00:00Le Club de la Bourse.
00:01Le Club de la Bourse, nous sommes avec Nicolas Pagnès en plateau et nous recevons ce matin Jean-Pierre Petit,
00:05président des cahiers vers de l'économie,
00:07et Fabien Bossy, chef économiste France chez Société Générale CIB. Merci d'être avec nous ce matin pour parler de
00:13la situation économique internationale.
00:16On commence tous les jours ce matin par ce petit pétrole.
00:18Bien sûr.
00:18Depuis trois jours, à 85 dollars, c'est la reprise des hostilités dans le détroit d'Hormuz qui a l
00:23'air d'inquiéter finalement les marchés, Jean-Pierre Petit.
00:26Oui, il y a eu une sorte d'accoutumance du marché aux tensions sporadiques qui reprennent depuis le début,
00:32pas seulement depuis le MOU de la mi-juin, c'est depuis le premier cessez-le-feu du 8 avril.
00:38Fondamentalement, il y a une amélioration très tendancielle et très volatile.
00:4271 dollars, on y était au début du mois.
00:46Honnêtement, même quand on prend les modèles avec offre-demande, compte tenu de l'élasticité de la demande,
00:51c'était difficilement justifiable. Il y avait un petit peu d'excès.
00:54Nous, 84-85, ça correspond bien à la situation offre-demande sur le marché du pétrole mondial.
01:00Alors, la prime de risque géopolitique, elle va rester de toute façon.
01:03C'est pour ça qu'il ne faut pas espérer… Les marchés se sont mis à espérer trop vite, en
01:08quelque sorte.
01:0970 dollars, on peut l'obtenir à la fin de l'année, mais c'est supérieur à l'offre-demande.
01:14C'est parce qu'il y aura le maintien d'une prime de risque géopolitique et parce qu'il y
01:19aura aussi le besoin de reconstituer les réserves stratégiques.
01:23Donc, il y aura une demande additionnelle. Voilà ce qu'on peut dire.
01:25Mais après, du coup, la reconstitution des réserves stratégiques, on pourrait revenir à un…
01:29et évidemment, dans une situation réglée, si je puis dire ainsi, au niveau du détroit d'Ormousse,
01:34on pourrait revenir à 70 dollars le baril de Brent. Ce serait possible ?
01:36Oui, on peut revenir à la fin de l'année, par exemple, d'ici plusieurs mois.
01:39Oui, on peut revenir à 70 dollars.
01:41Alors, la situation réglée au Moyen-Orient, c'est une guerre longue, d'ailleurs,
01:47qui a démarré bien avant le démarrage, l'entame de l'opération Epic Fury le 28 février,
01:55et qui va probablement durer encore très, très, très longtemps.
01:58Et est-ce qu'il faut que les marchés intègrent, ou est-ce qu'il faut intégrer une taxe qui
02:04aurait lieu
02:05pour le passage via le détroit d'Ormousse, qu'elle soit iranienne ou américaine,
02:08et qui, de toute façon, viendrait faire augmenter le coût d'acheminement, et donc le prix du baril ?
02:12Non, ça dépend du prix, en fait, par baril ou par tanker, etc.
02:17Pas si énormément que cela, tel que ça a été présenté.
02:21C'est surtout les pays producteurs de la région qu'ils subiraient, d'une certaine manière.
02:25Oui, un petit peu, quand même, un petit peu, mais ce n'est pas un critère si important que cela
02:31pour le prix d'équilibre de moyen et long terme, sachant qu'il y aura des effets de détournement,
02:35ensuite, s'il y a des taxes, et s'il y a des contraintes, d'une manière générale,
02:38pour le passage sur le golfe Persique.
02:40Et d'ailleurs, on l'a vu, ça nous a plutôt surpris à la hausse,
02:44les détournements via la mer Rouge, via l'Irak, etc.
02:48Donc, en fait, on parlait de 20 millions de barils jour qui passaient sur le golfe Persique.
02:53Et donc, le détroit d'Ormouz, en fait, actuellement, ce n'est pas du tout 20 millions qui sont bloqués.
02:59Au maximum, dans la tension, on a été à peu près à 8 millions.
03:03Et en début de mois, avant les nouvelles tensions, on était à 3 millions seulement.
03:07Vous voyez, donc, voilà.
03:09Fabien Bossy, pardon, peut-être juste pour faire le lien, en fait,
03:12parce que derrière ces niveaux du prix du baril, il y a des inquiétudes sur l'inflation,
03:15et donc potentiellement aussi sur une intervention de la réserve fédérale américaine.
