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En souhaitant faire adopter coûte que coûte le projet de loi Immigration, le président de la République a permis aux Républicains de faire pencher le texte. La majorité ressort fracturée de cette séquence. Le RN revendique une « victoire idéologique ».
Récit dans Code source de deux chefs adjoints du service politique du Parisien, Valérie Hacot et Marcelo Wesfreid.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : LCP, France 5, LCI
#loiimmigration #politique #emmanuelmacron
Récit dans Code source de deux chefs adjoints du service politique du Parisien, Valérie Hacot et Marcelo Wesfreid.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos, Audio Network
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 14 décembre, Codesource a raconté comment la loi immigration promise par Emmanuel Macron en 2022
00:17s'est transformée en chemin de croix pour sa majorité, avec le vote, quelques jours plus tôt, d'une motion
00:23de rejet.
00:24Nous vous résumons la suite des événements. Aujourd'hui, le volet répressif de ce projet de loi a été fortement
00:29durci à la demande des Républicains.
00:32Le texte remanié a finalement été adopté par le Parlement le 19 décembre.
00:37Problème, tous les députés Rassemblement National ont voté pour, alors que 20 députés de la majorité présidentielle ont voté contre.
00:45Signe d'une fracture au sein du parti Renaissance, épreuve des limites du « en même temps » prôné par
00:50Emmanuel Macron.
00:51Récit de deux chefs adjoints du service politique du Parisien, Valérie Hacot et Marcel Ovest-Fred.
01:04Voici le résultat du scrutin. Votant 548, exprimé 535, majorité 268 pour 270 contre 265.
01:15L'Assemblée Nationale a adopté.
01:20En conséquence, le projet de loi est rejeté.
01:25Le lundi 11 décembre, l'Assemblée Nationale refuse d'examiner le projet de loi sur l'immigration,
01:29comme on l'a raconté dans un précédent épisode de Code Source.
01:33Valérie Hacot, comment cet échec parlementaire est vécu par Emmanuel Macron ?
01:37Emmanuel Macron, il reste droit dans ses bottes.
01:39Son gouvernement n'a pas pu faire passer son texte, son projet de loi sur l'immigration,
01:43n'a pas pu le faire examiner à l'Assemblée parce que les oppositions ont voté la motion de rejet.
01:48C'est une première, comme dans l'histoire politique.
01:50Mais au lieu de se remettre en cause, au lieu de se dire « j'abandonne ce texte »,
01:55il continue envers et contre tout.
01:57Et en fait, il s'attaque aux oppositions politiques,
01:59notamment lors du Conseil des ministres qui suit cette motion de rejet à l'Assemblée.
02:04Et il dénonce, tout en visant les partis Les Républicains et le Parti Socialiste,
02:09en particulier le jeu du pire, le cynisme extrême des deux partis
02:14qui se sont partagés le pouvoir pendant 40 ans.
02:18Marcel Ovest-Fred, très vite, on apprend que le texte va revenir devant les parlementaires
02:22à travers une commission mixte paritaire, une CMP.
02:26C'est quoi une CMP ?
02:27Alors c'est un objet parlementaire très peu connu du grand public,
02:31mais totalement habituel dans la vie parlementaire.
02:33Quand l'Assemblée nationale et le Sénat ne se sont pas mis d'accord,
02:36en fin de parcours, ces deux chambres réunissent un petit nombre de parlementaires
02:41en quantité identique, 7 députés et 7 sénateurs,
02:44qui représentent les différentes familles politiques qui sont représentées au Parlement,
02:47donc c'est proportionnel.
02:49Ces députés et ces sénateurs se mettent dans une salle,
02:52il y a un petit huis clos où on discute, on se met d'accord,
02:55on fait une dernière négociation en petit comité pour trouver un compromis.
02:59Cette commission mixte paritaire doit se réunir le lundi 18 décembre
03:03dans les jours qui précèdent ce rendez-vous.
03:05Elisabeth Borne, la chef du gouvernement,
03:07négocie avec les leaders des Républicains,
03:10Éric Ciotti, le président du parti,
03:12ou encore Olivier Marlex, le président du groupe LR à l'Assemblée.
