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À la fin des années 1960, des milliers d'étudiants et d'ouvriers, en grande majorité jeunes, occupaient la scène en brandissant le petit livre rouge de Mao.

Réalisé par Gérard Miller
Transcrição
00:04Depuis 1789, chacun le sait, la révolution n'est pas un dîner de gala.
00:15En 1966, la révolution culturelle que lance Mao Tse Tung ne fait pas exception à la règle
00:21et tout le monde considère aujourd'hui qu'elle fut même particulièrement semblante.
00:30Et pourtant, au même moment, des milliers de jeunes Français affirmant être Maoïstes firent de la Chine un modèle.
00:38Mais comment diable cela fut-il possible ?
00:42Et bien voilà, ancien Maoïste moi-même quand j'avais 20 ans, c'est ce que je veux expliquer dans
00:55ce film
00:56et en donnant tout particulièrement la parole aux principaux accusés, aux enragés de l'époque.
01:15Au début des années 60, l'Union soviétique domine sans conteste le camp des pays socialistes.
01:21Mais la Chine renacle sous la férule de Moscou et Mao décide du coup d'impulser un grand mouvement de
01:27révolte
01:28contre ce qu'il appelle le révisionnisme.
01:33Contestant les dirigeants du Parti communiste, inféodés à l'URSS,
01:37de petits groupes se créent alors en France pour défendre comme la Chine le marxisme-léninisme.
01:44La France, comme la grande majorité des pays développés, connaît depuis la fin de la guerre
01:49une période de forte croissance économique et d'augmentation du niveau de vie.
01:53Mais nombre de Français n'en ont pas moins le sentiment d'être quantité négligeable.
01:59La Vème République du général de Gaulle les laissant sans pouvoir réel sur le cours des choses.
02:05Or, dans ces mêmes années, un petit peuple, en tenant en échec les États-Unis eux-mêmes,
02:11semble prouver que nul n'est condamné à subir à d'éternum le joug des puissants.
02:16La guerre du Vietnam a été un événement considérable.
02:20Mais l'événement véritablement considérable, c'est l'échec du bulldozer ou du B-52 américain
02:28face à une guerre de libération.
02:31Et c'est un échec qui va être suivi en chaîne par d'autres échecs un petit peu partout sur
02:36la planète.
02:37À cette époque-là, il y a tout un imaginaire, mais qui n'est pas entièrement imaginaire,
02:42qui est un imaginaire issu quand même d'une réalité,
02:45qui est l'imaginaire de la guerre du peuple, de la guérilla,
02:49et donc de la puissance de la guérilla.
02:52Et quand ensuite on passe à la gauche prolétarienne, on est en plein dans la suite de ça.
02:57La lutte des Vietnamiens galvanise en effet de nombreux jeunes Français.
03:00Et quand arrive mai 68, les voilà convaincus qu'après la Révolution française,
03:05la Commune de Paris, la Révolution de 1848, le Front populaire et la résistance anti-nazis,
03:11ils sont eux aussi programmés par l'histoire de France pour monter au combat.
03:16Il me semble que nos parents, d'une façon générale, ont renoncé à toute forme d'idéal
03:22et qu'ils se sont installés avec complaisance dans une sorte de statu quo
03:31où la France est immobile et s'adonne à la consommation.
03:34Il y a une sorte d'aspiration, soulèvement de la vie, dit Clavel,
03:40à la fois à la justice et à plus de liberté.
03:44J'arrive à mai 68, lacanien, mais aussi révolté.
03:54J'ai gardé le choix initial que j'avais fait en faveur des exploités.
04:04Seulement, je croyais la révolte impossible.
04:09Arrive mai 68, je me dis, je me suis trompé.
04:13Et donc, je me lance, avec Judith, ma femme, dans le mouvement général de mai 68.
04:25Je comprenais ce que c'était une grève, alors qu'avant,
04:28ça ne m'était même pas venu à l'esprit que ça existait, ce genre de truc.
04:32Là, il y a eu un déclic.
04:34Et là, ça m'a éveillé, comme si d'un seul coup, il y a quelque chose qui s'était
04:37passé.
04:38Parce que les gens me souriaient, me disaient bonjour, me reconnaissaient quelque part,
04:43alors que je les connaissais comme ça dans l'usine.
04:47Surtout quand après, dans la journée même, ils ont demandé
04:52qui c'est qui peut rester la nuit pour faire le piqué.
04:56Et mes potes et moi, on a dit, hop, on a levé le doigt et on a été applaudis et
05:01tout.
05:01Enfin bref, en fait, c'est la valorisation de mon être qui a fait que la politique est petit à
05:10petit rentrée là-dedans.
05:11Mais c'était un choc violent quand même.
05:12À partir de ce moment-là, il va y avoir une transformation totale pour moi de ma façon de regarder
05:18le monde,
05:19mais aussi ma façon de me regarder.
05:21C'est-à-dire que peu à peu, je ne suis plus du tout intéressée par l'idée d'éventuellement
05:27faire une carrière.
05:28J'étais comédienne aussi.
05:29J'ai joué quelques pièces de théâtre.
05:32Faire une carrière, trouver des rôles, ça ne m'intéresse plus du tout.
05:37C'est hors de mon champ de vision, dans lequel il n'y a plus que la lutte,
05:41que la lutte des classes et que la révolte.
05:44Voilà, donc je suis un terrain parfait de ce que va être la gauche prolétarienne.
05:52Je cherche dans un premier temps à vivre l'évangile,
05:57donc à être au service des plus pauvres, qui est le message du Christ,
06:04et à essayer de le vivre le plus honnêtement possible.
06:10Or, en mai 68, en plein milieu des événements,
06:13il y a une immense banderole qui annonce servir le peuple.
06:17Et cet idéal du service, je le trouve sous une forme politique,
06:23et tout à coup, ça fait tilt,
06:27et j'adhère presque instantanément.
06:32Enfin, c'est assez étonnant.
06:36Décrivons la France de la fin des années 60.
06:39Une société vouée à la consommation avec un pouvoir qui tourne en rond,
06:43mais qui veut néanmoins tout contrôler.
06:45Des étudiants qui se savent privilégier,
06:47mais refusent de devenir les gardes-chourmes d'une société qui ne les fait pas rêver.
06:51Des ouvriers, encore très nombreux et aux traditions de lutte ancienne,
06:55que la modération des syndicats et du Parti communiste exaspère.
06:59Et puis, un mouvement de révolte spontanée,
07:02parti de la base que personne n'avait organisée, ni même vue venir.
07:06Et c'est cette alchimie unique au monde,
07:08qui non seulement permet à la contestation de prendre en France une ampleur inégalée,
07:13mais qui va donc donner naissance à cette organisation révolutionnaire paradoxale,
07:17à la fois marxiste-léniniste et spontanéiste,
07:20la GP, la gauche prolétarienne.
07:22Je pense qu'on ne peut pas comprendre la gauche prolétarienne
07:25si on ne comprend pas mai 68.
07:28Et la déflagration que ça a eue,
07:31quelque chose s'est transformée chez les militants révolutionnaires.
07:35Ils ont arrêté de penser que c'était un parti déjà constitué
07:40de militants professionnels, de révolutionnaires professionnels
07:42qui allaient amener la révolution et qui allaient éclairer les masses de leur savoir,
07:46mais que c'était au sein des masses qu'allait naître ce parti révolutionnaire.
07:51Et que donc, il fallait laisser pousser cette spontanéité révolutionnaire dans les masses.
07:57Et ça, ça inverse totalement la logique que l'on connaît normalement
08:00dans les partis d'extrême-gauche.
08:02Et tout cela a débouché sur quoi ?
