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Eté 1914 : la Grande Guerre éclate. Elle embrase la France puis l’Europe et le monde dans un déluge de fer et de feu sans précédent. Pendant quatre ans, ce conflit a mobilisé des millions d’hommes sur les champs de bataille. Parmi eux, des soldats venus de toutes les colonies françaises, même des plus lointaines. Du Sénégal, de Madagascar, d’Indochine …
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00:06Été 1914, la Grande Guerre éclate.
00:10Elle embrase la France, puis l'Europe et le monde dans un déluge de fer et de feu sans précédent.
00:23Pendant quatre ans, ce conflit a mobilisé des millions d'hommes sur les champs de bataille.
00:29Parmi eux, des soldats venus de toutes les colonies françaises, même des plus lointaines.
00:35Du Sénégal, de Madagascar, d'Indochine, des indigènes comme on les appelait à l'époque.
00:53Jusqu'en 1918, pour vaincre l'Allemagne et ses alliés, la France s'est servie de ces colonies comme vivier
00:58à soldats.
01:03Ils sont nombreux à avoir participé à des batailles historiques et décisives.
01:08Sur la Somme, à Reims, à Verdun.
01:14Aujourd'hui, les historiens apportent un éclairage nouveau sur ces combattants trop longtemps oubliés.
01:20Il y a eu massacre.
01:21Ça, ça n'est pas discutable.
01:23Il fallait les faire monter sur un plateau.
01:25Ils se sont fait hachés menus par des mitrailleuses.
01:28Au nom des intérêts de la France, beaucoup sont morts pour ce pays qu'ils ne connaissaient pas.
01:34Environ un million de personnes sont venues prêter main forte à l'effort de guerre.
01:39Leur combat en première ligne à des milliers de kilomètres de leur terre natale
01:42nous invite un siècle plus tard à réfléchir au sens des mots « engagement » et « sacrifice ».
01:48Ce n'est pas de la chair à canon.
01:50Simplement, ce sont des unités extrêmement engagées.
01:53Ce sont des unités d'élite et elles veulent le prouver.
02:094 août 1914, 44 divisions allemandes envahissent la Belgique.
02:16Leur objectif, prendre de vitesse les armées françaises et foncer vers Paris conformément au plan Schlieffen.
02:24De son côté, le commandement français applique le plan 17.
02:28Son but, percer les lignes allemandes pour reprendre l'Alsace et la Lorraine.
02:37Les deux belligérants sont persuadés que la guerre sera courte.
02:41En France, tous les hommes de 21 à 50 ans ont été mobilisés.
02:46Ils sont partis au front, la fleur au fusil, sous les ouras de la population.
02:59Mais dès les premières batailles, la guerre dévore les hommes.
03:03Les pertes sont énormes.
03:06Le 22 août 1914 reste la journée la plus meurtrière de la Grande Guerre.
03:1327 000 poilus sont tués sur une ligne de front qui s'étend sur presque 400 kilomètres.
03:23En quelques semaines, le conflit révèle l'impréparation de l'armée française
03:27et surtout, le manque crucial de soldats.
03:39Pour espérer la victoire, le commandement doit vite lever de nouvelles troupes.
03:49Ces hommes, la France va les puiser dans son empire colonial.
03:52Ils seront presque un million à servir sous les drapeaux entre 1914 et 1918.
04:04Au début de la guerre, les possessions françaises outre-mer se répartissent sur tous les continents.
04:16Les colonies, c'est un très vaste ensemble, un ensemble d'à peu près 10 millions de kilomètres carrés.
04:22Il y a les vieilles colonies, Guadeloupe, Martinique, Guyane.
04:27Ensuite, la partie très importante de la colonisation, c'est l'Afrique du Nord,
04:33que l'on sépare généralement de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique équatoriale.
04:39Il y a naturellement Madagascar, la Réunion.
04:43Et puis pour l'Asie, il y a l'Indochine avec la Cochinchine.
04:49Et dans le Pacifique, quelques îles, en particulier la Nouvelle-Calédonie.
04:56Ce qui est intéressant d'ailleurs sur ce planisphère d'avant 1914,
04:59c'est de voir cette obsession démographique de 80 millions d'habitants
05:04et dit la légende, plus du double de la France.
05:06C'est toujours très important.
05:08Et là, au centre, c'est une petite France qui figure
05:10pour bien montrer finalement la taille de la France par rapport à son empire
05:14et de l'apport des populations.
05:16À l'époque, la France, c'est 39 millions d'habitants.
05:18L'Allemagne, c'est 65 millions.
05:20Donc là, on comprend bien effectivement la différence d'effectifs aussi
05:23qui pourraient exister entre les deux.
05:25Et c'est la raison pour laquelle les colonies vont être importantes dans ce cadre-là
05:29puisque le rapport de force humain étant défavorable pour la France,
05:33eh bien, elle va avoir besoin du recours aux colonies.
05:37Et ce que l'on va résumer sous ce vocable de force noire,
05:40mais ce terme de force noire est très largement réducteur
05:42parce qu'on va au-delà des troupes africaines.
05:48Depuis la fin du 19e siècle,
05:50les soldats des colonies sont répartis dans deux grandes armées.
05:53L'armée coloniale d'une part et l'armée d'Afrique de l'autre.
06:00L'armée coloniale est composée de ce qu'on appelle des indigènes, des autochtones.
06:05Ils sont recrutés dans tout l'Empire français
06:07et encadrés par des officiers, tous blancs.
06:12Quant à l'armée d'Afrique, ces troupes proviennent exclusivement d'Afrique du Nord.
06:17Parmi elles, des spahis et des chasseurs, des corps de cavalerie prestigieux,
06:22et des oaves, des unités d'infanterie légère.
06:26Quand la guerre éclate, on donne à toutes ces armées le nom de troupes coloniales.
06:32Parmi elles, des fantassins sont restés célèbres,
06:34les fameux tirailleurs sénégalais.
06:42Au fur et à mesure de la colonisation, on va créer des tirailleurs soudanais,
06:45des tirailleurs aoussas, des tirailleurs gabonais, des tirailleurs congolais.
06:48Et à la fin, le commandement, par un besoin de rationalité,
06:51va dire qu'on va leur accroyer un seul nom,
06:53mais on va prendre le nom de sénégalais,
06:55puisque c'est en 1857, à Saint-Louis-du-Sénégal,
06:58qu'est créé le premier bataillon.
06:59Donc sénégalais est un terme générique qui lui aussi, d'ailleurs,
07:02va entraîner beaucoup de confusion, y compris encore aujourd'hui.
07:04« Sénégalais », en fait, est un terme qui désigne
07:06toutes les recrues qui sont levées en Afrique sub-saharienne
07:11et jusqu'au Congo et au Gabon.
07:16Ces tirailleurs sénégalais,
07:18un homme rêve de les faire entrer dans l'histoire nationale.
07:22Le général Charles Mangin.
07:26Lors de ses expéditions au Soudan et au Congo,
07:29cet officier colonial a été frappé de l'intérêt des soldats africains pour la guerre.
07:35Son rêve ?
07:36La constitution d'une armée de fantassins basée en Algérie.
07:40Une véritable force noire,
07:42comme le titre du livre qu'il publie en 1910.
07:47Mangin est convaincu de l'aptitude au combat de ses hommes.
07:53Le recrutement massif de soldats indigènes,
07:55comme il le demande dès 1911 au gouvernement et à l'état-major,
07:59finit par trouver une oreille attentive.
08:04Dès les premiers jours de la guerre,
08:06le besoin en nouveaux combattants est une priorité absolue.
08:10Le rêve de Mangin va pouvoir se réaliser.
08:14Charles Mangin se fait reconnaître très très vite
08:17comme un grand spécialiste des Noirs,
08:19parce qu'il sait manifestement leur parler
08:21et lui dit dans de nombreux écrits
08:25que ce qu'il aime en fait chez les Noirs,
08:27c'est leur caractère guerrier,
08:29leur capacité de ne pas avoir peur devant le feu,
08:32leur capacité d'aller au combat sans souci.