03:16Marcel Ovest-Fred, là clairement,
03:18la chef du gouvernement va chercher des soutiens à droite pour faire passer ce texte ?
03:22Oui, parce que, arithmétiquement, il se trouve que la majorité,
03:27dans une commission mixte paritaire, elle passe forcément par l'appui de la droite.
03:32Il y a aujourd'hui, dans cette commission mixte paritaire,
03:35cinq représentants de la majorité, quatre représentants de la droite.
03:39La gauche, elle, n'est que spectatrice.
03:41Elle a deux socialistes qui y participent et un insoumis.
03:44Autrement dit, elle regarde passer les trains.
03:46C'est une négociation entre la majorité et la droite qui va décider de l'accord final.
03:51Et forcément, la droite se retrouve à ce moment-là en position de force.
03:54Elle est en mesure de pousser les feux sur un certain nombre de points qui lui paraissent essentiels.
04:01Le dimanche 17, le président du Rassemblement National, Jordan Bardella,
04:05dit tout le mal qu'il pense de ce texte.
04:07Il estime, sur le plateau de LCX, cette loi est une loi nocive pour les Français.
04:12Ce texte, il est nocive pour les Français.
04:14Et moi, je me réjouis que les députés du Rassemblement National
04:16aient empêché l'adoption de ce texte à l'Assemblée Nationale lundi dernier,
04:19parce qu'encore une fois, nous avons protégé les Français
04:22de cette introduction dans le droit français,
04:26de cette prime à l'illégalité, de cette régularisation des travailleurs clandestins.
04:30En clair, le Rassemblement National dit tout de goût qu'ils ne voteront pas cette loi
04:34parce qu'elle ne va, selon eux, pas assez loin.
04:37C'est vrai qu'ils ont plutôt intérêt à la jouer comme ça à ce moment-là
04:40parce qu'on peut comprendre qu'ils veulent se différencier du gouvernement
04:43et qu'ils veulent rester leaders sur ce sujet de l'immigration qui est vraiment leur sujet à eux.
04:47Le dimanche soir, encore, Elisabeth Borne négocie avec Éric Ciotti, le président des Républicains.
04:52On est à la veille de la commission mixte paritaire et on est vraiment dans les dernières négociations.
04:57Cette réunion, elle se déroule à Matignon, elle va durer 2h30.
05:012h30 où on n'arrive pas forcément sur un accord, il y a encore beaucoup de points de blocage.
05:07Donc jusqu'au dernier moment, Elisabeth Borne tente de trouver un point d'atterrissage avec les LR
05:12mais à la veille de la CMP, il y a encore un suspense qui demeure.
05:16Valéria Coe, il faut rappeler qu'au départ, ce texte était censé faciliter l'intégration d'une partie des étrangers
05:22et faciliter les expulsions des étrangers en situation irrégulière, c'est ça ?
05:26Disons qu'à la base, ce texte, c'était un petit peu une démonstration du « en même temps »
05:32qui tient tellement à cœur à Emmanuel Macron.
05:34Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, avait dit que l'idée du texte, c'était d'être gentil avec
05:39les gentils,
05:39va comprendre les immigrés qui travaillent et qui ne posent pas de problème,
05:42et puis méchants avec les méchants, donc comprendre les clandestins et qui seraient supposés poser des problèmes.
05:47Donc c'était ça la philosophie du texte.
05:49Le texte est droitisé, le Sénat l'a beaucoup droitisé,
05:52et donc là, effectivement, la veille de cette commission mixte paritaire,
05:56où la droite sait qu'elle aura la main, ils montent leur degré d'exigence,
05:59c'est-à-dire qu'ils veulent effectivement rendre ce texte beaucoup plus répressif.
06:04La commission mixte paritaire se réunit à l'Assemblée le lundi 18 décembre à partir de 17h.
06:10Marcel Ovest-Fred, comment se passe le début de la réunion ?