08:04Sur des gens qui se sont trouvés écrabouillés par De Gaulle
08:09et par les élections de juin 68
08:12et qui ont dit que ce n'est pas possible que ce soit fini.
08:16Nous avions eu un rêve et ce rêve est perdu.
08:19Ce n'est pas possible.
08:21Si les gaullistes remportent haut la main les législatives de juin 68,
08:26un grand nombre de Français restent sur leur fin.
08:29Un autre monde leur semble toujours souhaitable, plus juste, plus fraternel.
08:33Et cette conviction est partagée par des gens qui n'ont pourtant
08:36ni les mêmes intérêts économiques, ni le même mode de vie.
08:40Paysans pauvres, ouvriers français et immigrés,
08:43petits commerçants, intellectuels, jeunes et moins jeunes,
08:46voire journalistes ou artistes travaillant dans des milieux à l'occasion plus privilégiées.
08:51La gauche prolétarienne va donc regrouper une bonne partie de ceux
08:55qui pensent qu'être révolté consiste à lancer des pavés,
08:59mais qu'être maoïste consiste à les envoyer le plus loin possible.
09:03C'est un mouvement hybride, finalement.
09:05C'est à la fois la rigueur théorique et le côté plus festif de l'action.
09:13Spontané, parfois violent aussi, parce qu'il n'y avait pas que le côté festif,
09:15il y avait de la violence, mais c'était l'alliance des deux.
09:19Et c'est ça qui vraiment met la gauche prolétarienne
09:22à part dans la galaxie des groupuscules gauchistes de l'époque et même aujourd'hui.
09:28C'était la partie la plus visible de la montagne gauchiste
09:32parce que ça constituait une rupture très radicale dans la pratique,
09:39dans le militantisme, dans cette volonté de rompre définitivement
09:45avec une manière de faire la politique.
09:47Les trotskistes, quelle que soit leur vénéité révolutionnaire,
09:53étaient traités d'ailleurs de petits bourgeois,
09:55étaient traités comme des gens qui étaient des succédanés
09:59d'une politique classique et traditionnelle.
10:02On était persuadés que de toute façon, la révolution allait advenir,
10:08que ça ne se passerait pas nécessairement comme ça s'était passé en Chine.
10:12Il n'y aurait pas, par exemple, une longue marche.
10:15Mais on était persuadés qu'on était à l'avant-veille de la révolution.
10:24Révolutionnaire, la gauche prolétarienne l'était donc sans conteste.
10:27Mais il lui fallait un étendard, plus rouge que rouge,
10:31et elle le trouva à l'autre bout du monde, en Chine,
10:34c'est-à-dire le plus loin possible des communistes orthodoxes.
10:38C'est quand même un espoir, la révolution chinoise.
10:41Pourquoi ? Parce que la révolution russe, c'est un désespoir.
10:45C'est une déception, c'est une catastrophe, c'est un échec total.
10:50Donc, on se tourne vers l'Orient rouge,
10:53on chante l'Orient est rouge d'ailleurs,
10:56avec l'espoir que ce coup-ci, ça va marcher.
10:59La Chine paraissait un peu comme fut Cuba, quelques années auparavant,
11:03un peu comme l'espoir d'une révolution socialiste possible,
11:08avec une dimension libertaire.
11:10C'est une Chine mythique.
11:12D'ailleurs, elle est tellement mythique qu'on n'a aucun rapport avec elle,
11:16que l'AGP n'a jamais tissé le moindre lien,
11:20ni avec l'ambassade de Chine,
11:22ni avec encore moins les dignitaires du Parti communiste chinois en Chine.
11:28Donc, elle est totalement abstraite pour nous.
11:31Ce qui reliait à la Chine, pour moi, c'était
11:36qu'elle était sur le plan international l'équivalent,
11:40l'analogone de ce que nous étions en France,
11:43à savoir, comment je vais appeler ça,
11:47des ultras du communisme.
11:51Pour toi, ça n'avait rien à voir avec la dévotion des communistes français
11:55à l'égard de l'Union soviétique à l'époque stalinienne.
11:59Les communistes étaient profondément liés à l'Union soviétique
12:05et avaient suivi la politique du commun interne après la Deuxième Guerre mondiale,
12:14sa politique de répression et avant d'ailleurs les procès de Moscou, etc.
12:23Jamais, en tant que Mao, nous n'avons soutenu rien de pareil.
12:32Qu'il n'y ait jamais eu de lien réel entre les maoïstes français et la Chine,
12:37par la moindre consigne, par le moindre financement,
12:40c'est désormais admis, y compris par les plus hauts responsables de la police.
12:45Personnellement, je n'ai jamais eu d'écho en ce sens,
12:48avec preuve à l'appui, caractérisé et de façon, je dirais, clair et nette.
12:53Je n'ai jamais eu, en ce qui me concerne, d'éléments en ma possession
12:59laissant entendre qu'il y avait des liens caractérisés
13:01entre des mouvements satellites et des pays, je dirais, comme la Chine ou autre.
13:07Mais si et généralement accepté le fait que la gauche prolétarienne
13:11n'était pas une officine de Pékin, il est évidemment incompréhensible aujourd'hui
13:15de croire ce qu'affirment les Mao,
13:17qu'ils ne savaient rien des exactions de la révolution culturelle
13:21comme si tout était resté pour eux dans le flou.
13:28Ça ne veut rien.
13:30Bon, maintenant, j'ai beaucoup d'amis chinois,
13:33j'ai des amis chinois dont mes parents étaient des intellectuels,
13:36qui ont été massacrés par la révolution culturelle.
13:39Donc, à cette époque-là, je ne le savais pas, je ne l'imaginais pas.
13:45Ce que nous savions, en tout cas, de la révolution culturelle,
13:49c'était plutôt qu'on humiliait les autorités anciennes,
13:58les autorités universitaires, les autorités judiciaires,
14:04les autorités politiques, mais nous n'avions pas du tout l'idée,
14:10le sentiment qu'il y avait des exécutions politiques.
14:14Il faut quand même se mettre dans la tête que Le Monde,
14:17le journal Le Monde, avait un correspondant à Pékin
14:20qui s'appelait Alain Bouc,
14:22et qui, sur six colonnes, huit colonnes,
14:25vantait les mairies de la révolution culturelle prolétarienne.
14:28Le Monde nous expliquait, quasiment comme Pékin a faux,
14:33que les médecins soignaient les malades avec la pensée Mao Tse-tung
14:37et que les fermiers avaient augmenté la production de tomates de façon délirante.
14:42Nous étions confortés dans tout ce que nous pouvions imaginer
14:47ou être tentés de croire par ce grand journal officiel de la pensée française
14:52qu'était Le Monde.
14:54Alain Bouc n'est pas une exception.
14:57La Chine fait partie de ce qu'on appelle le Tiers-Monde,
15:00cet ensemble de pays pauvres que tout progressiste qui se respecte doit soutenir.
15:05Dès qu'on évoque la Colombie, le Pérou ou la Bolivie,
15:08mais aussi bien le Vietnam, le Cambodge ou la Chine,
15:11il y a un a priori immédiatement positif.
15:15Et la Chine est d'autant plus attractive qu'elle a à sa tête un théoricien
15:19dont les ouvrages sur la pratique ou sur la contradiction
15:22sont souvent cités par les intellectuels marxistes,
15:26un théoricien qui est de plus reconnu comme un calligraphe brillant et un authentique poète.
15:32Moi je pense, sans doute une dévotion religieuse,
15:35mais un des grands prophètes de l'histoire de l'humanité,
15:37c'est-à-dire un des grands personnages qui ont marqué l'histoire de l'humanité
15:41y compris l'histoire intellectuelle de l'humanité.
