00:00On est avec Philippe Chalmin qui nous a rejoint. Bonjour Philippe, merci d'être avec nous, le fondateur du rapport Cyclope.
00:07On a besoin de vos lumières, notamment sur les questions de pétrole, parce que ce qui régit désormais le monde, c'est quand même ce sujet-là.
00:14Absolument, bonjour.
00:16Merci d'être avec nous. Quand Donald Trump parle de domination énergétique, de sa stratégie précisément, il parle d'énergie dominance. Qu'est-ce qu'il veut dire ?
00:27Écoutez, il est clair que la seule ressource et le seul intérêt que le Venezuela peut avoir pour les États-Unis, et relativement limité d'ailleurs, ce sont quand même ses réserves de pétrole.
00:41Le Venezuela détient les plus importantes réserves de pétrole au monde, plus importantes que celles de l'Arabie Saoudite.
00:48D'accord, c'est un pétrole relativement difficile à exploiter, c'est ce qu'on appelle un pétrole lourd, donc qui demande des technologies relativement avancées,
00:59et le Venezuela a perdu beaucoup de son importance sur les 40 dernières années.
01:05Il faut se souvenir qu'à un moment, le Venezuela, à un moment, c'était dans les années 50, donc il y a trois quarts de siècle,
01:12le Venezuela fut le premier exportateur mondial de pétrole, et ce pétrole, il allait surtout sur le marché américain.
01:19Aujourd'hui, le Venezuela n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut, mais il est clair qu'il y a toujours un intérêt pour les États-Unis
01:28de remettre la main sur le pétrole vénézuélien, et pour notamment les compagnies américaines de revenir,
01:38même si, paradoxalement, elles ne sont jamais totalement parties, puisque Chevron, l'un des majors américains,
01:45est toujours, plus ou moins, ça n'est pas très clair, mais était encore, en tout cas il y a quelques mois encore, actif sur le sol vénézuélien.
01:54– Comment se fait-il, Philippe, que ce matin, aucun mouvement sur le Brent, sur le WTI ?
01:59Hier, à la réunion de l'OPEP+, on ne parle quasiment pas du Venezuela, c'est comme si c'était un non-événement ?
02:05– Tout simplement parce que le Venezuela ne pèse pratiquement plus rien.
02:10Au mois de novembre, les derniers chiffres que l'on a, le Venezuela a produit 860 000 barils jour.
02:18Je vous rappelle que la production mondiale, c'est de l'ordre de 105 millions de barils jour,
02:22donc 860 000 barils jour, et il en a exporté 600 000, ça n'est pas très très lourd.
02:29Un pays maintenant quasiment voisin, d'ailleurs voisin effectivement, du Venezuela,
02:35que le Venezuela d'ailleurs avait voulu menacer, l'ancienne Guyane britannique, le Guyana,
02:40aujourd'hui produit de l'ordre de 1,5 million de barils jour.
02:45Donc le Venezuela est devenu un nain pétrolier, dont l'essentiel des exportations part d'ailleurs à l'heure actuelle vers la Chine,
02:56dans le cadre de contrats à des prix relativement inférieurs d'ailleurs à ceux du marché,
03:03un petit peu d'ailleurs comme le pétrole iranien et le pétrole russe.
03:07Donc dans la situation actuelle d'un marché mondial que l'on estime excédentaire de l'ordre de 3 à 4 millions de barils jour,
03:17même si, ce qui est probable dans les jours à venir, tout s'arrête,
03:22et même si le Venezuela n'exporte plus de pétrole,
03:26ça fera que 600 000 barils jour de moins sur le marché mondial, ça n'est pas suffisant.
03:30J'aurais pensé objectivement que le marché aurait, attendons un peu,
03:35on n'est que lundi dans les labs que vous avez, ce sont les premières cotations sur les marchés asiatiques,
03:41attendons un peu, il n'est pas impossible que dans la journée, en fonction des éléments,
03:48car au fond on ne sait pas ce qui va se passer, que le marché puisse prendre 1 ou 2 dollars le baril,
03:54mais c'est honnêtement, c'est pratiquement rien, vous avez raison,
03:59le Venezuela c'est un élément minoritaire et marginal dans l'analyse des fondamentaux du marché du pétrole aujourd'hui.
04:08Du coup, quel intérêt pour les Etats-Unis d'aller chercher cette manne pétrolière,
04:11alors qu'ils sont déjà exportateurs, le plus gros exportateur mondial,
04:16que le prix du baril est autour de 60,
04:18quel est leur intérêt d'aller comme ça capter le pétrole vénézuélien ?
04:22Attendez, si vous dites la rationalité chez Trump,
04:25c'est effectivement quelque chose qui n'est pas évident.
04:28L'intérêt pétrolier et la vision qui a circulé un peu hier,
04:35où on voyait l'ignoble Big Oil qui envahissait le Venezuela pour reprendre ses positions,
04:45cette vision me semble erronée, vous avez raison.
04:48Alors, je vous permets de vous corriger,
04:50les Etats-Unis sont le premier producteur mondial de pétrole,
04:53ils n'en sont pas le premier exportateur,
04:56mais c'est vrai qu'ils ont quand même un peu besoin du pétrole vénézuélien,
05:02parce qu'il faut savoir que les liens entre le Venezuela et les Etats-Unis en matière pétrolière sont très anciennes,
05:09que le PDVSA, la compagnie national,
05:12la compagnie d'État pétrolière vénézuélienne,
05:15qui a été créée en 1975,
05:19donc la nationalisation remonte à avant Chavez.
05:21D'ailleurs, cette compagnie possédait,
05:26et possède encore dans un imbrouillot juridique qui n'a jamais été totalement résolu,
05:31la principale raffinerie de pétrole américaine,
05:34Cidgo,
05:35et que les raffineries américaines sont particulièrement bien équipées
05:41pour traiter ce pétrole vénézuélien qui est un pétrole lourd,
05:45un petit peu d'ailleurs comme le pétrole du Canada.
05:48Je ne sais pas si vous vous souvenez,
05:50il y a quelques mois,
05:54les Etats-Unis,
05:56enfin Trump avait décidé de taxer les exportations canadiennes,
06:00dont le pétrole.
06:01Or le pétrole canadien, ce sont des pétroles, des sables bitumineux,
06:05c'est là aussi un pétrole lourd,
06:08et ce pétrole lourd, c'est celui dont ont besoin les raffineries américaines.
06:12Donc il y a une certaine logique
06:14à ce que, d'un point de vue presque de logistique pétrolière,
06:19soit rebâti un canal allant du Venezuela vers les Etats-Unis.
06:26Il est clair qu'au passage,
06:28Chevron, Exxon vont reprendre leur position.
06:32Je signale quand même
06:34que parmi les sociétés
06:36qui avaient dû se retirer,
06:38mais qui étaient assez actives
06:40dans l'exploitation des pétroles lourds de l'Orenoc,
06:43il y avait notamment Total.
06:45Donc il n'y a pas que
06:46les pétroliers américains
06:48qui reviendront.
06:49PDVSA, la Société Pétrolière Nationale,
06:53était autrefois
06:54une société d'une grande capacité technologique.
06:59Donc je dirais qu'il va se passer des choses
07:02sur le front pétrolier,
07:04mais sur l'équilibre mondial
07:07des fondamentaux du pétrole aujourd'hui,
07:10il y a du goût d'eau.
07:12Merci beaucoup Philippe Chalmin
07:13d'avoir été avec nous ce matin.
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