06:13Il faut savoir qu'une commission mixte paritaire, ça se passe dans une salle qui normalement est tenue secrète,
06:19mais là, il y a tellement de monde que, en fait, ce qui est censé être un huis clos est
06:24en fait à ciel ouvert.
06:24Et donc, on apprend que cette commission mixte paritaire, au bout de 5 minutes,
06:28elle s'interrompt à la demande des Républicains qui demande une interruption de séance,
06:32et la CMP reprendra seulement à 21h.
06:35La suite des discussions, donc, après 21h, est encore compliquée.
06:39C'est le rebondissement à minuit 36 que cette commission mixte paritaire est donc suspendue jusqu'à demain matin, 10h30.
06:46Visiblement, l'entente est très compliquée à obtenir entre les Républicains et la majorité présidentielle.
06:52Ça patine visiblement du côté de l'Assemblée nationale.
06:56Et tout ça n'aboutit que le lendemain matin, puisque la commission mixte paritaire, ce qui est exceptionnel,
07:01se poursuit et recommence le lendemain.
07:04Marcel Ovest-Fred, résumez-nous l'accord qui a été trouvé.
07:07Le texte final, celui qui sort de la CMP, penche résolument à droite.
07:12Le gouvernement a dû lâcher beaucoup de lest, mais il y avait des points sur lesquels il n'a pas
07:16voulu bouger.
07:17Par exemple, sur les APL, les APL ne seront pas considérés comme une aide sociale comme les autres.
07:23Et donc, il y a une sorte de... la poire est un peu coupée en deux.
07:26C'est-à-dire que pour un étranger ne travaillant pas, il faut attendre 5 ans pour pouvoir toucher les
07:31APL.
07:31Ça, c'était une demande de la droite.
07:33Mais s'il travaille, il ne doit attendre que 3 mois.
07:36Ça, c'est un délai beaucoup plus court obtenu par la majorité.
07:44Valéria Coe, quelques heures plus tard, toujours à l'Assemblée nationale, Marine Le Pen, la présidente des députés RN, annonce
07:50sa consigne de vote vers 15h40.
07:53Et ce n'est plus du tout ce que disait Jordan Bardella quelques jours plus tôt.
07:56Ah ben non, là c'est ce qui s'appelle un changement de pied total.
08:00Jordan Bardella, rappelez-vous, il trouvait que c'était un texte qui était nocif pour les Français, donc il n
08:04'allait pas le voter.
08:05Le matin même, tous les cadres du RN martelaient le même message et à 15h40, coup de tonnerre, à la
08:12surprise générale, Marine Le Pen annonce que les 88 députés du RN vont voter le texte.
08:19C'est ce qu'on appelle le baiser de la mort du RN parce qu'en disant qu'elle va
08:23voter le texte de l'exécutif,
08:24Marine Le Pen tend un piège au gouvernement et à Emmanuel Macron qui se voit dans l'hypothèse, dans le
08:30cas de figure,
08:31où son texte passerait avec l'appui des voix du RN, ce qui en termes d'affichage politique est très
08:36mauvais.
08:37Marcel Ovest-Fred, le soir de ce vote, le mardi 19 décembre, plusieurs ministres de l'aile gauche de la
08:43Macronie se réunissent.
08:45Ils se retrouvent vers 20h, 20h, 20h30, au ministère des Transports boulevard Saint-Germain.
08:51C'est un ministère occupé par Clément Beaune, qui est une des figures de l'aile gauche.
08:55Il s'y retrouve, il ne reste pas très longtemps.
08:58D'ailleurs, pour la petite histoire, ils vont ensuite être invités à Matignon, ils vont aller à Matignon.
09:03Deux ministres ne participent pas à ce dîner après avoir hésité à y aller.
09:08La ministre de la Culture, Rima Abdelmalak, qui vient de la gauche, une ancienne collaboratrice d'Anne Hidalgo,
09:13et Aurélien Rousseau, le ministre de la Santé.
09:16Il n'est pas bien du tout avec ce texte-là, d'autant que toute la partie concernant l'aide
09:21médicale d'État,
09:21c'est à lui, comme ministre de la Santé, qu'il lui reviendra de le mettre en musique si le
09:25texte passe.
