00:00Bastien Drunaud nous rejoint, il est 15h46, économiste, c'est PRAN.
00:03Bonjour Bastien, bienvenue.
00:05Vous allez rendre votre verdict, la pressa s'est marché et avant la fête ce soir.
00:09Ce verdict que vous allez rendre, ce moment qu'on va vivre ensemble, est-ce que vous l'assumez ?
00:13Tout à fait.
00:14On vous écoute.
00:17Pour Kevin Warch, le nouveau président de la fête, les débuts vont être très difficiles.
00:22Ah tiens, alors là, voilà, verdict sans appel, ce sera très difficile pour Kevin Warch ce soir.
00:26Pourquoi ce sera si difficile ?
00:28Kevin Warch a été choisi par Donald Trump pour baisser les taux directeurs
00:32et il est quand même assez probable que ce soit très difficile pour Kevin Warch de baisser les taux directeurs
00:39sur les mois qui arrivent.
00:40Alors la première chose qu'on pourrait dire, c'est que les décisions de taux directeurs,
00:45ce n'est pas une seule personne qui les prend, c'est un groupe de personnes qu'on appelle le
00:50FOMC.
00:50Il y a 12 personnes dans ce FOMC, donc Kevin Warch ne sera que l'une de ces 12 personnes
00:55et probablement elle ne trouvera qu'un seul allié dans ce FOMC pour baisser les taux sur les mois qui
01:03arrivent.
01:03Donc rien que pour ça, les choses seront un peu difficiles.
01:06Ensuite, il y a le contexte macro-financier.
01:08On a une inflation qui a quand même accéléré sur les derniers mois.
01:13Le dernier chiffre qu'on a, c'est une inflation à 4,2% aux Etats-Unis sur le mois
01:19de mai.
01:20Donc voilà, une inflation qui est bien au-dessus de la cible des 2%,
01:23mais surtout, ce qu'il faut avoir en tête, c'est que l'inflation, ça fait maintenant 5 ans,
01:28ça fait plus de 5 ans qu'elle est au-dessus de la cible des 2% de la Fed.
01:32Donc en fait, la Fed doit faire attention à tout,
01:34tout simplement parce que l'inflation est restée au-dessus de la cible pendant 5 ans.
01:38C'est ça, c'est-à-dire que la hausse des cours du pétrole est venue ajouter de l'inflation
01:40à une inflation qui existait déjà.
01:42Qui était déjà relativement élevée, en tout cas au-dessus de la cible.
01:45Et ensuite, ce qu'il faut dire, c'est que la Fed, elle a un double objectif.
01:49Elle a deux mandats.
01:50Il y a la stabilité des prix et il y a le plein emploi.
01:53Et là, dernièrement, les rapports sur l'emploi ont plutôt été bons.
01:56Ça fait trois fois qu'on a un rapport sur l'emploi qui est plutôt pas mal.
02:00Et sur les trois derniers mois, il y a eu des créations d'emplois pour plus d'un demi-million.
02:03Et là, l'argument qu'il pouvait y avoir en début d'année de peut-être baisser les taux parce
02:08que le marché du travail se tenait pas très bien,
02:10il s'est un peu dissipé finalement sur les derniers mois.
02:14Et là non plus, il n'y a pas de raison de baisser les taux.
02:16C'est pour ça que je dis que pour Kevin Warch, les débuts vont être difficiles.
02:21Mais non seulement vous n'attendez pas de baisse de taux, mais un statu quo, c'est le pari du
02:25marché.
02:26Mais est-ce qu'une hausse de taux même serait nécessaire ?
02:28Hier, Christian Biteau nous disait, une hausse de taux, c'est pas urgent, mais peut-être que pour les questions
02:33de crédibilité, pour asseoir sa crédibilité.
02:35Kevin Warch, c'est quand même sa première décision politique monétaire comme président de la FED.
02:38Ce serait bien qu'il en fasse une, mais une petite.
02:40Alors pas forcément 25 points de base.
02:41Allez, 15 points de base.
02:42Non, je n'y crois pas du tout.
02:45Il vient d'être nommé par Donald Trump.
02:48Et si le FOMC remontait au directeur, on peut imaginer que le lien qu'il peut y avoir entre Kevin
02:54Warch et Donald Trump se romperait quasiment instantanément.
02:58C'est grave.
02:59Comment ?
02:59C'est grave.
03:00C'est grave pour Kevin Warch, ça pourrait être grave.
