- il y a 12 heures
Avec Me Sophie Obadia, avocate pénaliste
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NewsTranscription
00:00Le Grand Matin Sud Radio, la vérité en face, Jean-François Aquili.
00:05La colère des Français après le meurtre de Liana dans le Gers, faut-il être plus sévère avec la justice
00:12?
00:13Ou au contraire, lui donner plus de moyens ?
00:16La question est posée, alors que le gouvernement propose de durcir les textes juridiques.
00:21Nous allons les égrener dans cette demi-heure qui vient.
00:25Les magistrats, les avocats réclament un choc de moyens, de matériel, de recrutement, de formation pour multiplier les lois sans
00:33donner la possibilité de les appliquer.
00:35Ne résoudra pas cette zone grise, une sorte de problème systémique qui aura au fond existé entre le dépôt d
00:45'une plainte et son traitement réel par le parquet.
00:48Bienvenue maître Sophie Obadia.
00:51Bonjour, merci de vous recevoir, c'est gentil.
00:53C'est un moment, on va dire, un peu complexe auquel vous allez être confrontés parce qu'on va ouvrir
00:57un peu la boîte à outils, des outils qui viennent de toutes parts,
01:01qui viennent d'être ouvertes là par le gouvernement, par le garde des Sceaux, le Premier ministre, dans le désordre,
01:08les personnalités politiques.
01:09Je rappelle que vous êtes avocate pénaliste au barreau de Paris et d'Axon-Provence, vous connaissez bien le sujet.
01:15Vous m'avez avoué que vous étiez également originaire du Gers.
01:19Oui, je suis du Gers.
01:19Vous êtes, j'imagine, sensibilisée particulièrement, si je puis dire, à ce terrible drame du beurtre de Liana.
01:28Je rappelle que ses obsèques, les obsèques de cette petite fille de 11 ans qui a été tuée, se dérouleront
01:34demain dans la plus stricte intimité à Florence, dans le Gers.
01:38Maître Sophie Obadiat. Première question en générique. Que dites-vous de cette pluie, littéralement, de propositions qui affluent de tous
01:48bords politiques depuis, on va dire, la découverte du corps, disons les choses comme elles sont ?
01:54Est-ce que cela vous paraît intéressant, raisonnable, absurde ?
01:59Alors, intéressant, évidemment. C'est très intéressant, puisque je pense que le droit pénal érigue toutes les conversations en France,
02:06en fait.
02:07À table, tout le monde parle de ça. Combien doit-il prendre ? Combien ça vaut ? Etc.
02:11C'est le cas pour Patrick Bruel.
02:12Absolument.
02:12Fallait-il rester...
02:13Ça passionne les Français. Est-ce qu'il doit être placé en détention provisoire ou pas ? Donc c'est
02:18un débat de société auquel j'adhère, évidemment.
02:22En revanche, là, nous assistons effectivement à une foire démesurée de propositions qui ne répondent pas à la question.
02:30C'est quoi ? C'est le concours Lépine ?
02:32En tout cas, ça va trop vite. Ce sont des questions de société profondes. Le droit pénal, c'est qu
02:37'est-ce qu'on veut protéger ?
02:38Les personnes, les biens, les majeurs, les mineurs ? Est-ce qu'on veut favoriser la peine ? Est-ce
02:44qu'on veut encore parler de réinsertion ?
02:46Ce sont des grands sujets, en fait, qu'on traite, là, sur un coin de table, parce qu'il y
02:50a un grand affolement qui gagne la classe politique.
02:53Et à juste titre.
02:54Parce que la colère des Français ne retombe pas.
02:56Mais parce que ce qui s'est passé est extrêmement grave. Et en même temps, très simple.
03:00C'est simplement une négligence, à un moment donné, de services compétents qui n'ont pas su donner l'alerte
03:09ou l'alarme de façon claire et responsable.
03:13En réalité, moi, je ne sais pas ce que dira l'enquête, mais enfin, on le devine quand même.
03:16Quand on pratique, comme moi, au quotidien, on sait ce que c'est que pousser une plainte dans un commissariat.
03:22C'est-à-dire appeler, rappeler, demander où en est la plainte, aller sous la pile si vous pouviez la
03:26faire remonter.
03:26« Ah oui, mais il y a des investigations, on n'a pas que ça à faire, ce n'est
03:29pas une priorité, etc. »
03:31Sans présumer, vous avez raison de le rappeler, ce que dira cette enquête, il y a une double enquête.