09:26Il appelle Matignon, il fait savoir à ce moment-là qu'il démissionne,
09:29et dans la soirée, il fait une sorte de petit pot de départ, prépare ses cartons et prépare sa démission.
09:35Le projet de loi immigration est voté, d'abord au Sénat, peu après 20h, puis à l'Assemblée, à 23h20.
09:42Voici le résultat du scrutin. Votant 573, exprimé 535, majorité 268, pour 349, contre 186, l'Assemblée nationale a adopté.
09:56Valérie Hacot, ce texte, voté aussi donc par tous les députés du RN, comme annoncé par Marine Le Pen, ne
10:02fait pas le plein dans la majorité.
10:04Oui, effectivement, et ça c'est une première, c'est-à-dire que sur les 170 depuis tes renaissances, il
10:10n'y en a que 131 qui votent le texte.
10:12On se retrouve quand même avec 17 abstentions, et encore plus surprenant, 20 votes contre.
10:18C'est totalement inédit depuis le début du quinquennat.
10:21D'autant que ce texte, il est adopté avec 100% des voix du RN et 100% des voix
10:26des Républicains.
10:27Si par exemple le RN s'était mis en tête de voter contre le texte, comme il l'avait laissé
10:32entendre à une période, le texte ne passait pas.
10:35Valérie Hacot, vous l'avez dit, 100% des députés RN ont voté pour ce texte, et Marine Le Pen,
10:40dans sa réaction, parle d'une victoire idéologique. Pourquoi ?
10:44Pourquoi est-ce qu'elle parle là-dessus, Marine Le Pen ?
10:46C'est que quelque part, ce texte ouvre la voie à une de ses plus vieilles idées, à savoir la
10:52préférence nationale.
10:53En tout cas, c'est ce que disent les détracteurs du texte. Ils disent que, notamment sur tout l'aspect
10:58allocation,
10:59enfin prestations sociales, qui prévoient qu'il y ait un temps de carence plus important pour les étrangers en situation
11:07régulière,
11:08ça crée une rupture d'égalité. Et donc, ça veut dire que les Français sont mieux traités que les étrangers.
11:13Donc, certains y voient, en fait, la patte est une des plus vieilles idées du RN reprise par la majorité.
11:21On peut tout de même se réjouir d'une avancée idéologique, d'une victoire même idéologique du RN,
11:27puisque est inscrit maintenant dans cette loi la priorité nationale, c'est-à-dire l'avantage donné aux Français par
11:38rapport aux étrangers.
11:44Valérie Hacot, concrètement, qu'est-ce qui doit changer avec cette loi sur l'immigration ? Quels sont les points
11:49principaux ?
11:49Il y a pas mal de choses qui changent. Et effectivement, il y a un durcissement de la politique migratoire
11:54française avec cette loi.
11:55Parmi les nouveautés, il y a cette idée des quotas et d'un débat annuel à l'Assemblée.
12:00Ça, c'est une vieille demande de la droite. C'est qu'en gros, tous les ans, il devra y
12:04avoir un débat sur la question de l'immigration en France.
12:08Et tous les ans, il faudra aussi qu'on se fixe, mais sans avoir plus de précision sur quels seront
12:12les critères,
12:13tous les ans, des quotas d'immigrés qui peuvent rentrer sur le territoire.
12:16Donc ça, c'est une des grosses nouveautés. Un gros durcissement sur le regroupement familial également.
12:21Il faudra justifier de 24 mois sur le territoire national au lieu de 18 mois pour faire venir sa famille
12:27en France.
12:28Il faut que ce conjoint ait plus de 21 ans. Justifie d'un bon niveau en français.
12:32Donc là-dessus, ça change. Il y a davantage de déchéances de nationalité,
12:36notamment pour les personnes qui ont commis un homicide sur une personne dépositaire de l'autorité publique.
12:42Donc ça, c'est la nouveauté. Le droit du sol est modifié aussi.
12:46Il faut que maintenant les adolescents qui sont nés en France en fassent la demande entre leurs 16 et leurs
12:5118 ans.
