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Le conflit le plus meurtrier et massif de l’Histoire est déclenché en septembre 1939 par l’Allemagne nazie. Pendant six ans, l’Europe entière est en guerre, dans les airs, sur les mers, et sur les océans. Elle mobilise des millions d’hommes dont des Français d’Afrique du Nord, des goumiers marocains, des tirailleurs sénégalais, malgaches, et tunisiens.
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00:08Septembre 1939, Hitler met l'Europe à feu et à sang.
00:14En quelques semaines, il déclenche le conflit le plus meurtrier et le plus massif de l'histoire.
00:26Pendant six ans, cette guerre se déroule sur tous les continents, dans les airs, sur les mers et même sous
00:33les océans.
00:35Elle mobilise des millions d'hommes, parmi eux, des soldats de l'Empire colonial français,
00:40des Français d'Afrique du Nord, des goumiers marocains, des tirailleurs sénégalais, malgaches, tunisiens.
00:54Comme en 14-18, ces hommes ont été de tous les combats pour la reconquête de leur lointaine mère-patrie.
01:01Avant de rejoindre l'Europe, ils vont mener de nombreuses batailles sur le continent africain.
01:06Puis, ils participeront à la libération de la France de l'occupant nazi.
01:12Pourtant, beaucoup d'entre eux ne verront pas Paris et ne traverseront pas le Rhin.
01:18Aujourd'hui, les historiens apportent un éclairage nouveau sur ces combattants trop longtemps oubliés.
01:25La France libre a été africaine au départ, de par sa composition militaire.
01:31Au nom des intérêts de la nation, certains ont été écartés des champs de bataille.
01:37Il est envisagé de retirer ses troupes pour les remplacer par d'autres soldats venant de la Résistance.
01:47Leur combat en première ligne, parfois à des milliers de kilomètres de leur terre natale,
01:53nous invite 70 ans plus tard à réfléchir au sens des mots « engagement » et « sacrifice ».
01:59Le régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad compte plus de 6 000 hommes.
02:03Tout d'un coup, en août 1940, ce sont ces 6 000 hommes qui rallient de l'eau.
02:2630 janvier 1933, Hitler devient le chancelier de l'Allemagne.
02:33Son objectif, construire un Reich qui va durer 1 000 ans.
02:39Pour créer cet espace vital, le Führer planifie méthodiquement la conquête de tous les territoires situés à l'est de
02:45l'Allemagne.
02:50Écraser la France, l'ennemi héréditaire fait aussi partie de ses plans.
02:56En 1938, ses troupes sont prêtes à attaquer.
03:04Face au conflit qui semble éminent, la France se prépare.
03:09Et comme en 1914, le pays compte sur son empire colonial.
03:18Pour le gouvernement, les soldats des colonies, les indigènes comme on les appelait à l'époque, sont indispensables au futur
03:25effort de guerre.
03:28Les colonies apportent une coopération enthousiaste à la France en guerre.
03:33Sa guerre est la leur.
03:35Elles envoient la métropole avec d'importants dons en argent.
03:39Toutes les matières premières, tous les produits alimentaires dont elles n'ont pas absolument besoin,
03:43elles lui offrent plus d'hommes.
03:45On a été en mesure d'en prendre jusqu'ici.
03:49À la veille de la Deuxième Guerre mondiale, l'Empire colonial français s'étend sur les cinq continents.
04:00D'après Mandel, 2 millions de soldats et 500 000 travailleurs pourraient y être levés.
04:08À la veille de la Deuxième Guerre, l'Empire colonial français s'étend sur les cinq continents.
04:13En Afrique, en Asie et au Proche-Orient.
04:16Comme en 1914, c'est une réserve précieuse de main-d'œuvre, de soldats et de matières premières pour la
04:22métropole.
04:24L'Empire, c'est cette planisphère.
04:27C'est certes l'Afrique, mais c'est aussi les possessions de l'Indochine.
04:33Et puis, c'est aussi toutes les îles.
04:36Quelquefois, c'est quelques kilomètres carrés, quelque part dans des océans.
04:41Mais ce sont aussi des routes maritimes.
04:43Car n'oublions pas qu'à cette époque-là, ce n'est pas l'avion, c'est le bateau.
04:48Et le bateau, il faut des bases pour le charbon et il faut des relais radio.
04:52D'où l'importance de cette myriade d'îles et d'atolles.
04:57Qui est aussi, évidemment, l'argument qui est mis en avant, en particulier par la propagande, c'est la plus
05:01grande France.
05:02C'est l'Empire, 100 millions d'habitants et 100 millions de kilomètres carrés, pour faire pièce à la baisse
05:08démographique.
05:09Pour oublier que la France, en plus, a subi de plein fouet la grande guerre.
05:13Donc on a absolument besoin de s'appuyer sur un empire, de s'appuyer sur, non seulement, le potentiel économique
05:20de l'Empire, mais aussi sur le potentiel humain.
05:22En réalité, c'est quand même encore en Afrique qu'on pense qu'on peut trouver un réservoir d'hommes,
05:27en fait.
05:28Il y a eu une petite évolution dans l'entre-deux-guerres.
05:30Et en fait, il y a un événement qui est assez important, c'est la guerre du Rif, la dernière
05:35guerre de conquête coloniale, au fond, de la France,
05:38où on va utiliser, en fait, les tribus berbères pour combattre d'autres tribus.
05:44Et on va s'apercevoir, en fait, que les goumiers marocains, comme on les appelle, eh bien, sont de très,
05:49très bons combattants.
05:53En gagnant la guerre du Rif, le gouvernement étend encore son influence en Afrique du Nord.
06:00En métropole, les exploits des goumiers marocains sont relayés par la presse.
06:04La France cherche de nouveaux héros à glorifier.
06:08Après les ravages de 14-18, l'armée manque d'hommes.
06:12Alors peu importe qu'ils soient animistes ou musulmans, qu'ils soient marocains, sénégalais, malgaches ou gabonais.
06:19Désormais, chaque combattant compte.
06:23Les troupes des colonies sont aussi mieux entraînées.
06:26Des écoles ont été créées pour former des officiers indigènes.
06:30À Fréjus, en métropole, mais aussi au Maroc.
06:35Les mérites de ces soldats de la France impériale, la Grande France, sont régulièrement vantés dans des cérémonies officielles.
06:43Tout ça va tout de même être célébré, je dirais, dans une sorte de communion coloniale, au moment de l
06:48'exposition coloniale 1931,
06:50où d'abord, il va y avoir dans le bois de Vincennes un pavillon de l'armée coloniale, énorme, un
06:54énorme pavillon,
06:55et pratiquement les guides, les figurants, ceux qui guideront les visiteurs pendant toute l'exposition,
06:59seront des tirailleurs africains, des sénégalais, des tirailleurs marocains, des goumiers, des spays.
07:05Là, on va devoir toutes les troupes de l'Empire fusionner dans ce grand moment de la propagande coloniale.
07:13Au milieu des années 1930, face à la menace d'une nouvelle guerre avec les Allemands,
07:18le gouvernement français a méthodiquement géré l'incorporation des soldats des colonies.
07:301er septembre 1939.
