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  • il y a 14 heures
Ce mercredi 17 juin, Romuald Sciora, chercheur associé à l'IRIS et directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin. Ils sont revenus sur les enjeux politiques du protocole d'accord entre Washington et Téhéran pour Donald Trump. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Et nous recevons avec Annalisa Capellini, Romuald Sciorra, chercheur associé à l'IRIS,
00:05directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis.
00:08Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:11On va revenir évidemment sur cette attente de la signature de ce protocole d'accord entre Washington et Téhéran.
00:17C'est censé être vendredi en Suisse.
00:21J'aimerais que vous nous expliquiez en quoi cet accord est essentiel pour Donald Trump d'un point de vue
00:25politique.
00:26D'un point de vue politique, tout simplement parce que Donald Trump s'est empêtré lui-même dans ce dossier
00:32iranien.
00:32Il pensait que ce serait une guerre facilement gagnée.
00:35Il s'était senti pousser des ailes après son succès logistique au Venezuela.
00:41Et depuis des semaines, il tente donc de s'en sortir.
00:44Et il m'en dit, comme on l'a tous vu, au régime iranien, un accord.
00:49Peu importe que l'accord soit bon ou mauvais pour lui,
00:52ce qu'il lui faut, c'est un bout de papier qui puisse brandir à la face des Etats-Uniens,
00:57surtout à la face des Magas, son électorat de cœur qui avait commencé à se détourner progressivement
01:03d'un président qui nous avait promis à nous autres Américains de ne pas nous entraîner dans une guerre style
01:07Irak ou Afghanistan.
01:09Donc bref, de montrer ce papier aux Américains et aux Magas,
01:12de clamer victoire, ça base, gobera tout ce qu'il peut lui dire.
01:16Et puis de tourner la page avec des négociations qui vont s'étendre sur des semaines, des mois, voire des
01:21années.
01:21Mettre la poussière sous le tapis et passer à autre chose, peut-être Cuba.
01:26Annalisa ?
01:27En tout cas, la fin de ce conflit a fait émerger un désaccord très profond avec Benyamin Netanyahou,
01:31le Premier ministre israélien, qui a essayé d'imposer son rythme sur le conflit.
01:37Vous, vous vivez aux Etats-Unis.
01:38Comment s'est perçu ce désaccord ?
01:40C'est peut-être la première fois qu'il y a un désaccord aussi profond entre Washington et Tel Aviv.
01:44Alors il y a deux choses.
01:45Il y a la capitulation des Etats-Unis, qui est évidemment mal vécue par une grande partie des Américains.
01:52N'oublions pas qu'on parle quand même d'une capitulation.
01:54Je ne vois pas d'autres mots.
01:56Quels étaient les objectifs au départ ?
01:58Mettre à bas le régime des Mola ?
02:00Bon, il est toujours là, même réaffermi dans la région.
02:02Les missiles balistiques, on n'en parle même pas.
02:05Le nucléaire fait partie maintenant d'une seconde salve de négociations.
02:08Et on sait tous que l'Iran va continuer son programme nucléaire.
02:11Ça, Netanyahou le sait.
02:14Et au-delà de cela, l'Iran devrait toucher 12 milliards d'avoir dégelé vendredi.
02:21Peut-être des investissements à hauteur de 300 milliards.
02:23Je suis peut-être un culte, mais jusqu'à présent, j'ai cru comprendre que dans l'histoire,
02:27ce n'étaient pas les vaincus qui touchaient de l'argent.
02:29Donc c'est bien une capitulation dont nous parlons.
02:31Et ça, une grande partie des Américains le vivent évidemment très très mal,
02:35sans parler du coût de la guerre.
02:36Pour ce qui est du lâchage de Netanyahou,
02:41par Donald Trump,
02:42alors là, c'est un petit peu plus nuancé.
02:45Israël n'a jamais été aussi impopulaire aux États-Unis qu'aujourd'hui.
02:49Et pas seulement auprès de l'opinion publique générale,
02:51mais également auprès de la communauté juive.
02:54Les Américains, 60, il faudrait vérifier les chiffres,
02:57mais pour certains, c'est entre 60 et 70% des jeunes Américains
03:00considèrent, et c'est dramatique,
03:02Israël comme un pays plus dangereux que l'Iran.
