00:00Et nous recevons avec Annalisa Capellini, Romuald Sciorra, chercheur associé à l'IRIS,
00:05directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis.
00:08Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:11On va revenir évidemment sur cette attente de la signature de ce protocole d'accord entre Washington et Téhéran.
00:17C'est censé être vendredi en Suisse.
00:21J'aimerais que vous nous expliquiez en quoi cet accord est essentiel pour Donald Trump d'un point de vue
00:25politique.
00:26D'un point de vue politique, tout simplement parce que Donald Trump s'est empêtré lui-même dans ce dossier
00:32iranien.
00:32Il pensait que ce serait une guerre facilement gagnée.
00:35Il s'était senti pousser des ailes après son succès logistique au Venezuela.
00:41Et depuis des semaines, il tente donc de s'en sortir.
00:44Et il m'en dit, comme on l'a tous vu, au régime iranien, un accord.
00:49Peu importe que l'accord soit bon ou mauvais pour lui,
00:52ce qu'il lui faut, c'est un bout de papier qui puisse brandir à la face des Etats-Uniens,
00:57surtout à la face des Magas, son électorat de cœur qui avait commencé à se détourner progressivement
01:03d'un président qui nous avait promis à nous autres Américains de ne pas nous entraîner dans une guerre style
01:07Irak ou Afghanistan.
01:09Donc bref, de montrer ce papier aux Américains et aux Magas,
01:12de clamer victoire, ça base, gobera tout ce qu'il peut lui dire.
01:16Et puis de tourner la page avec des négociations qui vont s'étendre sur des semaines, des mois, voire des
01:21années.
01:21Mettre la poussière sous le tapis et passer à autre chose, peut-être Cuba.
01:26Annalisa ?
01:27En tout cas, la fin de ce conflit a fait émerger un désaccord très profond avec Benyamin Netanyahou,
01:31le Premier ministre israélien, qui a essayé d'imposer son rythme sur le conflit.
01:37Vous, vous vivez aux Etats-Unis.
01:38Comment s'est perçu ce désaccord ?
01:40C'est peut-être la première fois qu'il y a un désaccord aussi profond entre Washington et Tel Aviv.
01:44Alors il y a deux choses.
01:45Il y a la capitulation des Etats-Unis, qui est évidemment mal vécue par une grande partie des Américains.
01:52N'oublions pas qu'on parle quand même d'une capitulation.
01:54Je ne vois pas d'autres mots.
01:56Quels étaient les objectifs au départ ?
01:58Mettre à bas le régime des Mola ?
02:00Bon, il est toujours là, même réaffermi dans la région.
02:02Les missiles balistiques, on n'en parle même pas.
02:05Le nucléaire fait partie maintenant d'une seconde salve de négociations.
02:08Et on sait tous que l'Iran va continuer son programme nucléaire.
02:11Ça, Netanyahou le sait.
02:14Et au-delà de cela, l'Iran devrait toucher 12 milliards d'avoir dégelé vendredi.
02:21Peut-être des investissements à hauteur de 300 milliards.
02:23Je suis peut-être un culte, mais jusqu'à présent, j'ai cru comprendre que dans l'histoire,
02:27ce n'étaient pas les vaincus qui touchaient de l'argent.
02:29Donc c'est bien une capitulation dont nous parlons.
02:31Et ça, une grande partie des Américains le vivent évidemment très très mal,
02:35sans parler du coût de la guerre.
02:36Pour ce qui est du lâchage de Netanyahou,
02:41par Donald Trump,
02:42alors là, c'est un petit peu plus nuancé.
02:45Israël n'a jamais été aussi impopulaire aux États-Unis qu'aujourd'hui.
02:49Et pas seulement auprès de l'opinion publique générale,
02:51mais également auprès de la communauté juive.
02:54Les Américains, 60, il faudrait vérifier les chiffres,
02:57mais pour certains, c'est entre 60 et 70% des jeunes Américains
03:00considèrent, et c'est dramatique,
03:02Israël comme un pays plus dangereux que l'Iran.
03:05L'Holocauste, la Shoah, commence à s'éloigner pour cette génération.