03:35Double enquête, exactement, c'est la première fois, d'ailleurs.
03:36Que ce soit auprès de, par la chancellerie des services judiciaires et par le ministère intérieur de la gendarmerie.
03:43Quand vous vous poussez, comme vous dites, un dossier, qu'est-ce qu'il y a face à vous ?
03:47De l'inertie ? Parfois du je m'en foutise ?
03:51Ou alors, vous voyez des fonctionnaires qui croulent sous le travail, qui n'y arrivent pas ?
03:56Ou alors, des systèmes informatiques qui sont totalement obsolètes ?
03:59C'est un mélange de tout ça, et j'ai envie de vous dire, c'est au petit bonheur la
04:03chance, parfois, voyez-vous.
04:04Il y a tellement de condescendance aussi, quand on appelle.
04:07C'est-à-dire ?
04:07Eh bien, c'est-à-dire, au lieu de travailler tous ensemble, c'est ce que je recherche, moi, c
04:12'est-à-dire que, vraiment, je ne suis absolument ni l'ennemi de la police, ni l'ennemi des gendarmes,
04:17ni l'ennemi des magistrats.
04:19Nous devons tous travailler ensemble, c'est une chaîne, ça s'appelle la chaîne pénale.
04:23Eh bien, quand vous téléphonez, vous êtes avocat, ah, c'est pas bonjour, on est content de vous parler, voyez,
04:28c'est ah, qu'est-ce que vous voulez ?
04:29Encore m'empêcher de... Ben non, je vous demande où on est la plainte.
04:32Vous avez des A au bout du fil ?
04:34Ben, bien sûr, pas systématique.
04:36Non, non, non, non, souvent, on dérange, voyez, alors qu'on est là, en train de faire notre travail, et
04:41le travail consiste à faire avancer les plaintes quand on est du côté des plaignants.
04:47Donc, vous savez, l'accueil qui a été fait à la maman de la petite Rosa, ça ne m'étonne
04:52pas, je ne dis pas.
04:53Donc, c'est la fameuse plainte déposée en août 2025, et quelques mois plus tard, rien ne se passe.
04:58Rien ne se passe, et puis surtout, elle a rappelé qu'elle appelait systématiquement chaque début de semaine, pendant que
05:04son enfant était chez le psychologue,
05:05dans la salle d'attente, elle passait un coup de fil pour savoir où on était la plainte, et qu
05:08'un jour, on lui aurait répondu,
05:10ben écoutez, ça suffit maintenant, arrêtez de nous harceler, parce que sinon, on va faire une main courante.
05:15Voilà, alors, c'est certainement pas le quotidien des services de gendarmerie, de milieu de police, mais ça ne devrait
05:21même pas exister, ça ne devrait pas être possible.
05:23C'est le service public, c'est le service public, et on doit répondre correctement aux gens qui viennent.
05:28Maître Sophie Obadia, parmi les annonces qui ont été faites, si je puis dire, il y a celle du Premier
05:34ministre.
05:35Création, j'ouvre la boîte à outils, c'est intéressant, parce qu'on essaie de comprendre, parce que nous sommes
05:40tous là,
05:40et nous, les médias a égrené les annonces, mais sans vraiment savoir ce qu'il y a sous le capot.
05:46Création de peine de perpétuité, donc c'est 20 ans ?
05:50C'est 20 ans, oui, ça peut être 30 ans s'il y a des actes, si le viol est
05:55suivi de la mort, ça peut même être perpétuité s'il y a des actes de torture et de barbarie.
05:59La perpétuité réelle, quelle est-elle ? C'est 30 ans, non, en général ?
06:02La perpétuité, dans ce pays, c'est un problème aussi, parce que c'est un concept, et qu'en fait,
06:07la perpétuité,
06:09quelques détenus en France sont effectivement en train de vivre une détention à perpétuité.
06:14Ils ne sortiront jamais.
06:14Ils ne sortiront jamais, parce qu'ils sont trop dangereux. Ils sont peu nombreux, d'accord ?
06:19Mais on dit que la perpétuité n'existe pas dans ce pays. Ça n'est pas vrai.
06:23Elle est peu appliquée, mais elle existe pour des cas bien spécifiques.