07:33Les troupes d'Hitler envahissent la Pologne.
07:38Le lendemain, la France entre officiellement en guerre contre l'Allemagne.
07:43Toutes les divisions partent vers l'Est et le Nord, dans les Ardennes, en Lorraine et en Alsace.
07:48Les hommes se retranchent derrière l'imposante ligne Maginot.
07:55L'état-major est convaincu que cette gigantesque forteresse de béton va contenir l'assaut des forces allemandes.
08:02Mais sur le front, tout reste calme, désespérément calme.
08:09Au bout de quelques mois, les hommes traînent leur ennui.
08:12Ils s'habituent comme ils le peuvent à cette drôle de guerre.
08:18Parmi eux, 78 000 combattants originaires des colonies.
08:22Majoritairement des soldats d'Afrique.
08:24Des hommes motivés pour se battre contre les nazis.
08:32Car contrairement à la Première Guerre mondiale,
08:35la dimension idéologique du conflit a été clairement mise en avant par la France.
08:40Sur le même ton paternaliste et protecteur.
08:44Les peuples de race noire savent que notre pays,
08:47après avoir largement amélioré leurs conditions,
08:50ne connaît pas plus de distinction religieuse qu'ethnique.
08:54Ils savent qu'ils étaient directement menacés par les revendications coloniales allemandes
08:59et par une doctrine fondée sur un concept de supériorité raciale.
09:03Ils estiment que la victoire germanique les exposerait au plus grave péril
09:08qu'ils avaient encouru depuis l'abolition de l'esclavage.
09:12Les différentes unités qui composent l'armée d'Afrique et l'armée coloniale
09:16ont une conscience politique plus élevée en 1940.
09:19D'abord parce que le commandement a développé toute une littérature des journaux
09:23destinée, par exemple, à l'imprimer en arabe ou en indo-chinois,
09:27enfin en vietnamien, etc., ou en caractères locaux.
09:30Ou pour les tirailleurs africains, sénégalais, avec des petites images
09:33dans lesquelles on expliquait Hitler y a pas bon,
09:35et pourquoi Hitler y a pas bon, et pourquoi la France ça y a bon, etc.
09:38Donc on explique en particulier aux Africains
09:41qu'Hitler est raciste, et évidemment on les encourage
09:44à défendre la mère patrie, qui est la patrie
09:47de la civilisation, de la liberté et des droits de l'homme.
09:54Au début de l'année 1940, de l'autre côté de la Méditerranée,
09:58d'autres troupes coloniales sont prêtes à embarquer.
10:05Mais à cause de la défaite, ces renforts ne rejoindront pas la métropole.
10:20Les troupes d'Hitler entament la campagne de France.
10:24La Blitzkrieg, la guerre éclaire qu'elle mène,
10:27est meurtrière pour les soldats français.
10:36Certaines unités de soldats des colonies sont en première ligne.
10:40Dans la Meuse, 400 soldats malgaches subissent de plein fouet
10:43l'attaque allemande sans jamais reculer.
10:55Dans les Ardennes, les troupes africaines pètent très cher leur résistance.
11:06Quelques unités de la Wehrmacht mènent une véritable politique de terreur à leur encontre.
11:20À Eren, une petite ville de la Somme,
11:22ils exécutent des tirailleurs africains.
11:27Charles N. Choréré, un combattant de la Première Guerre,
11:29originaire du Gabon, est parmi eux.
11:33Entré à l'école d'officier de Fréjus en 1922,
11:35il en est ressorti major de promotion
11:37avant d'être promu au grade de capitaine.
11:43Fait prisonnier, il est abattu à bout portant
11:46pour avoir osé revendiquer le droit d'être traité comme un officier.
11:51Sa mort deviendra un symbole de l'engagement
11:54et du sacrifice des troupes africaines au service de la France.
11:59Sur le front des Alpes, à quelques kilomètres de Lyon,
12:02l'horreur culmine.
12:05Dans le village de Chasselet,
12:07des dizaines d'Africains sont massacrés par les troupes d'Hitler,
12:10puis écrasés par des chars.
12:14Ce qui va conduire les Allemands
12:15à se livrer à des massacres
12:18sur les prisonniers sénégalais en 1940
12:22repose tout de même sur une longue histoire.
12:24Oui, c'est-à-dire que c'est un héritage,
12:26voire même une réactivation
12:27de ce qu'on a appelé le scandale de la honte noire.
12:29Alors ce scandale de la honte noire,
12:31il trouve même ses origines en 14-18,
12:33c'est-à-dire au moment où les Allemands dénoncent
12:37au fond cette idée que les Français
12:39mèneraient une guerre indigne
12:40en utilisant leurs troupes coloniales.
12:43Et on va le retrouver ensuite
12:44au moment de l'occupation de la Rhénanie
12:46par l'armée française,
12:47où là aussi on va utiliser
12:48des soldats d'Afrique subsaharienne
12:50non pas tant prioritairement
12:52par souci d'humilier l'Allemagne,
12:53même si on ne va pas exclure que cet enjeu existe,
12:56mais surtout parce qu'on veut démobiliser les métropolitains.
12:59Et donc à ce moment-là,
13:00on va dénoncer le fait que ces soldats
13:02d'Afrique subsaharienne
13:04aient violé massivement les femmes allemandes.
13:06Et on retrouve dans la propagande nazie
13:10exactement cette idée de honte noire,
13:13mais réactivée avec cette dimension
13:15profondément antisémite
13:17qui caractérise le nazisme,
13:19puisqu'on a effectivement
13:21un soldat d'Afrique subsaharienne
13:23dont les traits ont été évidemment caricaturés
13:27à outrance,
13:28et derrière lui également une caricature
13:30de ce que pourraient être les Juifs.
13:32Et en 1940, on le sait,
13:35vraiment,
13:36ces soldats ont été
13:37dans cette idéologie
13:39de la honte noire.
13:46En 42 jours,
13:47face aux puissantes armées du Troisième Reich,
13:49la France subit
13:50une des plus cinglantes défaites
13:52de son histoire.
14:0210 millions de réfugiés
14:03fuient sur des routes
14:04sans cesse pilonnées
14:05par les Stukas,
14:06des bombardiers
14:07de la Luftwaffe.
14:21Un million et demi
14:22de soldats français
14:22ont été faits prisonniers.
14:29Pour les 28 000 tirailleurs sénégalais
14:32et malgaches captifs,
14:33les ordres d'Hitler sont clairs.
14:35Ils ne doivent pas mettre le pied
14:37sur le sol allemand.
14:39On les enferme dans des camps,
14:41des frontes Stalag
14:43disséminés dans toute la zone
14:44occupée par les Allemands.
14:55« Aux hier,
14:56wieder die kulturträger
14:58der Grand Nation.
14:59Diese bremdrassigen
15:00hülpsvölker
15:01rief Frankreich
15:01zur Schande Europas
15:03ins Land
15:03et se führte
15:04comme ses schwarzen Brüder. »
15:10Dites,
15:11les soldats français
15:13sont envoyés en Allemagne
15:14dans des stalag,
15:16des camps de prisonniers
15:17et souvent très loin
15:19dans le territoire allemand
15:21vers l'Est.