03:09Et donc, il n'y a pas de rupture entre Israël et les États-Unis,
03:13mais il y a quand même eu un lâchage de Netanyahou,
03:17et vécu avec soit peu d'intérêt,
03:20soit malheureusement avec une forme d'enthousiasme.
03:22Alors quand je dis malheureusement,
03:23à titre personnel, je considère le régime de Netanyahou
03:27comme un gouvernement crypto-fasciste,
03:28donc je n'ai pas de problème avec ça.
03:29Mais ce qui m'inquiète sur la longueur,
03:32c'est plutôt le lâchage à moyen long terme,
03:36peut-être total, sur 10, 20, 30 ans d'Israël par les États-Unis.
03:40Et là, évidemment, cela serait une situation très incertaine pour l'État juge.
03:45J'aimerais qu'on s'arrête pour finir sur ce que ça a coûté aux États-Unis,
03:50ces trois mois de conflit.
03:52On est aussi à quatre mois des midterms.
03:55Est-ce que ça peut avoir un impact ?
03:57Ou quatre mois, finalement, c'est suffisant pour faire oublier,
03:59si jamais cet accord a réellement lieu cette semaine
04:03et qu'il y a ces négociations.
04:05Quel impact ça va avoir aux États-Unis, spécifiquement ?
04:08Écoutez, aux États-Unis, tout dépend de la manière dont Trump va rebondir.
04:13C'est un génie de la communication.
04:15S'il réussit à mettre la poussière sous le tapis,
04:17je pense qu'il réussira.
04:18Avec son accord, vendredi, il clamera victoire.
04:20Vous savez, il pourrait faire gober aux Américains
04:22que nous avons gagné la guerre du Vietnam, s'il le voulait.
04:24Du moins, ça base maga.
04:26Si ensuite, il rebondit sur un dossier comme Cuba
04:29et qu'il est le président qui aura réussi,
04:31là où tous ses prédécesseurs, depuis Kennedy, n'ont pas réussi,
04:35c'est-à-dire à faire tomber le régime castriste,
04:37il remontera dans les sondages,
04:40surtout, évidemment, auprès des magas,
04:41mais aussi de l'ensemble des Républicains.
04:43Maintenant, pour les mi-termes, elles semblent perdues.
04:45La question, c'est à quel point seront-elles perdues ?
04:47Il y a déjà la restructuration de la carte électorale,
04:50qui fait aujourd'hui que les pertes à la Chambre des représentants
04:52devraient être moindres que ce que nous pensions au départ.
04:55Et une fois encore, si Trump réussit un coup d'éclat,
04:57style Cuba, d'ici là,
05:01il pourrait éviter vraiment une Bérésina.
05:05Mais on n'en est pas là.
05:06Je pense que les mi-termes vont être quand même perdus.
05:09Il nous reste une minute pour une dernière question, Annalisa.
05:11Une petite question sur un contraste,
05:13puisque d'un côté, on voit qu'aux urnes,
05:15les candidats qui sont soutenus par Donald Trump
05:17gagnent quand même, dans les primaires républicaines notamment.
05:20De l'autre, on observe quand même une fracture
05:22au sein du corps républicain.
05:24Comment vous l'expliquez, cette contradiction ?
05:26Oui, alors Annalisa, je ne vois pas vraiment
05:28une fracture au sein du corps républicain.
05:30Pour moi, le Parti républicain suit toujours
05:32Donald Trump comme un seul homme.
05:33Le vice-président est loyal,
05:36comme Mike Pence, son prédécesseur, ne l'avait pas été.
05:39Non, ce qui se passe,
05:40c'est qu'il y a quelques républicains,
05:41effectivement, Tony Truant,
05:44qui mettent un petit peu la pagaille.
05:47Mais ce sont toujours les 4, 5, 6, 7, même.
05:51Pour l'instant, le Parti républicain
05:52suit Donald Trump comme un seul homme.
05:54Mais si les élections de mi-mandat sont méchamment perdues,
05:57là, les choses seront très différentes.
05:59Merci beaucoup, Romu Asciora, d'être venu,
06:01chercheur associé à l'Iris,
06:03directeur de l'Observatoire politique et géostratégique
06:05des États-Unis.
06:06Merci d'être venu dans la matinale de l'économie.
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