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  • há 8 horas
Pendant un demi-siècle, des citoyens français, tombés dans un piège lancé par Staline, sont restés prisonniers du système soviétique. En russe, on les appelle les "revenants". Cette histoire – dont le réalisateur français Régis Wargnier s'est librement inspiré pour son film "Est-Ouest" – est pourtant encore inconnue du plus grand nombre. Nous avons retrouvé les derniers survivants de cette histoire qui traverse le dernier siècle. Pour la première fois, ils racontent leur incroyable histoire devant une caméra. Piégés par Staline lève le voile sur une page du XXe siècle tombée "dans les oubliettes de l'Histoire".

Réalisé par Nicolas Jallot
Transcrição
00:00...
00:07Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale,
00:09plusieurs milliers de citoyens français partent vivre en Union soviétique.
00:14A l'époque, Staline invite tous les Russes d'origine et leur famille
00:17à venir prendre part à la reconstruction du pays.
00:22Dès leur arrivée, le piège se referme.
00:25Privés de leurs papiers, déchus de leurs droits civiques,
00:28ils sont placés de force aux quatre coins de l'Empire
00:31et doivent apprendre à survivre en paria comme des citoyens de seconde zone.
00:37Abandonnés par la France, l'immense majorité meurt au goulag,
00:41ou isolés à des milliers de kilomètres de Moscou.
00:46...
01:21Sur les milliers de français tombés dans le piège de Staline,
01:24quelques dizaines vivent encore aujourd'hui,
01:27disséminés sur les territoires de l'ancien Empire soviétique.
01:31...
01:41Irina Kotomkina vit à Moscou.
01:43Mais pourquoi tu parles le russe ?
01:46Tu peux très bien parler le français.
01:48Comment ?
01:49C'est pas important.
01:50Si, si, si, ça importe beaucoup même.
01:54Je veux être fière de la façon dont tu parles le français.
01:59Ce n'est pas pour rien que tu as fait l'école française ici, à Moscou.
02:04Moi, parce qu'elle n'arrête pas à traduire.
02:09Française, née en 1924, Irina a passé toute sa jeunesse à Paris.
02:14Elle est la fille d'exilés russes qui avaient fui le communisme.
02:18Mes parents sont russes, archi-russes, on peut dire,
02:22parce que mon père est de la Volga et ma mère est sibérienne.
02:28Ils se sont retrouvés en immigration après la révolution de 1917.
02:34Et il faut dire qu'il avait participé de 14 à 16
02:40dans l'armée russe, l'armée du Tsar.
02:48Vladimir Ilyich Lenin est entre les gens,
02:52qui a annoncé son grand pérdicat.
02:59Octobre 1917.
03:01Les bolcheviques renversent le Tsar et prennent le pouvoir en Russie.
03:07Des combats opposent les communistes, les rouges,
03:10aux anciens partisans du Tsar, les blancs.
03:13Battus militairement, les opposants au nouveau régime
03:16sont obligés de fuir leur pays.
03:20Le plus grand nombre de ces russes blancs se rendent en France.
03:23Parmi eux, le père d'Irina.
03:27Il a dû partir parce qu'en tant qu'officier de carrière,
03:34officier de cadre,
03:37il n'avait pas beaucoup de chance à en réchapper.
03:43Donc, après le périple qui a commencé à Vladivostok
03:48et qui s'est terminé en Crimée,
03:51mes parents se sont décidés à aller à Paris, en France,
03:56là où il y avait la plus grande partie des russes intellectuels
04:01qui avaient préféré se regrouper à Paris.
04:06Enfin, c'était peut-être inné,
04:10parce que la France a toujours attiré l'âme russe.
04:16Donc, il y a eu beaucoup de gens qui ont quitté leur patrie,
04:20mais ils pensaient qu'ils ne l'ont quitté
04:22que pour quelques semaines à la rigueur,
04:24pour quelques mois,
04:26et que les choses allaient reprendre leur train habituel,
04:32celui auquel ils étaient, eux, habitués.
04:43Dans leur exil forcé,
04:45les parents d'Irina n'ont jamais pu se résoudre à oublier la Russie.
04:51La terre de mes ancêtres,
04:53c'était la terre vers laquelle je tendais de tout mon être.
04:59parce que ma mère m'avait élevée dans ce désir irrépressible
05:06de rentrer sur cette terre de mes ancêtres
05:11dont je connaissais parfaitement l'histoire,
05:14la littérature, la langue, bien sûr, et tout.
05:18Pour moi, c'était la terre promise.
05:3365 000 russes blancs s'installent en France dans les années 1920.
05:40Nina Basilina est née dans le département de l'Isère en 1932
05:44d'un père et d'une mère russe.
05:46Elle a vécu près de Grenoble jusqu'à l'âge de 14 ans.
05:51Mon père et ma mère se sont connus en France, à Rio-Pérou.
05:57En famille, bien entendu, les traditions russes étaient conservées.
06:03Mais outre la maison et la famille,
06:10je grandissais, je vivais avec des Français.
06:17La communauté russe était vraiment très intimement liée, si je puis dire.
06:22Les jours de fête, par exemple, on s'habillait en costumes nationaux russes.
06:28N'importe quelle occasion était bonne pour se retrouver,
06:31pour se regrouper, pour discuter.
06:34Parce qu'au départ, probablement,
06:36ils avaient tous l'intention de revenir en Russie,
06:39mais à condition que le communisme disparaisse, disons.
06:43Oui, mais d'année en année, on s'apercevait que le socialisme et le communisme,
06:51enfin, pas le communisme, puisqu'il n'a jamais existé,
06:54mais que le régime socialiste s'était instauré pour de longues dates,
07:01une longue date.