15:22En revanche,
15:23les Allemands
15:24laissent majoritairement
15:26les troupes originaires
15:28des colonies d'Afrique
15:30ou du Maghreb
15:30en France.
15:32Et finalement,
15:33pourquoi cette différenciation
15:35du traitement
15:36des prisonniers
15:37en fonction
15:38de leur origine
15:39géographique ?
15:41C'est toujours
15:42la même logique
15:43en fait
15:44de l'idéologie nazie
15:45et profondément raciste
15:47avec cette idée
15:48que justement
15:48ces soldats
15:49d'Afrique subsaharienne
15:50ou du Maghreb
15:51ne peuvent pas
15:52être en contact
15:53avec les populations allemandes.
15:54Il est clair
15:55que Hitler,
15:56et Hitler le répète fréquemment,
15:57il ne veut pas
15:58de ce qu'ils considèrent
16:00comme des sous-hommes
16:01sur le territoire allemand.
16:09Au début de l'été 1940
16:10à Paris,
16:11les nouveaux maîtres allemands
16:13affichent crânement
16:14leur victoire.
16:22Au même moment,
16:23un homme refuse la défaite.
16:25Depuis Londres,
16:27le 18 juin,
16:28le général Charles de Gaulle
16:29lance un appel
16:30à la radio.
16:31Beaucoup de Français
16:32n'acceptent pas
16:33Il demande aux Français
16:34de continuer la lutte
16:35et de le rejoindre
16:36dans la France libre,
16:37la France qui refuse
16:39la capitulation
16:39et la domination nazie.
16:42Il invite aussi
16:43les forces
16:44de l'Empire colonial
16:45à s'unir
16:45à son combat.
16:48Oui,
16:49nous avons subi
16:50une grande défaite,
16:51mais il nous reste
16:53un vaste empire.
16:55Il nous reste
16:56des alliés.
16:58Pour de Gaulle,
16:59la situation est claire.
17:01Comme la métropole
17:02est désormais occupée
17:03par les Allemands,
17:04il faut trouver ailleurs
17:05les ressources humaines
17:06et matérielles
17:06pour continuer
17:07la guerre contre Hitler.
17:09C'est ailleurs,
17:10ce sera l'Afrique.
17:12Le général de Gaulle
17:14d'emblée
17:14cite l'Empire.
17:16D'emblée,
17:17il a compris
17:17que cette guerre
17:18deviendrait mondiale,
17:19que les enjeux
17:20seraient mondiaux
17:21et que l'Empire
17:22serait amené
17:23de toutes les façons
17:24à jouer
17:25un rôle déterminant,
17:26non seulement
17:26sur le plan économique,
17:27sur le plan humain,
17:28mais aussi sur le plan
17:29géostratégique
17:29et du contrôle
17:30des routes.
17:31Et à ce titre,
17:33ce qui est extrêmement
17:34important,
17:34évidemment,
17:35c'est le ralliement
17:36dès le mois d'août 1940,
17:38à peine quelques semaines
17:39après que de Gaulle
17:39ait appelé les Français
17:40à se rallier à lui,
17:42c'est le ralliement
17:42du Tchad.
17:44Le Tchad est une colonie
17:45extrêmement importante
17:46et le gouverneur du Tchad,
17:47le gouverneur général du Tchad,
17:48est un personnage
17:48tout à fait passionnant
17:49qui est Félix Hebué.
17:52Félix Hebué est un Guyanais
17:53et Hebué rallie
17:56le premier
17:57de général de Gaulle
17:58avec le Tchad.
17:59Et le ralliement du Tchad
17:59n'est pas neutre
18:00parce qu'évidemment,
18:01le Tchad,
18:01sur le plan des ressources,
18:03ce n'est pas grand-chose,
18:04mais le Tchad possède
18:05la plus grande force armée
18:06de toute la sous-région.
18:08Le régiment de tirailleurs
18:09sénégalais du Tchad
18:10compte plus de 6 000 hommes
18:12dans lesquels
18:13il y a des fantassins,
18:14des tirailleurs,
18:15il y a des artilleurs,
18:16il y a les services,
18:17du génie,
18:18des transmissions.
18:19C'est un régiment
18:20extrêmement important.
18:21Et tout d'un coup,
18:21en août,
18:22à la fin d'août 1940,
18:23ce sont ces 6 000 hommes,
18:25plus de 6 000 hommes
18:25qui rallient de Gaulle.
18:26Et ensuite,
18:27il va y avoir une cascade
18:28de ralliements
18:29qui vont suivre.
18:29Et le Tchad
18:30est aussi intéressant
18:31dans cette position centrale
18:33parce qu'il tangente
18:34la Libye,
18:35l'Italie,
18:36il tangente
18:37les possessions anglaises,
18:39dans le Tchad
18:40et est important aussi
18:42stratégiquement.
18:43Ce n'est pas
18:43qu'une étendue de sable.
18:50Tandis que le Tchad
18:51rallie de Gaulle,
18:52le maréchal Pétain
18:53qui a obtenu
18:54les pleins pouvoirs
18:55met en place
18:55le régime de Vichy.
18:58Deux Frances irréconciliables
19:00s'opposent désormais.
19:04Pendant ce temps,
19:05à Londres,
19:05un homme se présente
19:06au chef de la France libre.
19:10Il est capitaine
19:11et s'appelle
19:11Philippe de Haute-Cloque.
19:14Comme nom de guerre,
19:15il a choisi
19:15le pseudonyme
19:16de Leclerc.
19:19À l'issue
19:19de cette rencontre,
19:20Leclerc se voit
19:21confier une mission,
19:23obtenir le ralliement
19:24des principales colonies
19:25françaises d'Afrique noire.
19:29Il est crucial pour de Gaulle
19:30d'avoir vite
19:31un territoire
19:32et des frontières
19:32afin d'être reconnus
19:34comme une véritable
19:35force politique
19:36et militaire.
19:42En septembre 1940,
19:44le chef de la France libre
19:46embarque pour le Sénégal,
19:47un territoire
19:48aux ordres de Vichy.
19:51Il espère faire basculer
19:52Dakar dans son camp.
19:56Pour s'imposer,
19:57il dispose
19:58de trois navires de guerre
19:59de la marine française
20:01et de quelques navires
20:02de la Royal Navy.
20:04Mais les choses
20:05ne se passent pas
20:06comme prévu.
20:14Pierre Boisson,
20:15le gouverneur
20:15de l'Afrique occidentale
20:16française,
20:17refuse de rejoindre
20:18la France libre.
20:23Il choisit de rester fidèle
20:25à Pétain
20:25et ordonne à ses troupes
20:27de faire feu
20:27sur la flotte.
20:33Pour la première fois
20:34depuis le début
20:35de la guerre,
20:36des Français tirent
20:37sur d'autres Français.
20:40Pour de Gaulle,
20:41l'échec est cuisant.
20:48Un mois plus tard,
20:49le chef de la France libre
20:50est accueilli
20:51triomphalement
20:51à Brazzaville,
20:52la capitale du Congo,
20:53qui lui est favorable.
20:58Ironie de l'histoire,
20:59le même jour,
21:00à Montoir,
21:00un petit village
21:01du Loir-et-Cher,
21:02le maréchal Pétain
21:03sert la main
21:04d'Adolf Hitler.