15:45Par ses thèses, par ses pensées,
15:47il y a une puissance intrinsèque et une cohérence intrinsèque
15:52dans la pensée de Mao Tse-Tung.
15:55Mao, c'était un théoricien de haute valeur.
15:59et que Althusser commentait avec le respect qu'il vouait aux philosophes du XVIIIe et à Marx.
16:12Et en effet, il y a des textes remarquables de Mao sur la théorie de la contradiction.
16:22Ce sont des textes simples, mais qui synthétisent des théories plus complexes
16:33dans l'idée de servir la direction des groupes révolutionnaires.
16:45Alors, évidemment, étant devenu membre de ce groupe,
16:49on me met dans les mains le petit livre rouge
16:51que je lis avec intérêt.
16:54Il y a des phrases un peu dignes de M. de la Palisse,
16:59dont je me souviens encore,
17:00et qui faisaient à la fois m'inspirer de la rigolade,
17:05mais en même temps avaient l'en bon sens.
17:09Du genre, là où le balai ne passe pas,
17:14la poussière s'accumule.
17:17On peut dire de Mao ce qu'on veut,
17:21dans des phrases comme ça,
17:24il est indiscutable.
17:26On appelait ça la pensée de Mao Tse-Tung.
17:28Quand on y réfléchit,
17:30ça nous apparaissait, nous,
17:32absolument un déséquilibre complet
17:35par rapport au rationalisme minimum,
17:38sans parler de politique d'ailleurs,
17:40au rationalisme minimum
17:41que chacun devait pouvoir exprimer.
17:43Mais à l'époque,
17:44je pense qu'il colle parfaitement
17:47à ceux dont peuvent avoir besoin
17:49des jeunes qui ont envie de s'engager,
17:53qui ne savent pas comment le faire,
17:56qui ne savent pas vers qui aller,
17:57et qui, tout d'un coup,
17:58entendent parler de la révolution chinoise.
18:01Je le sais aussi bien que moi,
18:03on ne nous a pas endoctrinés,
18:05mais le Petit Livre Rouge rassemble,
18:08évidemment.
18:09Il est une référence
18:11à une dynamique d'engagement.
18:13Mais je pense que ça joue un rôle important
18:15de catalyseur à l'époque.
18:18Une étincelle peut mettre le feu à la plaine,
18:21pouvait-on lire par exemple
18:22dans le Petit Livre Rouge.
18:23Et de cela, les Mao étaient convaincus
18:25tant la misère était alors grande.
18:28Il faut savoir qu'à la fin des années 60,
18:31100 000 hommes, femmes et enfants
18:33habitent dans des bidonvilles.
18:35Et celui situé juste à côté
18:36de la fac de Nanterre
18:38abrite 14 000 personnes.
18:40Les étudiants devront parfois le traverser
18:42avant d'aller,
18:43en toute mauvaise conscience,
18:45étudier Spinoza ou Descartes.
18:47Et les autres habitants du pays
18:49sont loin d'être tous mieux logés.
18:54Ma mère avait quatre enfants,
18:55enfin avec moi donc,
18:57et on avait à peu près 17 mètres carrés,
19:00pas plus.
19:02Tout se passait dans la même pièce.
19:04Salle de bain,
19:05enfin il n'y avait pas de salle de bain,
19:07il y avait les bassines
19:08comme dans le temps.
19:10Et puis il n'y avait pas l'eau chaude,
19:13le matelas était au-dessus
19:15du matelas de la mère.
19:17Et le soir venu,
19:19on le mettait par terre.
19:21La pièce,
19:22elle faisait 2 mètres 50,
19:23peut-être,
19:24au maximum 2 mètres 80,
19:26peut-être,
19:27de large.
19:27C'était comme un couloir.
19:29Et quand j'allais chez les copains
19:30de l'époque,
19:31et quand je voyais
19:32qu'ils allaient franchir
19:33une porte ailleurs
19:34dans l'appartement,
19:35pour moi,
19:36c'est des purées.
19:37Il a de la chance
19:38d'avoir une porte à ouvrir
19:41à l'intérieur de l'appartement.
19:44Pour nous,
19:44c'était la porte-sortie,
19:45point,
19:46c'est tout.
19:47Et le contexte social
19:49est alors d'autant plus explosif
19:50que d'innombrables ouvriers
19:52connaissent comme Charlot
19:53en 1936
19:54dans les temps modernes
19:55le travail à la chaîne
19:57qui les tue à petit feu.
19:59C'est un boulot de dingue
20:01parce que,
20:02tu sais,
20:05tu ne peux rien penser
20:06pendant que tu penses
20:08qu'à la trouille
20:09que tu ne vas pas arriver.
20:12Tu ne penses même pas
20:13au boulot
20:13que tu es en train de faire.
20:14C'est un automatisme.
20:15Moi, la soudure,
20:16je connaissais déjà
20:17depuis longtemps,
20:19mais tu n'arrives pas
20:20à penser à autre chose.
20:23La seule chose
20:24que je pensais,
20:24c'est qu'il faut que je tienne.
20:26Nous pensions
20:28que la révolution
20:29était possible
20:30et que si une révolution
20:31était possible,
20:33elle partirait des usines.
20:35D'ailleurs,
20:36ce n'est pas sans rappeler
20:36une phrase de Peggy
20:37qui dit
20:38changer la cité
20:39toute entière
20:40en partant de l'usine.
20:42Du coup,
20:43quelles actions
20:44vous organisiez,
20:45par exemple,
20:46dans l'usine Permali
20:47où toi-même,
20:48tu étais établi
20:49comme ouvrier ?
20:50On va organiser
20:52quelques opérations
20:53de léger sabotage
20:55dans les chargements
20:56des camions
20:57ou des wagons.
20:58On va mettre
20:59des tracts
21:00dans les caisses
21:03qui partent
21:03pour l'autre usine
21:05Permali
21:05qui était à Grenoble.
21:07Voilà,
21:07une agitation
21:08ordinaire,
21:09ouvrière.
21:10Les Mahos
21:11ont fait une vraie
21:12percée
21:12au sein du monde
21:13ouvrier.
21:14Ils ont libéré
21:14la parole,
21:15ils ont libéré
21:17des volontés
21:18d'agir
21:19et d'agir
21:19autrement,
21:21oeil pour oeil,
21:21dent pour dent,
21:22au sein du monde
21:23ouvrier.
21:24Le terrain
21:25qu'ils ont investi,
21:26c'est un terrain
21:27sur lequel
21:27n'entraient pas
21:28les syndicats.
21:29Les syndicats,
21:30ils étaient
21:30pour la légalité.
21:32Nous,
21:33casser la gueule
21:34d'un petit chef
21:34ou ailleurs,
21:36se caisserait
21:37un patron,
21:38un soir de Noël
21:39l'empêchait
21:39de rentrer chez lui,
21:40le bloquer
21:40dans son bureau,
21:42lui donner le temps
21:43d'aller pisser
21:43le même temps
21:44que pour les ouvriers
21:45en chaîne
21:45quand ils allaient
21:46aux toilettes.
21:47Ça,
21:47c'était une radicalité
21:48qui plaisait d'ailleurs
21:49beaucoup à Sarthe,
21:51la radicalité absolue
21:52comme il disait.
21:53Et là,
21:54c'était vraiment
21:55les gens de l'usine.
21:59C'est alors
21:59que pour aider
22:00à la mobilisation
22:01ouvrière,
22:02plusieurs centaines
22:03de jeunes maoïstes,
22:04pour la plupart
22:05étudiants,
22:06décident de s'établir,
22:07c'est-à-dire
22:07de dissimuler
22:08leur véritable identité
22:10et de se faire
22:11embaucher
22:11un peu partout
22:12en France
22:13dans des usines.