08:35Et ce qui est très important,
08:37c'est qu'en réalité,
08:38ils proposent tout simplement de construire une armée
08:40jusqu'au grade de capitaine,
08:42c'est-à-dire de ne pas leur permettre de devenir les chefs
08:45et de maintenir en fait les Blancs
08:46comme chefs de cette force noire.
08:49Ce projet de force noire, en fait,
08:51va rencontrer un écho favorable en France,
08:54tout simplement parce qu'entre 1908 et 1914,
08:58le grand projet en France,
09:00c'est la conquête du Maroc.
09:01Et on a besoin des hommes.
09:03Pour le Maroc, il faudra 100 000 hommes
09:05et des guerriers face aux Marocains.
09:08C'est aussi une réserve possible
09:10pour aller combattre en Europe.
09:12C'est une réserve possible.
09:13Et alors, donc, il y a quand même cette idée
09:15qui est là et qui a avancé prudemment par Mangin,
09:17parce que Mangin, c'est très bien
09:18que ça peut faire trembler aussi
09:19certains officiers supérieurs et généraux
09:21au sein de l'état-major
09:22que de dire que des soldats africains
09:23vont combattre en Europe.
09:24Et finalement, l'aspect un peu novateur de Mangin,
09:27c'est aussi dans le chiffre qu'il avance,
09:29la possibilité de recruter 500 000 hommes.
09:32500 000, 20 000 terriers sénégalais,
09:36possiblement utilisables tout de suite
09:37dès l'entrée en guerre.
09:38C'est ça le plan Mangin.
09:47Septembre 1914.
09:49Des tirailleurs africains sont envoyés en renfort
09:52sur le sol métropolitain.
09:56Majoritairement algériens,
09:59sénégalais et malgaches,
10:02ils sont recrutés de manière arbitraire.
10:06Chaque région sous domination française
10:09est contrainte de fournir à l'armée
10:11des quotas de sujets coloniaux.
10:13Leur nombre est décidé par les administrateurs
10:16et les chefs locaux.
10:18L'injustice s'installe.
10:23Si parmi eux,
10:24certains soldats ont déjà une formation militaire,
10:27la majorité ne reçoit que quelques semaines d'instructions.
10:36Pourtant, après un voyage long et éprouvant,
10:40et à peine débarqué,
10:43ces hommes se retrouvent au combat.
10:47Sur le front de l'Isère,
10:49ils sont plus de 10 000 à se battre en première ligne.
10:52Comme leurs camarades français,
10:54ils sont exposés quotidiennement
10:56au ravage de l'artillerie allemande.
11:01La réaction de ces troupes dites indigènes,
11:05c'est d'abord la stupéfaction devant le feu allemand.
11:09Tout d'un coup,
11:10sous le tonnerre,
11:11l'orage d'acier de l'artillerie,
11:13sous l'un coup,
11:14des bombardements,
11:15des bombardements qu'on n'imaginait pas possibles.
11:19Avec des calibres de plus en plus grands,
11:21des distances de tir,
11:22les canons de tir à 20, 30, 40 kilomètres,
11:24en tirant de plus en plus loin.
11:25Donc on a un peu le sentiment
11:26que les soldats ne sont à l'abri nulle part,
11:28que même un trou ne les protège pas.
11:31Les dégâts terribles,
11:32les explosions dans les arbres,
11:34par exemple,
11:35les obus dans les arbres
11:35sont extrêmement destructeurs
11:36parce que ça fait des dizaines d'éclats
11:38qui se répartissent absolument partout.
11:40Il va falloir que les troupes
11:42venues, les colonies,
11:43s'y habituent
11:43et ça va être très difficile, très dur.
11:49Malgré l'apreté des combats,
11:51certaines unités de soldats des colonies
11:53se comportent de manière héroïque.
11:57Pendant la bataille de la Marne,
11:59une compagnie d'Algériens
12:00et de Sénégalais
12:01s'illustre par un brillant fait d'armes.
12:04Elle parvient à garder
12:04le château de Montement
12:05à 70 kilomètres
12:07au sud-est de Reims
12:08et à faire reculer les Allemands.
12:16Mais les soldats indigènes
12:18souffrent gravement du froid,
12:19de l'enlisement dans l'eau
12:21et la boue.
12:22Très vite,
12:23les maladies pulmonaires explosent.
12:27De plus,
12:28ils ne sont pas habitués
12:29au port de chaussures rigides
12:30qui les handicapent lourdement
12:32lors des assauts.
12:39Dans leur rang,
12:40les rigueurs de l'hiver
12:41font autant de dégâts
12:42que les canons allemands.
12:48après quatre mois de guerre,
12:50les pertes sont éloquentes.
12:52Presque la moitié des effectifs
12:54venus des colonies
12:55est hors combat.
12:57voient, dès le début
12:59des premiers mois de la guerre,
13:01ce problème que vont poser
13:03les tirailleurs
13:04en termes de formation,
13:05en termes de recrutement.
13:06C'était souvent les chefs locaux
13:08qui désignaient les types
13:09dont on n'était pas très content.
13:11Les médecins se plaignent.
13:12Par exemple,
13:12les médecins qui font partie
13:13des commissions de recrutement
13:14disent,
13:14« C'est pas possible.
13:14On nous envoie
13:15des boiteux,
13:15des aveugles,
13:16des tuberculeux,
13:17des scrofuls. »
13:18On ne peut rien en faire.
13:19Évidemment,
13:20l'Afrique se protège
13:21de toutes les façons possibles.
13:22Donc là,
13:23je crois que les premiers mois
13:24vont être extrêmement importants
13:26dans la perception
13:27que le commandement
13:28va avoir
13:29de la réalité
13:30d'emploi de ces hommes
13:31dont il ne faut pas oublier non plus
13:33qu'ils ont un encadrement
13:34extrêmement important.
13:38Cet encadrement
13:39est assuré
13:39par des officiers
13:40et des sous-officiers blancs.
13:43Ce sont eux
13:44qui donnent les ordres.
13:46Dans un bataillon,
13:47ils sont à peu près
13:48200 pour 800 soldats indigènes.
13:52Ça pose la question
13:53de la langue,
13:54la question des cadres.
13:55Comment va-t-on parler
13:56à ces hommes
13:57qui ne maîtrisent pas
13:59un français absolu
14:00puisque les Africains
14:02parlent ce qu'on appelle
14:03le « moyadi » ?
14:05Oui, alors comment fait-on
14:06lorsqu'il faut donner
14:07des ordres
14:07à ces hommes
14:08qui, en fait,
14:09sont très peu nombreux
14:11à parler,
14:11à lire
14:12et bien entendu
14:13à écrire le français
14:13français ?
14:13Donc l'idée,
14:14c'est de trouver
14:15finalement une forme
14:16simplifiée
14:17de français
14:18qu'on appelle
14:18le français tirailleur
14:19qui va donner
14:20des résultats
14:21qui sont très contestés
14:22et qui sont contestés
14:23par les officiers eux-mêmes.
14:24C'est-à-dire qu'ils vont
14:25se rendre compte
14:25que finalement,
14:26parler ce français
14:27au rabais,
14:28c'est contre-productif.
14:29Il vaut mieux
14:29faire de l'enseignement
14:30du français aux troupes.
14:31On va se rendre compte
14:31que le français tirailleur
14:32n'est pas forcément
14:33la bonne solution.
14:35Alors on peut peut-être
14:35essayer un petit essai
14:37de français tirailleur
14:38pour montrer les limites
14:40dont vous venez de parler.
14:41Donc la première leçon
14:42sur ce petit opuscule,
14:44c'est la question
14:45du garde-à-vous.
14:46Donc je lis
14:47le garde-à-vous.
14:48Quand tirailleur,
14:49il y a faire garde-à-vous.