21:05La collaboration
21:06est définitivement scellée
21:08entre la France
21:09de Vichy
21:09et l'Allemagne.
21:17Le 27 octobre 1940,
21:20Brazzaville devient
21:20officiellement
21:21le siège
21:22de la France libre.
21:24C'est un choix stratégique
21:25pour de Gaulle.
21:26Désormais,
21:27il dispose au cœur
21:28de l'Afrique
21:28de vastes territoires
21:30et de soldats.
21:33En réalité,
21:34de Gaulle
21:35ne veut pas
21:35uniquement s'appuyer
21:36sur son réservoir
21:37de Français libres
21:38à Londres.
21:38Il a tout intérêt
21:39à avoir
21:40une emprise territoriale
21:41et ce sont aussi
21:42et très rapidement
21:43des soldats
21:44d'Afrique subsaharienne
21:45qui vont suivre
21:46souvent leurs officiers
21:47européens.
21:48C'est important
21:49tout de même
21:49de dire
21:50qu'en fait,
21:51on entend souvent
21:52aujourd'hui
21:53l'Afrique
21:53rallie de Gaulle,
21:54l'Afrique coloniale
21:57derrière ses chefs
21:58rallie de Gaulle
21:59parce qu'il faut bien
22:00avoir tout de même
22:01clair ce que c'est
22:01que la position
22:02d'un colonisé
22:03à l'époque.
22:04Il n'a pas le droit
22:05à la parole
22:05et on voit bien
22:07d'ailleurs
22:08quand le Sénégal
22:09qui reste avec
22:10le gouverneur Boisson
22:11du côté de Vichy,
22:12les tirailleurs
22:13restent du côté de Vichy.
22:14Oui, on a d'ailleurs
22:15même ce paradoxe
22:16de ces soldats
22:17colonisés,
22:17de ces Africains
22:18qui sont considérés
22:20comme des Français libres
22:21officiellement.
22:22Donc un Français libre,
22:23ce qu'il caractérise,
22:24c'est le volontariat
22:25par définition même.
22:26Or, on a aussi
22:27des cas
22:28et on le voit
22:29de recrutements
22:30quasiment forcés
22:31de la part
22:32des Français libres.
22:36A la fin
22:37de l'année 1940,
22:39pour augmenter
22:39les effectifs,
22:40la conscription
22:41est rétablie au Tchad,
22:42au Gabon,
22:43au Cameroun
22:44et dans l'Oubanguichari,
22:46des territoires
22:46de l'Afrique équatoriale
22:47française.
22:51Mais avant
22:52d'être des combattants
22:53de la France libre,
22:54les soldats recrutés
22:55restent des soldats
22:56indigènes
22:56commandés
22:57par des officiers blancs.
23:02Alors même
23:03qu'on promeut
23:04l'égalité,
23:05la camaraderie,
23:06etc.,
23:06les soldats colonisés
23:08n'ont pas le même
23:08traitement au quotidien
23:10que les soldats européens.
23:12Derrière le discours,
23:14encore une fois,
23:14de fraternité d'armes
23:16au sein de cette armée
23:17de résistants,
23:19de rebelles,
23:20eh bien en fait,
23:20l'armée de la France libre
23:21est une armée coloniale
23:23comme les autres,
23:23c'est-à-dire
23:24qu'il y a une discrimination
23:26entre les soldats colonisés
23:27et les soldats
23:28dits européens.
23:30Par exemple,
23:31dans l'armée au Tchad,
23:32les soldats colonisés
23:33n'ont que deux repas par jour
23:35et n'ont pas trois
23:36comme les européens.
23:37Donc le midi,
23:38ils se contentent
23:38d'une tasse de thé
23:39quand les européens
23:40ont un vrai repas,
23:42même si évidemment
23:42le contexte est celui
23:43de pénuries considérables
23:46dans ce territoire.
23:49En même temps
23:50que des soldats,
23:51l'effort de guerre
23:52nécessite aussi
23:53de plus en plus
23:53de matières premières.
23:55Du bois,
23:56du sable,
23:57des minerais.
24:04Afin de satisfaire
24:05les exigences
24:06de leurs alliés,
24:07les autorités
24:08de la France libre
24:08exploitent
24:09les ressources
24:09de l'Afrique.
24:13Il faut par exemple
24:14de plus en plus
24:15de caoutchouc,
24:16indispensable
24:17pour fabriquer
24:18les roues
24:18des avions anglais.
24:27janvier 1941.
24:29Malgré ses efforts,
24:31les britanniques
24:31considèrent que
24:32de Gaulle
24:32n'est pas encore
24:33à la tête
24:33d'une puissance
24:34militaire fiable
24:35et digne de ce nom.
24:37Leur message est clair.
24:39Pour asseoir
24:40sa légitimité,
24:41le chef de la France libre
24:42doit prouver
24:43aux Anglais
24:43qu'il est à la tête
24:44d'une armée.
24:45Une force capable
24:46de remporter
24:47par elle-même
24:48des batailles
24:48contre l'Allemagne
24:49et ses alliés italiens
24:51qui occupent
24:52une grande partie
24:52de l'Afrique.
24:56C'est Leclerc,
24:58une nouvelle fois,
24:58qui va être
24:59l'artisan
25:00de cette reconnaissance.
25:01Pour marquer
25:02les esprits,
25:03il lui faut
25:04une victoire
25:04qui symbolisera
25:05la renaissance
25:06de l'armée française.
25:11Cette victoire,
25:12ce sera la prise
25:13de l'oasis de Koufra.
25:15Un relais aérien
25:17perdu en plein désert
25:18de Libye
25:18qui est à l'époque
25:19une colonie italienne.
25:23À la fin du mois
25:25de février,
25:26Leclerc,
25:26à la tête
25:27d'une colonne
25:28de 400 hommes,
25:29assiège l'oasis.
25:39Après dix jours
25:39de combat,
25:40ces hommes,
25:41en majorité
25:42des soldats africains,
25:43obtiennent la victoire.
25:47Koufra est une armée
25:49de clochards héroïques.
25:51Il y a un seul canon
25:52de 75 à Koufra
25:53qui tourne en faisant croire
25:54aux Italiens
25:54qu'il y en a plusieurs.
25:55En fait,
25:55c'est le même canon
25:56qui change
25:56sans arrêt de position
25:57pour tirer.
26:02Il y a très peu
26:02d'armement d'infanterie
26:04telle que la guerre
26:05va en voir s'il n'y a pas
26:06de pistolet mitrailleur.
26:07Ça n'existe pas
26:07dans l'armée française.
26:10Les tenues sont aux limites
26:12de l'usage.
26:15Et au fur et à mesure
26:17de sa remontée,
26:18la force L
26:19qui va travailler
26:21avec les Anglais
26:22va recevoir
26:22de l'équipement britannique.
26:23C'est assez intéressant
26:24de voir combien
26:25les tenues
26:25vont témoigner
26:26de l'évolution.
26:27Au début,
26:28on en a des tenues
26:28de tirailleurs
26:29récupérées comme on pouvait
26:30ou de l'armée coloniale.