07:03Donc, leur discussion politique s'abrégait.
07:12Oui.
07:14Beaucoup avaient perdu l'espoir de revenir en Russie.
07:23En 1939, la Seconde Guerre mondiale embrasse l'Europe.
07:28Rapidement, la France est vaincue par l'Allemagne.
07:31En mai, je crois que c'est bien en mai 40,
07:34les Allemands entraient dans Paris.
07:36Très vite, maman a rassemblé ses élèves
07:41en leur disant, écoutez, mes enfants,
07:43vous entendez ces piétinements,
07:47ce martèlement des bottes allemandes sur le pavé de Paris.
07:52Nous ne pouvons pas rester indifférents devant cette chose.
07:57Nous devons faire quelque chose.
08:08Irina Kotomkina a 16 ans lorsqu'elle entre dans la Résistance
08:12en région parisienne.
08:14Voici ma carte du combattant.
08:16Ça ne court pas les rues, comme on dit.
08:19Et ma carte de combattant volontaire de la Résistance.
08:22Ma mission, si vous voulez,
08:25consistait surtout à aider les gars
08:29qui, eux, faisaient déjà de la Résistance armée et active.
08:38Et moi, je n'ai jamais tiré sur l'ennemi,
08:42mais j'ai toujours aidé les gars prêts à le faire.
08:48En juin 1941, l'Allemagne attaque l'Union soviétique,
08:52qui devient de fait l'allié de la France libre.
08:54Les communistes français rejoignent la Résistance.
08:58Désormais, pour ceux dont les parents avaient fui le bolchevisme,
09:01le communisme prend le visage de leurs compagnons de maquis.
09:06Donc, il n'y avait plus de camp de partis à considérer.
09:12Il y avait la nécessité de tout faire
09:17pour sauver la patrie d'un côté comme de l'autre.
09:20Je pense que le fait d'avoir fraternisé avec les Français de gauche,
09:27si vous voulez, les FFI et les FTP,
09:31dans les maquis français,
09:34ce fait-là a certainement joué dans la décision
09:38de beaucoup de Russes, de fils et filles d'émigrés,
09:42de rentrer dans leur pays ou le pays de leur père.
10:01Dès la fin de la guerre,
10:02des centaines de citoyens français d'origine russe
10:04partent vers l'Union soviétique.
10:10Gleb Ratinsky est professeur de français
10:13à l'Université des Langues étrangères de Nizhny Novgorod,
10:16à 500 kilomètres à l'est de Moscou.
10:19Français né à Lyon en 1926,
10:22Gleb Ratinsky a juste 18 ans
10:24lorsqu'il décide de tenter l'aventure.
10:33C'était l'année 1945.
10:35L'Union soviétique venait de vaincre l'Allemagne hitlérienne
10:38et elle avait un grand prestige parmi les Français.
10:42Il ne faut pas oublier qu'à cette époque,
10:43toutes les personnes qui voulaient revenir en Russie
10:45avaient le droit de le faire gratuitement, sans payer.
10:49Et en effet, beaucoup de Russes,
10:50surtout en 1945-1947, sont partis.
10:53Quand je suis venu en Eosibur,
10:55c'est la cousine de ma mère
10:57qui m'a accueillie en somme
10:59et qui m'a dit,
11:01la première chose qu'elle m'a dit,
11:02écoutez, tu as fait une grande erreur.
11:04Mais enfin maintenant,
11:06rappelle-toi qu'on peut venir en Union soviétique,
11:09mais on n'en sort pas.
11:11Bon, après j'ai compris que
11:13j'avais fait une erreur,
11:14j'ai compris,
11:15mais alors à cette époque, je pensais
11:17peut-être si ma mère ne vient pas,
11:19et je lui ai écrit une lettre entre parenthèses,
11:22mais dans la lettre,
11:22je n'ai pas pu dire carrément ne vient pas en Russie,
11:24c'était des choses pas...
11:26On ne pouvait pas dire ceci.
11:28Enfin, j'ai essayé de lui faire comprendre,
11:30mais elle n'a pas compris.
11:32En effet, comme on dit,
11:32il n'y a un pire sourd
11:33que celui qui ne veut rien entendre.
11:35Et en effet, après,
11:36elle est venue en Russie
11:37avec mes deux soeurs.
11:39Mon père étant mort,
11:40il est mort en France en 40 encore.
11:44La nouvelle image très positive
11:46de l'Union soviétique
11:47au lendemain de la guerre
11:48influence les Français d'origine russe
11:50dans leur choix du retour.
11:53Les relations franco-soviétiques
11:55sont excellentes.
11:56De Gaulle a pensé
11:58qu'il pouvait s'appuyer
11:59sur l'Union soviétique
12:00pour que la France soit reconnue
12:03comme une des puissances victorieuses.
12:05Et de ce point de vue-là,
12:06il réussit.
12:07Et en décembre 1944,
12:09il se rend à Moscou,
12:10la grande alliée,
12:12cette visite étant suivie
12:15d'un traité d'amitié
12:17et d'assistance mutuelle.
12:22Vive la Russie de Gaulle !
12:30La victoire de Stalingrad,
12:32elle avait l'URSS
12:33de ses fautes passées.
12:35Non seulement il y a
12:36de l'admiration
12:37pour cette Union soviétique
12:39qui a triomphé du nazisme,
12:42même peut-être aussi
12:43un peu de compassion.
12:45Et on évoque très souvent
12:46les 15 à 20 millions
12:48de soviétiques
12:50qui sont morts
12:51pendant cette guerre.
