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  • il y a 8 minutes
Jean-Luc Duval, président de La Coopération Agricole, était l'invité de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce vendredi 19 juin. Il parle de la possible sortie de crise au Moyen-Orient et des conséquences du blocage d'Ormuz pour les agriculteurs, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec notre invité de 7h20, c'est Jean-Luc Duval, le nouveau président de la coopération agricole,
00:04syndicat des coopératives agricoles et agroalimentaires françaises.
00:072100 coopératives, 200 000 salariés, bonjour.
00:10Bienvenue sur ce plateau, vous êtes vous-même agriculteur, dans l'Orne.
00:13Vous prenez la suite de Dominique Chargé à ce poste, il a beaucoup fait pour défendre la souveraineté alimentaire,
00:18vous étiez vous vice-président, vous allez travailler dans la continuité, vous allez nous en parler.
00:22Avant cela, avant de parler de l'interne, j'aimerais vous poser cette question sur la géopolitique,
00:28sur cette sortie de crise possible au Moyen-Orient, les conséquences pour, basiquement, nos agriculteurs en France,
00:36notamment sur le trafic à Hormuz, sur les engrais par exemple.
00:39Alors, on appelle de nos voeux, nous, un peu plus de stabilité au niveau géopolitique.
00:43Depuis ces dernières années, on est quand même servi un petit peu de ce qui se passe au niveau international.
00:48Clairement, on a besoin, nous, de stabilité, et notamment le détroit d'Hormuz est pour nous quelque chose de très
00:53important.
00:53Alors, l'énergie, on a des tracteurs, on est équipé de machines et autres,
00:58donc le carburant est évidemment quelque chose de très important.
01:01Mais on a aussi quelque chose où on s'aperçoit de la dépendance de la France, de l'Europe, sur
01:08les fertilisants.
01:09Et on ne sait pas faire d'agriculture sans fertilisants qui viennent de l'importation.
01:15Alors, on a évidemment les fertilisants animaux et autres qu'on utilise dans nos exploitations.
01:19Je suis moi-même éleveur, donc j'achète un peu moins d'engrais, mais j'en achète quand même.
01:22Et c'est vrai qu'on regarde ça avec beaucoup d'inquiétude.
01:24C'est intéressant ce que vous dites, parce que c'était une question qui s'était évidemment déjà posée avec
01:27le conflit en Ukraine qui avait démarré en 2022.
01:30Est-ce que depuis, c'est-à-dire que ça fait 4 ans, c'est vrai que ça ne fait
01:32pas beaucoup à l'échelle de ce qui se passe,
01:35mais finalement, est-ce que l'agriculture arrive à se repenser, à trouver des solutions plus proches, justement, d'être
01:41moins dépendantes ?
01:42Nous, on appelle de nos voeux qu'on ait une vraie stratégie sur l'agriculture, l'agriculture française et l
01:47'agriculture européenne.
01:49On a émis un certain nombre de sujets.
01:52Il a fallu qu'on fasse un grand, je dirais, on appelle ça le grand réveil.
01:57Moi, je trouve ça assez intéressant qu'on se mette dans le grand réveil au niveau agricole.
02:01Nous, ça fait quelques années qu'on dit, faites attention, on a un secteur qui est plutôt un secteur intéressant
02:07pour l'économie française,
02:09qui est en train de péricliter, le même schéma que l'industrie et qu'on constate.
02:14Donc voilà, si on se remet dans une dynamique sur le sujet, on peut faire de belles choses sur notre
02:19territoire français
02:20et la coopération agricole peut être un acteur majeur sur cette dynamique.
02:27Donc on a un maillage territorial qui permet d'avoir quelque chose de très important.
02:33Il y a du potentiel pour avancer, mais je le disais tout à l'heure, vous allez prendre la suite
02:36de ce que vous avez fait déjà avec Dominique Chargé
02:38et notamment lutter, pour éviter que le secteur ne périclite d'ailleurs, lutter contre la boulimie réglementaire de l'État.
