Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 semaines
Ce lundi 6 juillet, Gaspard Estrada, membre de l'unité Sud Global de la London School of Economics and Political Science, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur la situation au Venezuela après le double séisme qui a fait plus de 3 300 morts et des dizaines de milliers de disparus, et dont la reconstruction est estimée entre 10 et 100 milliards de dollars. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez-la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Focus ce matin sur la situation au Venezuela.
00:02Deux puissants séismes ont frappé le pays à 200 km à l'ouest de Caracas.
00:06C'était mercredi 24 juin.
00:08Le bilan est pour l'instant de 2500 morts avec des milliers de disparus.
00:12On va en parler avec Gaspard Estrada.
00:14Bonjour, vous êtes membre de l'unité sud globale de la London School of Economics and Political Science.
00:19Comment vous décririez la situation aujourd'hui ?
00:21Est-ce que le gouvernement de Delcy Rodriguez arrive à organiser les secours ?
00:26Non. Tout d'abord, bonjour.
00:27Oui, en effet, la situation est assez critique.
00:31Parce que ce tremblement de terre met en exergue les insuffisances chroniques du gouvernement vénézuélien
00:39qui cherchait péniblement à remettre l'économie vénézuélienne sur les rails
00:47depuis l'arrivée au pouvoir de Delcy Rodriguez en janvier.
00:52Pendant les 80 premiers jours, elle a eu un semblant d'un vent d'optimisme dans la population
01:02avec ce retour annoncé d'investissement, une volonté d'apaiser la relation avec Washington.
01:09Mais le trimestre qui a suivi, on voyait bien qu'il y avait déjà des premiers signes d'essoufflement de
01:17cette présidente
01:19et surtout un ras-le-bol de la part des Vénézuéliens.
01:23Et c'est vrai que cet essoufflement a pris une tournure critique après les séismes
01:29puisque aujourd'hui, le gouvernement est complètement dépassé par les événements
01:33et on voit mal comment, à très court terme, cette situation va évoluer.
01:37Annalisa ?
01:37Il y a beaucoup de pays qui sont en train de fournir leur aide au Venezuela.
01:41Parmi ces pays, il y a aussi les États-Unis qui fournissent une aide massive.
01:45On sait que les États-Unis sont particulièrement bons dans ce type d'urgence.
01:49Qu'est-ce que ça dit, ce choix de Washington, de soutenir aussi puissamment Caracas ?
01:53C'est aussi, avant tout, soutenir le régime.
01:57Aujourd'hui, les États-Unis et le Venezuela sont en quelque sorte liés
02:01puisque l'arrivée au pouvoir de Delciro Grez est le fruit d'une opération américaine
02:08et d'une certaine mesure, l'échec de ce gouvernement signerait aussi l'échec de la stratégie de Washington.
02:15Et lorsqu'on voit ce qui a lieu ailleurs dans le monde,
02:20et je pense notamment à ce qui se passe en Iran,
02:22c'est vrai que s'il y a un échec au Venezuela,
02:26on pourra dire qu'il y a non seulement eu un échec en Iran,
02:29mais aussi un échec au Venezuela.
02:30Mais Delciro Grez, elle n'a pas réussi à faire venir particulièrement une aide de la part des États-Unis.
02:36Ils ont envoyé des secouristes, mais pas plus que d'autres pays.
02:39Il n'y a pas une aide massive qui est arrivée tout d'un coup ?
02:41Non, ce qu'il y a aujourd'hui, c'est une volonté de la communauté internationale
02:48de reprendre place au Venezuela.
02:52Alors, par le biais des secours, par le biais aussi de certains investissements,
02:57notamment en matière logiquement énergétique et pétrolière.
03:00Mais on voit bien, une fois encore,
03:03qu'il y a beaucoup de questions en fait sur la question politique
03:07et sur le calendrier politique du gouvernement,
03:11sachant que la dirigeante de l'opposition, Maria Corina Machado,
03:15elle a souhaité se rendre sur place.
03:18Les États-Unis l'ont dissuadée.
03:20Et on voit bien qu'il y a une dispute aujourd'hui
03:24pour savoir quel est vraiment le calendrier sur le plan électoral,
03:28mais aussi quelles seront les retombées économiques de l'aide américaine.
03:34Et une fois encore, Donald Trump se mord aussi un peu les doigts
03:37des décisions de sa politique.
03:40C'est-à-dire, les États-Unis, sous Donald Trump, ont disparu.
03:43Le USAID, qui était le bras de la coopération,
03:47notamment en matière humanitaire et d'assistance des États-Unis
03:51vis-à-vis des pays en développement.
03:53Aujourd'hui, sans USAID, les États-Unis sont plus fragiles
03:57et sont plus faibles au Venezuela.
03:59Aujourd'hui, on en est où sur les infrastructures énergétiques,
04:02notamment sur les infrastructures pétrolières.
04:04Il y a du forage.
04:05Les entreprises américaines sont arrivées.
04:07Racontez-nous.
04:08Alors oui, il y a une certaine forme de retour des entreprises américaines.
04:13Il y a surtout, c'est une diminution des sanctions américaines
04:17vis-à-vis de Caracas,
04:19ce qui permet aux acteurs qui étaient d'ores et déjà présents sur place
04:23de reprendre des activités.
04:25Mais il y a très peu de nouveaux investissements.
04:28Les entreprises américaines n'étaient pas très chaudes, pour revenir.
04:31Non, d'autant plus qu'il y a un modèle économique
04:34qui est à réinventer au Venezuela,
04:37sachant que l'industrie pétrolière est une industrie très gourmande en capital.
04:42Donc, pour pouvoir investir, il faut avoir des garanties,
04:44notamment sur le plan juridique.
04:46Et pour cela, il faut avoir un minimum de stabilité politique.
04:50Or, on voit bien qu'il y a une question qui reste latente,
04:53c'est quelle sera la perspective à moyen et à long terme
04:57du gouvernement de Delcy Rodriguez.
04:59Et ça, personne ne peut le dire.
05:00Annalisa ?
05:01Vous avez évoqué une levée partielle des sanctions.
05:04Effectivement, il y en a qui ont été levées,
05:05il y en a qui persistent encore.
05:07Est-ce que ça a un impact sur les secours maintenant ?
05:09Est-ce que ça aura un impact aussi sur la reconstruction après ?
05:12Oui, et je pense que tout est la question.
05:14C'est l'architecture institutionnelle,
05:16la perspective politique
05:18qui peut être donnée par les institutions vénézuéliennes.
05:23Et c'est vrai que tout cela est encore très nébuleux
05:27parce que tant qu'il n'y aura pas de garantie d'un calendrier politique
05:34et d'une vision économique beaucoup plus structurée
05:39et qui offre des garanties,
05:40très peu d'investisseurs privés,
05:43notamment internationaux,
05:45iront sur place.
05:46Alors certes, il y a certaines avancées.
05:48Par exemple, les institutions financières internationales
05:52ont recréé un dialogue avec le Venezuela.
05:56Je pense notamment au FMI,
05:57à la Banque mondiale.
05:59Mais tant qu'il n'y ait pas vraiment de garantie,
06:02ce sera très difficile.
06:03Merci beaucoup Gaspard Estrada,
06:04venu ce matin dans la matinale de l'économie.
Commentaires

Recommandations