12:52Dans un tel climat,
12:54on comprend que
12:55non seulement on a envie
12:56d'avoir de bonnes relations
12:58avec l'Union soviétique,
12:59mais quand on a
13:00des attaches familiales
13:01avec elle,
13:02de s'y rendre.
13:03Alors quand,
13:04en plus
13:04de cet enthousiasme,
13:07en plus de cette caution
13:08du Parti communiste
13:10et des organisations
13:12progressistes,
13:13en plus de cette image
13:14favorable de l'Union soviétique
13:18comme super-démocratie,
13:19on a l'appel de Staline.
13:22Comment,
13:23j'allais dire,
13:24comment ne pas résister ?
13:25Finalement,
13:25on peut même s'étonner
13:26qu'il n'y ait pas eu
13:26davantage de monde
13:28qui soit parti.
13:41Le 14 juin 1946,
13:44Staline et le Soviet suprême
13:45offrent l'amnistie
13:46à tous les Russes blancs
13:48et les invitent à rentrer
13:49en Union soviétique
13:50pour prendre part
13:51à la reconstruction du pays.
13:56Dans le climat si particulier
13:57de l'après-guerre,
13:58nombreux sont ceux
13:59qui croient
13:59à la sincérité de Staline.
14:02Nikita Krivotschein
14:03a passé son enfance
14:04à Paris
14:05avant de suivre ses parents
14:06dans l'enfer soviétique.
14:08Imaginons
14:09que la guerre
14:10ait eu une autre issue,
14:13que le Reich
14:14en soit sorti victorieux
14:16et triomphant,
14:18ce qui n'était
14:18nullement souhaitable.
14:22Imaginons
14:22les émigrés
14:23anti-nazis
14:25allemands
14:26comme Brecht,
14:28comme Remarque,
14:30comme Marlène Dietrich,
14:31comme Thomas Mann,
14:34retournant
14:34de leur plein gré
14:36dans leur Reich
14:37victorieux.
14:38Ça aurait été paradoxal.
14:41Ce qui s'est passé
14:42avec l'immigration russe
14:43relève
14:44de ce paradoxe.
14:56Au printemps 1948,
14:59Nikita Krivotschein
15:00et sa famille
15:01sont partis
15:01du port de Marseille
15:02pour Odessa
15:03sur la mer Noire.
15:06En ce qui me concerne,
15:07j'avais à peu près 14 ans
15:09et je percevais
15:11ce déplacement
15:12comme un très agréable voyage
15:14dans un pays
15:16dont la religion
15:17était la mienne
15:20et je me disais
15:21très bien
15:21et puis l'été prochain
15:22je viens à Paris.
15:25Je viens passer
15:26mes vacances à Paris.
15:28Et le voyage
15:29s'est fait
15:30comme une croisière
15:31agréable
15:32mais déjà
15:34les contacts
15:34avec l'équipage
15:36et la crainte
15:37que nous inspirions
15:39au personnel
15:41à l'équipage
15:42du Rocian
15:42qui avait peur
15:44de nous parler.
15:45C'était déjà
15:46très étonnant.
15:51Et lorsqu'à la passerelle
15:54de ce Rocian
15:56nous avons été accueillis
15:57par plusieurs camions
15:59et des soldats
16:01de la NKVD
16:02qui nous ont mis
16:03dans ces camions
16:03qui nous ont conduits
16:04derrière les barbelés
16:05dans un camp
16:07de triage
16:09de filtrage
16:11comme on disait
16:12dans la banlieue
16:13d'Odessa
16:14grande fut ma surprise
16:16de voir
16:16pour la première fois
16:17des barbelés
16:18et des miradors.
16:21Et je me sentais
16:24devant un dilemme
16:25très compréhensible
16:27dans ce régime
16:28étant
16:29venant de
16:31Jansson
16:32où j'étais
16:33à Jansson
16:34où j'étais
16:34chez le Père Jésuite
16:37que soit moi
16:39j'avais déraillé
16:40et j'étais fou
16:42et que j'étais
16:43dans une humanité
16:44normale
16:45soit le contraire
16:48tous étaient
16:48fous
16:49et moi
16:50je ne l'étais pas.
16:57Je pense
16:58qu'il y a
16:58un certain nombre
16:59de gens
16:59en effet
17:00qui ont
17:01averti
17:01qui ont prévenu
17:02qui se sont
17:04inquiétés
17:05de ces départs
17:06mais
17:07on n'a pas voulu
17:08à coup sûr
17:09les entendre
17:10il ne faut pas oublier
17:11que
17:12s'en prendre
17:13à l'URSS
17:13ou menacer
17:14l'URSS
17:14ou désigner
17:16l'URSS
17:16comme étant
17:17un lieu
17:18dangereux
17:19un lieu
17:21de mise en place
17:24d'une politique
17:25critiquable
17:27voire condamnable
17:28c'était reprendre
17:30le discours
17:30que tenaient
17:31peu de temps
17:32auparavant
17:33les collaborateurs
17:35Vichy
17:35et pire
17:36si je puis dire
17:37le nazisme.
17:48Malgré les avertissements
17:50on estime
17:51à 8 ou 10 000
17:52le nombre
17:53des ressortissants français
17:54qui sont partis
17:54en Union soviétique
17:57en russe
17:58on les appelle
17:58les
17:59c'est à dire
18:01ceux du retour
18:03ou encore
18:04les retournants
18:06la majorité
18:07de ces retournants
18:07a fait le voyage
18:08en train
18:11Nina Basilina
18:12a quitté Grenoble
18:13avec ses parents
18:13et ses deux frères
18:21Beaucoup de personnes
18:22avaient dit
18:23à mes parents
18:24qu'il ne fallait pas
18:25retourner
18:25qu'on allait être arrêtés
18:28etc.