26:32Et puis la force L
26:32va être une force équipée
26:34à la britannique.
26:35Et parfois
26:36à la mode allemande.
26:38Tout est bon à prendre.
26:39Des pièces détachées
26:40de véhicules,
26:41aux armes
26:41et aux munitions.
26:46Mais en dépit
26:47de ces prises de guerre,
26:48les soldats restent
26:49sous-équipés.
26:50Ils ne peuvent compter
26:51que sur leur courage
26:52et leur vaillance.
27:02Après Koufra,
27:03la force L
27:04se lance dans la conquête
27:05du Faisan,
27:06une région de Libye
27:07grande comme la France.
27:10Elle y mène
27:11des actions coup de poing
27:12contre les troupes italiennes,
27:14des raids dévastateurs.
27:18Ailleurs,
27:19dans le désert libyen,
27:21d'autres combattants indigènes
27:22mènent aussi la lutte.
27:25Dans les sables
27:26de Birakheim,
27:26ils remportent une bataille
27:28qui prouve leur valeur
27:29et leur courage au feu.
27:34En été 1942,
27:36les soldats africains
27:37représentent une partie
27:38importante des troupes
27:39de la France libre.
27:40Une vingtaine de bataillons.
27:43L'objectif de leurs officiers
27:45est clair.
27:45Il faut harceler l'ennemi
27:47pour tenir jusqu'au débarquement
27:49des Américains et des Britanniques
27:50en Afrique du Nord.
27:53De ce débarquement
27:54dépend la future libération
27:56de l'Europe.
28:008 novembre 1942.
28:02Sous le commandement
28:03du général Eisenhower,
28:05300 navires
28:06et plus de 100 000 soldats
28:07anglais et américains
28:09s'approchent des côtes
28:10de l'Algérie et du Maroc.
28:12C'est le début
28:13de l'opération Torche.
28:15Dans ces territoires,
28:16restez fidèles
28:17au maréchal Pétain,
28:18les alliés ne sont pas
28:19attendus en libérateurs.
28:23Soldiers et soldats
28:24willers,
28:25it is not known
28:26whether the French
28:27African army
28:27will contest our landing.
28:30However,
28:31when any of the French
28:32soldiers seek to surrender,
28:34you will accept it
28:35and treat them
28:36with the respect
28:37due of brave opponent
28:39and future ally.
28:41Remember,
28:42the French are not
28:43Nazis or Japs.
28:56Quand ils débarquent, les Américains affrontent des troupes aux ordres de Vichy.
29:04Les combattants de l'armée d'Afrique soumis à l'autorité de Pétain ont reçu l'ordre de les repousser
29:09à n'importe quel prix.
29:18A Oran et Casablanca, les combats sont violents. Près de 2000 morts et 2600 blessés en à peine trois jours
29:25de combat.
29:35Le 11 novembre, quatre jours à peine après avoir débarqué, les Alliés remportent la victoire.
29:42En Afrique du Nord, l'heure est à la réunification.
29:47Les cadres chargés de piller les richesses du pays pour le compte de Vichy et du Reich sont arrêtés.
29:54Mais surtout, à partir de novembre 1942, tous les soldats de l'Empire colonial français sont réunis au sein d
30:01'une même armée.
30:03À partir de cette date-là, en fait, l'armée française va être à nouveau unifiée entre d'un côté
30:08l'ancienne armée de Vichy en Afrique et les Français libres, ce qu'on a appelé la France combattante.
30:14Et du coup, ça va avoir des effets sur le recrutement et la mobilisation des soldats d'Afrique subsaharienne,
30:20puisque alors que jusque-là, c'était de l'Afrique équatoriale française qui était un réservoir à combattants,
30:27eh bien, on va avoir une deuxième levée, en fait, évidemment au Maghreb.
30:31Et en fait, cette armée réunifiée, elle va être engagée une première fois en Tunisie, pendant la campagne de Tunisie,
30:37où elle s'y lustre aux yeux des Alliés comme de très, très bons combattants.
30:45Pendant la campagne de Tunisie, plus de 50 000 Maghrébins, un nombre équivalent de pieds noirs
30:50et quelques unités de tirailleurs africains combattent auprès de leurs alliés américains et britanniques.
30:57Leur objectif, reprendre toute l'Afrique du Nord aux Allemands.
31:04Ils vont réussir à faire plier les troupes du général Rommel, le commandant de l'Africa Corps.
31:11Début 1943, ils sont intégrés à la gigantesque armada qui va partir à la libération de l'Europe.
31:19Du 14 au 24 janvier 1943, une conférence se tient à Casablanca sous l'égide du président des États-Unis,
31:26Franklin Roosevelt,
31:27et du premier ministre britannique, Winston Churchill.
31:31Giraud et de Gaulle y participent aussi.
31:39A l'issue des discussions, les Américains acceptent de se charger d'une tâche logistique très lourde.
31:47Ils vont nourrir et équiper la nouvelle armée française de libération.
31:54Très vite, l'Afrique du Nord devient un immense camp d'entraînement.
31:58Mais l'instruction que reçoivent les hommes n'est pas la même pour tous.
32:05Ça devient une armée totalement mécanique.
32:09D'abord, il n'y a quasiment plus de chevaux.
32:11Il faut de plus en plus de personnel, de soldats,
32:15qui soient aptes à conduire des camions, des chars, à faire tirer des canons.
32:20Et on se retrouve là avec la difficulté de reconvertir des fantassins dans une armée bien plus technique.
32:30Pour les Américains qui pratiquent la ségrégation au sein de leurs propres troupes,
32:35il n'est pas question de confier ces équipements modernes à des soldats noirs.
32:43Pour les soldats de Leclerc, la situation est la même.
32:48Leclerc, promu général, prend la tête de la deuxième division blindée.
32:55Mais beaucoup d'hommes présents à ses côtés depuis le début,
32:58des héros de la guerre du désert, sont écartés.
33:01Ces soldats noirs ne feront pas partie de l'aventure de la deuxième division blindée
33:06qui, une fois débarquée en Normandie, ira jusqu'en Allemagne.
33:11Le premier argument qui est donné, c'est effectivement que c'est une division blindée
33:16et que ces tirailleurs ne sont pas aptes à servir dans une division blindée.
33:21En réalité, il y a un deuxième argument, c'est que cette deuxième DB,
33:25eh bien, ça sera la division qui ira dans le plus important des débarquements,
33:30c'est-à-dire celui du nord de la France.
33:31Et les Américains ne veulent pas de soldats d'Afrique subsaharienne dans cette division.
33:37Les Anglais surtout, parce qu'ils vont transiter par l'Angleterre.
33:40Effectivement, il y a ces deux arguments.
33:42Or, ce qu'on voit aussi, c'est que le général Leclerc comme le général de Gaulle
33:46ne voit aucun inconvénient à retirer de cette unité qui, potentiellement, va libérer Paris,
33:53donc tout un symbole, ces soldats d'Afrique subsaharienne.
33:56Parce qu'on est à un moment où on est déjà dans l'anticipation de la libération de la France.