03:19On a eu deux indicateurs d'inflation aux États-Unis.
03:21On a eu le CPI il y a deux jours et le PPI, donc, hier, qui a surpris les analystes
03:26à la baisse.
03:27On se rend compte qu'il y a un peu moins d'inflation que prévue dans les prix à la
03:30production.
03:31Ça a permis une légère détente sur les marchés obligataires américains.
03:34On est sur le 10 ans, on est autour de 4,55 %.
03:36Est-ce qu'on a envie de chercher la moindre bonne nouvelle en matière d'inflation politique ?
03:40Alors, c'est vrai que ces dernières semaines, ces derniers mois,
03:44on avait été plutôt habitués aux mauvaises surprises sur le front de l'inflation américaine.
03:47Donc là, on a eu deux chiffres qui ont été étonnamment faibles.
03:51Bon, il faut un petit peu relativiser ces chiffres.
03:53C'est des indicateurs qui sont volatiles au mois le mois.
03:56On a eu une bonne surprise ce mois-ci.
03:58Il est trop tôt pour que ce soit une réelle tendance.
04:01Et on a Kevin Warsh qui a bien dit qu'il n'allait pas déclarer
04:05mission accomplie pour autant.
04:06Et quand on regarde l'ensemble des indicateurs,
04:09les indicateurs de pression sur les prix,
04:11ce qu'on voit dans les enquêtes,
04:13on voit toujours une pression inflationniste
04:16qui pointe à une inflation qui resterait au-dessus de la cible de la Fed.
04:19Bon, c'est quand même une bonne nouvelle.
04:21Ça réduit un petit peu le sentiment d'urgence
04:25qui commençait à monter sur les marchés.
04:27Mais la situation reste compliquée sur le front de l'inflation américaine.
04:30Pour autant, vous attendez quoi de la réunion de la fin du mois
04:32et de ce que va dire Kevin Warsh ?
04:34Alors pour l'instant, on n'attend pas de hausse de taux.
04:37Kevin Warsh est quand même assez prudent.
04:40On l'entend assez dur dans la rhétorique.
04:42Mais tout le monde pense que les actions vont être un peu en retard de cette rhétorique.
04:48Et pour l'instant, on n'attend pas quand même de mouvements de la part de la Fed
04:52dans un contexte politique quand même assez important
04:56pour le parti républicain notamment.
04:58L'inflation va-t-elle appartenir au passé comme Kevin Warsh l'a dit devant le Congrès hier ?
05:03Jean-Pierre Petit ?
05:03Ça dépend de ce qu'on appelle l'inflation.
05:05Si on regarde la corp ici,
05:07le déflateur des dépenses de consommation sous-jacente
05:09qui est l'indicateur préféré de la Fed,
05:11ça fait belle lurette quand même qu'on dépasse les 2%.
05:13Moi, je ne suis pas un grand fan de la norme des 2%
05:17qui n'a pas de caractère d'optimalité évidente du point de vue de l'histoire.
05:22La preuve, c'est que depuis 20 ans,
05:23l'inflation américaine est supérieure de 50 bips à l'inflation de la zone euro.
05:26Ils ne s'en portent pas plus mal.
05:28Et pourtant, j'ai travaillé à la Banque Centrale pendant très longtemps.
05:32Ceci étant, il a eu un discours plutôt,
05:35on qualifierait de hockey, plutôt restrictif.
05:40Et d'ailleurs, ce n'est pas seulement Kevin Warsh,
05:42c'est la situation aussi économique des États-Unis
05:45qui évolue à un petit peu plus de 2%,
05:48c'est-à-dire à peu près à la croissance potentielle,
05:50avec une reprise de l'emploi depuis plusieurs mois quand même.
05:52Sur les trois derniers mois,
05:53ils font 110 000 emplois à créer chaque mois quand même.
05:57Donc, il y a aussi besoin de normaliser cette situation.
06:01Donc, les prévisions à horizon au premier trimestre 2027
06:04qui prévoient au moins une hausse de taux de la Fed
06:06ne sont pas absurdes.
06:09Nicolas.
06:10Un mot peut-être de la situation européenne
06:12avant de finir sur la tech, si on a le temps.
06:14Fabien, on a eu la production industrielle,
06:16le chiffre de production industrielle
06:17pour le mois de mai en Europe, cette fois-ci.