14:50Lui, il y a
14:51lever pied droit,
14:52il y a mettre
14:53talon droit
14:53côté talon gauche,
14:55il y a ouvrir
14:55point de pied un peu,
14:57il y a mettre bras
14:58pré-corps,
14:59il y a ouvrir
15:00main complète,
15:01il y a rester raide,
15:03il y a mirer devant.
15:07Cette manière de parler
15:08se répand très vite
15:09chez les civils.
15:11Des dessins
15:11et des cartes postales
15:12reproduisent ce jargon
15:13infantilisant.
15:16En associant
15:17le symbole
15:18du tirailleur noir
15:19à celle d'un slogan,
15:20une célèbre réclame
15:22a achevé
15:22de banaliser
15:23l'utilisation
15:24de ce langage
15:25baptisé
15:25Petit-Nègre
15:26à l'époque.
15:34Au début de l'année 1915,
15:36après six mois
15:37de combat,
15:38la ligne de front
15:39se fige encore
15:39un peu plus.
15:41La guerre de position
15:42se transforme
15:43en guerre d'usure.
15:46Un seul mot d'ordre
15:47prime désormais
15:48tenir.
15:50Tenir
15:51et reprendre
15:52maître après maître
15:53du territoire
15:54à l'ennemi.
15:57Chaque camp
15:57est enterré
15:58dans ses tranchées.
16:09Quand les soldats
16:10ne meurent pas
16:11sous les pilonnages
16:12incessants de l'artillerie,
16:13quand leurs pieds
16:14ne gèlent pas,
16:15ils s'épuisent
16:16dans des assauts
16:17meurtriers
16:18menés au quotidien.
16:22La plupart
16:23des attaques françaises
16:23échouent,
16:24brisées par la puissance
16:26de feu allemande.
16:31Le carnage est tel
16:32qu'on réclame
16:33de nouvelles recrues
16:34à l'Afrique.
16:39L'engagement forcé
16:40des colonisés
16:41est à l'ordre du jour.
16:44Place dorénavant
16:46à l'impôt du sang.
16:50Le 9 octobre 1915,
16:52un décret
16:53rend obligatoire
16:54la mobilisation
16:55des Africains
16:56qui est tout à fait
16:57caractéristique
16:57de la façon
16:58dont le système
16:59colonial a fonctionné
17:00avec les colonies.
17:01C'est-à-dire
17:01qu'on rend obligatoire
17:02quelque chose
17:03sans s'être
17:04jamais préoccupé
17:04de savoir
17:05s'il y avait
17:05une volonté locale
17:08d'application possible.
17:09Finalement,
17:10sur place,
17:11qu'est-ce que ça signifie
17:12concrètement ?
17:13Quand on parle
17:13d'impôt du sang
17:14pour les tirs sénégalais,
17:15on a complètement raison
17:16d'utiliser cette expression
17:17parce que le recrutement
17:18se passe exactement
17:19comme le paiement de l'impôt.
17:20C'est-à-dire que
17:21le commandant supérieur
17:21des troupes
17:22donne finalement
17:23une directive.
17:24On veut avoir
17:25tant de soldats
17:26sous les drapeaux.
17:27À vous maintenant
17:28de répartir les recrues.
17:30Donc ça fonctionne
17:31exactement de cette façon-là
17:32avec toutes les mesures
17:33de coercition
17:33qui n'ont fait que se renforcer
17:35au cours de la guerre.
17:36Les dispositions de police
17:37qui étaient déléguées
17:39aux chefs coutumiers,
17:39notamment en Afrique
17:40occidentale française,
17:41pour les forcer
17:42à les contraindre.
17:43L'impôt du sang,
17:44évidemment,
17:44aujourd'hui,
17:45ça paraît
17:45un mot terrible
17:46de cette phrase
17:47du général Messimi,
17:47ministre de la guerre,
17:48qui dit
17:48« L'Afrique nous a coûté
17:49des flots d'or et de sang.
17:51Cet or et ce sang
17:52doit nous le rendre
17:52aux centubes. »
17:53Je crois que là aussi,
17:54il faut se remettre
17:54encore dans le contexte
17:55de l'époque,
17:55dans ce contexte colonial
17:57où on pense
17:58que la civilisation
17:58apporte des bienfaits.
17:59C'est la mission civilisatrice
18:01et qu'en échange
18:02de ces bienfaits
18:03que le colonisateur
18:04a apportés,
18:05l'Africain doit rendre,
18:07doit quelque part
18:07payer ces bienfaits
18:09et les paye
18:10de sa personne,
18:11de son sang.
18:12Une dernière petite chose,
18:13il ne faut pas non plus oublier,
18:14on a des foyers
18:15d'insurrection en 1915
18:17pendant à peu près
18:18un an.
18:19C'est une véritable
18:19guerre anticoloniale
18:20qui va éclater ici.
18:22On disait que c'était
18:23les populations
18:23les plus anarchiques
18:24et les moins civilisées.
18:26En quelques semaines,
18:27elles vont mobiliser
18:27un espace
18:28de 100 000 kilomètres carrés,
18:301 000 villages,
18:311 million de personnes.
18:32Le plus gros soulèvement
18:33que l'Afrique coloniale
18:34n'ait jamais connu
18:35à cette époque-là.
18:36Une débauche
18:36de moyens militaires
18:37pour assurer la répression,
18:39une forte concentration,
18:4020 000 hommes
18:41pour mettre fin
18:41à ce que j'appellerais
18:42la guerre dans la guerre.
18:44Et voilà dans quel contexte
18:45intervient le décret
18:46du 9 octobre 1915.
18:51Malgré ces révoltes,
18:52en quelques semaines,
18:5350 000 nouvelles recrues
18:55sont incorporées
18:55sous la contrainte,
18:56puis envoyées
18:58directement en France.
19:04Pour les instruire,
19:05l'état-major français
19:06fait bâtir
19:07de gigantesques camps.
19:12En hiver,
19:14ils accueillent aussi
19:14les soldats coloniaux
19:15qui reviennent du front
19:16pour les soustraire
19:18aux rigueurs du climat.
19:22Des spahis marocains
19:23sont cantonnés à Arles.
19:28Des tirailleurs algériens
19:29arrivent à Bordeaux
19:31et à Toulon.
19:33Fréjus et Saint-Raphaël
19:35deviennent un immense centre
19:37capable d'accueillir
19:38des dizaines de milliers
19:39d'hommes.
19:41De novembre à avril,
19:43toute une population
19:44s'y installe.
19:46Des communautés algériennes,
19:48marocaines
19:48ou sénégalaises
19:50y recréent l'ambiance
19:51de leur pays d'origine.
19:56Elles oublient l'isolement
19:57et la fureur des tranchées
19:59tandis que les nouvelles
20:00recrues s'entraînent
20:01au combat.
20:03C'est vrai qu'on s'aperçoit
20:05qu'il y a un temps
20:05de formation extrêmement
20:06important en partie
20:07au combat d'infanterie.
20:08Il y a beaucoup de films
20:09où on les voit s'exercer
20:09au fusil, en avant,
20:10en arrière.
20:11L'idée, c'est que
20:12l'ordre passe,
20:14qu'on obéisse aux ordres
20:15et que les troupes
20:16ne se demandent pas.
20:17Parce que dans le cas
20:17des tirailleurs sénégalais,
20:18il y a quand même eu
20:19pas mal de cas signés
20:20dans les rapports
20:20de commandement
20:21où tout d'un coup,
20:22l'officier ou le cadre blanc
20:23ayant été tué ou blessé,
20:25les troupes reculent,
20:26se débandent.
20:27Parce que tout d'un coup,
20:28l'armature,
20:29le Saturne n'est plus là.
20:32Donc il va y avoir
20:33un véritable travail
20:35d'attlimatation
20:36aux conditions
20:37du champ de bataille,
20:38aux armes employées
20:39et surtout
20:40à la compréhension
20:41des ordres.
20:42Donc c'est à tout ça
20:43qu'on va former
20:43les tirailleurs.
20:48Dans ces camps,
20:49les officiers instructeurs
20:50veillent aussi
20:51au respect des traditions
20:52des soldats indigènes.