18:29Mon père ne voulait
18:30rien savoir
18:31on a pris le train
18:32et
18:35ce voyage a duré
18:36un mois
18:38un mois
18:41on a traversé
18:42donc l'Allemagne
18:43la Pologne
18:44le plus dur
18:45ça a été la Pologne
18:48parce que
18:48les plaines
18:49la neige
18:49il y avait déjà
18:50de la neige
18:51la neige
18:52les steppes
18:52couvertes de neige
18:54on avait l'impression
18:55que ce voyage
18:56ne finirait jamais
19:03ce n'était pas
19:04des wagons
19:04comme ça
19:05c'était des wagons
19:06je dirais
19:07peut-être
19:08pour transporter
19:12pas le bétail
19:13mais en tout cas
19:14ce n'était pas fait
19:15pour transporter
19:17des gens
19:18il y avait
19:18des espèces
19:19de banquettes
19:20de deux côtés
19:21en bois
19:23avec quelque chose
19:24dessus
19:24et on était tous
19:25les uns
19:25à côté des autres
19:28voilà
19:29de deux côtés
19:34et puis on est arrivé
19:35à Grosdenon
19:39alors là
19:40ça a été
19:43la grande surprise
19:48quand on est descendu
19:49du train
19:50je ne me souviens pas
19:52d'avoir vu
19:53une gare
19:53c'était
19:54un terrain
19:56il y avait
19:57des militaires
19:58qui nous attendaient
20:00et
20:02avec tous nos sacs
20:03nos petits bagages
20:04oui
20:05on a suivi
20:06ces militaires
20:07qui nous ont accompagnés
20:09jusqu'à
20:10un camp
20:11une espèce de camp
20:12où nous avons
20:13tous été
20:15je ne dirais pas
20:16logés
20:17le verbe
20:17ne convient pas
20:18en tout cas
20:19nous avons été
20:20placés
20:20dans
20:21des espèces
20:22de barraquements
20:29c'est dans ce camp
20:31de transit
20:31que se décidait
20:33le sort
20:33des retournants
20:48Nina et ses parents
20:49ont été envoyés
20:50dans le petit village
20:51de Novo-Pakrosk
20:52dans la région
20:53de Tambov
20:54à 600 kilomètres
20:55au sud-est
20:56de Moscou
20:58depuis 55 ans
21:00elle n'était
21:01jamais retournée
21:02dans ce village
21:02vous imaginez
21:03après les montagnes
21:04se retrouver
21:06dans un paysage
21:07comme ça
21:11c'est pas possible
21:20c'est encore plus
21:21délabré
21:22qu'à l'époque
21:29voilà l'école
21:30si je vois
21:31oh mon
21:32oi
22:09rapidement
22:10j'étais la
22:12la vedette
22:14du village
22:16je ressemblais pas
22:18aux autres
22:19j'avais d'autres manières
22:23d'autres
22:23c'est pas
22:25un autre aspect
22:28mais personne
22:30ne m'en voulait
22:30je me suis fait
22:31plein d'amis
22:32ici
22:36les couleurs
22:37sont autres
22:37mais
22:40l'école
22:40elle est la même
22:49nous on habitait
22:50par là
22:50je reconnais
22:52plus rien
22:52maintenant
22:53c'est un autre aspect
23:01Sous-titrage Société Radio-Canada
23:43Nina, son frère Nicolas et leurs parents ont vécu dans ce village pendant un an et demi.
23:49Dès lors, le seul lien de Nina avec sa terre natale a été Lucie Bruxelles,
23:53une amie d'enfance avec laquelle elle a réussi à garder le contact.
23:59La France, désormais, n'était plus qu'un lointain souvenir.
24:07Michel, le frère aîné de Nina, qui était majeur à l'époque,
24:10a quant à lui été séparé du reste de la famille dans le camp de transit.
24:15Héros de la résistance dans les maquis de Loisan,
24:18Michel avait connu les tortures de la Gestapo et s'était évadé de la prison de Lyon.
24:22En 1946, lui aussi croyait en la sincérité de l'appel de Staline.
24:31Michel, il a été envoyé dans une autre ville que nous.
24:36Et je n'ai plus revu mon frère aîné après Grosdenau.
24:42Au départ, on ne savait même pas où il était.
24:47Il a été envoyé en oral, lui.
24:51Quand il a été dans un camp,
24:59bien sûr que nous ne l'avons pas su.
25:01Et après, probablement qu'il n'a pas voulu causer d'ennuis
25:05aux autres membres de la famille.
25:07Et on n'a jamais eu de ces nouvelles.
25:12Sous le régime communiste,
25:14des millions de personnes ont été séparées de leur famille,
25:17sans qu'on sache où elles avaient été envoyées.
25:20Ce n'est que 40 ans plus tard, avec la perestroïka
25:23et l'ouverture des archives du KGB,
25:25que les Russes ont pu savoir ce qu'était devenu leur proche.
25:29C'est ainsi que Nina Basilina,
25:31lors de ses premiers retours en France,
25:33apprendra que son frère Michel, qu'elle croyait mort,
25:36avait survécu au goulag.
25:38Et c'est à Grenoble,
25:40ou plus particulièrement à Vizil,
25:42que j'ai appris que j'avais une nièce
25:45qui habitait au Foix.
25:47J'ai failli faire un infarctus
25:50à Vizil.
25:53Sur le champ,
25:54j'ai écrit une lettre.
25:55Je lui ai écrit une lettre.
25:57Je suis ta tante qui t'écrit.