12:52Beaucoup de mesures aussi sur tout ce qui est prestations sociales, avec effectivement une carence avant de pouvoir les toucher.
12:59Carence de 5 ans pour ceux qui ne travaillent pas et carence de 30 mois pour ceux qui travaillent.
13:04Ça descend à 3 mois pour les APL, puisque c'était un des grands sujets.
13:07Il y a aussi la création d'une caution étudiante. Donc les étudiants devront verser une somme avant de pouvoir
13:12venir étudier en France.
13:14La question, ça va être de combien sera cette somme, parce que ce n'est pas une mesure qui plaît
13:18au gouvernement,
13:19qui souhaiterait que cette caution soit très très faible, tandis que la droite l'imaginait plutôt à plusieurs milliers d
13:24'euros.
13:24Qu'est-ce qu'il reste sur le volet destiné à favoriser l'intégration des étrangers en situation irrégulière aujourd
13:29'hui ?
13:29Eh bien, il reste quand même l'aspect des régularisations pour ceux qui travaillent dans les métiers en tension.
13:35Vous savez, ces fameux métiers comme la restauration, l'hôtellerie, où on a du mal à avoir de la main
13:40d'oeuvre.
13:41Et bien souvent, ce sont des travailleurs sans papier qui officient dans tous ces métiers où il y a beaucoup
13:46de problèmes pour recruter.
13:48Donc on a gardé cet aspect-là, mais d'une manière beaucoup moins ambitieuse.
13:52C'est-à-dire que c'est toujours à la discrétion du préfet que seront faites ces régularisations.
13:57Mais il y a quand même une grosse différence.
14:00Ce ne sont plus uniquement les employeurs qui peuvent en faire la demande,
14:03mais également les salariés qui peuvent demander au préfet une régularisation.
14:09Donc ça, c'est quand même une avancée pour les étrangers en situation illégale.
14:13Au lendemain du vote, le mercredi matin, la chef du gouvernement, Elisabeth Borne,
14:16est l'invité de la matinale de France Inter.
14:18Écoutez, moi j'ai le sentiment du devoir accompli.
14:21En résumé, Marcelo Vestfred, elle dit que le texte devrait encore évoluer.
14:26En fait, elle doit faire avaler à sa propre majorité un texte qui est quand même très controversé.
14:31Alors, elle dit que ce texte n'a rien à voir avec un texte du Rassemblement National.
14:36C'est un principe que nous nous étions donné, que le texte soit adopté sans les voix du Rassemblement National.
14:42Je les écarte, nous ne voulons pas de ces voix.
14:46Sans les voix du Rassemblement National, c'est 261 pour, 186 contre.
14:51Que non, ce n'est pas l'introduction de la préférence nationale dans la législation française.
14:56Qu'il permet, ce texte, de faire avancer un certain nombre de points.
15:00Qu'elle a obtenu, par exemple, que les travailleurs sans papier puissent d'eux-mêmes demander la régularisation.
15:07Et elle présente un certain nombre de mesures qui sont assez durcies.
15:11Mais elle les présente comme étant des mesures qui, à terme, vont être assouplies dans l'exécution de la loi.
15:15Je prends un exemple sur la caution étudiante.
15:17C'est-à-dire, vous arrivez en France comme étudiant, vous devez, dit le texte initial, payer une certaine somme
15:22pour pouvoir rentrer dans votre pays si vous devenez illégal.
15:26Elle laisse comprendre que ce sera à la main des présidents et présidentes d'universités, que ça coûtera 20 euros,
15:3230 euros.
15:32Bref, elle édulcore totalement la tonalité du texte pour faire passer la pilule.
15:39Marcel Ovest-Fred, Aurélien Rousseau démissionnera finalement, effectivement, quelques heures plus tard.
15:44Une deuxième ministre, Sylvie Retailleau, chargée de l'enseignement supérieur, remet sa démission au président, qui ne l'accepte pas.
15:51En clair, elle reste au gouvernement.
15:53Ça veut dire que c'était une démission symbolique ?
