00:02Sud Radio, le grand matin week-end, 6h-10h, Laurence Perrault.
00:07Et avant de donner la parole à l'association des maires de France qui vient et qui se mobilise pour
00:11venir en aide à leurs collègues des communes sinistrées, on va accueillir Christophe Hubeda.
00:17Bonjour Christophe.
00:19Bonjour.
00:19Vous êtes agriculteur, vous êtes éleveur à Saint-Quentin-de-Baron, c'est dans le Libournais, et vous êtes venu
00:25épauler les pompiers,
00:27vous êtes venu prêter main-forte avec vos deux citernes, l'une d'une capacité de 10 000 et l
00:32'autre de 15 000 litres.
00:35Racontez-nous comment ça s'est passé, à quel moment vous avez décidé de venir en aide aux pompiers dans
00:41cette semaine, dans cette dizaine de jours complètement dingue en Gironde ?
00:46Mercredi, quand on a vu que le feu commençait à la télé et que ça prenait vite beaucoup d'ampleur,
00:53on s'est regardé avec mes salariés,
00:55on a dit, bon là il va peut-être falloir commencer à se préparer, si jamais il y a besoin,
00:59il faut qu'on puisse y aller,
00:59parce qu'on avait déjà été à l'Andiras il y a 4 ans.
01:04Et jeudi matin, ça avait vraiment beaucoup gagné, j'ai appelé la chambre d'agriculture, j'ai dit, est-ce
01:09qu'il y a besoin, est-ce qu'il y a besoin ?
01:10Non, non, non, parce qu'il faut savoir quand même que depuis un mois, la chambre d'agriculture avait fait
01:15passer un questionnaire,
01:17savoir qui, avec quoi comme matériel de disponible, au cas où, des feux près dans le Gironde, etc.
01:22Donc la chambre d'agriculture nous a dit, non, non, il ne faut pas y aller, ce n'est pas
01:26prêt, on ne sait pas, vous n'avez pas le droit, etc.
01:29Et vendredi matin, quand on a vu que rien ne changeait, que toujours on refusait qu'on y aille, on
01:34avait déjà appelé le SDIS aussi,
01:35on a dit, bon allez, on prend notre courage à demain et on y va.
01:38Quand vous parliez de mercredi jeudi, c'était 22 et 23 juillet derniers.
01:41Oui, c'est ça.
01:42Pour remettre effectivement le côté d'état.
01:46Comment vous avez organisé votre intervention sur le terrain et avec les services de secours ?
01:50Vous êtes allé avec deux citernes d'eau, c'est ça ?
01:54Deux camions citernes, oui.
01:5610 000 et 15 000 litres ?
01:58C'est ça, 25 000 litres, presque 30, parce qu'on avait un peu plus que 15 du coup.
02:04Du coup, on est arrivé sur place à Sainte-Hélène, sur la route de la Cano.
02:08On est arrivé, on a des copains agriculteurs à côté qui étaient déjà sur le front et qui nous ont
02:13dit, viens à tel endroit, ils ont besoin d'aide.
02:15Et puis quand on arrive, les pompiers, ils ne pleurent pas, ils nous arrêtent directement.
02:19Vous avez de l'eau ? Oui. Est-ce que vous pouvez nous remplir ?
02:21Et puis voilà, on est resté 7 jours là-bas à remplir en permanence les camions.
02:27Et vous alliez re-remplir vos citernes ?
02:33Dans deux lacs, soit le lac de la Cano, soit le lac de la Levade, sur la commune de Sainte
02:36-Hélène.
02:38Et sur place, il y avait des pompes de pompiers qui remplissaient les camions.
02:41Et nous, on revenait jusqu'aux camions de pompiers.
02:44En fait, on était des châteaux d'eau mobile, ou des bornes d'incendie mobile.
02:47La journée du dimanche, on est resté branchés sur un seul camion.
02:50Pour imager aux gens, on a mis 120 000 litres d'eau dans un seul camion de pompiers.
02:56120 000 litres ?
02:56120 000 litres. Ça fait 120 mètres cubes d'eau.
03:00Ou 4 ou 5 grandes piscines.
03:03De jardin.
03:05On a vu beaucoup, les réseaux sociaux, avoir une action positive pendant cet incendie.
03:13J'ai vu beaucoup de vos collègues agriculteurs qui se relayaient par les réseaux sociaux, par l'Instagram et compagnie.
03:20J'ai vu des gens de ma belle région, de la Charente-Maritime, qui est juste au-dessus,
03:24traversés avec des royans à Soulac, avec leurs tracteurs, etc.
03:29Vous aussi, vous avez réussi à embarquer d'autres collègues ?
03:34Vous étiez entre vous, par les réseaux sociaux, par les WhatsApp ?
03:37Vous avez créé des défis comme ça ?
03:39Nous, on avait déjà les groupes, parce que je suis à la coordination rurale,
03:43donc il y avait le groupe de la coordination rurale sur WhatsApp.
03:45Mais en parlant de moi, on est parti à 5, et il y a mes salariés, plus 2 copains qui
03:53ont posé des vacances pour pouvoir venir aider.
03:56Qui ne sont pas agriculteurs, mais qui sont du milieu agricole, et qui ont posé des vacances pour pouvoir venir
03:59soutenir sur le feu.
04:01Qu'est-ce que ça raconte de la très belle paysannerie française, qui a été extrêmement solidaire dès les premières
04:08heures ?
04:08C'est ce qu'on dit depuis le début, on est paysans, ça veut dire qu'on aime notre pays,
04:13on protège notre pays.
04:15La première chose qu'on a pensé, c'est de dire qu'il y a des gens qui perdent tout,
04:17leur maison, leur forêt,
04:20parce que c'est quand même le métier de certaines personnes, d'autres agriculteurs,
04:23et il faut faire quelque chose, on ne peut pas rester comme ça chez nous, les bras croisés, regarder ce
04:26qui se passe.
04:28Quand on est paysans, on est solidaires de tout ce qui se passe,
04:30donc il y a besoin, on y va, on a ce qu'il faut, on y va, il ne faut
04:33pas réfléchir.
04:34En tout cas, merci et merci d'être là, vous et tous vos collègues agriculteurs de France.
04:40Merci Christophe Hubeda et merci à vos collaborateurs, à vos compagnons de travail et de vie, à vous aussi.
04:45Ce qui est dommage, si je peux me permettre, c'est qu'en fait, entre guillemets, l'État ne fasse
04:51pas son travail,
04:52dans le sens où on est tous recensés avec le matériel qu'on a,
04:56et encore aujourd'hui, personne n'a été réquisitionné pour dire, on a besoin de vous, à tel endroit ou
05:00tel endroit.
05:01Alors, il a fallu que nous tous, nous partions de notre propre chef, à nos risques et périls,
05:06et que, par exemple, moi j'ai dépensé 1000 euros de gazole dans mes camions pour la semaine,
05:11et quand on leur dit, on appelle à change, en me disant, est-ce qu'on peut être dédommagé ?
05:14Ah, mais pour le moment, vous n'êtes pas réquisitionné, donc vous faites l'avance.
05:17Si un jour, il y a de la trésorerie, on vous remboursera, mais sinon non.
05:20Ce qui veut dire que tous ceux qui n'auraient pas eu les moyens de faire l'avance,
05:24eh bien, ils seraient restés chez eux, et le pays aurait continué à brûler.
05:27Merci beaucoup Christophe Hubeda, merci de parler vrai sur Sud Radio.
05:31Bonne journée, et bon courage à tous ceux qui ont tout perdu.
05:34Exactement.
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