20:56Ils pratiquent librement
20:58leur religion.
21:00Le refus de manger
21:02de la viande de porc
21:03est accepté
21:04et quand ils le peuvent,
21:06les musulmans
21:06cuisent leur nourriture
21:07sur leurs propres braséraux.
21:14Les Africains animistes
21:16découvrent le vin rouge
21:17et la bière.
21:19Tous prennent goût au tabac,
21:21distribués à volonté
21:22pour maintenir le moral.
21:26L'armée a toujours pris un soin extrême
21:29de ses hommes
21:29puisque, qu'on le veuille ou non,
21:31le soldat est un gage
21:32de victoire et de combat.
21:33Donc un officier
21:34n'a aucun intérêt
21:34à ce que sa troupe
21:36soit mal nourrie,
21:37soit mal vêtue,
21:38soit malade.
21:39Et donc,
21:40il y a énormément
21:41de règlements
21:41qui sont édités
21:42sur la dotation
21:43en chandail,
21:44en caleçon,
21:45la dotation en riz,
21:47la dotation en vin.
21:48On respecte l'islam.
21:49Et donc,
21:50il y a énormément
21:51de manuels
21:51qui mettent en avant
21:53le fait qu'il fallait
21:53respecter les rites.
21:55Par exemple,
21:56la ration de pinard,
21:57de vin rouge à l'époque,
21:58pour les tirailleurs musulmans
22:00est remplacée
22:01par une dotation
22:02plus importante
22:02en noix de cola
22:03puisqu'on prétend
22:04que c'est un excitant.
22:05Par exemple,
22:06les tirailleurs
22:07sont dotés du tricot
22:08dit du modèle
22:09de chasseur alpin
22:09dont sont pas dotés
22:11les poilus.
22:12Donc,
22:12ça prouve quand même
22:13un véritable souci
22:15du commandement
22:15de maintenir en état
22:18ces troupes
22:18de façon à ce qu'elles
22:19soient opérationnelles.
22:29L'état-major
22:30se sert aussi
22:31des campagnes d'hivernage
22:32pour vanter
22:33les mérites
22:33de l'armée française
22:34qui sait si bien
22:36intégrer
22:36toutes les forces
22:37de son empire.
22:39Le dimanche,
22:40sur les terrains
22:41d'entraînement,
22:42les coutumes
22:43aussi distrayantes
22:44qu'exotiques
22:44des indigènes
22:45sont mises en scène
22:47dans un registre
22:48très paternaliste.
22:51Des spectacles
22:52organisés
22:53pour les habitants
22:54mettent en avant
22:55leur joie de vivre,
22:57leur côté joueur
22:58et bon enfant.
23:03Mais au-delà des clichés
23:04et des rires
23:05de façade,
23:06le rapprochement
23:07entre les indigènes
23:08et les métropolitains
23:09inquiète
23:10en France
23:12et dans les colonies.
23:13C'est quelque chose
23:14qu'on retrouve fréquemment
23:15dans un certain nombre
23:16de coloniens
23:17en disant finalement
23:17que c'était une mauvaise idée
23:19d'engager ces Africains
23:20en Europe
23:21parce que l'homme blanc
23:22descend son piédestal.
23:23D'abord,
23:24les Africains voient souffrir
23:25un homme blanc comme eux
23:25donc ils s'aperçoivent
23:26qu'il est comme eux,
23:27ils saignent comme eux,
23:28ils souffrent comme eux,
23:29ils ont peur comme eux,
23:30ils puissent fuir
23:30sous les bombes allemandes.
23:32Donc le prestige colonial
23:33va s'effriter.
23:34Une fois de retour au pays,
23:35seront-ils encore contrôlables ?
23:37Et ça,
23:37c'est une entienne
23:38qu'on retrouve très fréquemment
23:39et qu'on retrouvera
23:43et elle est aussi intéressante
23:43lorsqu'on considère
23:45qu'en Afrique notamment,
23:46en Afrique subsaharienne,
23:48le service des administrateurs
23:49coloniaux européens
23:50était court.
23:51C'est-à-dire,
23:51c'était déroulement
23:52de deux ans en moyenne
23:53et donc finalement,
23:55on ne voyait pas,
23:55les Africains ne voyaient pas
23:57tous les jours
23:57des blancs mourir.
23:58Et puis il y avait des mythes
23:59qui émergeaient,
24:00des rumeurs.
24:01La rumeur,
24:01c'est extrêmement important
24:02pour comprendre la circulation
24:03de l'information
24:04dans ces sociétés-là.
24:05L'idée que le blanc,
24:07il n'est pas immortel,
24:08mais enfin,
24:09les balles peuvent ricocher sur lui,
24:11ne l'atteignent pas,
24:13etc.
24:13Bon, là, effectivement,
24:14sur place,
24:15on voit la brutalité de la guerre.
24:17On parle même
24:18de brutalisation de la guerre
24:19parce qu'on n'est pas
24:20dans n'importe quel conflit.
24:21Ce n'est pas la guerre de 1870,
24:23c'est la première guerre mondiale.
24:26Une boucherie qui est inédite.
24:31Et là, on voit
24:32les Français métropolitains
24:34comme les autres,
24:35à nu, en quelque sorte,
24:36devant cette guerre
24:38industrielle, brutale.
24:51En 1915,
24:53comme ces Français
24:54qu'ils croyaient immortels,
24:56des milliers de soldats coloniaux
24:58sont blessés
24:58ou gravement mutilés.
25:03Peu à peu,
25:04la France se transforme
25:05en un gigantesque hôpital.
25:07Des châteaux et des hôtels
25:08sont réquisitionnés
25:09pour devenir des centres de soins
25:11et des maisons de convalescence.
25:16Les infirmières y apprennent
25:17à guérir des maladies inconnues
25:19provenant des gaz
25:20utilisés par les Allemands.
25:23Elles découvrent
25:24les terribles souffrances
25:25causées par les grenades
25:26et les obus à balles.
25:29Jour après jour,
25:30elles tissent des liens
25:31avec ces soldats
25:32venus d'ailleurs.
25:36Beaucoup d'entre elles
25:37sont surprises par ces hommes
25:38dont elles ne connaissent
25:39ni le langage
25:40ni les traditions.
25:42Elles sont touchées
25:43par leur isolement.
25:45Ils sont seuls
25:46et loin de leur famille.
25:52Si la compassion
25:53est de mise
25:54avec les blessés,
25:55il est hors de question
25:56pour l'état-major
25:57de trop choyer
25:58ses combattants
25:59avant qu'ils ne repartent
26:00au front.
26:02Les officiers craignent
26:04ces rapprochements
26:04avec les infirmières.
26:06la presse populaire aussi.
26:08En cette année 1915,
26:10les caricatures le prouvent.
26:13Le métissage
26:14n'est pas à l'ordre du jour.
26:17C'est tout l'avenir
26:19de la colonisation
26:19qui est en jeu.
26:23À Menton,
26:24où il y a un hôpital,
26:25il faut oublier
26:25que beaucoup de tirailleurs
26:26souffrent de pathologies
26:27pulmonaires
26:27ou de blessures de guerre.
26:28Il semblerait
26:29qu'il y ait un certain
26:29nombre d'aventures
26:30et le médecin colonel
26:31qui dirige l'hôpital
26:32interdit définitivement
26:34la présence
26:35de femmes européennes,
26:36françaises,
26:37dans l'hôpital
26:37et les fait remplacer
26:38par des infirmiers européens.
26:40On voit bien
26:41à ce moment-là
26:41qu'effectivement,
26:42c'est dans ce rapport
26:43entre l'homme noir
26:44et la femme blanche
26:45ou l'homme indo-chinois
26:46et la femme blanche
26:47ou le malgache
26:48et la femme blanche
26:48qu'on sent réellement là
26:51les contradictions absolues
26:52et les blocages absolus
26:54du rapport colonial.
26:58Pour éviter les débordements,
27:00très peu de permissions
27:01sont accordées
27:02pendant les périodes
27:03d'hivernage.