06:20On est sur une production industrielle en recul.
06:22Qu'est-ce que ça nous dit de la situation à l'heure actuelle ?
06:25Alors, c'est un chiffre qui, comme tous les chiffres européens
06:27ces derniers temps, est un peu biaisé par un impact irlandais.
06:31Il y a eu une forte baisse de la production en Irlande,
06:33mais quand on regarde les quatre grands pays,
06:34France, Allemagne, Italie et Espagne,
06:36la production industrielle est en hausse en avril-mai
06:38comparé au premier trimestre.
06:40Et sur l'ensemble de la zone euro,
06:42c'est une hausse qu'on pourrait presque qualifier de robuste.
06:45Dans le contexte actuel, c'est plutôt une bonne surprise.
06:49Et on a une croissance de la zone euro
06:51qui, retraitée de certains effets un peu ponctuels,
06:55reste sur une bonne tendance.
06:57Et vu la croissance potentielle assez faible de la zone euro,
06:59c'est peut-être même une très bonne tendance.
07:01Et vu le contexte, on a une activité qui n'a pas été freinée
07:05pour l'instant par la hausse des prix du pétrole.
07:08Et dans ce contexte-là,
07:09la hausse des taux de la BCE
07:11et la deuxième peut-être qui se profile dans les mois à venir,
07:14ce n'est pas de nature à stopper cette croissance.
07:18Vous avez une minute pour parler de la bulle tech, Nicolas.
07:20Eh bien, du coup, je réduis mon introduction
07:21pour vous laisser le temps, Jean-Pierre Petit.
07:23Que pensez-vous de la situation sur la tech américaine aujourd'hui ?
07:27On a vu IBM qui perdait 25% hier.
07:29On voit les IPO faramineuses de SKINX ou de SpaceX.
07:32Est-ce qu'on est dans une bulle aujourd'hui ?
07:33Oui, bien sûr qu'on est dans une bulle.
07:35La question pour un investisseur,
07:36ce n'est pas de dire qu'il y a une bulle ou pas une bulle,
07:37c'est de détecter le sommet de bulle.
07:40Voilà.
07:41Sur avril-mai,
07:43on a eu 45% de progression sur deux mois du SP500 tech.
07:48On a eu des émissions nettes qui ont monté,
07:50notamment avec les IPO de SpaceX, etc.
07:52Les prévisions des analystes à long terme,
07:54je dis bien à long terme,
07:56de BPA futur sont à plus de 20%.
07:58C'est tout à fait exceptionnel.
08:00Donc, il fallait que ça se calme.
08:02La tech a baissé d'environ 7% depuis le début du mois de juin.
08:06Ça ne suffit pas, à mon avis.
08:07Il faut aller un petit peu plus loin.
08:10Alors, est-ce qu'on est un sommet de bulle type 10 mars 2000
08:14ou 3 septembre 1929 ?
08:16Ma réponse est non.
08:17D'accord.
08:17Non, on n'est pas sur les excès.
08:19Pas seulement en termes de valorisation,
08:21parce qu'un sommet de bulle,
08:21ce n'est pas seulement un excès de valorisation.
08:23C'est plein de choses,
08:24notamment les émissions nettes,
08:26notamment la volatilité qui monte,
08:27il faut le savoir, en sommet de bulle.
08:29Il y a un rétrécissement de la base de progression de l'indice, etc.
08:32Il y a toute une série d'éléments qu'il faut regarder.
08:35Nous, dans notre indicateur de sommet de bulle,
08:37on n'est pas sur des niveaux comparables.
08:39Donc, ça va baisser, à mon avis,
08:41ça va encore baisser la tech.
08:43La tech américaine,
08:44qui représente presque 45% de l'indice,
08:46va continuer de baisser encore un petit peu.
08:48Ensuite, ça remontera progressivement,
08:50parce qu'il faut aussi le savoir,
08:53la valorisation relative de la tech
08:54par rapport au reste du marché
08:55n'est pas élevée aujourd'hui.
08:57Donc, il y a presque un excès sur le marché actions
08:59dans son ensemble,
08:59pas seulement sur la tech.
09:00Voilà.
09:01Merci beaucoup, messieurs.
09:02Le temps est terminé.
09:03Jean-Pierre Petit, président des Cahiers Verts de l'économie.
09:06Fabien Boussy, chef économiste de France
09:07chez Société Générale CIB.
09:09Merci d'être venu avec nous sur ce plateau.
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