03:02C'est pas agréable, mais est-ce que c'est grave ?
03:03On a pu voir ce qui s'est passé sur les dernières années entre Jerome Powell et Donald Trump.
03:08Et ça serait une situation quand même très inconfortable pour lui.
03:10Ce qu'on pourrait dire peut-être aussi, c'est que Kevin Warch, il arrivait avec une sorte de corpus
03:16idéologique qui disait que l'intelligence artificielle allait amener de la désinflation.
03:21C'était son gros argument pour dire qu'il fallait que la FED baisse ses taux.
03:27En revanche, ce qu'on peut voir sur les derniers mois, c'est plutôt l'inverse.
03:31C'est plutôt que le cycle d'investissement dans l'IA a peut-être produit des tensions inflationnistes.
03:36Je pense aux semi-conducteurs.
03:38On a les prix à l'importation aux Etats-Unis qui sont sortis hier.
03:42Et en fait, si on regarde depuis le début de l'année, le prix des semi-conducteurs importés par les
03:46Etats-Unis a augmenté de 26%.
03:48Donc en fait, ça faisait 40 ans que le prix des semi-conducteurs n'arrêtait pas de baisser.
03:52Et tout d'un coup, ça a baissé de 26% depuis le début de l'année.
03:55Et ça a des répercussions sur le prix de pas mal de produits électroniques comme les smartphones ou les ordinateurs,
04:01par exemple.
04:01Et si on regarde le prix des ordinateurs importés aux Etats-Unis, depuis le début de l'année, l'a
04:05augmenté de 7% aussi.
04:06Donc on voit que finalement, alors que Warch pensait que l'IA apporterait de la désinflation, on a plutôt eu
04:12une petite accélération.
04:14Et alors, il voudrait aussi changer la grammaire de la Fed.
04:16Moins communiquer, moins de conférences de presse, peut-être la fin des dotplots également.
04:20Enlever de la visibilité au marché pour rendre à la Fed plus de marge de manœuvre.
04:25Est-ce que ça peut être malin ?
04:26C'est quelque chose qui pourrait être fait.
04:29Maintenant, quand je vois cette déclaration dans laquelle il dit qu'il ne veut pas que la Fed essaye de
04:35tout expliquer, ça me fait un petit peu peur.
04:38Parce que là, on avait quand même une Fed qui expliquait à peu près de façon raisonnable ce qu'elle
04:41faisait, sans trop en dire non plus sur son état d'esprit.
04:45Donc c'est quelque chose qui fait peut-être un petit peu peur.
04:48Et pendant ce temps, le pétrole, le pétrole baisse nettement.
04:51On est à 79 dollars aujourd'hui pour le baril de Brent.
04:53L'Agence internationale de l'énergie a publié ses nouvelles prévisions quant à la demande mondiale en pétrole.
04:57Elle abaisse sacrément sa prévision de demande mondiale en pétrole pour cette année.
05:01Vous y voyez le signe d'une moindre craissance économique ou d'une décarbonation, d'une transition énergétique accélérante ?
05:07Alors, je pense que...
05:08Vous allez me dire les deux, mais en vrai.
05:10C'est sûr qu'il y a les deux, mais en réalité, c'est surtout l'équilibre de prix qui
05:14fait que la demande augmente moins.
05:16On a des prix du pétrole qui sont plus élevés qu'en début d'année.
05:19Donc forcément, une demande qui progresse moins.
05:21Et c'est surtout de ce côté-là qu'il faut voir les choses.
05:24C'est vraiment cet équilibre de prix qui peut faire qu'on peut se retrouver avec un surplus d'offres,
05:28finalement, d'ici quelques trimestres.
05:31Alors, cela dit, les cours qui baissent, ça peut peut-être faire nos affaires, nous, en Europe.
05:35On voit que les prévisions de croissance sont quand même réduites très nettement, en particulier chez nous, en France.
05:39Ça peut peut-être nous rendre service ?
05:41Bien sûr.
05:42Alors, là, pratiquement la seule raison pour laquelle la prévision de croissance de la France a été abaissée par la
05:48Banque de France,
05:48et quasiment la seule raison pour laquelle les prévisions de croissance de la zone euro ont été abaissées par la
05:52BCE,
05:52c'est la hausse des prix du pétrole.
05:54Donc, si on a une décrue des prix du pétrole,
05:57effectivement, on pourrait imaginer que la croissance, finalement, soit peut-être un tout petit peu plus forte que prévu.
