par quelqu'un
18:16qui a grandi là-bas
18:17donc Ladjli
18:19il est totalement légitime
18:20à parler de ces choses-là
18:22et en plus
18:22il maîtrise parfaitement
18:23l'outil cinéma
18:39Merci à Catherine Ball
18:41Cet épisode de Code Source
18:42a été produit par
18:43Raphaël Pueyo
18:44Clara Garniamourou
18:45et Barbara Gouy
18:46Réalisation
18:47Julien Moncouquiole
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18:49parlez-en autour de vous
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