22:14C'est bien ici,
22:15l'embauche,
22:15c'est pour elle ?
22:15Oui,
22:16c'est bien là.
22:17Premier embauche,
22:196h45 devant
22:20l'agent de secteur.
22:21Le premier jour
22:22de l'usine
22:22est terrifiant
22:23pour tout le monde.
22:24Bonjour.
22:25Bonjour.
22:25Il faut que tu prennes
22:26le temps
22:26de gagner leur confiance.
22:27Si tu sais les écouter,
22:28ils te parleront.
22:29Et moi,
22:29l'établi,
22:30est-ce que je vais y arriver ?
22:32Il y avait
22:32deux sortes
22:33d'établissements,
22:34en fait.
22:34Il y avait
22:35des établissements
22:36éclairs
22:36avec lesquels
22:37on se faisait embaucher
22:39pour mettre
22:40le feu à la plaine,
22:41comme disait
22:41le président Mao,
22:42donc pour essayer
22:44de révéler
22:45des problèmes
22:46et organiser
22:48des actions,
22:49une grève
22:49ou quelque chose
22:50comme ça.
22:51Et il y avait
22:52un deuxième type
22:53d'établissement
22:55qui était
22:56un établissement
22:57à long terme.
23:01Le vrai établissement,
23:02c'est-à-dire
23:03s'établir,
23:04c'est-à-dire
23:05dans la stabilité,
23:07s'enraciner
23:07dans un lieu,
23:09s'acculturer,
23:09en quelque sorte.
23:10Donc,
23:12ça,
23:12c'est ce que j'ai vécu
23:13par la suite
23:14à la Lénière-le-Roubaix,
23:15où j'y suis resté
23:16deux ans.
23:17La démarche
23:18n'était pas la même.
23:18Il s'agissait
23:20de vivre avec les ouvriers,
23:21d'apprendre
23:22la culture ouvrière.
23:23Il ne s'agissait pas
23:24de mettre
23:25la pagaille
23:26dans l'usine
23:26avant qu'on puisse
23:28rentrer vraiment
23:29dans la réalité
23:31de cette usine.
23:32Mettre une usine
23:33en grève
23:33pour trois heures
23:34sur le hebdo.
23:34Ali,
23:35si tu arrêtes,
23:35c'est toute la chaîne
23:36qui est bloquée.
23:36Ferme ta gueule.
23:38La révolution,
23:39on va la voir.
23:40Tu vas la voir.
23:41Au cinéma,
23:41le livre de Robert,
23:43mon père l'établit,
23:44a eu énormément de succès.
23:45Il va encore trouver
23:46le moyen de nous faire payer
23:47le peu qu'on a gagné.
23:48Attends,
23:48ils reviennent
23:48sur les accords de mai.
23:49On ne va quand même
23:50pas accepter ça, non ?
23:52Et ça m'a étonnée
23:52et ça m'a touchée
23:54parce que je me suis dit
23:55que les gens comprennent
23:56que oui,
23:57on peut ne pas être mieux
23:59que par son propre
23:59intérêt personnel
24:00dans cette société,
24:01ce qui n'est pas
24:02si évident aujourd'hui.
24:03Mon père était,
24:06d'après ce qu'on m'a raconté,
24:07un des normaliens
24:08les plus brillants
24:08de sa génération.
24:09Il aurait pu faire
24:10une carrière faramineuse.
24:12Il aurait sans doute
24:12pu gagner
24:13beaucoup d'argent
24:14dans sa vie.
24:16Réussir très bien.
24:19Et ce n'est pas
24:20le choix qu'il a fait.
24:21Il n'a jamais fait
24:22ce choix-là.
24:23Ça, je crois
24:23que ça fait
24:24une enfance très particulière
24:25d'avoir des parents
24:27dont l'obsession
24:32est un projet politique.
24:34Est-ce que c'est
24:34le maoïsme ?
24:35Est-ce que c'est
24:36très différent
24:36du trotskisme
24:40ou du communisme ?
24:42J'en suis pas certaine,
24:43en fait.
24:44C'est l'engagement total
24:45qui, à mon sens,
24:47fait la particularité
24:50de l'enfance.
24:52Mais du coup,
24:53cet engagement total,
24:56voilà,
24:58on en est marqué
25:01parce qu'on sait
25:02qu'on passe après.
25:04J'ai un an
25:06et mon père
25:07passe l'été
25:08en Chine.
25:09Il écrit une lettre
25:11enflammée
25:12à ma mère
25:13et qui décrit
25:14à quel point
25:15c'est extraordinaire
25:16ce qu'il voit,
25:17etc.
25:17Il dit à ma mère
25:18« Tu viendras
25:19l'an prochain. »
25:21Il termine par cette phrase
25:22« Embrasse le bébé
25:23pour moi. »
25:25Et j'ai quand même
25:27un an et demi
25:28et je trouve ça
25:29et je trouve que c'est
25:31très symptomatique
25:32de cette époque.
25:33C'est-à-dire que,
25:35effectivement,
25:35l'engagement maoïste
25:37est plus important
25:37que je n'ai même
25:39pas de prénom.
25:39Je suis le bébé.
25:40Évidemment,
25:41mon père m'aime énormément
25:42et je n'ai aucun doute
25:42sur son amour.
25:44Mais enfin,
25:44« Embrasse le bébé »
25:45pour moi,
25:45c'est un peu
25:46caresse le chat.
25:49Établi ou non
25:50en usine,
25:51les maoïstes
25:51ont un journal
25:52« La cause du peuple »,
25:53un brûlot
25:54d'une grande violence verbale
25:56qui sidère aujourd'hui
25:57mais déjà même
25:58à l'époque.
26:01Je trouvais
26:02« La cause du peuple »,
26:04un journal
26:07qui diffusait
26:08des fantasmagories.
26:11C'était
26:12la critique
26:13que j'avais déjà
26:14faite au bout
26:14d'un an
26:15que chez nous,
26:18un flic
26:21blessé,
26:21ça en devenait
26:23dix
26:24et quand ça arrivait
26:25à Paris,
26:26c'était cent.
26:27Et que donc,
26:28nous n'avions pas
26:29la moindre idée
26:30de la réalité
26:32et l'organe
26:35du défaut de réalité,
26:37c'était
26:37« La cause du peuple ».
26:39Quand je relis
26:40« La cause du peuple »,
26:42il y a des trucs
26:43qui me paraissent
26:44honnêtement hallucinants
26:45mais je ne sais pas
26:46comment expliquer ça.
26:48Est-ce que c'est parce que
26:48c'était écrit
26:50en majorité
26:50par des intellos
26:52qui tout d'un coup
26:53se lâchaient ?
26:54Je ne sais pas.
26:55Ça ne me choquait pas
26:56plus que ça
26:57à l'époque.
26:58Mais aujourd'hui,
26:59ça m'apparaît
27:00complètement décalé.
27:02Et toi,
27:03qui as été
27:04un des rédacteurs
27:05de « La cause du peuple »,
27:06qu'est-ce que tu penses
27:0750 ans plus tard
27:08de ces articles ?
27:10C'était vraiment pour moi
27:12des articles
27:13qui s'ancraient
27:14dans la souffrance.
27:15La souffrance ouvrière,
27:16je la connaissais.
27:17Je l'ai vue à l'œuvre
27:18dans ma famille.
27:19On exagérait.
27:20C'est vrai,
27:21tout ça est vrai.
27:22Et alors ?
27:22On n'avait pas d'armes à feu.