34:00Et donc, tout l'enjeu sera justement de métropoliser le recrutement,
34:05c'est-à-dire de n'avoir plus, enfin, une majorité, disons, de soldats européens,
34:10soit de métropole, soit d'Afrique du Nord.
34:12Et donc, c'est toutes ces raisons-là, conjuguées,
34:14qui fait que la deuxième division blindée est blanchie,
34:19pour utiliser un terme très connoté, évidemment,
34:22mais qui montre bien l'enjeu de ce processus.
34:28En mai 1943, la Tunisie est libérée.
34:32Les Allemands capitulent et 250 000 soldats sont faits prisonniers.
34:36Pour les Alliés et pour de Gaulle, un seul objectif compte désormais,
34:41préparer la libération de l'Europe.
34:48Blanchie, la deuxième division blindée part rejoindre l'Angleterre,
34:51l'ultime étape avant la France.
34:56Dans ses rangs, il ne reste plus qu'un seul soldat d'origine sénégalaise.
35:01Claude Madem Bassi, un Français, petit-fils et fils de tirailleurs.
35:06Métis, il a réussi à intégrer les forces de Leclerc en tant que sous-officier,
35:11malgré le diktat de l'armée américaine interdisant les blindés aux Noirs.
35:19À partir de septembre 1943,
35:22les soldats d'Afrique noire, d'Afrique du Nord et les Pieds-Noirs
35:25sont regroupés au sein de divisions d'infanterie coloniale.
35:30La plus connue s'appelle la 9e Dic.
35:33Depuis le Maroc et l'Algérie,
35:35ces hommes sont des milliers à traverser la Méditerranée
35:38pour aller combattre aux côtés des Alliés.
35:44Certains débarquent en Corse
35:45où ils participent à la libération du premier département français.
35:55D'autres se battent aussi en Italie,
35:58en appui des Américains
35:59qui ont envahi la Sicile et le sud de la péninsule.
36:05Cette campagne d'Italie,
36:06qui a été beaucoup publiée dans l'historiographie,
36:09va être extrêmement lourde en perte pour l'armée française.
36:13Oui, c'est surtout les soldats d'Afrique du Nord,
36:16donc goumiers marocains,
36:17tirailleurs algériens, tirailleurs tunisiens
36:19qui forment le groupe des troupes.
36:20La majorité des troupes françaises
36:23sont constituées de ces soldats colonisés
36:25et vont s'illustrer dans des batailles terribles,
36:28que ce soit Monte Cassino ou le Garigliano.
36:34Les pertes sont très nombreuses
36:35et surtout les conditions de combat
36:38sont extrêmement difficiles.
36:41Des milliers de soldats colonisés
36:43et leurs officiers européens
36:45y laissent la vie dans ces affrontements sanglants.
36:49Grâce à leur sacrifice,
36:51quelques mois plus tard,
36:52la route de Rome est ouverte.
36:57Première grande revanche des Français.
37:00Nous entrons dans Rome le 4 juin,
37:02jour anniversaire de l'entrée en guerre
37:04de l'Italie contre la France.
37:06Personne ne semble se souvenir
37:07du coup de toignard de 1940
37:10où sont donc les fascistes d'antan.
37:2117 juin 1944.
37:23Tandis qu'en Italie,
37:25la percée se poursuit vers Sienne,
37:27des combattants sous les ordres
37:28du général Delattre de Tassini
37:30se lancent dans la conquête
37:31de l'île d'Elbe.
37:33Nom de code de cette opération,
37:36brassard.
37:41Pour le général Delattre de Tassini,
37:44cette conquête de l'île d'Elbe,
37:45elle constitue un enjeu fondamental.
37:48Pourquoi ?
37:49Parce que c'est le moyen de montrer
37:50au fond qu'il est capable
37:52d'être le futur commandant
37:54de l'armée de la libération.
37:59La prise de l'île d'Elbe,
38:00elle est faite par les goumiers marocains,
38:02par un certain nombre de commandos
38:04et par trois régiments
38:06de tirailleurs sénégalais.
38:07Et cette île,
38:09elle est très fermement défendue.
38:13En moins de 50 heures,
38:15après des combats acharnés,
38:16l'île est conquise.
38:18L'opération Brassard est un succès.
38:21Après la capitulation des Allemands,
38:23les alliés reconnaissent
38:24la bravoure des soldats indigènes.
38:30Le lendemain,
38:31le général Delattre
38:32qui vient féliciter ses hommes
38:33c'est qu'il tient dorénavant
38:35une armée.
38:37Une armée qui va pouvoir
38:38dans quelques semaines
38:39débarquer en Provence
38:41aux côtés des Alliés.
38:5015 août 1944.
38:52Une armada de navires alliés
38:54se dirige vers les plages
38:55du sud de la France.
39:16Une fois à terre,
39:18les unités progressent rapidement.
39:25mais quelques jours plus tard,
39:27les opérations se compliquent.
39:31À Toulon et à Marseille,
39:33les unités de la Wehrmacht
39:34ont reçu l'ordre de combattre
39:36jusqu'à la dernière cartouche.
39:40Des goumiers marocains
39:41et des tirailleurs sénégalais
39:43sont en première ligne.
39:45Ils nettoient les dernières poches
39:47de résistance allemande
39:48et essuient de lourdes pertes.
39:58Le 29 août,
39:59devant une foule en liesse,
40:00les unités défilent en turban
40:01et en gelaba
40:02sur le vieux port
40:03de la cité phocéenne.
40:06Ils sont globalement
40:07très bien accueillis.
40:09On a des témoignages
40:10qui montrent des scènes de liesse
40:11et les officiers européens
40:14se félicitent au fond
40:15que ce soit les goumiers marocains
40:18ou les tirailleurs algériens
40:19soient extrêmement bien accueillis
40:21par la population.
40:22Mais ce qu'il faut bien souligner,
40:24c'est qu'en fait,
40:25l'armée française,
40:26au fond,
40:26jusqu'en septembre, octobre 1944,
40:28va très vite.
40:29Donc en fait,
40:29ces contacts,
40:30ils sont éphémères.
40:31Pourquoi ?
40:31Parce que les soldats
40:33restent quelques heures
40:35dans un village
40:36ou même dans une ville.
40:40Après Marseille,
40:41le général Delattre de Tassini
40:42reçoit pour mission
40:43de remonter vers le nord
40:45en longeant le Rhône.
40:47Son armée change de nom.
40:49Elle devient officiellement
40:50la première armée française.
40:53Et petit à petit,
40:55elle change aussi de visage.
40:59Quand elle débarque en Provence
41:00à partir du 15 août 1944,
41:02la majorité des effectifs
41:04sont des soldats colonisés.
41:06Et petit à petit,
41:08sa composition en réalité
41:09va se transformer
41:10avec l'amalgame,
41:12c'est-à-dire l'intégration
41:13dans les rangs de l'armée régulière
41:15de soldats issus
41:16de l'armée des Ombres
41:17et de volontaires
41:18qui, en août-septembre 1944,
41:21décident de rejoindre
41:22cette armée régulière
41:23pour libérer le reste du territoire
41:25et surtout aller jusqu'en Allemagne.
41:27Au fur et à mesure
41:28de sa progression,
41:30plusieurs dizaines
41:30de milliers d'hommes
41:31rejoignent les rangs
41:32de la première armée.