26:07Je suis la sœur
26:12de Michel.
26:17Et c'est comme ça qu'on s'est retrouvées
26:19avec
26:21les deux filles de mon frère Michel.
26:26Et ma maman n'a jamais su que son fils
26:30a vécu jusqu'en 1980.
26:33Elle qui est morte en 1981,
26:35elle n'a jamais revu son fils aîné.
26:49Comme Michel,
26:51dans les premiers mois
26:52qui ont suivi leur arrivée,
26:53des centaines de retournants
26:55furent envoyés au goulag,
26:56au-delà du cercle polaire,
26:59au bout du monde des vivants.
27:01Leur seul crime,
27:02être français.
27:08C'était le travail forcé,
27:12soit du sillage de bois,
27:15soit ce qui était pire,
27:16du déchargement de wagons.
27:20Paradoxalement,
27:21je considère que j'ai eu
27:22beaucoup de chance
27:22de m'être retrouvé dans les camps,
27:24puisque pour la première fois,
27:26à l'âge de 23 ans,
27:28j'avais 23 ans,
27:29j'ai rencontré en URSS
27:31des gens qui enfin,
27:34étaient comme moi
27:36et moi comme eux,
27:37des gens normaux
27:40qui avaient rejeté ce régime.
27:46La plupart des retournants
27:48prisonniers du goulag
27:49ont péri dans ce qu'Alexandre Solzhenitsy
27:51n'appelait
27:52les camps d'extermination
27:53par la faim,
27:54le froid et le travail.
27:59Dans les mois qui suivent
28:02l'arrivée des Français,
28:04donc en 1945-1946,
28:08les autorités françaises,
28:10et en particulier
28:11les diplomates français,
28:12en poste à Moscou,
28:14un peu au courant
28:14de ce qui se passe
28:15en Union soviétique,
28:17se rendent compte
28:18que les choses
28:20ne vont pas si bien
28:21que les nouveaux arrivants
28:23l'espéraient.
28:24Certains d'entre eux
28:25parviennent,
28:26non sans difficulté,
28:28à faire passer des lettres
28:29à l'ambassade de France.
28:31Pour ces diplomates,
28:33nous avons affaire
28:34à des cas humanitaires,
28:36des cas dramatiques peut-être,
28:38mais qui pèsent
28:41peu de poids
28:43par rapport
28:44à la grande politique.
28:52Ils ont eu
28:53une grande désillusion.
28:55Ils étaient revenus
28:56pour aider leur patrie.
28:57Ils pensaient
28:58qu'on les acquirait
29:00peut-être par brouverts,
29:01mais enfin quand même.
29:02Donc,
29:03résultat,
29:04au bout de 4-5 mois,
29:05certains ont été
29:06enfermés dans des camps.
29:08D'autres,
29:09il y a des personnes
29:10qui se sont suicidées.
29:11Je le savais tout ceci,
29:13on le savait, n'est-ce pas ?
29:14Donc, je savais très bien
29:15que je devais jouer le jeu.
29:17Mais à l'intérieur,
29:19je comprenais
29:20tout ce qui se passait.
29:22J'étais, on peut dire,
29:23un dissident intérieur.
29:26Vous savez,
29:27pour apprécier quelque chose,
29:29il faut l'avoir perdu.
29:30En étant en France,
29:31je ne comprenais pas ceci.
29:33Mais là,
29:33j'ai compris très vite
29:34parce que toujours,
29:35je devais être sur mes gardes.
29:37toujours, partout,
29:39en parlant même
29:39avec des amis,
29:41j'avais toujours,
29:42je pouvais parler franchement,
29:43pratiquement,
29:44même pas avec ma mère,
29:46souvent,
29:46parce que ma mère,
29:47ça lui faisait,
29:48comment dire,
29:49du mal peut-être,
29:50parce qu'elle comprenait
29:51qu'elle,
29:52au fond,
29:52elle était contente.
29:53Elle avait voulu,
29:54elle avait ce qu'elle voulait.
29:55Elle sentait
29:56qu'elle allait mourir
29:57dans sa patrie.
29:58Pour elle,
29:58c'était ça.
29:59mais elle sentait
30:00que pour ses enfants,
30:02ça n'était pas ça,
30:03justement.
30:08Olga Wyshnevski
30:09avait 27 ans
30:10lorsqu'elle a quitté Paris
30:11avec sa mère,
30:12son mari
30:12et ses deux enfants.
30:23À son arrivée
30:25en Union soviétique,
30:26la famille d'Olga
30:27a été envoyée
30:28en Asie centrale
30:29à 4000 kilomètres
30:30de Moscou.
30:31Pour eux aussi,
30:33la désillusion
30:33a été grande.
30:36Quand on est arrivés
30:37au Kazakhstan,
30:38on nous a pris
30:39nos papiers français
30:40parce qu'on est arrivés
30:41avec des passeports français.
30:43On nous a pris
30:43ces passeports
30:44et on ne les a pas rendus.
30:46On nous a donné
30:46une carte d'identité russe.
30:47Évidemment,
30:48c'était irréversible.
30:51C'était très,
30:52très dur pour moi
30:53de m'adapter.
30:55Les gens étaient
30:56assez méfiants
30:57à cette époque-là,
30:58surtout.
31:01On ne savait pas
31:02très bien
31:02qui j'étais.
31:03Je n'étais pas
31:04une espionne,
31:05par exemple,
31:05je n'ai pas
31:07une personne
31:08absolument extraordinaire.
31:10Pourquoi venir
31:10en Russie ?
31:11Pourquoi ?
31:22Il fallait d'abord
31:23que je me rééduque,
31:26que je me mette au pas
31:28avec la vie d'ici.