03:05L'Holocauste, la Shoah, commence à s'éloigner pour cette génération.
03:09Et donc, il n'y a pas de rupture entre Israël et les États-Unis,
03:13mais il y a quand même eu un lâchage de Netanyahou,
03:17et vécu avec soit peu d'intérêt,
03:20soit malheureusement avec une forme d'enthousiasme.
03:22Alors quand je dis malheureusement,
03:23à titre personnel, je considère le régime de Netanyahou
03:27comme un gouvernement crypto-fasciste,
03:28donc je n'ai pas de problème avec ça.
03:29Mais ce qui m'inquiète sur la longueur,
03:32c'est plutôt le lâchage à moyen long terme,
03:36peut-être total, sur 10, 20, 30 ans d'Israël par les États-Unis.
03:40Et là, évidemment, cela serait une situation très incertaine pour l'État juge.
03:45J'aimerais qu'on s'arrête pour finir sur ce que ça a coûté aux États-Unis,
03:50ces trois mois de conflit.
03:52On est aussi à quatre mois des midterms.
03:55Est-ce que ça peut avoir un impact ?
03:57Ou quatre mois, finalement, c'est suffisant pour faire oublier,
03:59si jamais cet accord a réellement lieu cette semaine
04:03et qu'il y a ces négociations.
04:05Quel impact ça va avoir aux États-Unis, spécifiquement ?
04:08Écoutez, aux États-Unis, tout dépend de la manière dont Trump va rebondir.
04:13C'est un génie de la communication.
04:15S'il réussit à mettre la poussière sous le tapis,
04:17je pense qu'il réussira.
04:18Avec son accord, vendredi, il clamera victoire.
04:20Vous savez, il pourrait faire gober aux Américains
04:22que nous avons gagné la guerre du Vietnam, s'il le voulait.
04:24Du moins, ça base maga.
04:26Si ensuite, il rebondit sur un dossier comme Cuba
04:29et qu'il est le président qui aura réussi,
04:31là où tous ses prédécesseurs, depuis Kennedy, n'ont pas réussi,
04:35c'est-à-dire à faire tomber le régime castriste,
04:37il remontera dans les sondages,
04:40surtout, évidemment, auprès des magas,
04:41mais aussi de l'ensemble des Républicains.
04:43Maintenant, pour les mi-termes, elles semblent perdues.
04:45La question, c'est à quel point seront-elles perdues ?
04:47Il y a déjà la restructuration de la carte électorale,
04:50qui fait aujourd'hui que les pertes à la Chambre des représentants
04:52devraient être moindres que ce que nous pensions au départ.
04:55Et une fois encore, si Trump réussit un coup d'éclat,
04:57style Cuba, d'ici là,
05:01il pourrait éviter vraiment une Bérésina.
05:05Mais on n'en est pas là.
05:06Je pense que les mi-termes vont être quand même perdus.
05:09Il nous reste une minute pour une dernière question, Annalisa.
05:11Une petite question sur un contraste,
05:13puisque d'un côté, on voit qu'aux urnes,
05:15les candidats qui sont soutenus par Donald Trump
05:17gagnent quand même, dans les primaires républicaines notamment.
05:20De l'autre, on observe quand même une fracture
05:22au sein du corps républicain.
05:24Comment vous l'expliquez, cette contradiction ?
05:26Oui, alors Annalisa, je ne vois pas vraiment
05:28une fracture au sein du corps républicain.
05:30Pour moi, le Parti républicain suit toujours
05:32Donald Trump comme un seul homme.
05:33Le vice-président est loyal,
05:36comme Mike Pence, son prédécesseur, ne l'avait pas été.
05:39Non, ce qui se passe,
05:40c'est qu'il y a quelques républicains,
05:41effectivement, Tony Truant,
05:44qui mettent un petit peu la pagaille.
05:47Mais ce sont toujours les 4, 5, 6, 7, même.
05:51Pour l'instant, le Parti républicain
05:52suit Donald Trump comme un seul homme.
05:54Mais si les élections de mi-mandat sont méchamment perdues,
05:57là, les choses seront très différentes.
05:59Merci beaucoup, Romu Asciora, d'être venu,
06:01chercheur associé à l'Iris,
06:03directeur de l'Observatoire politique et géostratégique
06:05des États-Unis.
06:06Merci d'être venu dans la matinale de l'économie.
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