41:33Au sein de cette armée régulière,
41:35sont réunis pour la première fois
41:37des combattants originaires
41:38d'Afrique du Nord
41:39et d'Afrique noire
41:40et des soldats français
41:41issus de la résistance.
41:45Mais derrière cet amalgame
41:47se cache en réalité
41:48une volonté politique.
41:51Celle de réconcilier
41:53toute la France
41:53autour d'un mythe,
41:55celui d'une nation résistante,
41:57combattante et unie.
41:59Un dessin clairement exposé
42:01dans le discours prononcé
42:03par le général de Gaulle
42:04le 25 août 1944
42:05quand Paris est libérée.
42:07Paris, libérée,
42:11libérée par lui-même,
42:14libérée par son peuple
42:16avec le concours
42:18des armées de la France
42:20avec l'appui
42:22et le concours
42:23de la France toute entière,
42:25c'est-à-dire
42:26de la France qui se porte,
42:29c'est-à-dire
42:30de la seule France,
42:31de la vraie France,
42:33de la France éternelle.
42:37Contrairement à l'appel
42:38du 18 juin 40,
42:40aucune référence directe
42:41cette fois à l'Empire colonial
42:42et à ses combattants
42:44de la première heure.
42:48Et pourtant,
42:49ils sont nombreux
42:50ceux qui marchent vers les Vosges
42:52où s'est repliée
42:53l'armée allemande.
43:08Là, on est dans la défense
43:10des frontières du Reich
43:11et donc les armées allemandes
43:13tiennent une ligne de front
43:14un petit peu avant
43:15la ligne des Vosges
43:16et tout l'hiver 44-45,
43:18les combats vont être
43:19extrêmement difficiles.
43:21On rentre au fond
43:21dans une logique
43:22de guerre d'opposition.
43:23Avec une météo
43:26et un automne
43:28très froid
43:29qui va arriver
43:30très vite
43:30dès le mois de septembre
43:33sur les Vosges,
43:35raidissement
43:36de l'armée allemande
43:37et inadaptation
43:39des équipements
43:40de l'armée française
43:41mais surtout aussi
43:43manque total
43:44de munitions
43:45et de carburant.
43:47Car on est allé
43:48bien plus vite
43:49dans la vallée du Rhône
43:49et la logistique
43:51n'a absolument pas suivi.
43:52On s'arrête
43:53parce qu'il n'y a plus
43:54moyen de faire la guerre aussi.
43:58Pour lutter
43:59contre les rigueurs
43:59du climat,
44:00les hommes sont mal équipés.
44:03Ils pataugent
44:04dans la neige
44:04et la boue.
44:07Ils souffrent aussi
44:08de la faim
44:09car les convois
44:10de ravitaillement
44:10sont rares
44:11et l'approvisionnement
44:12quand ils arrivent
44:13est insuffisant.
44:16A cause du mauvais temps
44:17qui persiste,
44:18les avions alliés
44:19ne peuvent intervenir.
44:21Les combats
44:22sont durs,
44:23meurtriers.
44:25A cause du froid
44:26bien sûr
44:26mais aussi du relief.
44:28Pour prendre
44:29les positions allemandes,
44:30il faut grimper
44:31sans cesse
44:32sur des pentes abruptes.
44:35Dans ces conditions
44:37extrêmes,
44:38les soldats
44:38d'Afrique du Nord
44:39et d'Afrique noire
44:40se battent
44:41avec vaillance.
44:43Mais au mois
44:44d'octobre 1944,
44:46l'état-major
44:46prend une décision.
44:47Toutes les unités
44:49africaines présentes
44:49sur le front
44:50doivent être blanchies.
44:52Cet ordre
44:53concerne
44:5310 à 15 000 soldats noirs.
44:58Il est envisagé
44:59de retirer
45:00ces troupes
45:01pour les remplacer
45:03par d'autres soldats.
45:06Soldats
45:06venant
45:07majoritairement
45:09des forces françaises
45:10de l'intérieur
45:11et des maquis
45:12et de la résistance
45:13pour faire un simple.
45:14Et donc,
45:14la question qui se pose,
45:15c'est
45:16pourquoi l'a-t-on fait ?
45:18On se dit
45:19qu'on l'a fait
45:19parce qu'on l'avait prévu.
45:20Mais si on l'avait prévu,
45:21pourquoi on ne l'a pas fait avant ?
45:23Et dire
45:24que c'est simplement
45:25parce que les tirailleurs
45:26vont avoir froid
45:27est sûrement
45:28une raison un peu courte.
45:29Le blanchiment
45:30de 1944,
45:31ce n'est pas un simple hivernage.
45:32C'est-à-dire qu'on n'imagine pas
45:33le retour des hommes
45:34à la belle saison,
45:35à la différence
45:36de la grande guerre.
45:37Il y a cette raison politique
45:39qui, à mon sens,
45:40est fondamentale
45:41qui est la question
45:42de l'amalgame,
45:43c'est-à-dire
45:43l'intégration
45:44dans l'armée française
45:46de ces soldats
45:48volontaires
45:48ou issus
45:49des anciennes forces
45:50françaises
45:51de l'intérieur.
45:51Alors ça,
45:52c'est un enjeu politique
45:52fondamental
45:53parce que
45:53tout le discours gaullien,
45:54c'est l'unité.
45:56La France a été suffisamment divisée
45:58depuis la défaite de 1940
46:00et donc on a besoin
46:01d'une armée
46:01où il y a effectivement
46:02des métropolitains.
46:03On ne peut pas avoir
46:04une armée qui libère la France
46:05qui est exclusivement composée
46:07d'Européens d'Afrique du Nord
46:08ou de soldats colonisés.
46:10On a besoin
46:11de ces métropolitains,
46:12ne serait-ce que symboliquement.
46:13Moi, je veux revenir
46:14sur autre chose
46:14qui est quand même
46:15extrêmement importante
46:16en termes d'image.
46:17Ce sont ces photos
46:18absolument terribles.
46:21On voit ces colonnes
46:21de tirailleurs
46:22qui sont debout,
46:23qui se déshabillent.
46:23On est dans le froid,
46:24dans une cour de ferme
46:26et vraiment,
46:27on échange un pantalon américain,
46:29enfin, un pantalon de combat
46:31en laine, en baudra, épais, etc.,
46:33avec un résistant
46:34contre un pantalon de paysans
46:36rapiécé, etc.
46:37Il y a vraiment quelque chose
46:38qui est assez fort
46:39et qui va beaucoup frapper
46:40les tirs à guillemets.
46:41On voit bien là
46:42les contradictions
46:43entre l'enjeu politique
46:44et militaire
46:44parce que,
46:45d'un point de vue militaire,
46:47ça peut sembler
46:47complètement absurde
46:48de, au fond,
46:50se séparer
46:51de soldats aguerris,
46:52très bons combattants,
46:53dont on a montré
46:54qu'ils étaient parfaitement loyaux
46:56vis-à-vis de leur chef,
46:57par des FFI
46:59ou des volontaires
47:00dont la majorité
47:01n'a pas fait son service militaire
47:03et mal entraînée, etc.