31:31Il a fallu
31:33d'abord
31:36et faire des études
31:38et travailler
31:40et apprendre un métier
31:42et gagner ma vie.
31:52Alors,
31:52c'était très,
31:53très, très, très difficile.
32:23C'était très, très difficile.
32:24Nina Basilina et sa famille
32:25ont été dirigés
32:27vers la ville de Tambof
32:28où Nina est restée
32:29une dizaine d'années.
32:35Au contraire de beaucoup
32:36de retournants français
32:37dont les conditions de vie
32:38ont été très difficiles,
32:40Nina Basilina estime
32:42avoir eu de la chance
32:43en vivant ici.
32:46C'est ici que j'ai connu
32:47mon premier amour
32:51et, bien entendu,
32:52cela a peut-être enrichi,
32:59embelli un peu ma vie.
33:00Et deuxièmement,
33:01c'est dans cette école
33:02et à Tambof
33:03que j'ai commencé
33:05à mener une vie active,
33:07comme on disait
33:08et comme on dit
33:09dans notre pays,
33:10une vie active sociale.
33:11On m'a toujours élue
33:13comme une des membres
33:14des jeunesses communistes
33:16parce que je suis entrée
33:17à l'organisation
33:18de Comsomol.
33:19C'est là que j'ai commencé,
33:21pour ainsi dire,
33:22à m'intégrer
33:24dans la vie
33:25soviétique,
33:26si on peut le dire ainsi.
33:27Voilà.
33:30C'était là.
33:32Appartement 11.
33:37Mais il y avait deux locataires.
33:40On était deux familles
33:41dans une maison,
33:44dans un appartement communautaire.
34:11C'était notre appartement.
34:13C'est là que nous avons été logés.
34:16après Novo-Pakrovsk.
34:17C'est là,
34:18dans cette pièce,
34:19qu'on était.
34:21Mon père,
34:22ma mère et moi.
34:24La cuisine était commune
34:27avec la famille des voisins,
34:29la pièce à côté.
34:30Ce qu'on appelle
34:31un appartement communautaire.
34:33communautaire.
34:40Comment vivait-on ?
34:42Si vous aviez envie
34:43d'aller dans la salle de bain
34:44qu'elle était occupée,
34:45il fallait attendre.
34:46Mais on essayait de garder,
34:48en tout cas,
34:49je pense que ma mère,
34:50elle a été suffisamment intelligente
34:52pour ne jamais avoir de conflits
34:54avec la voisine.
34:57La cuisine,
34:58alors les deux,
34:59ma mère et la dame,
35:00avaient leur table.
35:02Et après,
35:03chacun s'enfermait
35:04dans sa pièce
35:04et vivait sa vie.
35:16Sous-titrage Société Radio-Canada
35:36René Villanchet est né
35:37à Lons-le-Saunier
35:38dans le Jura
35:39d'une mère et d'un père français.
35:47À 17 ans,
35:48elle rencontre un jeune russe
35:49avec qui elle a une fille.
35:52En 1947,
35:54René suit son mari
35:55lorsqu'il retourne
35:56en Union soviétique.
36:06était ma maman,
36:07était mon papa.
36:10Ah,
36:10ma mèche-ca.
36:14Mes parents,
36:15mon frère.
36:18Je suis venue en Russie
36:20avec ma fille
36:20et ma maman
36:21et mon mari.
36:24Parce que je l'aime,
36:25je l'aimais
36:26et je suis venue.
36:33inquiète par ce grand voyage,
36:34la mère de René
36:35décide d'accompagner
36:36le jeune couple
36:37pour veiller sur eux.
36:42Elle est morte
36:43sans revoir la France.
36:47Si je pouvais parler
36:49en russe,
36:52je pourrais plus
36:53vous écrire
36:55ma pauvre vie
36:57que j'ai subie.
36:59Pas d'amour.
37:01Pourquoi en russe,
37:03je peux parler
37:06très forte
37:08à port ?
37:09Je peux parler
37:11puissamment
37:12en français
37:13et je bloudis,
37:14je perds.
37:15Pas d'amour.
37:17Je ne parle
37:17avec personne.
37:19Quand je suis venue
37:20en Russie,
37:21au 46e,
37:2247 ans,
37:24j'étais très jeune.
37:25J'avais 17 ans,
37:2618 ans.
37:28Je n'ai pas
37:29tout compris
37:30ce que j'avais fait
37:31une grande faute.
37:33Ma vie
37:33était
37:34cauchemar.
37:37Il aurait fallu
37:38plus rester
37:39avec ma fille
37:40dans ma patrie.
37:42Je suis arrivée
37:43dans ce village
37:45où maintenant
37:46j'habite.
37:50Après,
37:51j'ai été
37:51à Moscou.
37:53J'ai su
37:53qu'il y avait
37:55à Moscou
37:56Pasolské,
37:57ambassade française.
37:59Et j'ai résolu.
38:00Beaucoup de Russes
38:01m'ont dit,
38:02ils disent
38:03au Moscou,
38:04Pasmatri,
38:05peut-être
38:06tu repartiras
38:06dans ta patrie.
38:08J'avais un courage
38:09de partir en France.
38:10Non,
38:11cela n'est pas été.
38:13La frontière
38:13s'est fermée
38:15et je n'ai pu passer.
38:18Tout de suite,
38:19j'ai très pleuré.
38:21Je voulais repartir
38:22dans ma patrie.
38:24ce n'était pas possible
38:26de repartir
38:27de suite.
38:36Mes papiers,
38:37je les ai tous
38:38donnés
38:41aux ambassades.