06:28Donc là, la boîte à idées, comme vous dites, c'est la perpétuité pour les viols commis sur enfants.
06:35En série.
06:35En série.
06:36Je précise bien, en série, parce que la notion de sérialité est assez importante en ce moment, y compris dans
06:42les affaires MeToo.
06:44Écoutez, parlons-en, débattons-en. Je ne dis pas que c'est un tabou du tout,
06:48mais on ne peut pas le proposer comme ça sur un comptable.
06:50Et puis, de toute façon, j'ai envie de vous dire, ce sont les peines encourues.
06:54Et ça non plus, les Français ne le comprennent pas, parce que l'institution judiciaire ne le dit pas suffisamment.
06:58La peine encourue, c'est la peine maximale, mais ça n'est pas systématiquement la peine prononcée par un jury
07:04populaire, par exemple.
07:06Donc, ne confondons pas tout. Expliquons qu'il y a un maximum, que ce n'est pas nécessairement la peine
07:12maximale qui sera...
07:13Donc, le violeur en série, on va dire les choses cachent, peut encourir une peine de perpétuité.
07:17C'est la formule qu'il faudrait employer.
07:19Vous avez aussi l'encadrement des délais d'enquête, toujours Sébastien Lecornu.
07:24Fixation d'un délai maximal de trois mois pour réaliser les actes d'enquête lorsque le crime concerne un enfant.
07:30Un délai maximal de trois mois, ce n'est pas un jour ?
07:33Alors, d'abord, ça devrait être un jour, vous avez raison, mais en plus, ce n'est pas forcément trois
07:37mois pour réaliser l'enquête.
07:38C'est pour commencer les premiers actes.
07:40Donc, il y a une nuance.
07:41C'est-à-dire que ce n'est pas en trois mois qu'on va clôturer une enquête sur des
07:45faits d'une telle gravité.
07:46En revanche...
07:46C'est une forme d'aveu, d'ailleurs, de l'inefficience de l'appareil judiciaire.
07:50C'est-à-dire qu'on ne peut plus laisser traîner des plaintes lourdes aussi longtemps.
07:54Elles doivent être enregistrées, mais ça ne suffit pas de les enregistrer.
07:58Il faut commencer les premiers actes d'investigation.
08:01Et, par exemple, ce premier acte d'investigation, c'est regarder sur les fichiers, ce qui aurait dû être fait.
08:06Fichier des antécédents judiciaires, puis ensuite fichier Cassiopée dans la chaîne pénale judiciaire.
08:12Savoir si la personne contre laquelle on enquête est déjà connue des services de police.
08:16Ça, c'est un premier acte.
08:17Les fichiers existent, quand nous entendons, c'est une autre proposition, celle d'un député Les Républicains,
08:24qui, lui, Antoine Vermorel, aimerait établir un fichier national des agresseurs sexuels calqué sur le fichier S.
08:33Oui.
08:34Ça n'existe pas ?
08:35Non, à l'heure actuelle, ça n'existe pas.
08:37Si, alors il y a un fichier des antécédents judiciaires de l'OFNEG pour les délinquants sexuels,
08:42mais c'est post-condamnation.
08:43Là, on voudrait qu'il soit adjoint toutes les personnes qui sont passées par la case enquête.
08:51Donc, y compris les gens qui ont bénéficié d'un non-lieu ou qui ont été mis hors de cause.
08:55Ça pose évidemment un problème, parce que quelqu'un qui a été totalement mis hors de cause,
09:00est-ce qu'il peut apparaître sur un fichier ?
09:02Alors, il faudrait des mentions, j'ai écouté hier soir les uns et les autres,
09:05il faudrait des mentions pour préciser, non, n'a pas été condamné finalement.
09:11On est d'accord pour dire que pour le périscolaire parisien, par exemple,
09:14si les fonctionnaires de la ville de Paris, on va dire, auditionnent les candidats,
09:20puissent cliquer sur un fichier et dire, ben pas vous, quoi.
09:24Oui, mais c'est ce qu'ils proposent.
09:26Et d'après ce que j'ai entendu hier soir,
09:27il paraîtrait que 7000 candidats auraient été blacklistés dès lors qu'ils avaient des antécédents.
09:34Ça me paraît énorme comme chiffre, mais bon.
09:36Écoutez, je ne sais pas, on en parle trop vite et mal, vous voyez ce que je veux dire ?