02:46On l'a vu, dans tous les secteurs, on se pose la question, comment concrètement on y arrive ?
02:51Je pense que c'est une question d'état d'esprit.
02:53Je pense qu'il y a besoin de remettre un petit peu...
02:55Nous les paysans, on appelle ça le bon sens paysan, c'est de se dire à un moment donné, libérer
03:02les énergies.
03:03Je veux dire qu'on ne peut pas, sur un territoire comme le nôtre, avoir une boulimie, vous l'avez
03:08utilisé le mot, le terme réglementaire,
03:10et après importer de la terre entière ce que nous consommons sur notre territoire.
03:14Voilà, c'est juste ça.
03:15Moi j'ai juste envie qu'on s'explique sur le sujet.
03:18Et je pense, et je milite pour ça depuis un certain nombre d'années, que les agriculteurs, que la coopération
03:23agricole est une solution à nos problématiques.
03:27En quoi concrètement ?
03:28Je veux dire, on a des capacités d'investissement dans nos coopératives.
03:32Alors il y a des questions de rentabilité, évidemment.
03:33Alors tout ne va pas bien, je veux dire qu'on a si un certain nombre de problèmes.
03:37Mais on sait que les adhérents de la coopération agricole sont prêts à investir 10 milliards d'euros dans les
03:433 ans qui viennent sur notre territoire.
03:45Permettons ces investissements, peut-être on peut les aider un petit peu aussi, sur le fait qu'on puisse mettre
03:50des outils de transformation sur notre territoire.
03:53Moi il y a des choses qui me choquent.
03:54On est un grand pays céréalier et on importe de la farine pour fabriquer nos gâteaux et nos pains.
04:00Voilà, je le constate, je me dis que peut-être là, il y a peut-être une réflexion à avoir
04:05sur un réinvestissement de travailler nos céréales pour pouvoir les travailler sur notre territoire.
04:10Il y a une loi d'urgence agricole qui est dans les tuyaux, alors elle a été adoptée à l
04:13'Assemblée, elle est arrivée au Sénat.
04:15On a eu ce problème, ce chapitre sur le retour des pesticides, on va en parler dans un instant.
04:22Mais qu'est-ce que vous en attendez concrètement, justement, vous, pour améliorer la situation des agriculteurs et rendre pérenne
04:30le secteur ?
04:31Alors, on a différents sujets dans cette loi.
04:34Quand je parlais de libérer l'énergie, je parlais par exemple de permettre d'installer des bâtiments d'élevage avec
04:40une moindre, je dirais, pression réglementaire et autres.
04:46D'expliquer à ceux qui ne sont pas forcément satisfaits de voir s'installer un bâtiment, ils ont raison peut
04:52-être de se poser un certain nombre de questions,
04:53mais ça ne peut pas durer 5 ans, ça ne peut pas durer 10 ans de batailles réglementaires, de tranchées
04:58et autres.
04:59Il y a des décisions à prendre. On importe un poulet sur deux sur notre territoire.
05:05Les consommateurs que nous sommes veulent manger du poulet.
05:08Moi, je préfère qu'ils soient produits sur notre territoire avec nos céréales, plutôt que d'être apportés d'autres
05:13pays, soit d'Union européenne, même des fois un peu plus loin.
05:16Donc, c'est juste un peu de bon sens. C'est juste de ramener ça.
05:20Il y a le velet, vous dites pesticides, moi je parle de produits de protection des cultures.
05:26On a un vrai sujet. On a une demande sociétale qui est très environnementale et haute, mais on a aussi
05:32des gens qui veulent consommer.
05:34Là, il faudrait réintroduire pour un certain temps, c'est ce que vous dites ?
05:37Oui, je pense qu'il y a besoin de pouvoir s'adapter. On a deux mondes qui s'affrontent.
05:43Il y a le monde productif que je suis, en vous disant qu'on a volonté de produire sur notre
05:48territoire.