06:01– Oui, mais cette baisse des cours du pétrole ira-t-elle beaucoup plus loin que ce qu'on a
06:05déjà observé ?
06:06Là, on a 79 dollars le baril.
06:07Patrick Pouyanné, le patron de Total Energy, répondait tout à l'heure aux députés,
06:10il répondait dans une session de questions-réponses au Parlement,
06:13et il a expliqué que, même si le détroit d'Hormuz rouvrait aujourd'hui,
06:17un retour à la normale d'ici n'arriverait pas, un retour à la normale avance six mois à un
06:21an.
06:22Il a donné l'exemple de Total Energy, il dit,
06:23nous avions 11 pétroliers bloqués dans le golfe par la fermeture du détroit d'Hormuz,
06:28nous en avions 11, on a réussi à en sortir 3, on va tous les sortir,
06:31mais pour les ramener dans le golfe, on va quand même regarder à deux fois,
06:34vérifier que la paix est vraiment installée.
06:35Donc, le pétrole n'est pas forcément prêt à couler à flot sur le monde.
06:38– Il y a des facteurs contradictoires.
06:40Ce qu'on peut voir, c'est que, là, actuellement, dans le golfe Persique,
06:43il y a à peu près 160 millions de barils qui attendent d'être sortis,
06:47donc ça, ça fera un effet un peu d'encombrement peut-être dans les raffineries.
06:51Après, c'est très clair que la production dans les pays de l'OPEP
06:55mettra quand même pas mal de temps à revenir à son niveau d'avant-guerre.
06:57On estime généralement que ça remettra au moins jusqu'à la fin de l'année,
07:01il faudra au moins attendre jusqu'à la fin de l'année
07:02pour avoir un retour de la production dans les pays de l'OPEP,
07:04alors au niveau d'avant la guerre.
07:06– Et pendant ce temps, les devises, quand même, l'euro a pas mal,
07:08ou le dollar a remonté depuis ses plus bas, largement.
07:11On était à l'euro 1,19$ il y a quelques semaines, maintenant on est à 1,16$.
07:16Bon, d'après le FT, les investisseurs se ruent sur les paris haussiers sur le dollar.
07:19Et là, pourquoi ? Parce que les investisseurs parient sur le retour
07:21de l'exceptionnalisme américain.
07:23– Moi, je n'y crois pas.
07:25En fait, ce qu'on peut voir sur les derniers mois,
07:27c'est que la parité euro-dollar, il y a deux déterminants.
07:30Il y a les prix du pétrole, le dollar est très corrélé positivement au dollar.
07:34Donc là, actuellement, le fait que le pétrole baisse,
07:37ça devrait plutôt faire baisser le dollar.
07:39L'autre déterminant, c'est le différentiel de taux d'intérêt
07:41entre les États-Unis et puis l'Europe.
07:43Et actuellement, sur les derniers jours en tout cas,
07:45les taux américains ont peut-être baissé un peu moins que les taux européens.
07:49Et ça, ça a finalement freiné le mouvement de remontée de la parité euro-dollar.
07:56– Oui, et vous voyez la suite comment.
07:57Du coup, c'est toujours difficile de prévoir l'évolution des changes.
07:59Mais est-ce que vous estimez que là, on est à peu près sur le niveau d'équilibre
08:02entre l'euro et le dollar ?
08:03– Non, le dollar est encore cher.
08:06– Si on regarde sur plusieurs décennies,
08:09finalement, qu'on fait une sorte de moyenne de long terme,
08:10on voit que le dollar, finalement, est encore au-dessus de sa moyenne de long terme.
08:14– Bastien Drus, CPRAM, et donc votre message.
08:16Pour Kevin Walsh, les débuts ce soir seront sans doute compliqués
08:19à la tête de la FED et sa première conférence de presse
08:22à suivre à partir de 20h30.
08:23Merci beaucoup Bastien de nous avoir accompagnés aujourd'hui.
08:27Dans quelques minutes, Culture Bourse, une idée de valeur en plus.
08:29Si vous souhaitez compléter vos portefeuilles boursiers,
08:31ce sera avec les experts d'Erasmus Gestion
08:33qui nous feront découvrir une valeur européenne,
08:35selon eux, à fort potentiel.
08:37Rendez-vous à 16h10 pour la découvrir.
08:39– Sous-titrage ST' 501
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