09:39Il faut débattre plus sérieusement, ce sont des questions très graves.
09:42Ça ne se débat pas sur un coin de table, c'est ce que vous disiez tout à l'heure.
09:45Et il y a aussi l'obligation de motivation du classement sans suite.
09:50C'est-à-dire que si votre dossier passe à la poubelle, il faut qu'on vous explique.
09:53Mais ça, ça existe déjà, ça existe déjà, absolument.
09:55Vous avez un formulaire qui, en plus, a été revu récemment,
09:58avec un certain nombre de cases.
09:59Et vous pouvez même, le magistrat, le parquetier peut même ajouter à la main une précision.
10:04Alors là, on arrive de loin, parce que le classement sans suite,
10:07moi, je l'ai connu comme étant dans les limbes.
10:09C'est-à-dire, quelqu'un avait déposé plainte, plus jamais de nouvelles, plus jamais rien.
10:12Et puis, vraiment, s'il allait à la pêche grâce à un avocat,
10:15il savait que ça avait été classé sans suite.
10:17Aujourd'hui, il y a une obligation quand même de l'écrire,
10:19de dire et d'adresser un courrier pour dire que ça a été classé sans suite
10:22et quel est le motif.
10:24Et ensuite, attention, je le précise bien,
10:26classement sans suite, ça ne veut pas dire fin de l'histoire.
10:28Vous pouvez, grâce à un avocat, ou à travers un avocat,
10:31déposer une plainte à la constitution de parti civil pour aller plus loin.
10:35Donc, ce n'est pas la fermeture totale.
10:36Non, ce n'est pas la fin de l'histoire.
10:37Mais ce que vous décrivez, et nous allons marquer une pause
10:39et nous allons revenir sur tous ces sujets avec vous,
10:41Maître Sophie Aubadia, vous nous éclairez ce matin,
10:44parce que vous décrivez une forme quand même de désinvolture
10:46de l'appareil qui est en face, qu'il soit judiciaire
10:48ou, on va dire, celui des commissariats de police
10:52et des casernes de gendarmerie.
10:55On a l'impression que c'est quand même une sorte de machine
10:58qui a du mal à communiquer.
11:01Je ne pense pas que tous les outils sont déjà là.
11:03Il y a beaucoup d'outils qui existent.
11:04Même si on parle de problèmes informatiques,
11:06le côté L627 des choses.
11:09Oui, l'informatique est vieillissante.
11:11Elle n'a jamais été bien pensée.
11:13Parce que comme la justice est indépendante,
11:15elle pense pouvoir gérer seule les problèmes matériels
11:18et ne pas faire confiance, par exemple, à la désentreprise extérieure
11:20de façon, je dirais, professionnelle,
11:23comme le ferait n'importe quelle grande institution.
11:26Donc, on a des problèmes.
11:27On a des retards.
11:29Il y a des coordinations qui ne se font pas.
11:31Il y a une mauvaise organisation.
11:33Mais, j'ajoute, et là, je vous rejoins,
11:35il y a aussi une forme de, comment dire,
11:39de fonctionnalisation au mauvais sens du terme
11:41qui consiste à dire, vous attendez,
11:43vous faites la queue comme tout le monde,
11:44il y a une pile, vous êtes en bas de la pile, on verra.
11:46Et ça, c'est insupportable pour le justiciable.
11:49C'est-à-dire cette attente qui fait que la justice est très lente.
11:52Alors, faut-il, on va marquer une pause,
11:54faut-il une loi globale,
11:55comme le souhaite Yael Bronk-Pivé ?
11:58Faut-il des commissions d'enquête sur ce qui s'est passé ?
12:00Nous allons en parler dans un instant également.
12:03Et puis, également, ce manque de moyens.
12:06Un coup, c'est oui, un coup, c'est non.
12:07Avec les déclarations publiques, on va voir ça avec vous.
12:09Vous nous appelez si vous souhaitez réagir
12:11et échanger avec Maître Sophie Obadiens au 0826 300 300.
12:14A tout de suite pour la suite de La vérité en face.
12:18Le Grand Matin Sud Radio, La vérité en face,
12:22Jean-François Aquili.
12:23Avec Maître Sophie Obadiens,
12:25bocat de pénaliste au barreau de Paris et d'Aix-en-Provence,
12:27vous nous éclairez littéralement ce matin.