27:24On lançait des phrases
27:25terribles.
27:26Pourquoi pas ?
27:27Moi, j'adorais
27:28la provocation surréaliste.
27:30Je retrouvais tout ça.
27:32Moi, ça ne me choquait pas
27:33du tout.
27:34« Patron »,
27:35« L'été sera chaud »,
27:37« La guillotine »,
27:39mais pour « Touvier »,
27:40qui était un collabo,
27:41tu vois,
27:41des grands titres,
27:41grands comme ça.
27:42Moi, ça me...
27:45Ça ne me déplaisait pas du tout.
27:48Tu vois,
27:49l'arrogance,
27:51le...
27:53l'effronterie,
27:54la violence verbale.
27:55Enfin, quand même,
27:56encore aujourd'hui,
27:57ça serait utile.
27:59Utile ou non,
28:00en 1970, en tout cas,
28:02le ministre de l'Intérieur,
28:04Raymond Marcelin,
28:05décide, lui,
28:06qu'il est temps d'en finir
28:08avec les maoïstes.
28:10Le pouvoir,
28:11c'est un gros éléphant.
28:12Et le révolutionnaire,
28:14c'est un ensemble
28:15de petites mouches
28:16qui viennent le piquer.
28:17Le temps que l'éléphant
28:18se retourne,
28:19la mouche a fait
28:20plusieurs fois
28:21le tour du grand éléphant.
28:24Ça veut dire quoi ?
28:26Ça veut dire que le temps
28:27qu'on prenne en compte
28:28sur un plan hiérarchique,
28:29administratif,
28:30opérationnel,
28:31toutes les nouvelles
28:32menaces et autres,
28:34il y a un certain temps.
28:36C'est très, très long.
28:37Le côté activisme
28:39issu de l'extrême-gauche
28:42représente une menace
28:43très forte
28:43en termes d'ordre public.
28:45Il y a donc
28:46une nécessité
28:47pour le pouvoir
28:48d'essayer de prévenir,
28:50de neutraliser
28:51ces mouvements contestataires.
28:53Et donc,
28:53il est demandé
28:54au service de police
28:55de rattraper le retard
28:56acquis en ce domaine
28:58et d'identifier
28:58les meneurs,
28:59les casseurs
29:00pour essayer
29:01de les neutraliser.
29:02C'est là,
29:02à l'époque,
29:04les instructions
29:05qui sont données
29:06au service
29:06de renseignement,
29:08renseignements généraux
29:09qui suivent
29:10la contestation politique,
29:13sociale et autres,
29:14mais également
29:15au sein
29:16de la sécurité militaire,
29:18puisqu'on a pour la première fois
29:19des comités de soldats
29:20qui naissent,
29:21qui explosent
29:22un petit peu
29:23dans plusieurs unités,
29:25et puis les occupations
29:26d'usines,
29:27avec toujours
29:28des dérives radicales
29:30qui sont considérées
29:31comme très dangereuses
29:32au niveau du pouvoir.
29:34La gauche prolétarienne
29:35est dissoute,
29:36comme aujourd'hui
29:37on dissoute
29:38les soulèvements
29:38de la terre
29:39et la cause du peuple
29:41était le journal
29:41d'expression
29:42de la gauche prolétarienne.
29:44Et le gouvernement
29:45constatait,
29:46et les juges
29:47l'ont constaté
29:47dans un premier temps,
29:49que la seule diffusion
29:50de la cause du peuple
29:52était un élément
29:54de reconstitution
29:56de l'association
29:57dissoute.
29:58Et donc,
29:59ils étaient poursuivis
30:00pour l'infraction
30:01qui est prévue
30:01depuis 1936
30:02sur la reconstitution
30:04de l'Igdissoute.
30:05Ça avait lieu
30:06devant la Cour
30:07de sûreté de l'État,
30:08donc ça lui donnait
30:10un côté assez spectaculaire.
30:11Le maximum
30:12de la peine
30:13était deux ans
30:13et de toute façon
30:14ils avaient deux ans.
30:16C'est à ce moment-là
30:17que Jean-Paul Sartre,
30:18prenant la direction
30:19de publication du journal,
30:21devient le compagnon
30:22de route des Mao,
30:23tandis que Simone de Beauvoir
30:25fonde l'association
30:26des Amis de la cause
30:27du peuple,
30:28rejointe par de nombreux
30:29intellectuels
30:30et artistes
30:31qui diffusent alors
30:32le journal Interdit.
30:33Mais le gouvernement
30:34ne veut pas seulement
30:35faire taire
30:36les Maoistes,
30:37il veut également
30:37mettre un terme
30:38à leurs actions violentes.
30:41« Personne ne dénonçait
30:42la violence
30:43à l'époque,
30:44chez nous,
30:45dans notre organisation.
30:47On ne la dénonçait pas.
30:48On voyait bien
30:48qu'elle était nécessaire
30:49et qu'elle était
30:50la réponse obligée
30:52à la répression.
30:54Donc,
30:54on la pratiquait.
30:55Je dis,
30:56je n'avais pas plaisir
30:57à la pratiquer,
30:59mais je l'ai pratiquée.
31:00Quand on faisait
31:01une manif
31:01et qu'elle était interdite,
31:03ça signifiait
31:04qu'elle allait être
31:05violemment réprimée.
31:06Donc,
31:06aller les mains vides
31:09en face de flics
31:10qui ont des flashballs,
31:12je ne sais pas quoi,
31:12ce n'étaient pas
31:13exactement les mêmes armes.
31:14Mais bon,
31:15ils ne nous rataient pas.
31:16Quand même,
31:17les manifs étaient
31:17extrêmement violentes.
31:19Il faut apprendre
31:19à se battre aussi.
31:21Donc,
31:22on a plus ou moins appris.
31:25Si on voulait faire
31:26la révolution,
31:27on ne va pas la faire
31:28avec uniquement des mots.
31:31Donc,
31:31il fallait aussi des actes.
31:33Et en même temps,
31:34il y avait l'ennemi,
31:35le capitalisme.
31:36Le capitalisme,
31:37le responsable de la misère
31:38de tous les ans
31:40de mon quartier,
31:41pour moi,
31:42c'était une violence légitime.
31:45Il faut se référer
31:46à la situation sociale
31:49de l'époque
31:50qui était d'une grande injustice,
31:53finalement.
31:54On était dans un rôle
31:55de justicier
31:55qui était sans doute exagéré
31:57et sans doute pas très adapté,
32:01mais c'était l'esprit
32:05dans lequel nous étions.
32:07à quelle action violente
32:09tu as toi-même participé,
32:11par exemple ?
32:12On a mis en place
32:13une action punitive
32:14à l'égard d'une chef
32:15qui se révélait
32:17particulièrement odieuse
32:17à l'égard des ouvriers
32:18et que les ouvriers,
32:19et les ouvrières en particulier,
32:22avaient dénoncé
32:23et nous avaient demandé
32:24de dénoncer.
32:26On a fait plus
32:27que dénoncer.
32:29On l'a physiquement attaqué,
32:33on lui a renversé
32:34un pot de peinture
32:36sur la tête,
32:38et cette action
32:40nous a mené
32:42un autre militant
32:43et moi-même
32:44en prison
32:45pour trois mois.
32:46Maintenant,
32:47au niveau des actions,
32:48certaines ont été belles,
32:50comme amener
32:51des enfants
32:52de la Goutte d'Or
32:53à aller voir la mère
32:55qui n'avait jamais vu la mère.
32:57C'est pour ça
32:57qu'on nous appelait
32:58des fois les curés rouges.
32:59Il y a eu
33:00des très très belles actions
33:01humanitaires,
33:02comme même Fauchon.