38:42Ils ne m'ont rien
38:43donné d'autre.
38:45Je suis venue
38:45à la maison
38:46sans papiers.
38:48Je n'étais pas
38:50beaucoup d'éducation
38:51où je pouvais aller
38:53à l'autorité russe
38:55demander
38:55comment aider-moi.
38:57Je n'ai pas pu faire cela.
38:59J'avais
39:00très peur.
39:10Je ne comprenais pas
39:12que c'était Russie.
39:13J'avais beaucoup
39:14de force.
39:15J'ai résolu
39:16d'apprendre
39:17le russe,
39:18de comprendre.
39:34Abandonnée
39:35par son premier mari
39:36avec ses trois filles,
39:37Renée se remarie
39:38avec un camarade
39:39du Colcoz
39:40avec lequel
39:41elle aura deux fils.
39:51Depuis 55 ans,
39:52Renée la Française
39:53n'est presque jamais
39:54sortie de son village
39:56de Solstévo.
39:58Bien sûr,
39:5920 ans après,
40:01j'aurais voulu partir.
40:03Je pouvais partir.
40:04Non, je n'avais pas
40:05assez d'argent
40:05pour partir.
40:06Je gagnais
40:07que 60 francs.
40:09A 60 francs,
40:11c'était une histoire.
40:12C'était pas
40:14normal pour partir
40:15dans ma patrie.
40:18Il y a des fois,
40:19je pense que
40:20je ne peux pas
40:21partir en France.
40:22A des fois,
40:23je voudrais...
40:28Et des fois,
40:31je voudrais bien sûr
40:31le revoir.
40:45Toute ma vie,
40:47j'ai voulu conserver
40:49ce que j'avais
40:51obtenu en France.
40:52C'est pour ça,
40:53c'est pour cette raison
40:54que je suis devenue
40:55professeure de français,
40:57parce que je sais très bien
40:58qu'une langue,
40:58ça s'oublie.
41:00Je m'intéresse
41:02à la France,
41:04je m'intéresse
41:04à sa culture,
41:06à la littérature,
41:07je lis beaucoup
41:08et j'inculque
41:10à mes élèves,
41:11j'essaye en tout cas
41:12d'inculquer,
41:13non seulement
41:14l'amour pour la langue,
41:16mais l'amour
41:16pour ce pays,
41:18à mes élèves.
41:19Donc j'estime
41:20qu'étant foncièrement russe,
41:24oui,
41:25je suis quand même
41:26un tout petit peu française.
41:29Lorsque je pense,
41:30je pense en français.
41:33Et il m'est plus facile
41:35de penser en français,
41:37de lire en français
41:38que de lire en russe.
41:40Alors je pense quand même,
41:41je suis quand même
41:42plus française que russe.
41:48Non seulement j'ai pensé
41:50revenir en France,
41:51mais ce désir
41:52s'est installé en moi
41:53dès que j'ai vu
41:55que j'étais dans un régime
41:58totalitaire,
41:58mais pour moi
41:59c'était un régime
42:00de mensonges
42:01et de peur
42:02et d'oppression
42:03et de terreur.
42:05J'ai plus qu'envie
42:06de quitter l'URSS.
42:08Et si on m'avait proposé
42:10de m'enlever un bras,
42:11une jambe
42:12sans manoeuvre,
42:13anesthésié,
42:14j'aurais accepté
42:15séance tenante.
42:18J'ai fantasmé
42:19sur toutes les possibilités
42:23de me tirer,
42:25de me faire
42:26la haie
42:27de l'ambassade de France,
42:29de m'acheter
42:31un billet en Asie centrale
42:32et puisque je marche
42:34assez bien dans la montagne,
42:36de me crapahuter
42:37jusqu'à l'Afghanistan.
42:40Tous des scénarii possibles
42:42d'évasion m'étaient venus
42:45à l'esprit.
42:47Heureusement,
42:47heureusement
42:48que je ne suis pas passé
42:49à l'acte
42:51parce que dans les camps,
42:53j'en ai retrouvé
42:54beaucoup
42:54qui avaient tenté
42:56de se tirer
42:57et je ne connais pas
42:59un seul exemple
43:01d'évasion réussie.
43:05Sur les 8 000 citoyens français
43:08partis vivre
43:08en Union soviétique,
43:10l'immense majorité
43:11d'entre eux
43:11est morte,
43:12sans avoir jamais
43:13revu leur terre natale.
43:30A la mort de Staline,
43:32en 1953,
43:33le pays connaît
43:34une période de détente.
43:36Une deuxième vague
43:37de retournants
43:38part alors
43:38pour l'Union soviétique,
43:40persuadée que le régime
43:41est en train
43:41de s'assouplir.
43:46Né en 1937
43:48à Paris,
43:49mathématicien diplômé
43:50de l'Université
43:51de New York,
43:52Alexis Sosinski
43:53décide de s'installer
43:55à Moscou,
43:56le Centre Mondial
43:56des Mathématiques.
44:01À l'époque,
44:03j'étais politiquement
44:05très naïf.
44:08j'étais anticommuniste,
44:11d'une part,
44:12comme mon père,
44:13mais très de gauche.
44:15Et j'avais cet espoir
44:17très typique, d'ailleurs,
44:19de certains représentants
44:20de l'intelligentsia occidentale,
44:24socialisme à face humaine,
44:26l'évolution du pays,
44:29il y aura dans le sens
44:30de la libéralisation.
44:32et j'ai cru
44:34pendant très longtemps
44:37dans cette possibilité,
44:39et étant vraiment
44:40très stupide politiquement,
44:42c'est seulement en 1968,
44:44avec les événements
44:45de Prague,
44:46que j'ai compris
44:48que le communisme
44:50ne peut pas exister
44:53sans une composante
44:55totalitaire fondamentale.