12:29J'essaie, j'essaie, parce que c'est compliqué.
12:31Franchement, c'est d'une grande clarté.
12:33Parce que tout ce qui a été posé sur la table,
12:35soudain, nous découvrons que peut-être
12:37la loi était forcément incomplète.
12:39Après toutes ces lois successives,
12:41année après année, drame après drame,
12:43Sophie Obadiens, c'est un meurtre d'une loi à chaque fois.
12:46Oui, vous savez bien que ça fonctionne comme ça
12:47depuis au moins 25 ans.
12:49Et que pour les magistrats,
12:50c'est extrêmement compliqué d'absorber,
12:52en plus, toutes ces nouvelles lois.
12:54Vous savez, moi j'ai des affaires,
12:55notamment de mœurs,
12:56où la peine prononcée est illégale.
12:59C'est-à-dire que concrètement,
13:00le magistrat a raté une réforme
13:02tant il y en a.
13:03Donc la Cour de cassation retoque en disant
13:05non, la peine n'est même plus dans le code.
13:08Ah oui, pardon.
13:09Oui, mais parce que ça change tout le temps.
13:11Allez, Paul nous appelle de Toulouse.
13:13Bonjour à vous.
13:14Soyez la bienvenue.
13:16Bonjour.
13:16Bonjour.
13:16Alors, Maître Sophie Obadiens vous écoute.
13:19Que dites-vous ce matin, Paul,
13:21sur toutes ces propositions ?
13:24A fait remonter en moi un drame que j'ai vécu,
13:28puisque aujourd'hui, j'ai une fille de 57 ans.
13:31Et j'habitais Marseille à l'époque.
13:34Et elle avait 12 ans.
13:35Et je l'avais laissée jouer avec les enfants
13:38du gardien de l'immeuble.
13:40Il y avait une douzaine d'enfants dont sa sœur.
13:42Et il y avait un jeune homme qui était là,
13:44qui attendait, que j'ai vu,
13:45mais que, voilà, j'ai été chercher mon pain
13:48le plus vite possible,
13:49parce que je ne l'ai laissée jamais très longtemps.
13:51Et en plus, là, elles étaient gardées.
13:53Et quand je suis revenue,
13:54il y avait un attroupement.
13:56Ce jeune homme l'avait emmené ma fille
13:57en lui disant,
13:58est-ce que tu connais la dame
14:00qui est un petit chien blanc ?
14:02Truc classique, quoi.
14:03Et ma fille l'a suivie en lui disant,
14:04oui, je connais.
14:06Il l'a emmené dans les étages.
14:07Et là, il l'a fait toucher son sexe et tout.
14:10Et elle a poussé un cri énorme.
14:12Et ça fait peur à ce type.
14:15Et elle est redescendue en courant.
14:18Elle a été le dire au gardien de l'immeuble.
14:20Il y a eu un attroupement terrible.
14:22Quand je suis revenue, j'ai vu tout ça.
14:24J'ai été très, très, très, très remuée.
14:25La vie s'imagine.
14:26J'ai emmené ma fille au commissariat.
14:29Au commissariat, on m'a reçu en disant,
14:32oui, mais alors, que s'il t'a fait, petite fille ?
14:34Ceci, là, ma fille était en pleurs.
14:36Je lui ai dit, m'attendez, vous plaisantez.
14:37Elle vient d'être traumatisée.
14:39Mais vous ne prenez aucune précaution
14:41pour l'interroger et tout.
14:43Et je suis donc partie du commissariat
14:44en claquant la porte.
14:46J'ai cherché ce type dans tout le quartier.
14:49Et j'étais révoltée.
14:51Et ce qui m'a fait le plus mal,
14:53c'est que quelques mois après,
14:55il y a eu à Marseille l'affaire de cette petite Dolorès-François.
15:00Ce que vous nous dites,
15:02votre témoignage, Paul, est terrible ce matin.
15:04Ce que vous nous dites,
15:05et d'abord, j'entends votre émotion,
15:07et je vous remercie de pouvoir nous dire ces choses
15:11qui sont vraiment dures à exprimer,
15:15Maître Sophie Obadia.
15:16J'imagine que vous êtes confrontée souvent.
15:17C'est comme deux ans, monsieur.
15:18C'est comme deux ans.
15:19Et vous vivez la chose toujours avec une grande émotion,
15:24j'imagine.
