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  • il y a 2 mois
Ce lundi 5 janvier, Philippe Chalmin, économiste et président fondateur de CyclOpe, était l'invité dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur la stratégie de domination énergétique de Donald Trump, ainsi que les réserves pétrolières de Venezuela. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00On est avec Philippe Chalmin qui nous a rejoint. Bonjour Philippe, merci d'être avec nous, le fondateur du rapport Cyclope.
00:07On a besoin de vos lumières, notamment sur les questions de pétrole, parce que ce qui régit désormais le monde, c'est quand même ce sujet-là.
00:14Absolument, bonjour.
00:16Merci d'être avec nous. Quand Donald Trump parle de domination énergétique, de sa stratégie précisément, il parle d'énergie dominance. Qu'est-ce qu'il veut dire ?
00:27Écoutez, il est clair que la seule ressource et le seul intérêt que le Venezuela peut avoir pour les États-Unis, et relativement limité d'ailleurs, ce sont quand même ses réserves de pétrole.
00:41Le Venezuela détient les plus importantes réserves de pétrole au monde, plus importantes que celles de l'Arabie Saoudite.
00:48D'accord, c'est un pétrole relativement difficile à exploiter, c'est ce qu'on appelle un pétrole lourd, donc qui demande des technologies relativement avancées,
00:59et le Venezuela a perdu beaucoup de son importance sur les 40 dernières années.
01:05Il faut se souvenir qu'à un moment, le Venezuela, à un moment, c'était dans les années 50, donc il y a trois quarts de siècle,
01:12le Venezuela fut le premier exportateur mondial de pétrole, et ce pétrole, il allait surtout sur le marché américain.
01:19Aujourd'hui, le Venezuela n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut, mais il est clair qu'il y a toujours un intérêt pour les États-Unis
01:28de remettre la main sur le pétrole vénézuélien, et pour notamment les compagnies américaines de revenir,
01:38même si, paradoxalement, elles ne sont jamais totalement parties, puisque Chevron, l'un des majors américains,
01:45est toujours, plus ou moins, ça n'est pas très clair, mais était encore, en tout cas il y a quelques mois encore, actif sur le sol vénézuélien.
01:54– Comment se fait-il, Philippe, que ce matin, aucun mouvement sur le Brent, sur le WTI ?
01:59Hier, à la réunion de l'OPEP+, on ne parle quasiment pas du Venezuela, c'est comme si c'était un non-événement ?
02:05– Tout simplement parce que le Venezuela ne pèse pratiquement plus rien.
02:10Au mois de novembre, les derniers chiffres que l'on a, le Venezuela a produit 860 000 barils jour.
02:18Je vous rappelle que la production mondiale, c'est de l'ordre de 105 millions de barils jour,
02:22donc 860 000 barils jour, et il en a exporté 600 000, ça n'est pas très très lourd.
02:29Un pays maintenant quasiment voisin, d'ailleurs voisin effectivement, du Venezuela,
02:35que le Venezuela d'ailleurs avait voulu menacer, l'ancienne Guyane britannique, le Guyana,
02:40aujourd'hui produit de l'ordre de 1,5 million de barils jour.
02:45Donc le Venezuela est devenu un nain pétrolier, dont l'essentiel des exportations part d'ailleurs à l'heure actuelle vers la Chine,
02:56dans le cadre de contrats à des prix relativement inférieurs d'ailleurs à ceux du marché,
03:03un petit peu d'ailleurs comme le pétrole iranien et le pétrole russe.
03:07Donc dans la situation actuelle d'un marché mondial que l'on estime excédentaire de l'ordre de 3 à 4 millions de barils jour,
03:17même si, ce qui est probable dans les jours à venir, tout s'arrête,
03:22et même si le Venezuela n'exporte plus de pétrole,
03:26ça fera que 600 000 barils jour de moins sur le marché mondial, ça n'est pas suffisant.