45:08déçu par le système,
45:09Alexis Sosinski
45:11décide d'afficher
45:12ses idées
45:13et signe des lettres
45:14de protestation
45:14contre le régime.
45:26Ces prises de position
45:28lui vaudront en 1974
45:30d'être expulsé
45:31de l'université
45:32où il enseignait.
45:34Je crois avoir trouvé
45:36le bon moyen
45:38de vivre
45:39dans un état
45:40totalitaire communiste.
45:42Je ne peux pas dire
45:43que je me suis
45:45lancé dans une résistance
45:47active,
45:48même sur le tard.
45:50Donc c'était
45:51plutôt une prise
45:52de position négative
45:55vis-à-vis du système
45:56et un refus
46:01de collaborer
46:03d'une façon réelle
46:06avec l'idéologie dominante.
46:09C'était surtout ça.
46:33dans les années 70,
46:36des retournants soutiennent
46:37les résistants
46:38au régime totalitaire
46:39et entrent naturellement
46:40en dissidence.
46:42parmi eux,
46:43un ancien héros
46:44de la résistance
46:44en France.
46:48Alexandre Ougrimov,
46:49un ami de mon père
46:51de l'époque parisienne,
46:52rentré au pays
46:53en 1947.
46:55Il a été,
46:56comme beaucoup
46:57d'autres personnes,
46:58immédiatement envoyé
46:59dans des camps
47:00où il a fait connaissance
47:02avec Solzhenitsyn.
47:05rentré après sa libération
47:07en Moscou.
47:09Il a beaucoup participé
47:12au mouvement dissident
47:13de Solzhenitsyn
47:15sans se montrer publiquement.
47:18Et il a joué un rôle
47:20vraiment très important
47:22dans le passage en Occident
47:25du document explosif
47:27que fut l'archipel goulag.
47:31Il a donné ce document
47:34qui était sur un petit microfilm
47:37à Alexandre Andreev,
47:39mon cousin,
47:41qui s'est chargé
47:42de le transmettre
47:43en Occident,
47:43d'abord en France
47:45et ensuite aux Etats-Unis
47:46où une traduction
47:48fut entreprise immédiatement.
47:53Après plus de 15 ans
47:54de dissidence,
47:55à la fin des années 80,
47:57la Perestroïka fait souffler
47:59un vent de liberté
47:59sur l'Union soviétique.
48:01Pour la première fois
48:02depuis plus de 40 ans,
48:04les Français bloqués
48:05derrière le rideau de fer
48:06se posent la question
48:07du retour en France.
48:10Je savais d'abord
48:11que jusqu'en 90,
48:12la question,
48:13je ne la posais pas
48:14parce qu'à cette époque,
48:15je ne pensais même pas
48:16que ce soit possible
48:17de partir de l'Union soviétique.
48:19Cette question
48:19ne se posait pas du tout.
48:21Quand il y a eu l'année,
48:22enfin en 90,
48:23quand il y a eu la possibilité
48:24d'aller en France,
48:25je savais déjà
48:26que je ne partirais pas
48:27parce que d'ailleurs
48:2864 ans,
48:29quand la vie est faite,
48:29on ne part pas
48:30dans un autre pays,
48:32n'est-ce pas ?
48:32C'est trop tard.
48:55Dans les années 90,
48:58de nombreux retournants
48:59cherchent à retrouver
49:00leur nationalité française
49:01avec plus ou moins
49:02de succès.
49:04Une dizaine d'entre eux
49:05s'est même réinstallée
49:06en France.
49:11Nina Basilina
49:12essaie d'obtenir
49:13la reconnaissance
49:13de sa citoyenneté française
49:15depuis deux ans.
49:17J'ai fait une demande
49:19par l'intermédiaire
49:20du consulat français
49:24à Moscou,
49:25mais j'ai reçu
49:26une lettre négative
49:27de Grenoble
49:28que d'après un décret
49:31qui était en vigueur
49:32dans ces années-là,
49:34je devais avoir vécu
49:36au moins 17 ans
49:38pour pouvoir demander
49:41la nationalité française.
49:44Comme j'ai quitté
49:45le sol français
49:46à l'âge de 14 ans,
49:48je n'avais pas le droit
49:49de vouloir être française.
50:04Pendant plus de 50 ans,
50:06Nina Basilina
50:07a échangé
50:07des centaines de lettres
50:08avec Lucie Bruxelles,
50:10cette amie
50:10qu'elle pensait
50:11ne plus jamais revoir.
50:28Mais depuis la fin
50:29des années 80,
50:30Nina est retournée
50:31quelquefois
50:32à Rio, Pérou
50:33pour y voir Lucie
50:34et le village
50:35de son enfance.
50:55C'est le moment
50:57pour toi
50:58que tu pensais
50:58plus me revoir.
51:03Lucie,
51:04Lucie.
51:12Chaque fois que je pars,
51:14je dis
51:14que peut-être
51:16je ne reviendrai plus.
51:18Et pour moi,
51:19chaque voyage,
51:21c'est une chose
51:24très émouvante.
51:26Chaque fois,
51:27j'espère revenir.
51:33Mais je sais
51:34qu'il y aura une fin.
51:39C'est le moment
51:42que je sais
51:42à la fin,
51:44je sais
51:44qu'elle soit
51:45la fin,
51:47je sais
51:47qu'elle soit
51:50d'un
51:50la fin.
52:18Sous-titrage MFP.
52:45Sous-titrage MFP.
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