27:05Les hommes sont cantonnés
27:06dans leur quartier.
27:08Les rares moments
27:09de détente des indigènes
27:10ont lieu entre eux
27:11dans les foyers musulmans
27:13ou les cafés morts,
27:14des organismes contrôlés
27:15par les militaires.
27:18L'armée,
27:19qui est toujours
27:20très pragmatique
27:21pour son mode
27:22de fonctionnement
27:23avec ses hommes,
27:24a bien conscience
27:25que des jeunes hommes
27:26de 20 ans,
27:27il faut se préoccuper
27:27de leur vie sexuelle
27:28parce que sinon,
27:29le risque,
27:30c'est qu'ils aillent
27:30en dehors de la caserne
27:32et ça,
27:33c'est un des premiers risques,
27:33c'est la désertion.
27:34Le deuxième risque,
27:35c'est la maladie vénérienne
27:36qui fait très peur.
27:38Donc,
27:38au sein des troupes,
27:40il y a très généralement
27:41une organisation
27:42qui est mise sur pied
27:43par les officiers.
27:44On appelle ça
27:45un bordel militaire
27:46de campagne,
27:47un BMC
27:48et donc,
27:49il y a des BMC
27:50dans l'ensemble
27:51des garnisons.
27:52Alors,
27:53naturellement,
27:54la question va se poser
27:55tout particulièrement
27:56avec les tirailleurs
27:57parce que les tirailleurs,
27:58dans le temps avant 14,
28:00il y avait cette particularité
28:01que les tirailleurs
28:02vivaient avec leurs femmes,
28:03avec leurs épouses,
28:04les madames tirailleurs,
28:05les fameuses madames tirailleurs
28:06et au cours de la Première Guerre mondiale,
28:08les femmes,
28:09mesdames tirailleurs,
28:09n'ont pas suivi en métropole.
28:24Juillet 1915,
28:25la guerre s'intensifie encore.
28:28Elle mobilise
28:29de plus en plus d'hommes
28:30dans les colonies
28:31pour faire face
28:31à la forte pénurie
28:32de main-d'œuvre
28:33qui frappe tout le pays.
28:40Si l'Afrique noire
28:41fournit surtout
28:42des combattants,
28:43Madagascar,
28:44la Tunisie,
28:45l'Algérie
28:45et l'Indochine
28:46procurent aussi
28:47des travailleurs.
28:50Ils sont affectés
28:51dans les mines
28:52et les usines métallurgiques.
28:54D'autres entretiennent
28:56les routes
28:56à proximité
28:57et des champs de bataille.
29:00La réquisition,
29:02l'acheminement
29:02et surtout l'emploi
29:03en France
29:03de tous ces travailleurs
29:04posent des problèmes
29:05d'organisation
29:06que le ministère
29:07de la guerre
29:08règle
29:08selon des principes
29:10ouvertement racistes.
29:12L'affectation
29:13est faite en partie
29:15sur les capacités
29:16qu'on leur prête.
29:17C'est vrai que là,
29:18on a tous les clichés,
29:18les stéréotypes
29:20coloniaux
29:21qui sont aussi très liés
29:22souvent à cette hiérarchie
29:23des races.
29:24L'Indochinois
29:26est petit, malin,
29:27grommet malin,
29:28il arrive à se refiler,
29:29il est laborieux,
29:30c'est les masses laborieuses.
29:31Dès qu'on parle de l'Asie,
29:32c'est la fourmilière asiatique.
29:34On s'imagine
29:35que si on met
29:361000 anamides
29:37sur un champ,
29:37il va être défriché
29:38extrêmement vite.
29:40C'est comme ça d'ailleurs
29:40qu'on dit
29:41que ce sont des paysans
29:42qu'on a recrutés au Tonquin,
29:43donc ça va être
29:44de très bons maraîchers,
29:45on va les affecter
29:45à l'agriculture.
29:50Aussi, on dit
29:50que ce sont des hommes
29:51très soigneux
29:52et très délicats,
29:53donc on va les affecter
29:54à l'aviation,
29:55en particulier à l'époque
29:56où les carcasses d'avions
29:57sont en bois
29:57avec des toiles laquées,
29:59donc on va recruter
30:00des laqueurs au Vietnam
30:02pour venir laquer
30:03les aéroplanes.
30:04Tout ça est totalement
30:05décrit dans des manuels,
30:07mais c'est toujours
30:08lié à des stéréotypes
30:09en disant
30:09l'Indochinois est doux,
30:11il n'est pas très guerrier,
30:12mais il est doux
30:13et par conséquent,
30:14il fera un meilleur infirmier
30:15que le bambarat
30:16un peu costaud,
30:16mais qui a des grosses mains
30:17et qui sera incapable
30:18de faire un pansement.
30:22Pour soutenir
30:23l'effort de guerre,
30:24la France n'hésite pas
30:25à aller chercher
30:25des travailleurs loin,
30:27très loin,
30:28hors de ses colonies,
30:30jusqu'aux provinces
30:31les plus reculées
30:32de Chine
30:32où 40 000 paysans
30:34analfabètes
30:35sont recrutés
30:36puis entassés
30:37dans des bateaux
30:37direction la métropole.
30:41À peine arrivés,
30:42ils sont utilisés
30:43pour des travaux pénibles
30:44de terrassement
30:45et de construction
30:46de barraquement
30:47pour les troupes.
30:50Pour organiser
30:51l'affectation
30:52de toutes ces petites mains,
30:53un service
30:54des travailleurs
30:54coloniaux est créé.
30:56Ils veillent
30:57à la répartition
30:58des groupes
30:58selon les besoins
30:59du grand chantier
31:00qu'est devenue
31:01la France en guerre.
31:04Car à l'arrière
31:06des armées,
31:06les besoins
31:07augmentent aussi.
31:08Il faut des bras
31:09pour assurer
31:10le ravitaillement,
31:11la logistique,
31:12le nettoyage
31:13des tranchées.
31:14Ceux qui effectuent
31:16ces tâches
31:16ne s'attirent pas
31:17toujours l'estime
31:18des soldats français
31:18qui les considèrent
31:20comme des planqués,
31:21des embusqués.
31:23Pourtant,
31:23eux aussi
31:24risquent leur vie
31:25à chaque instant
31:26sous le feu
31:26de l'ennemi.
31:29Pour un homme en ligne,
31:30il faut dix autres
31:31combattants
31:32qui derrière
31:33approvisionnent le front
31:33en armes,
31:34en munitions,
31:35en ravitaillement,
31:36en entretien des lignes,
31:37en aménagement
31:37du champ de bataille
31:38quand il y aura
31:39des grands mouvements.
31:40Et ces hommes
31:40fréquentent tous les jours
31:41dans les villages,
31:43dans les villes,
31:44dans les usines,
31:45les Français.
31:45Et en général,
31:46les témoignages
31:46qu'on a,
31:47c'est de la compassion
31:48de la part des Français.
31:49Finalement,
31:50vous êtes venus de si loin.
31:51Pourquoi êtes-vous venus
31:52de si loin
31:52pour combattre ?
32:02En février 1916,
32:04l'Allemagne engage
32:05toutes ses forces
32:06pour anéantir la France
32:07et gagner la guerre.
32:09Elle lance une offensive
32:10pour prendre Verdun,
32:12un des verrous
32:13qui commande la route
32:13vers l'ouest,
32:14la route vers Paris.
32:22Le 21 février,
32:24un déluge d'obus
32:25s'abat sur les lignes françaises
32:27situées autour des citadelles
32:28qui défendent la ville.
32:30Quatre jours plus tard,
32:31le fort de Douaumont tombe.
32:35L'idée,
32:35c'est d'arriver,
32:37en employant des moyens
32:38tout à fait massifs,
32:39à apporter un coup
32:40donc pratiquement
32:42irrémédiable
32:42à l'armée française.
32:43Il parle de signer
32:44l'armée française.