15:55Oui, c'était une façon pour elle de marquer son désaccord avec la mesure comprise dans le projet de loi,
16:00enfin dans la loi sur la caution demandée aux étudiants étrangers.
16:03C'est une façon pour elle de dire, moi je ne serai pas la ministre qui instaurera ça, sauf qu
16:09'elle est rassurée assez rapidement parce qu'on lui fait comprendre que en fait, c'était une promesse faite aux
16:13républicains,
16:14mais que les décrets, l'application réelle, etc., on verra, elle est rassurée, elle reste au gouvernement.
16:20Le soir même, c'est au tour d'Emmanuel Macron de prendre la parole dans un média.
16:23Il est dans l'émission C'est à vous sur France 5, l'entretien se déroule à l'Elysée.
16:27Bonsoir monsieur le président.
16:28Bonsoir, bienvenue.
16:29Quel est son message ?
16:30Il prend la parole, ce n'était pas vraiment prévu.
16:34La loi immigration, il faut se rendre compte que c'est un an et demi de galère politique pour la
16:40Macronie.
16:40Donc il a besoin d'expliquer que ce n'est pas un échec, qu'au contraire il a pris ses
16:45responsabilités.
16:46D'ailleurs il pointe tous ses prédécesseurs en disant ça fait 40 ans que les problèmes végètent et moi je
16:52les affronte.
16:53Est-ce qu'on fait quelque chose qui est utile pour le pays, qui traite du réel,
16:57ou est-ce qu'on décide de ne rien faire parce qu'en quelque sorte ce n'est pas exactement
17:01ce qu'on voulait ?
17:02Eh bien moi, j'assume totalement de dire que nos compatriotes attendaient cette loi,
17:07que si on veut que le Rassemblement national et ses idées n'arrivent pas en responsabilité,
17:12il faut traiter les problèmes qui le nourrissent.
17:14Il défend la loi en disant qu'elle est équilibrée et il essaie d'ouvrir des perspectives.
17:19On est juste avant le réveillon, l'année 2024, les voeux, etc.
17:24Il a besoin de dire voilà, c'est derrière nous, on a eu une année 2023 avec les retraites, la
17:29loi immigration,
17:30c'est fait, c'est derrière nous, on avance.
17:31Marcel Ovest-Fred, le mercredi 22 décembre, une trentaine de départements dirigés par la gauche
17:37annoncent qu'ils n'appliqueront pas cette loi.
17:39Les départements en France sont ceux qui distribuent les aides sociales pour faire court,
17:43et notamment une allocation qu'on appelle l'allocation personnalisée d'autonomie.
17:47Il est prévu qu'elle soit donc maintenant soumise à des délais de 40.
17:50Vous êtes un étranger, vous ne travaillez pas, il faudra attendre 5 ans maintenant pour pouvoir obtenir cette aide.
17:57Ces collectivités de gauche disent nous sommes contre.
18:00Alors en France, on est obligé de respecter la loi, donc c'est symbolique,
18:04mais c'est une façon de marquer une opposition farouche.
18:09à ce texte de loi marqué très à droite.
18:11Les 21 et 22 décembre, Emmanuel Macron fête Noël à l'étranger avec des militaires français présents en Jordanie.
18:19Le dimanche 31 décembre, il adresse ses vaux français dans son allocution télévisée.
18:24En 2023, nous avons agi.
18:26La France est sans doute l'un des pays occidentaux qui, en dépit du contexte,
18:30a pris le plus de décisions, conduit le plus de transformations,
18:33bien loin de l'impuissance qu'on nous prédisait, et c'est heureux.
18:36Toutes ces grandes transformations ont été décidées, votées,
18:40et ont commencé à entrer en vigueur durant cette année.
18:43Marcel Ovest-Fred, une nouvelle fois,
18:45Emmanuel Macron cherche à se montrer serein après la séance politique qu'il vient de vivre.
18:50Pour lui, l'urgence, c'est de passer à autre chose.
18:52C'est de tourner cette page.