33:03l'attaque de Fauchon,
33:05c'était quelque chose
33:06de fabuleux,
33:07d'aller piquer
33:08la bouffe
33:09d'un magasin de luxe
33:12et aller la distribuer
33:14dans les bidons vides.
33:15C'est-à-dire,
33:15c'était des actions
33:16symboliques très fortes,
33:17comme rayer aussi
33:18les voitures des riches
33:21pendant l'été chaud,
33:23parce que les gamins
33:26de France
33:27n'avaient pas forcément
33:28la possibilité
33:29d'aller faire des vacances.
33:30Donc, il y a eu
33:32des très belles actions.
33:34Et parmi elles,
33:36autre action
33:36dont les maoïstes
33:37restent particulièrement fiers,
33:39le vol
33:40et la redistribution
33:41de milliers
33:42de tickets de métro.
33:44On est donc,
33:45juste après mai 68,
33:47il y a une poussée
33:48d'inflation considérable
33:49dans les mois qui suivent,
33:51à la rentrée,
33:52et donc,
33:53il y a les copains
33:54qui ont l'idée
33:54d'aller cambrioler
33:55les locaux
33:56d'une station de métro
33:58de la RATP
33:59où il y a des stocks
34:00de billets.
34:01Donc, c'est un petit
34:03cambriolage franchement
34:04facile à faire.
34:05Ils font comme attention,
34:06c'est bien préparé,
34:07c'est sérieux comme truc,
34:09c'est très, très bien préparé
34:10avec des guetteurs
34:10et tout ça.
34:11Ils ramassent
34:12des milliers
34:13et des milliers
34:13de tickets de métro
34:15et la GP
34:16va distribuer
34:18gratuitement
34:18les tickets de métro
34:20à Saint-Lazare
34:21ou je ne sais pas où
34:21avec un tract
34:22et tout ça.
34:23Ça a un succès fou.
34:24Donc, c'est une action
34:25qui est très simple,
34:27qui n'est pas très violente.
34:28C'est un des grands succès
34:30de la GP.
34:30J'ai trouvé
34:31toutes ces actions
34:31parfaitement justes
34:33et quand elles se sont
34:35devenues un peu violentes,
34:36c'est que généralement,
34:36elles avaient rencontré
34:38en face d'elles
34:39la violence réactionnaire
34:42face à la violence
34:43prolétarienne.
34:44C'est ce qu'on disait
34:45en tout cas à l'époque.
34:45Bon, donc, oui,
34:48chez Fauchon,
34:48quand les mecs,
34:49les cuisiniers
34:50ont pris les couteaux,
34:51c'était quand même
34:52un peu normal
34:53d'essayer de les désarmer
34:55et de foutre la merde
34:57dans le magasin.
34:59Dans la stratégie
35:00de la gauche prolétarienne,
35:02il n'y avait pas
35:02le fait des armes.
35:04Il n'y avait pas
35:04l'utilisation des armes.
35:06Et donc, les actions
35:07qu'on leur reprochait
35:08étaient soit
35:10l'expression d'idées,
35:12ce qui était le comble,
35:13soit des actions
35:15qui étaient, bon,
35:16des bagarres à un endroit.
35:18Mais enfin,
35:18il n'y avait pas de mort.
35:20Et ça, c'était quand même
35:22très, très important.
35:23Ce qui est très marquant
35:24quand on regarde
35:25avec le recul,
35:26c'est la façon
35:27dont les actions symboliques,
35:30parce que c'était
35:30des actions symboliques
35:31que menait la gauche
35:32prolétarienne,
35:33étaient quasiment
35:34marquétées.
35:35Alors, ça peut paraître
35:35péjoratif comme terme,
35:37mais en fait,
35:38ils avaient intégré
35:39les codes
35:40de la société du spectacle
35:42et arrivaient
35:43à attirer
35:44l'œil médiatique
35:45sur des actions
35:47qui avaient une visée
35:48un peu aussi
35:49pédagogique
35:50d'éducation.
35:51On pense à Fauchon
35:52qui est quand même
35:52le pillage de Fauchon
35:53et la redistribution
35:54des produits
35:55issus de ce vol
35:56dans les bidonvilles
35:57parisiens,
35:58enfin,
35:59aux alentours de Paris.
36:00C'est quelque chose
36:00de très marquant.
36:02C'est-à-dire que
36:03ça fait un peu
36:03Robin Desbois.
36:05Qui peut condamner
36:06des jeunes militants
36:07qui pillent
36:09une épicerie de luxe
36:09pour appeler
36:10à le redistribuer
36:10aux plus pauvres
36:11des plus pauvres ?
36:12Personne.
36:14Cela étant,
36:15prenant modèle
36:16sur les résistants
36:17anti-nazis,
36:18la GP franchit
36:19ce qui aurait pu
36:19devenir une ligne rouge.
36:21Elle décide
36:22de créer
36:22sa propre organisation
36:23clandestine,
36:25la NRP,
36:26la nouvelle résistance
36:27populaire.
36:28cette idée romantique
36:30de devenir
36:31un militant clandestin,
36:33un mélange
36:34entre le collet
36:35Fabien,
36:35Robin Desbois
36:36et je ne sais qui,
36:37c'est une idée
36:38qui me plaît,
36:39qui me fait peur
36:40en même temps,
36:40mais qui me plaît.
36:41Et moi,
36:42j'avais toujours vécu
36:45dans le...
36:46je ne sais pas
36:47comment on va dire,
36:47mais dans une espèce
36:48de passion
36:49et d'identification
36:50avec mon père,
36:51ce héros,
36:52etc.
36:52j'avais toujours pensé
36:53que j'étais le fils
36:54d'un héros
36:55et qu'il fallait
36:56que je sois à la hauteur
36:57et ce qui fait que
36:57quand je commence
36:59à passer à la clandestinité,
37:01en gros,
37:02je me dis
37:02mon père,
37:04je ne prends tes pas
37:05et je suis enfin
37:06sur la même route.
37:07Alors,
37:07ce qui en même temps
37:08était faux
37:09puisque mon père
37:10n'était pas du tout
37:10communiste
37:11et que lui,
37:12c'était pendant
37:13le contexte
37:14de la lutte anti-nazis,
37:15enfin de la guerre,
37:16lui,
37:16c'était un chrétien
37:18patriote
37:19anti-nazis,
37:20donc ce n'est pas
37:21la même chose
37:21et il n'aurait sans doute
37:22pas vu
37:23d'un regard très positif
37:25ce que moi j'ai fait.
37:26Mais moi,
37:26dans ma tête,
37:26c'était ça
37:27et je pense que
37:28pour beaucoup d'entre nous
37:29c'était ça.
37:30En passant à la clandestinité,
37:32enfin,
37:32nous reprenons les pas
37:34de nos pères,
37:35enfin en général,
37:36les clandestins
37:37de la résistance,
37:39la nouvelle résistance populaire
37:41est créée
37:41comme organisation
37:44clandestine
37:44de préparation
37:46à la lutte armée.
37:47Elle n'est pas créée
37:48pour la lutte armée,
37:50contrairement d'ailleurs
37:50aux brigades rouges
37:52en Italie
37:53ou en Allemagne
37:54aux forces équivalentes
37:55et dans beaucoup
37:56d'autres pays.
37:57Nous ne tombons pas
37:58dans ce piège
37:59de croire
38:00qu'à partir du moment
38:02où on entre
38:03dans l'illégalité,
38:04dans la radicalité illégale,
38:06y compris violente,
38:09ça signifie,
38:09c'est la guerre
38:10et ça signifie,
38:11il faut tuer.