32:45Il parle de signer
32:45de l'armée française,
32:46tout à fait.
32:46Et du côté français,
32:47il est hors de question
32:48de reculer à Verdun également.
32:49Ils sont en situation
32:50de défensive.
32:51Il faudra défendre
32:52jusqu'au bout
32:52cette place forte,
32:54entre guillemets.
32:54Donc les troupes coloniales
32:55vont jouer un rôle
32:56extrêmement important
32:58lors de cette bataille-là
32:59qui va coûter,
33:00alors d'après les estimations,
33:01un demi-million
33:02de vie humaine
33:03à part égale
33:04entre les Français
33:05et les Allemands.
33:06Donc c'est véritablement
33:08une bataille
33:08qui va coûter
33:09extrêmement cher
33:10en vie humaine.
33:11Une bataille très longue.
33:11Une bataille très longue
33:12et donc qui va voir passer,
33:13et c'est ça
33:14qui est tout à fait intéressant,
33:15à peu près les deux tiers,
33:17voire plus,
33:17presque trois quarts même
33:18de l'armée française,
33:191,5 million d'hommes.
33:23Fin février,
33:24le général Pétain
33:25prend le commandement
33:26sur le front de Verdun.
33:29Les forts de Vaud
33:30et de Douaumont
33:31sont au cœur
33:31de tous les combats.
33:41Les soldats des colonies
33:42s'y illustrent
33:43par leur bravoure
33:44et leur combativité.
33:52À l'arrière,
33:53des milliers d'indigènes
33:54transportent sans relâche
33:55du matériel
33:56et des munitions.
34:00Pour mener les assauts,
34:02les divisions d'infanterie
34:03françaises
34:04sont quotidiennement
34:05renforcées
34:05par les tirailleurs
34:06du Maghreb
34:07et d'Afrique noire.
34:10Le 24 octobre 1916,
34:12après neuf mois
34:13d'affrontements,
34:14le fort de Douaumont
34:15est repris par les poilus
34:16et des unités
34:17de soldats indigènes.
34:21La reprise du fort de Douaumont
34:23est menée
34:23par le régiment
34:24d'infanterie coloniale
34:25du Maroc,
34:26par un bataillon sénégalais
34:27qui se couvrira de gloire,
34:29qui sera cité,
34:29qui est le 43e bataillon
34:30de tir au sénégalais,
34:31le bataillon somalie,
34:32donc recruté à Djibouti
34:34avec des Malgaches
34:35et des Comoriens
34:35et des Djiboutiens
34:37aujourd'hui,
34:38également d'autres
34:39bataillons sénégalais,
34:40des bataillons indochinois,
34:42deux bataillons indochinois,
34:43plus des bataillons d'étape.
34:44Donc ça va être
34:45le premier des grands faits d'armes
34:46des troupes indigènes
34:47au sein des troupes coloniaires.
34:48Voilà.
34:48Et puis,
34:49la gloire aussi rejaillit
34:51sur les tirailleurs eux-mêmes
34:53puisque du côté
34:54des troupes blanches,
34:56il y a une reconnaissance
34:57de la capacité
34:59des troupes dites de couleur
35:01toutes confondues
35:02à aller participer
35:04avec les Blancs au combat
35:06et on assiste aussi
35:07à ce moment-là
35:08à une mixité
35:09de plus en plus grande
35:11au sein des troupes.
35:12Oui, c'est-à-dire que
35:13précisément,
35:14dans un bataillon,
35:15on va trouver dans une compagnie
35:17entre 30 et 40 %
35:18d'effectifs dits indigènes
35:20et il y a des fusions
35:20entre unités,
35:21on va créer des unités de marche
35:24où justement là,
35:25vraiment,
35:25l'amalgame va être totale.
35:27Et donc,
35:28on assiste
35:29à des échanges
35:29beaucoup plus grands
35:30qui vont avoir
35:32pour conséquence
35:32en fait de créer
35:33des liens
35:33beaucoup plus étroits
35:35entre les Blancs
35:35et les Noirs.
35:41Malgré la victoire
35:42de Verdun,
35:43les Français
35:44n'ont repris
35:44qu'une dizaine
35:45de kilomètres
35:45aux Allemands.
35:48L'état-major
35:49ordonne alors
35:50une vraie reprise
35:51de la guerre
35:51de mouvement.
35:58En avril 1917,
36:00le général Nivelle
36:01et le général Mangin
36:02élaborent une opération
36:03ambitieuse
36:04dans l'Aisne.
36:05Cette attaque
36:06doit être décisive.
36:08Pour l'emporter,
36:10les deux généraux
36:11n'hésitent pas
36:11à envoyer
36:1235 bataillons
36:13de soldats
36:13des colonies
36:14en première ligne.
36:19Le président
36:19de la République,
36:20Raymond Poincaré,
36:21vient en personne
36:22passer les troupes
36:23en revue
36:24avant l'assaut.
36:34Mais l'offensive
36:35du Chemin des Dames
36:36se solde
36:36par un échec.
36:40Attaquant
36:41dans le brouillard
36:42et sous la pluie
36:42avec une artillerie
36:43mal coordonnée,
36:45sur les 16 000
36:46tirailleurs
36:47du Maghreb
36:48et de l'Afrique noire
36:49partis à l'assaut,
36:50près de la moitié
36:51est massacré.
37:04La tragédie
37:05du Chemin des Dames
37:06vaut une mise à pied
37:08à Mangin
37:08et le terrible surnom
37:10de Boucher des Noirs.
37:13Il y a eu massacre.
37:14Ça,
37:15ça n'est pas discutable.
37:16Il fallait les faire
37:17monter sur un plateau.
37:18Ils se sont fait
37:19hachés menus
37:20par des mitrailleuses.
37:21Donc il y a bien eu
37:21du massacre.
37:22Ce qui pose question
37:23aux historiens,
37:24c'est est-ce que
37:25le haut commandement,
37:26Nivelle,
37:27puis Mangin,
37:28ont sciemment voulu
37:29mettre des Noirs
37:30en avant des Blancs,
37:31c'est-à-dire avec l'idée
37:32d'économiser le sang blanc.
37:34On parle d'unités mixtes.
37:35Il ne s'agit pas
37:36d'unités totalement africaines.
37:39Donc je crois
37:39qu'il ne faut pas oublier
37:41qu'un tiers,
37:41au moins,
37:42des unités
37:43sont composées
37:43de Français,
37:44d'Européens.
37:45Donc je crois
37:46que l'idée
37:46de Sherakanot
37:47où on mettra en avant
37:48le soldat africain
37:49me paraît difficile
37:50que les tirailleurs
37:51étaient employés
37:51dans des conditions
37:52totalement anormales.
37:54Effectivement,
37:54l'assaut de ce plateau,
37:56mais je pense
37:57que ce n'est pas du tout
37:59lié à la volonté
38:00de les faire tuer
38:00à la place d'autres,
38:01c'est simplement
38:02la disposition
38:03des troupes
38:04sur le terrain
38:04qui a conduit à ça.
38:05Mais il y a une des explications
38:06qui pourrait permettre
38:07de comprendre
38:08pourquoi tout cela
38:09a été si meurtrier
38:10pour les tirs
38:10à Sénégalais,
38:11c'est aussi
38:11qu'ils étaient utilisés
38:13dans l'infanterie
38:14majoritairement.
38:15Ils n'étaient pas
38:15beaucoup utilisés
38:16dans l'artillerie,
38:17etc.,
38:18à l'arrière,
38:18dans les services,
38:19c'est-à-dire dans des endroits
38:20où ils auraient été
38:21non pas préservés,
38:22mais en tout cas
38:23moins sujets
38:24effectivement
38:24aux plus grandes rigueurs
38:27de la guerre.
38:28C'est vrai aussi
38:28des conscrits corses,
38:29c'est vrai aussi
38:30des conscrits bretons
38:31ou mariégeois
38:31qui expliquent effectivement
38:32les chiffres colossaux
38:33des pertes
38:33sur les monuments morts
38:34de la France agricole,
38:36par exemple.