18:53Donc, il assume, évidemment, le texte, mais il s'empresse d'ouvrir un nouveau champ,
19:00de promettre des choses, d'ailleurs, assez mystérieuses.
19:03Par exemple, un rendez-vous avec les Français courant janvier.
19:05On ne sait pas très bien ce qu'il y a dedans.
19:07Il annonce, en gros, qu'il va relancer la machine à réforme.
19:11Pour faire quoi précisément ? On ne le sait pas.
19:13Mais on voit bien qu'il veut imprimer une sorte de volontarisme,
19:17tordre le coup à toute idée qui pourrait s'installer,
19:21qu'il est un président qui est condamné à l'inaction
19:24ou condamné à des tractations avec la droite
19:27s'il veut faire aboutir le moindre texte.
19:30Dans ses voeux, le président Emmanuel Macron rend hommage au travail d'Elisabeth Borne.
19:34Et je veux ici, tout particulièrement, en remercier la Première Ministre et son gouvernement.
19:39Mais, au sein du gouvernement, cette phrase,
19:41plusieurs ministres la comprennent de façon différente.
19:44Oui, il y en a qui disent, un peu ironiquement,
19:47que ça ressemble quand même à une sorte de remerciement avant licenciement.
19:52Je dis du bien de toi, merci beaucoup, tu peux t'en aller.
19:56Donc, ce message-là, ce compliment, il est à double sens.
20:01En tout cas, il entretient le flou.
20:03Concrètement, on parle de plus en plus d'un remaniement gouvernemental ?
20:06Oui, alors officiellement, personne ne le confirme,
20:08mais même à Matignon, les gens savent que les jours d'Elisabeth Borne sont comptés.
20:12Alors, ce qui est terrible dans cette histoire,
20:15c'est qu'elle a porté un texte auquel elle ne croyait pas.
20:18C'est Gérald Darmanin qui a fait toute l'étape initiale de négociation,
20:22mais le texte est ensuite enlisé.
20:24À partir du moment où il s'enlise, c'est ce qu'on vient de raconter,
20:27ce texte qui s'englue à l'Assemblée nationale,
20:29elle reprend tout en main.
20:31Elle arrive à faire passer au forceps ce texte de loi,
20:34et au final, pour en être potentiellement la victime politique.
20:41La façon dont ce texte sur l'immigration a été pas examiné par l'Assemblée,
20:47puis voté, ça s'est fait clairement dans un contexte politique de crise.
20:52On a vu les limites de la majorité relative,
20:55on a vu les difficultés que la majorité a de négocier avec les Républicains,
21:00on a vu la façon dont le Rassemblement national peut troubler le jeu politique,
21:04qu'ils ont la force et le poids de faire ça avec leurs 89 députés.
21:09Donc tout ça a mis à vif énormément de plaies,
21:12et ça explique aussi qu'à l'heure actuelle,
21:14on soit en plein dans une phase de rumeurs sur un éventuel remaniement,
21:18parce qu'Emmanuel Macron a besoin de regagner une nouvelle dynamique
21:22après cette séquence qui va laisser des traces,
21:24et qui n'a pas été très favorable pour le Président de la République.
21:27Marcel Ovest-Fred, même si Emmanuel Macron change la Première Ministre,
21:31cette crise ne va pas s'arrêter là ?
21:33Non, parce que cette crise, elle marque la fin d'un cycle,
21:38le cycle de la Macronie 2017,
21:41le cycle de ce que le Président avait voulu faire.
21:43Il avait voulu dire, on va changer les pratiques,
21:46et je vais travailler en même temps avec la gauche,
21:49et en même temps avec la droite.
21:50Or, ce texte-là, par la force des rapports politiques,
21:54il se trouve être un texte de droite, très droitisé,
21:56avec une majorité, évidemment, déboussolée,
22:00un Président de la République qui doit, lui, trouver un second souffle,
22:04s'interroger à la fois sur sa capacité à réformer
22:07et sur le casting gouvernemental.
22:10On est à ce moment-là, vraiment, à la fin d'un cycle.
22:18Merci à Valérie Hacot et Marcelo Vesfred.
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