38:11Si nous cachons des armes
38:13et si nous avons
38:14des faux papiers et tout,
38:15c'est bien
38:15parce que nous avons l'idée,
38:17ces armes,
38:18un jour,
38:18de nous en servir,
38:19mais nous ne sommes pas
38:20dans l'idée
38:21que c'est le moment
38:21et que c'est maintenant.
38:25À la différence
38:26des gauchistes italiens
38:27et allemands,
38:28qui étaient nés
38:29dans des pays
38:29de l'axe hitlérien
38:30et se retrouvaient
38:31de fait les héritiers
38:32de l'abjection des pères,
38:34nombre de maoïstes français,
38:36dont beaucoup étaient juifs,
38:38avaient eu des parents résistants
38:39et ils n'imaginaient
38:40pas un instant
38:41s'identifier
38:42à des terroristes
38:43en rupture de banc
38:44avec l'histoire
38:45de leur propre pays.
38:47On voyait bien
38:48qu'il y avait peut-être
38:49qu'il y avait
38:49un espèce de gouffre
38:50qui allait s'ouvrir
38:51et que là,
38:52la répression
38:52serait terrible.
38:55Donc,
38:55je crois qu'on n'était
38:56pas prêts
38:56à passer
38:57à cette étape-là,
39:00l'étape de la lutte armée,
39:01appelons-la par son nom,
39:04et que ça,
39:05c'est une bonne chose
39:06qu'on n'y soit pas passé.
39:08Oh, purée,
39:09heureusement
39:09qu'on n'a pas été
39:10jusqu'à là
39:10parce qu'on aurait terminé
39:13comme la bande abadère,
39:14comme les brigades rouges,
39:15tous éliminés
39:16les uns et les autres
39:17d'une manière
39:18ou d'une autre.
39:19Donc,
39:19quelque part,
39:21on a frôlé
39:22le grand frisson,
39:23mais en même temps,
39:25je n'ai aucun remords
39:27ni aucun regret.
39:28Je veux dire,
39:28bon,
39:28j'ai peut-être
39:29cogné un flic,
39:30oui,
39:30mais bon,
39:30lui,
39:30il me l'a rendu
39:31dix mille fois.
39:32Donc,
39:33pour moi,
39:33c'est un échange.
39:36Harry,
39:36février 1972
39:38et la mort brutale
39:39de Pierre Auvergne
39:40devant Renaud Billancourt.
39:41Drame absolu
39:42que les maoïstes
39:43vont qualifier
39:44d'assassinat
39:45et qui va convaincre
39:46nombre d'entre eux
39:47qu'il est temps
39:47d'arrêter
39:48avant qu'il ne soit
39:49trop tard.
39:51L'action qui avait été
39:52prévue,
39:52c'était de rentrer
39:53en force
39:54dans l'usine
39:56et d'interpeller
39:58les ouvriers
39:58sur les chaînes,
39:59etc.
40:02Et dans ces coups
40:03de temps-là,
40:04il y avait cette milice
40:04qui intervenait.
40:06cette police privée
40:08ou je ne sais pas
40:09effectivement
40:09comment on peut
40:10appeler ça,
40:11n'hésitait pas
40:12à faire le coup de poing.
40:13Alors,
40:13ça fait des semaines
40:15qu'il y a des affrontements
40:16entre les mao
40:18et la sécurité
40:20de Renaud.
40:21Et il y a
40:22un type de Renaud
40:23qui sort un revolver
40:24et qui tue
40:27Auvergne
40:27d'une balle
40:28en plein cœur.
40:29C'est un moment
40:32terrible.
40:32Pourquoi ?
40:33Parce que c'est
40:33le premier mort.
40:34Vraiment.
40:35Or, c'est un mort
40:36qui est un ouvrier.
40:39C'était un garçon joyeux.
40:41J'aimais beaucoup ça.
40:44Et c'était
40:45un plaisir de le voir.
40:46Ce n'était pas
40:46un type qui récriminait
40:47tout le temps
40:47mais qui était
40:48politiquement
40:51inébranlable
40:51mais qui était
40:52en même temps joyeux.
40:53Il est certain
40:53que ça a fait
40:54un choc terrible
40:55et que ça a mis
40:56tout le monde,
40:57enfin chacun,
40:58en face
40:59de ses responsabilités.
41:00C'est-à-dire
41:01dans quelle mesure
41:02où moi simplement
41:03qui étais un militant
41:04de la gauche prolétarienne
41:05et qui est tenu
41:06un certain discours
41:09dont l'activité militante
41:11de Pierre Auvergne
41:12et finalement sa mort
41:14sont la suite.
41:15Quelle part
41:16de responsabilité
41:17j'ai là-dedans ?
41:18Et puis une autre question
41:19qui est venue aussitôt
41:20sur celle-là,
41:21moi je m'en souviens
41:22très bien
41:22pour ce qui me concerne
41:23mais ça a été vrai
41:24pour une grande partie
41:25des militants,
41:26c'est
41:27est-ce qu'on va rester
41:28comme ça
41:28à pleurer
41:29ou est-ce qu'on va
41:30le venger ?
41:31C'est-à-dire
41:31est-ce qu'il va falloir
41:32qu'on tue nous aussi ?
41:34Et moi je pense
41:34les germes
41:35de la liquidation
41:36de la gauche prolétarienne
41:38ils sont à ce moment-là.
41:39Le temps que ça se mette en route
41:41ça se réalise seulement
41:43à l'automne 73
41:44mais les germes sont
41:46avec l'assassinat
41:47de Pierre Auvergne.