15:24Ça ne s'efface jamais.
15:25Oui, si je l'avais trouvée sur le trottoir,
15:29je peux vous dire que...
15:29Et vous n'avez pas été entendue
15:32quand vous avez poussé la porte du commissariat.
15:33Pas du tout, pas du tout.
15:36Maître Sophie Obadia,
15:37c'est difficile de prendre la parole derrière, mais...
15:40Alors, ce que je peux dire,
15:41c'est qu'aujourd'hui, heureusement,
15:44même si, évidemment,
15:45l'affaire du Gers est un dysfonctionnement majeur,
15:49globalement, madame,
15:50globalement, les plaintes, aujourd'hui,
15:53sont mieux reçues qu'elles ne l'étaient autrefois.
15:55Mieux.
15:56C'est-à-dire que, concrètement,
15:58je vous le dis pour que vous le sachiez pour les autres,
16:00aujourd'hui, dans la plupart des commissariats,
16:03lorsqu'on vient pour une affaire de nature sexuelle,
16:06il n'est pas rare de trouver un petit objet
16:09où vous signalez dès votre arrivée,
16:11c'est un espèce de petit boîtier,
16:13où vous signalez que vous venez pour une affaire de cette nature,
16:16qui est donc une affaire intime,
16:17et que vous soyez immédiatement mis à part
16:19et reçus par des policiers formés.
16:23Ça, en tout cas, ça existe,
16:25c'est de plus en plus répandu,
16:26ça n'est pas encore le cas sur tout le territoire,
16:28et ça s'est beaucoup amélioré,
16:29de telle manière que l'enfant ne soit pas
16:32à nouveau traumatisé,
16:33parce que ça s'appelle, en fait,
16:34une victimisation secondaire.
16:35Le fait d'être mal reçu par les services de justice,
16:38et c'est la double peine.
16:39C'est la double peine,
16:40ça s'appelle la victimisation secondaire.
16:41Et on essaye, quand je dis on,
16:43c'est l'État, évidemment,
16:44d'y remédier le mieux possible.
16:46Ça n'est pas encore parfait,
16:47mais ce qui vous est arrivé,
16:49peut-être, et je le souhaite,
16:50aujourd'hui ne serait pas arrivé de la même manière.
16:53Merci en tous les cas, Paul,
16:54pour ce témoignage ce matin.
16:56Votre émotion est intacte,
16:58nous l'entendons,
16:59en espérant que les choses s'améliorent
17:01dans l'avenir.
17:02Merci Paul, merci à vous,
17:03depuis Toulouse,
17:04pour ce témoignage sur l'entête de Sud Radio.
17:06Maître Sophie Obadia,
17:08pour poursuivre ce que Paul a évoqué.
17:11Yael Brown-Pivet,
17:12autre proposition,
17:14qui dit qu'il faut une sorte de merde
17:16de toutes les batailles,
17:17une loi globale,
17:19intégrale, pardonnez-moi,
17:21intégrale,
17:21c'était le mauvais qualificatif,
17:23contre les violences sexistes et sexuelles.
17:25Qu'est-ce que ça veut dire ?
17:26Alors, en France,
17:28quand on n'a pas d'idée,
17:29on regarde ce qui se passe à l'étranger.
17:30Et on regarde l'Espagne, en l'espèce.
17:32C'est-à-dire qu'en Espagne,
17:34il se dit,
17:35mais je vous dis bien,
17:36qu'ils sont parvenus à de grands résultats
17:40contre les féminicides
17:42et contre les violences faites aux femmes.
17:44Alors, il faut savoir que l'Espagne et la France
17:45n'ont pas du tout la même culture,
17:47pardon de le dire.
17:48C'est un exemple systématiquement.
17:50Oui, mais moi je vous dis que
17:52pour avoir regardé d'un peu plus près,
17:54attention, là aussi, attention.
17:56Il y a de bonnes idées dans le système espagnol,
17:59mais tout n'est pas à prendre.
18:00D'abord parce que les féminicides
18:02existent toujours en Espagne.
18:03Il y a encore à peu près 50 femmes
18:06qui décèdent par an en Espagne.
18:07Donc le problème n'est absolument pas
18:10complètement intégralement résolu.
18:12Et puis moi, pour être avocat aussi de la défense,
18:14je considère qu'en Espagne,
18:15on est allé assez loin,
18:17peut-être un peu trop loin.