03:30J'aurais pensé objectivement que le marché aurait, attendons un peu,
03:35on n'est que lundi dans les labs que vous avez, ce sont les premières cotations sur les marchés asiatiques,
03:41attendons un peu, il n'est pas impossible que dans la journée, en fonction des éléments,
03:48car au fond on ne sait pas ce qui va se passer, que le marché puisse prendre 1 ou 2 dollars le baril,
03:54mais c'est honnêtement, c'est pratiquement rien, vous avez raison,
03:59le Venezuela c'est un élément minoritaire et marginal dans l'analyse des fondamentaux du marché du pétrole aujourd'hui.
04:08Du coup, quel intérêt pour les Etats-Unis d'aller chercher cette manne pétrolière,
04:11alors qu'ils sont déjà exportateurs, le plus gros exportateur mondial,
04:16que le prix du baril est autour de 60,
04:18quel est leur intérêt d'aller comme ça capter le pétrole vénézuélien ?
04:22Attendez, si vous dites la rationalité chez Trump,
04:25c'est effectivement quelque chose qui n'est pas évident.
04:28L'intérêt pétrolier et la vision qui a circulé un peu hier,
04:35où on voyait l'ignoble Big Oil qui envahissait le Venezuela pour reprendre ses positions,
04:45cette vision me semble erronée, vous avez raison.
04:48Alors, je vous permets de vous corriger,
04:50les Etats-Unis sont le premier producteur mondial de pétrole,
04:53ils n'en sont pas le premier exportateur,
04:56mais c'est vrai qu'ils ont quand même un peu besoin du pétrole vénézuélien,
05:02parce qu'il faut savoir que les liens entre le Venezuela et les Etats-Unis en matière pétrolière sont très anciennes,
05:09que le PDVSA, la compagnie national,
05:12la compagnie d'État pétrolière vénézuélienne,
05:15qui a été créée en 1975,
05:19donc la nationalisation remonte à avant Chavez.
05:21D'ailleurs, cette compagnie possédait,
05:26et possède encore dans un imbrouillot juridique qui n'a jamais été totalement résolu,
05:31la principale raffinerie de pétrole américaine,
05:34Cidgo,
05:35et que les raffineries américaines sont particulièrement bien équipées
05:41pour traiter ce pétrole vénézuélien qui est un pétrole lourd,
05:45un petit peu d'ailleurs comme le pétrole du Canada.
05:48Je ne sais pas si vous vous souvenez,
05:50il y a quelques mois,
05:54les Etats-Unis,
05:56enfin Trump avait décidé de taxer les exportations canadiennes,
06:00dont le pétrole.
06:01Or le pétrole canadien, ce sont des pétroles, des sables bitumineux,
06:05c'est là aussi un pétrole lourd,
06:08et ce pétrole lourd, c'est celui dont ont besoin les raffineries américaines.
06:12Donc il y a une certaine logique
06:14à ce que, d'un point de vue presque de logistique pétrolière,
06:19soit rebâti un canal allant du Venezuela vers les Etats-Unis.
06:26Il est clair qu'au passage,
06:28Chevron, Exxon vont reprendre leur position.
06:32Je signale quand même
06:34que parmi les sociétés
06:36qui avaient dû se retirer,
06:38mais qui étaient assez actives
06:40dans l'exploitation des pétroles lourds de l'Orenoc,
06:43il y avait notamment Total.
06:45Donc il n'y a pas que
06:46les pétroliers américains
06:48qui reviendront.
06:49PDVSA, la Société Pétrolière Nationale,
06:53était autrefois
06:54une société d'une grande capacité technologique.
06:59Donc je dirais qu'il va se passer des choses
07:02sur le front pétrolier,
07:04mais sur l'équilibre mondial
07:07des fondamentaux du pétrole aujourd'hui,
07:10il y a du goût d'eau.
07:12Merci beaucoup Philippe Chalmin
07:13d'avoir été avec nous ce matin.
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