41:49Le coeur n'y était plus
41:51On avait compris
41:52qu'on allait dans le mur
41:53qu'on n'arriverait à rien
41:54qu'on ne changerait pas
41:55la vie comme ça
41:56donc ça devenait compliqué
41:58pour moi
41:59je me souviens
41:59je partais à 4h30 du matin
42:01pour aller travailler
42:02à 6h
42:04loin de Nancy
42:05j'arrivais là
42:06je faisais même plus
42:07d'agitation
42:07je ne disais rien
42:08j'étais
42:10j'étais
42:12un maus déprimé
42:18Dans les mois qui suivent
42:19la mort d'Auvergne
42:20la GP perd de fait
42:22beaucoup de ses militants
42:23et ses principaux dirigeants
42:25un jour plus vieux
42:26de novembre 1973
42:28finissent par prendre
42:29la décision
42:30étonnante pour un groupe
42:31aussi résolu
42:32de s'autodissoudre
42:36L'autodissolution
42:37c'est pas simplement
42:38la fin de l'organisation
42:40la fin matérielle
42:42de l'organisation
42:43qui dit
42:43bon ben voilà
42:44on est arrivé au bout
42:46on s'est affaibli
42:48ou l'état
42:49ou la police
42:50la justice
42:51nous aura affaibli
42:53ça a été plus que ça
42:55l'autodissolution
42:56c'était
42:56l'abandon
42:57de la vision politique
42:59du monde
42:59c'est à dire
43:01d'une vision
43:02dans laquelle
43:02tout est politique
43:04et où le politique
43:07devient l'absolu
43:08et finalement
43:10je pense que
43:11dans ces états
43:13établissements
43:13de longue durée
43:14on s'est rendu compte
43:16que non
43:16qu'on pouvait faire
43:17de l'action politique
43:18mais que
43:20c'était pas
43:21une transcendance
43:22donc à partir de la dissolution
43:24on a été des espèces
43:26de naufragés
43:27c'est à dire
43:28les militants
43:29qui comme moi
43:30étaient dans une clandestinité
43:32forcée
43:35et les autres
43:37et les autres militants
43:38de cette organisation
43:39s'est retrouvés
43:40sans rien
43:41c'était plus difficile
43:42évidemment
43:42pour ceux
43:43qui étaient
43:44recherchés
43:45ceux et celles
43:46qui étaient recherchés
43:47puisqu'il n'y avait
43:47plus de soutien
43:48non plus financier
43:49alors qu'auparavant
43:52on était aidé
43:53pour
43:53est-ce qu'on pouvait
43:54pas travailler
43:55moi cela dit
43:56moi je me suis mise
43:57assez vite à travailler
43:58j'ai travaillé
43:59sous une fausse identité
44:00pendant deux ans
44:01dans des boulots
44:02de merde
44:02qui m'intéressaient
44:03pas du tout
44:03mais je pouvais payer
44:05mon loyer
44:05il y en avait
44:06qui ne pouvaient pas
44:08il y a eu des suicides
44:09et il y a eu
44:09des overdoses
44:11d'autres
44:13ont perdu
44:15le sens
44:15de leur vie
44:15ils sont
44:16entrés dans une déprime
44:18qui a duré
44:19de nombreuses années
44:20je pense à certains
44:23de mes camarades
44:24qui étaient
44:25établis
44:27et qui avaient
44:29vraiment
44:29décidé
44:30de vivre
44:31en ouvrier
44:31et qui
44:32le sont restés
44:34mais
44:35il n'y avait plus
44:36de repères
44:36il n'y avait plus
44:37de guides
44:38et leur vie
44:40a été
44:42un peu
44:43un échec
44:43finalement
44:46alors toi
44:47l'ancien ambassadeur
44:49l'académicien français
44:50l'écrivain reconnu
44:51qui à la différence
44:53de certains
44:53de tes camarades
44:54d'antan
44:54semble avoir réussi
44:56ne serait-ce qu'à
44:57t'en sortir
44:58tu n'as aucun regret
44:59pourquoi est-ce
45:00qu'on regretterait
45:01ces années
45:01qui sont des années
45:02où on a mis
45:03en pratique
45:03nos idéaux
45:05sans commettre
45:06de crimes
45:07sans laisser personne
45:09on a simplement
45:10accepté
45:11d'aller
45:13vivre la vie
45:14ouvrière
45:16et de partager
45:17le pain
45:18de ceux
45:19qui en ont un peu
45:20moins que les autres
45:20j'étais heureux
45:22à l'usine
45:22je ne souffrais pas
45:23au contraire
45:25j'étais dans l'action
45:26j'avais l'impression
45:26que mes idées avançaient
45:27que le chantier
45:29se soudait
45:29autour de moi
45:31donc de mes idées
45:32je pense que les idées
45:34que je pouvais avoir
45:34à cette époque-là
45:35ont disparu
45:38en revanche
45:39j'espère
45:41que
45:42la générosité
45:44et l'enthousiasme
45:46qui étaient
45:47la marque
45:48de ces années-là
45:50j'espère que
45:51la générosité
45:52et l'enthousiasme
45:54sont toujours vivants
45:55moi
45:55moi j'ai pas le sentiment
45:57d'avoir rompu
45:59avec cette histoire
46:02comme je te parlerais
46:03d'une femme
46:04que j'ai aimée
46:05avec qui je ne suis plus
46:07je pourrais te dire ça
46:08pareil
46:08d'une certaine façon
46:09c'est pas en tout cas
46:11une période de ma vie
46:13que je renie du tout
46:14bon évidemment
46:14nous étions jeunes
46:15donc on était en plein
46:17dans des apprentissages
46:18de la vie
46:19de toutes sortes de choses
46:21mais
46:24j'ai beaucoup
46:25beaucoup appris
46:26et
46:28j'ai même l'impression
46:30que
46:30presque tout ce
46:31qui s'est fait
46:32par la suite
46:35n'est pas nécessairement
46:37né de ça
46:37mais
46:38a été
46:39malgré tout
46:41un peu formaté
46:43par cette expérience
46:44j'ai découvert
46:45la fraternité
46:46dans cette expérience-là
46:48j'ai découvert
46:49la confiance
46:50aussi qu'on peut avoir
46:51dans un groupe
46:52ça c'est magnifique
46:54pas beaucoup de gens
46:56ont la chance
46:57d'accéder à ça
46:58c'est
46:59la forme
47:01qu'a prise
47:04ma révolte
47:06ma révolte
47:07de bourgeois
47:10et
47:10cette forme
47:13s'est périmée
47:15pour moi
47:16assez vite
47:17et puis
47:18ma révolte
47:19a pris
47:21la forme
47:21de la psychanalyse
47:23et
47:24je considère
47:26que je suis
47:27fidèle
47:28à
47:28mon choix
47:30que je dirais
47:32c'est une expression
47:33de Sartre
47:34choix
47:35originel
47:36qui vous tient
47:39la vie entière
47:43j'accorde
47:44j'accorde un prix
47:46spécial
47:47à la loyauté
47:49et
47:51je n'ai rien
47:52à regretter
47:54de toute cette période
47:56en dépit
47:58des deux ans
48:00où j'ai lâché
48:02ce que
48:03rouletabille
48:04appelait
48:05le bon bout
48:06de la raison
48:09bon
48:10il est temps
48:11de conclure
48:11les maoïstes
48:12se sont défendus
48:13dans ce film
48:14bien ou mal
48:15chacun jugera
48:16vous
48:16qui avez été
48:17leur avocat
48:18pendant si longtemps
48:19si vous
48:19deviez plaider
48:20une dernière fois
48:21devant le tribunal
48:22de l'histoire
48:23je sais ce que
48:24je plaiderais pour eux
48:25je plaiderais
48:28la nécessité
48:31des rêves
48:32pour le progrès
48:33et que
48:34la réalisation
48:36même
48:37parfaite
48:38même momentanée
48:39des rêves
48:40qui réunissent
48:41un certain nombre
48:42de personnes
48:42sont inéluctables
48:44que ça fait partie
48:45de la nature humaine
48:46et que ces gens
48:47sont
48:47sont
48:50nos frères
48:52nous qui sommes
48:53des démocrates
48:54et des républicains
48:55ce qui les inspirait
48:56au fond
48:57c'est cette idée
48:58extraordinaire
48:59née au 18ème siècle
49:01et dans la révolution
49:03cette idée
49:03d'une société
49:05plus juste
49:06qu'on doit transformer
49:07qu'on peut transformer
49:08et que
49:09sur ce point
49:10il y a des gens
49:11qui s'engagent
49:12courageusement
49:13dans la lutte
49:13et je crois simplement
49:14que
49:15leur rêve
49:17utopique
49:18était peut-être
49:19une erreur considérable
49:21mais ce n'était pas
49:22quelque chose
49:22qui devait
49:23les faire considérer
49:24comme des ennemis
49:27la violence
49:28est partout
49:29vous nous l'avez apprise
49:31patron qui exploité
49:32et flic qui matraqué
49:34mais à votre oppression
49:36nous crions
49:37résistance
49:38vous expulsez
49:39Kader
49:40Mohamed se dresse
49:42car on n'expulse pas
49:43la révolte du peuple
49:45peuple qui se prépare
49:47à reprendre les armes
49:49que des traîtres lui ont
49:50volé en 45
49:52oui bourgeois contre vous
49:54le peuple veut la guerre
49:56nous sommes les nouveaux partisans
50:00ventueux de la guerre de classe
50:03le grand du peuple et l'homme blanc
50:07nous sommes les nouveaux partisans
50:12qui se vaut-il
50:14et vous ?
50:32on ne se prépare
50:34qui se Director
50:34beaucoup de me
50:34et vous êtes
50:40et vous avez
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