47:05On voit bien que là,
47:06l'enjeu politique
47:06est plus important,
47:07au fond,
47:08que l'enjeu militaire,
47:09ce qui est assez intéressant.
47:12De l'épisode du blanchiment
47:14dans les Vosges
47:14ne reste aujourd'hui
47:15que de rares photographies
47:18et des films
47:19tournés par l'armée
47:20qui racontent
47:21comment elle aurait pris soin
47:22du rapatriement
47:23de ses tirailleurs
47:23retirés du front.
47:27À Marseille,
47:28le général Ingold
47:29visite les combattants
47:30sénégalais
47:31qui vont regagner
47:31par avion
47:32leur terre natale.
47:34Un viatique
47:34sous forme de colis individuels
47:36est offert par la générale
47:37à chacun des rapatriés.
47:39La France n'oublie pas
47:41la part prépondérante
47:42qu'ont pris
47:43ses soldats d'élite
47:44aux campagnes décisives.
47:46Ils ont bien mérité
47:47de revoir
47:48le soleil de Dakar.
47:53Mais tous
47:54ne sont pas rentrés
47:55en avion.
47:56Loin de là.
47:59En fait,
47:59ces soldats
48:00ne sont pas rapatriés
48:01en Afrique.
48:01Pourquoi ?
48:02Parce que les Français
48:03n'ont pas de bateau.
48:04Et donc,
48:04on va les stocker,
48:06si je puis m'exprimer ainsi,
48:08dans les anciens
48:09d'ailleurs camps d'hivernage
48:10de 14-18,
48:11à Fréjus
48:12et à Saint-Raphaël,
48:13où ces hommes
48:13vont attendre
48:14pendant des mois
48:15dans des conditions sanitaires
48:16absolument déplorables
48:17et qui d'ailleurs
48:17choquent les Américains.
48:20En novembre 1944,
48:22la situation
48:23est la même partout.
48:25En métropole
48:26et dans les colonies.
48:28Les bateaux
48:29et les moyens
48:29manquent cruellement
48:30pour rapatrier
48:31les soldats
48:31des colonies.
48:33Au Sénégal,
48:34à Tiaroy,
48:35d'anciens prisonniers
48:36des Front de Stalag
48:37rentrés quelques semaines
48:38plus tôt
48:38attendent
48:39leur démobilisation.
48:41Mais l'armée
48:42tarde à leur verser
48:43leurs arriérés
48:43de soldes
48:44et leurs primes.
48:45La colère gronde.
48:48La France
48:49de cette époque-là
48:50est encore
48:51totalement
48:52dans les séquelles
48:53de l'épuration.
48:55On a d'autres chats
48:56à fouetter,
48:57hélas.
48:58Et donc,
48:58en fait,
48:59ces tirailleurs
48:59sont un peu livrés
49:00eux-mêmes
49:00avec des cadres
49:01qui les connaissent mal.
49:03Et je crois
49:03que c'est à l'origine,
49:05entre autres,
49:05du drame
49:06qui va se dérouler
49:07à Tiaroy.
49:08Tiaroy,
49:08qui à l'époque
49:08est une bourgade
49:09à l'arrière de Dakar,
49:11un camp de transit
49:12extrêmement important.
49:13Et là,
49:14à Tiaroy,
49:14il va se passer
49:15une série d'événements
49:16extrêmement graves.
49:17Oui,
49:18on est à la fin
49:19de la guerre
49:19où la situation
49:20est tendue.
49:21Et effectivement,
49:23une contestation
49:24dans ce camp
49:25à Tiaroyer
49:26entraîne
49:27une répression féroce
49:28de la part
49:28de l'armée française
49:29qui fait
49:30plusieurs dizaines
49:31de morts.
49:32On ne sait pas encore.
49:34On n'a pas
49:35nécessairement
49:35les moyens
49:36de trancher
49:37sur le nombre
49:38de morts.
49:38Mais à la limite,
49:39ce qui compte,
49:40c'est effectivement
49:41la violence
49:42de la répression
49:43qui a lieu
49:43au 1er décembre
49:461944.
49:47Pendant des années,
49:49le drame de Tiaroy
49:50a été passé
49:50sous silence,
49:52comme s'il n'avait
49:53jamais existé.
49:56Pourtant,
49:56c'est une évidence.
49:57Il montre
49:58qu'à la fin
49:58de la Seconde Guerre mondiale,
50:00une nouvelle réalité
50:01voit le jour.
50:02Les fidèles
50:03et braves soldats
50:04des colonies
50:04de 1940
50:05ne sont plus
50:06les mêmes.
50:08Ce Tirailleur
50:08en 1945
50:09qui souvent
50:10a derrière lui
50:10cinq ans de guerre,
50:12cinq ans de combat
50:12ou cinq ans
50:13de captivité
50:14qui a été émergé
50:15au sein
50:15des populations
50:16françaises
50:16dans le cas
50:17des prisonniers,
50:18ce n'est plus
50:18le Tirailleur
50:19qui était parti
50:20avec un short
50:20et une chemisette
50:21en 1939
50:22ou qui arrivait
50:23à rallier De Gaulle
50:24avec Leclerc.
50:25Ce sont des Tirailleurs
50:26qui ont,
50:26je crois,
50:27cette fois-ci
50:27une conscience
50:28du monde
50:28beaucoup plus importante,
50:29une conscience politique
50:30mais aussi une conscience
50:32idéologique
50:32et économique.
50:35Ces Tirailleurs
50:36vont se révéler
50:38autre que les soldats
50:39extrêmement obéissants
50:41et vont avoir
50:41d'autres aspirations
50:43que celles
50:44qu'on leur promettait.
50:46Les soldats
50:47des colonies
50:47ont activement
50:48participé
50:49à la libération
50:50de la France.
50:51Ils ont payé
50:52un lourd tribut
50:53à ces combats
50:55mais ils se sentent
50:56rejetés.
50:58Le 8 mai 1945,
51:00le jour
51:00de la reddition
51:01de l'Allemagne nazie,
51:02est célébré
51:03dans le monde entier.
51:06À Sétif,
51:07en Algérie,
51:08la cérémonie
51:09prend une tournure
51:09bien plus sombre.
51:11Dans le cortège,
51:13à côté du drapeau français,
51:15se dressent
51:15des étendards
51:16verts et blancs
51:17et des banderoles
51:18pour l'Algérie indépendante.
51:21S'en suivent
51:21des affrontements
51:22violents
51:22et une répression
51:23sanglante
51:24qui fera
51:24plusieurs milliers
51:25de morts.
51:26Désormais,
51:27les indigènes
51:28n'acceptent plus
51:28la relation coloniale
51:29paternaliste
51:30et autoritaire
51:31imposée par la France
51:32depuis des décennies.
51:40Pour la France,
51:41c'est le début
51:42de la décolonisation.
51:45Celle-ci se fera
51:45parfois dans la violence.
51:49En Indochine
51:50et en Algérie,
51:51l'armée française
51:52fera intervenir
51:53des soldats
51:54des colonies
51:54contre les mouvements
51:55pour l'indépendance.
51:57Des soldats
51:58des colonies
51:59contre
51:59des colonisés.
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