38:43Malgré ces sacrifices,
38:45la situation militaire
38:46de la France
38:47à l'été 1917
38:48reste précaire.
38:51Sur le front,
38:52les soldats sont épuisés.
38:54À l'arrière,
38:55les bras manquent.
38:58Les pertes subies
38:59à Verdun,
39:00au chemin des Dames
39:01et dans la Somme,
39:02poussent le ministère
39:03de la guerre
39:03à élargir encore
39:05le recrutement
39:06de soldats
39:06dans les colonies.
39:09Désormais,
39:10les nouvelles recrues
39:11parcourent plus de 15 000 kilomètres
39:13pour rejoindre le front.
39:15Ils sont Tahitiens
39:16ou Kanaks.
39:18La France saigne
39:19ses colonies.
39:21Le 16 novembre,
39:23Raymond Poincaré
39:24appelle Georges Clémenceau
39:25à la présidence du Conseil.
39:27L'objectif de Clémenceau
39:29est clair.
39:29Il faut tenir
39:31sur les différents fronts.
39:33Tenir
39:34jusqu'à l'arrivée massive
39:35des soldats américains.
39:36Sous-titrage Société Radio-Canada
40:06Sous-titrage Société Radio-Canada
40:08Sous-titrage Société Radio-Canada
40:11Sous-titrage Société Radio-Canada
41:05Sous-titrage Société Radio-Canada
41:07A terme,
41:08entre tous les combattants,
41:09c'est le fameux mot
41:10qu'on attribue à Blaise Diagne,
41:11en versant le même sang,
41:13vous gagnerez les mêmes droits.
41:15C'est-à-dire,
41:16au bout du compte,
41:16la citoyenneté française.
41:17Et qu'est-ce que ça veut dire
41:18la citoyenneté française ?
41:20Ça veut dire
41:20ne plus être astreint
41:21au travail forcé.
41:22Blaise Diagne est un personnage
41:23extrêmement important
41:25et imposant.
41:26C'est un homme qui parle bien,
41:28c'est un homme qui sait
41:28s'exprimer,
41:30il écrit magnifiquement bien.
41:32Donc c'est vraiment
41:33quelqu'un qui maîtrise,
41:35en fait,
41:36tous les instruments
41:36de la domination du blanc.
41:38Et, en fait,
41:39il sait l'utiliser
41:40pour montrer
41:41que peut-être les Noirs
41:42pourraient récupérer
41:44cette domination
41:44à leur profit.
41:46Tout d'un coup,
41:47ce qui, pour les chefs,
41:48était un handicap
41:49peut devenir une chance.
41:50C'est-à-dire que,
41:51tout d'un coup,
41:51pour les chefs,
41:52peut-être l'idée
41:52de se dire
41:52quelque chose
41:53va nous échapper.
41:54Nous allons envoyer
41:55nos fils.
41:55D'autant plus que Diagne
41:56s'est entouré
41:57dans la délégation
41:58de beaucoup de fils de chef.
41:59Je crois qu'il y a
41:59cette idée
42:00de ne pas rater
42:00la victoire.
42:02C'est quand même
42:02un événement
42:03qui est tout à fait important
42:04et qui va susciter aussi
42:05des attentes,
42:06des espoirs.
42:071918,
42:08c'est l'année
42:08des grands efforts
42:09et l'année
42:09des grands espoirs.
42:12L'espoir suscité
42:13par ce nouveau
42:14recrutement massif
42:15est de courte durée.
42:16Sur le front,
42:17la situation
42:18est préoccupante.
42:22Mars 1918,
42:24les Allemands
42:25multiplient les attaques
42:26en Picardie,
42:27dans les Flandres,
42:28en Champagne.
42:29Pour le général
42:30Ludendorff
42:31qui commande
42:32les troupes allemandes,
42:32il est impératif
42:34d'écraser la France
42:35avant que les États-Unis
42:36ne déploient suffisamment
42:37d'hommes en Europe
42:38pour vaincre l'Allemagne.
42:40En juin,
42:41ces divisions
42:42sont aux portes
42:43de Paris.
42:46La capitale
42:47ne cesse
42:47d'être bombardée
42:48par le canon
42:49La Grosse Bertha.
42:52Les Français
42:53fuient par milliers.
42:55l'Allemagne
42:57est sur le point
42:57de remporter la guerre.
43:04Mais des combats
43:05acharnés
43:06permettent
43:06de stopper
43:07cette progression.
43:09Tous les soldats
43:10des colonies
43:10y participent.
43:13Des affrontements
43:14sanglants
43:14ont lieu
43:15à Reims
43:15et autour
43:16de la capitale
43:17des rois de France.
43:19Les tirailleurs
43:20s'y battent
43:20avec une telle fougue
43:22qu'ils terrorisent
43:22les Allemands.
43:26L'arme du tirailleur
43:28c'est ce fameux
43:29coupe-coupe
43:30qui va devenir
43:32l'emblème
43:33du tirailleur,
43:34l'emblème surtout
43:35pour les Allemands
43:37qui ont très peur
43:38de ce tirailleur
43:39toujours imaginé
43:41comme un grand
43:42gaillard
43:42immense
43:43et qui se sert
43:45de ce sabre
43:45d'abati
43:46pour décapiter,
43:48pour couper
43:49des mains
43:49et des oreilles.
43:51C'est vrai
43:52que le coupe-coupe
43:52il a une véritable histoire.
43:54Très vite
43:54les cartes postales
43:55il y en a ici
43:55des dizaines
43:56qui peuvent en témoigner
43:58vont montrer
43:58le tirailleur
43:59toujours
44:00soit avec cette tchéchia
44:01qui l'emblématise
44:02la tchéchia rouge
44:03ou ce coupe-coupe
44:04et la propagande
44:06va mettre en avant
44:07finalement
44:08quelque chose
44:08d'assez
44:10curieux
44:11c'est que
44:12le coupe-coupe
44:13qui emblématise
44:14finalement le sauvage
44:15c'est un coupe-coupe
44:17qui est mis au service
44:17de la civilisation
44:18c'est-à-dire
44:19qu'on voit
44:20ce tirailleur
44:20qui court derrière
44:21un allemand
44:22qui lui est un barbare
44:23qui a cloué des enfants
44:24sur les portes des granges
44:26dans les Flandres
44:27et en Ardennes
44:27en 1914
44:28et bien c'est tout d'un coup
44:29la réussite
44:30de la mission civilisatrice
44:32via le tirailleur
44:33et il y a une carte postale
44:34très célèbre
44:34qui représente
44:35un tirailleur
44:35qui garde un camp de prisonniers
44:36et il y a un père français
44:38avec son petit enfant
44:38qui vient voir les prisonniers
44:39et le tirailleur
44:40dit à ce père français
44:42qu'il vient voir
44:43les sauvages
44:43c'est-à-dire
44:44qu'il y a l'ancien sauvage
44:45qui est devenu
44:46un bon soldat
44:47grâce à la France
44:47et l'ancien civilisé
44:49l'allemand
44:49qui est devenu un barbare
44:56à partir d'août 1918
44:58les troupes alliées
44:59mènent à leur tour
45:00une gigantesque campagne
45:01sur tout le front
45:12l'armée américaine
45:14forte de presque
45:15un million d'hommes
45:15remporte de nombreuses batailles
45:21en octobre
45:23l'imprenable ligne
45:24Hindenburg
45:24est enfin percée
45:27le système
45:29de défense allemand
45:29s'effondre
45:31plusieurs dizaines
45:33de régiments
45:33de soldats noirs
45:35maghrébins
45:35et indochinois
45:36sont en première ligne
45:43partout
45:44l'ennemi recule
45:45des colonnes
45:47de prisonniers allemands
45:48sillonnent la campagne française
45:53la France
45:54ses colonies
45:55et ses alliés
45:56ont fini par mettre
45:57l'Allemagne à genoux
46:07le 11 novembre 1918
46:09l'armistice est signé
46:10mettant fin
46:11à quatre années
46:12de chaos
46:21dans l'euphorie
46:22de la victoire
46:23la France célèbre
46:24ses courageux combattants
46:25des colonies
46:27Georges Clemenceau
46:28reconnaît officiellement