05:49Et puis, il y en a un monde qui voudrait peut-être faire de notre France des parcs naturels.
05:52Mais est-ce que ce ne serait pas reporter le problème dans six mois, dans un an ?
05:55Je ne travaille pas comme quand je me suis installé. Je me suis installé en 1983.
06:01Je suis le pur produit des lycées agricoles qu'on peut avoir.
06:04Il y a des choses que j'ai appris, qui se sont révélées être des choses peut-être pas forcément
06:08bonnes.
06:10J'ai changé ma façon de fonctionner.
06:12Et d'ailleurs, vous savez, vous parlez beaucoup en ce moment sur les chaînes de la canicule,
06:16de changement climatique et autres.
06:18Nous, on est aux avant-postes sur le sujet.
06:20Alors, au-delà d'avoir chaud, on cultive, on élève nos animaux.
06:24Et donc, on s'adapte.
06:28Moi, je suis la septième génération au même endroit.
06:30Je ne vais pas déménager demain matin.
06:32Je sais où je vis.
06:33Et donc, j'adapterai mes cultures, ma façon de travailler à mon environnement.
06:38Et on donne un peu d'air aux agriculteurs pour qu'ils puissent un peu innover,
06:41qu'ils puissent un peu reprendre leur place.
06:42Évidemment, il y a un problème de revenu, mais il y a aussi un problème de charge mentale.
06:45On est à un an de l'élection présidentielle.
06:47Votre feuille de route, vos priorités, justement,
06:50si on devait donner peut-être une ou deux mesures d'ici un an,
06:53à présenter aux différents candidats ?
06:55Moi, j'ai envie de dire aux candidats, faites-nous confiance.
06:58Faites-nous confiance.
06:59Alors, il faut nous border un peu, il faut de la réglementation,
07:01mais faites-nous confiance et libérons l'énergie.
07:04On a beaucoup de jeunes qui s'installent.
07:06Alors, pas assez par rapport à la génération que je suis,
07:09qui prendra sa retraite dans quelques années.
07:10Mais je pense que si on libère aussi l'énergie,
07:12on pourrait être attirant par d'autres de dire,
07:15venez, c'est un métier formidable, être paysan.
07:17Et être attirant, c'est aussi une question de succession,
07:21de ces exploitations qui vont fermées,
07:23de ces agriculteurs qui vont partir à la retraite.
07:24Moi, je suis dans cette dynamique-là en ce moment,
07:26de transmission à un jeune,
07:28qui a des jeunes enfants qui sont mordus d'agriculture.
07:30Qu'est-ce que ça fait plaisir ?
07:31On est en plein vivatheque, la robotisation, l'intelligence artificielle,
07:34ça peut faire partie, justement, de notre activité.
07:37Bien sûr, bien sûr.
07:39L'intelligence artificielle, pour nous, ça sera...
07:41Je n'ai pas conscience, moi, de ce que ça pourra apporter
07:44à mon métier, mais je vois bien un petit peu ce qu'on peut avoir.
07:48Et puis, on voit bien toute la modernité
07:49qu'on a vécue depuis ces dernières années.
07:51Moi, j'ai commencé, les robots de traite n'existaient.
07:53J'ai été éleveur laitier, les robots de traite n'existaient pas.
07:56Maintenant, vous n'avez plus d'installation sur deux
07:58qui se fait avec un robot de traite.
08:01Et au-delà de ça, le pouvoir de regarder les animaux
08:04et d'analyser par intelligence artificielle,
08:07on sait qu'on peut détecter une boiterie
08:09trois jours avant qu'elle ne se produise
08:11grâce à l'intelligence artificielle.
08:13C'est assez extraordinaire.
08:14Le monde agricole de demain en construction.
08:16Merci beaucoup, Jean-Luc Duval,
08:17d'être venu nouveau de président de la coopération agricole
08:20dans la matinale de l'économie.
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