18:18C'est-à-dire que certains procès,
18:19aujourd'hui, se tiennent quasiment
18:21sans la présence de l'auteur
18:23qui est tenu à part dans une pièce à part.
18:26Attention, il y a quand même un équilibre
18:28à trouver,
18:28et je trouve que cette intégralité
18:31pourrait m'inquiéter dans le sens
18:33où, attention, ne pas être radical.
18:35La justice, ça n'est pas la radicalité.
18:37Sophie Obadia, il nous reste une minute,
18:39ça va trop vite.
18:40Là aussi, l'émission, je parlais.
18:42Oui, tout va trop vite.
18:43Qu'est-ce que vous attendez au fond de...
18:45Bon, il y a eu ce drame,
18:46il y aura ces obsèques dans l'intimité,
18:48il y a cette colère qui ne retombe pas.
18:50C'est un peu le phénomène
18:51qui inquiète le gouvernement.
18:54Qu'est-ce que vous attendez
18:55dans les jours, les semaines qui viennent
18:57de ce drame ?
18:58Moi, ce que j'attends...
18:59Des leçons à tirer de ce drame ?
19:00Non, mais au quotidien,
19:01c'est le retour de la conscience professionnelle,
19:03si vous voulez.
19:04Je pense que tout un chacun,
19:05s'il a une conscience professionnelle,
19:07s'il aime sa mission,
19:08s'il travaille sérieusement,
19:10peut y arriver.
19:11Je pense que le laisser aller,
19:12la négligence, la désinvolture,
19:14évidemment, ne peuvent amener
19:15qu'à des drames de cette nature.
19:16Donc, l'enquête le dira.
19:17Je ne suis pas sur la ligne C-systémique,
19:21mais je dis qu'il y a trop de personnes
19:22qui ne font pas assez bien leur travail
19:25et que la mission n'est pas toujours bien menée
19:26dans le cadre du service public.
19:28Il y aura des choses, peut-être,
19:29plutôt positives à appréhender
19:31dans tout ce qui a été mis sur la table.
19:33J'imagine, il y a à boire et à manger,
19:35comme on dit.
19:35Oui, il y aura beaucoup à dire,
19:36mais je crois que la hiérarchie
19:38doit remonter les troupes
19:39en disant, voilà, le travail est long,
19:42le travail est difficile à accomplir,
19:43ça a commencé,
19:44puisque là, on demande
19:44de réexaminer 70 000 plaintes.
19:46Donc, ça y est, on remet tout le monde au travail.
19:48Oui, sans les places de prison
19:50pour les détentions provisoires,
19:51ça va être compliqué.
19:52Ah, mais ça n'a pas de lien direct.
19:53C'est-à-dire que les plaintes en question,
19:54c'est au moins pour ouvrir
19:55et donner une réponse
19:56à ceux qui sont venus déposer plainte.
19:58C'est ça.
19:59Voilà, ouvrir les dossiers.
19:59Ça n'a rien à voir avec la détention
20:01qui est un autre temps de l'action judiciaire.
20:03En tous les cas, merci, Maître Sophie Obadiah.
20:05Vous reviendrez, parce que je crois
20:07qu'il y a quelques épisages,
20:08c'est un feuille de temps qui démarre.
20:10Avocate pénaliste au barreau de Paris
20:12et d'Aix-en-Provence,
20:13merci de nous avoir éclairés ce matin.
20:15Et bonjour à vous, Valérie Expert.
20:17Bonjour, Jean-François Kili.
20:18Eh bien, on va continuer, nous aussi,
20:20évidemment, de parler de cette affaire,
20:24de ce choc, après, effectivement,
20:26l'émotion, la colère
20:28et la nécessité d'agir
20:32et de, oui, comme vous venez de le dire,
20:34d'ouvrir les dossiers.
20:35Ce matin, à votre micro,
20:38David Lysnard évoquait aussi
20:40la volonté politique qui manquait parfois.
20:43On va en reparler.
20:44Et puis, on va parler de la Coupe du Monde,
20:45Coupe d'envoi aujourd'hui
20:46et on aura le meilleur d'entre nous,
20:47Gérard Rolls, qui sera avec nous
20:49pour faire le point sur cette Coupe du Monde.
20:52A tout de suite.
20:52Bonne émission.
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