46:29leur bravoure
46:30des milliers
46:32de médailles militaires
46:33et des centaines
46:33de croix de guerre
46:34sont distribuées
46:35les drapeaux
46:36des régiments
46:37les plus valeureux
46:38sont décorés
46:39de la Légion d'honneur
46:43les unités composées
46:44de tirayeurs algériens
46:45de tirayeurs marocains
46:46de tirayeurs tunisiens
46:47et de cavaliers
46:48les spays
46:48vont être parmi
46:50les unités
46:50les plus décorées
46:51de l'armée française
46:51à la fin de la grande guerre
46:53avec des pertes
46:54extrêmement importantes
46:55le quatrième régiment
46:56de tirayeurs tunisiens
46:56il va être anéanti
46:58et recomplété
46:58trois fois
46:59le premier régiment
47:00de tirayeurs algériens
47:01va être quatre fois anéanti
47:02quatre fois recomplété
47:03c'est pas de la chair à canon
47:05simplement
47:05ce sont des unités
47:06extrêmement engagées
47:08ce sont des unités d'élite
47:10et elles veulent le prouver
47:11donc c'est vrai
47:12qu'on va vraiment là
47:13dans le cas des maghrébins
47:15voir une utilisation
47:16du soldat
47:17du combattant
47:18de l'assaillant
47:19de l'homme qui attaque
47:20du guerrier
47:21en fait du guerrier
47:27cette grande guerre
47:28celle que tous
47:30espèrent être
47:30la der des der
47:31aura coûté la vie
47:32à presque 9 millions
47:34de soldats
47:35elle laisse derrière elle
47:37une Europe en lambeaux
47:38meurtris et démunis
47:41c'est aussi la première fois
47:43dans son histoire
47:43que l'état français
47:44a sollicité
47:45autant ces lointaines colonies
47:47pour défendre
47:48la mère patrie
47:51de 1914 à 1918
47:53600 000 soldats indigènes
47:56ont été mobilisés
47:57sous les drapeaux
47:5870 000 d'entre eux
48:00ont payé de leur vie
48:01l'impôt du sang
48:03pour les travailleurs coloniaux
48:04les rapports officiels
48:06évoquent
48:06340 à 400 000 hommes
48:08réquisitionnés
48:09combien sont morts
48:11on ne le sait toujours pas
48:16les médailles
48:17et les récompenses militaires
48:18n'ont pas suffi
48:19à consoler
48:20les populations indigènes
48:21de ces pertes
48:23le ressentiment
48:24s'est encore aggravé
48:25quand la question
48:26des promesses
48:27a été abordée
48:27notamment
48:29celle qui concernait
48:31l'égalité
48:31et la citoyenneté
48:32des combattants
48:36ces promesses-là
48:37la question c'est
48:37est-ce qu'elles ont été tenues
48:38alors pour le cas
48:40des tirs sénégalais
48:40la citoyenneté
48:41on le sait
48:41n'a pas été accordée
48:42à tous les anciens combattants
48:43qui ont combattu
48:44un décret en 1918
48:46précise qu'il faut être
48:47titulaire de la médaille militaire
48:48et de la croix de guerre
48:49pour prétendre
48:50à la citoyenneté française
48:51il y a un plan
48:52ça va être important
48:53c'est que les pensions
48:54qui ont trait
48:55à la carte du combattant
48:56ou les pensions
48:56de reversion des veuves
48:57seront versées
48:58le taux n'est pas le même
48:59mais ce qu'on appelle
49:00la retraite du feu
49:01les pensions du feu
49:03sont versées
49:03on retrouve un principe
49:05de hiérarchisation
49:05qui va se remettre en place
49:07aussitôt la guerre terminée
49:08c'est-à-dire qu'on va
49:09d'abord donner
49:10la priorité aux français
49:11qui eux aussi
49:13ont été sacrifiés
49:15dans la guerre
49:16et qui estiment
49:17devoir être servis
49:18avant les africains
49:20avant les indochinois
49:22et donc du coup
49:23dans les colonies
49:25et bien très vite
49:26on va voir apparaître
49:27en fait des élites
49:28intellectuelles
49:28qui vont commencer
49:29à discuter
49:30la présence
49:31coloniale française
49:32donc c'est bien
49:34en fait
49:34cette sortie de guerre
49:35qui est une sortie
49:36de guerre ratée
49:36qui va alimenter
49:38en fait
49:38le nationalisme
49:39et la volonté
49:40d'indépendance
49:5014 juillet 1919
49:52des cérémonies grandioses
49:55sont organisées à Paris
50:00de nombreuses unités
50:01des colonies
50:02défilent sur les Champs-Elysées
50:03les discours louent
50:05les efforts de tous
50:06au triomphe de la France
50:12si à l'été 1919
50:14toute une nation
50:15célèbre la reconnaissance
50:16des courageux combattants
50:17d'outre-mer
50:18ces troupes
50:19ne seront pas accueillies
50:20avec autant de ferveur
50:22en Allemagne
50:26en effet
50:27selon les conventions
50:28d'armistice
50:29l'armée française
50:30doit occuper
50:30la Rhénanie
50:32une grande partie
50:34des hommes
50:34choisis par l'état-major
50:35est originaire d'Afrique
50:39évidemment
50:40comme on est pressé
50:41de démobiliser
50:41les soldats européens
50:42c'est ceux
50:43qu'on va renvoyer
50:44dans leur foyer
50:44les plus vides
50:45parce qu'il y a aussi
50:45des besoins de l'agriculture
50:46des besoins de l'industrie
50:47et ce sont des troupes
50:49nord-africaines
50:50des troupes malgaches
50:50et des troupes africaines
50:51que l'on va envoyer
50:52de l'autre côté du Rhin
50:53et donc les Allemands
50:54vont monter une campagne
50:55qui s'appelle
50:56Schwarzschwand
50:56la honte noire
50:57dans laquelle
50:58ils vont montrer
50:59que finalement
51:00la France
51:00fait volontairement
51:01occuper l'Allemagne
51:02par ses indigènes
51:03afin de salir
51:05la race allemande
51:06et on va fabriquer
51:07des faux films
51:09c'est-à-dire que les Allemands
51:09vont jusqu'à tourner
51:10des faux films
51:10avec des figurants africains
51:12qui violent
51:13des femmes allemandes
51:14et donc les Allemands
51:15disent mais finalement
51:16les plus immoraux
51:17ils l'ont toujours été
51:18ce sont ces Français
51:19qui n'hésitent pas
51:20à utiliser leur noir
51:21le terme est encore
51:22plus péjoratif
51:23dans la bouche allemande
51:24pour occuper notre territoire
51:25on va éditer
51:26des médailles en bronze
51:27dans lesquelles on voit
51:28un énorme sexe
51:29censé être un sexe africain
51:30noir
51:31coiffé d'un casque adrian
51:32sur lequel est attachée
51:34une femme blanche
51:36mais les Français
51:37vont faire une chose
51:37terrible
51:38c'est qu'ils vont retirer
51:38les troupes noires
51:39ce qui va évidemment
51:40dans l'esprit allemand
51:41accréditer l'idée
51:42qu'il n'y a pas de fumée
51:42sans feu
51:46dans un livre
51:47qui paraît en 1924
51:48un homme reprend cette théorie
51:50pour entretenir
51:51cette haine raciale naissante
51:58Mein Kampf d'Adolf Hitler
52:00devient la Bible
52:01de tout un peuple
52:03le mythe de la honte noire
52:05s'ancre profondément
52:06dans tous les esprits
52:11en juin 1940
52:13quand les troupes allemandes
52:14envahiront la France
52:15elles exécuteront sommairement
52:17des centaines de soldats
52:19français noirs
52:20et les troupes allemandes
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