00:00On en vient à la rentrée médiatique du Premier ministre Sébastien Lecornu qui a accordé une interview aux Parisiens.
00:05Il appelle les parlementaires à doter la France d'un budget cet automne.
00:08On se souvient évidemment de l'interminable feuilleton budgétaire de l'an dernier.
00:12Il en appelle à la responsabilité donc des parlementaires.
00:15Choisir, écrit le Premier ministre datant de l'élection présidentielle, pour adopter un budget pour 2027, c'est choisir le
00:23désordre.
00:23Une hausse de nos taux d'intérêt pèserait durablement sur l'État et sur notre économie.
00:29Fatima Loisdi, est-ce que vous partagez le point de vue, le constat, l'inquiétude du Premier ministre ?
00:35Oui, je partage son inquiétude.
00:37Les obligations à terme à 10 ans sont au plus haut.
00:40Elles le sont du fait de l'instabilité politique de la France.
00:45Et on le voit aujourd'hui quand on entend les députés qui s'expriment sur certains sujets,
00:50qu'au-delà du seul sujet du débat des idées qui tue un petit peu la gauche,
00:57mais au-delà de ça, il n'y a aucune majorité aujourd'hui à l'Assemblée nationale
01:02et que pour construire un budget, il faut une majorité.
01:05Et que je pense que les oppositions vont agiter le spectre de la censure jusqu'à la fin de cette
01:11année.
01:12Et ce n'est pas de bonne augure pour peu importe la personne qui va gagner l'élection présidentielle.
01:16C'est-à-dire que peu importe le gagnant de cette élection en avril et mai 2027,
01:23cette personne va hériter d'une situation financière très compliquée.
01:26Et que s'il n'y a pas de budget qui est voté aujourd'hui, il n'y aura pas
01:29de possibilité de PLF rectificatif
01:34et donc de capacité à agir.
01:36Et donc, il en va, je pense, de la responsabilité de nos élus à l'Assemblée nationale de voter un
01:43budget.
01:43Après, est-ce qu'ils vont le faire en raison des considérations politiques ? J'en doute.
01:47Maintenant, il faut un petit peu de sérieux.
01:49On est à plus de 5% de déficit.
01:51On est à une situation avec les prix de l'énergie qui sont très très hauts
01:55et qui, du coup, impactent tout un pan de l'économie
01:59et donc qui impactent aussi le pouvoir d'achat des Français.
02:01Donc, il faut aussi de la visibilité pour nos industries, pour la commande publique.
02:06Et ça me paraît essentiel qu'un budget soit voté absolument.
02:08Alors, je précise, ce n'est pas une interview au Parisien,
02:09mais c'est le Parisien qui publie la lettre aux parlementaires,
02:12donc signée de la main de Sébastien Lecornu.
02:16Bruno Jeudy, c'est un peu un appel du pied aux RN, aux socialistes,
02:19pour leur dire pas de censure, pas d'entrave parlementaire.
02:25Comment vous lisez cet appel en plein cœur de l'été,
02:28enfin à peine en rentrée politique ?
02:30D'abord, Sébastien Lecornu, depuis le début de l'été,
02:32il tire la sonnette d'alarme sur le risque de crise financière.
02:35Il avait pressenti, et ça s'est produit cette semaine,
02:39la hausse des taux à 10 ans.
02:42La France emprunte aujourd'hui à 4,10 sur les marchés.
02:48On est tout près du niveau record de 2008.
02:51La situation est plus que grave.
02:54Et au fond, le Premier ministre met les parlementaires devant leurs responsabilités.
02:59attendre, ne pas voter de budget en 2027,
03:03c'est compliquer la tâche, y compris pour le prochain président,
03:06quel qu'il soit, que ce soit Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon,
03:08qui sont ses pires adversaires.
03:11Donc ça, c'est le premier point.
03:12Et le deuxième point, c'est aussi une manière pour lui de dire,
03:17au fond, de toute façon, le prochain président fera un collectif budgétaire,
03:21donc ce budget sera amendé dès l'élection du successeur d'Emmanuel Macron.
03:26Et l'intérêt de l'Assemblée nationale, et j'allais dire même de la nation,
03:30c'est sans doute qu'un budget, en gros, soit voté,
03:35pour ne pas compliquer la tâche qui viendra.
03:37Parce que de toute façon, si la France ne vote pas de budget,
03:39c'est ce qu'il explique, en gros, le déficit va continuer à galoper,
03:43et même à galoper extrêmement vite.
03:45Je rappelle que là, on essaie de faire un budget sur une base de 4,9.
03:50On a eu du mal à le contenir à 5,2, celui de 26.
03:54On n'arrivera sûrement pas à faire 4,9.
03:56Donc, de toute façon, c'est déjà cuit.
03:58Et c'est un peu, en gros, entre les lignes, ça veut dire,
04:01Mme Le Pen, de toute façon, vous n'arrêtez pas de dire
04:04que vous allez remplacer Mme Macron.
04:05Laissez passer ce budget.
04:07Il ne se fait pas d'illusion, sans doute, du côté de Jean-Luc Mélenchon.
04:10Les socialistes, s'ils veulent un peu continuer à avoir le sens des responsabilités,
04:13peut-être qu'ils peuvent s'abstenir.
04:14Et ce budget passerait.
04:15Voilà, c'est sa stratégie.
04:17Il y a assez peu de chances qu'elle marche.
04:18Mais dans la situation où il est, il tente sa chance.
04:21De toute façon, le budget, ça va être un véritable enjeu politique de positionnement,
04:25plus que sur le fond.
04:26Parce que LFI a déjà annoncé, plus ou moins, qu'ils allaient censurer.
04:30Enfin, ils ne le disent pas vraiment, mais on le comprend.
04:33Effectivement, pour Marine Le Pen, ça va être compliqué de prendre une position.
04:36Parce que si elle censure, on la traitera d'irresponsable.
04:39Et si elle valide le budget, on la traitera de complice.
04:41Il ne faut pas rêver, ce budget ne sera pas formidable.
04:44Mais il faut qu'il y ait un budget.
04:46C'est vraiment un budget de souffrance.
04:48Parce que pour changer les choses, il faut des vraies réformes, en profondeur.
04:52Il faut réorganiser la fonction publique.
04:54Il faut vraiment couper dans les dépenses.
04:57Il faut revoir l'organisation des retraites.
05:00Et tout ceci, ça ne va pas être fait cette année.
05:02Donc, l'appel de Sébastien Lecornu, effectivement, c'est de dire,
05:04écoutez, avançons du mieux qu'on peut.
05:07Et puis, on verra bien le prochain ce qu'il pourra faire.
05:10Mais on annonce toujours que les retraités vont payer.
05:13Au final, c'est les entreprises qui trinquent.
05:15Et moi, ma crainte, c'est qu'effectivement,
05:17les retraités qui sont des électeurs qui se mobilisent massivement,
05:21donc qui seront difficiles à atteindre,
05:24au final, on coupera encore sur l'entreprise.
05:26Et couper dans l'entreprise, enfin, fragiliser l'entreprise,
05:29c'est faire monter le chômage.
05:31C'est ce qui s'est fait l'année dernière.
05:32C'est ce qui s'est plus ou moins fait l'année d'avant.
05:34Et c'est là où les conséquences, par contre, seront lourdes,
05:37notamment pour les successeurs.
05:38Merci.
05:39Merci à vous trois d'être venus commenter
05:40l'actualité politique de ce week-end.
05:43Week-end qui se poursuit donc dès demain
05:45avec le discours de Jean-Luc Mélenchon
05:46qui sert à suivre dès 11h sur BFM TV.
05:49Merci.