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Mathieu Bock-Côté propose un décryptage de l’actualité des deux côtés de l’Atlantique dans #FaceABockCote
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00:00Il est quasiment 19h sur CNews, merci d'être avec nous pour face à Mathieu Bocoté.
00:04Cher Mathieu, bonsoir.
00:05Bonsoir.
00:06Bonsoir Arthur de Vatrigan.
00:07Bonsoir Elliot.
00:08À la une de l'Incorrect ce mois-ci, ce sera Dantek par Houellebecq.
00:14Et de Dantek, il sera question dans cette émission, le magazine L'Incorrect,
00:21écrivain, prophète, rockstar, Dantek, que vous allez faire découvrir dans quelques instants aux téléspectateurs.
00:28À la une de face à Mathieu Bocoté, la mort de la petite Liana bouleverse le pays
00:34et à l'émotion s'ajoute la colère au regard des failles péantes du système judiciaire à bout de souffle.
00:40Dans ce nouveau désastre, que faut-il retenir ?
00:43On en parle dans un instant avec vous Mathieu.
00:45À la une également, je le disais, vous souhaitez parler d'un auteur de polar et de science-fiction,
00:49peu connu du grand public, mort il y a 10 ans en juin 2016.
00:53Maurice Dantek, décédé, je le disais, plus mon regard selon vous, prophétique.
00:57Donc, vous allez nous expliquer tout cela dans cette émission.
01:01Enfin, vous recevez ce samedi Julien Rochdy, auteur du Temps des Centaures,
01:06Appalouokisme, quel est selon l'auteur ce nouveau monstre idéologique, je le cite,
01:11qui viendrait s'abattre sur l'Occident ?
01:13Entretien à suivre dans cette émission.
01:15Mathieu Bocoté, l'histoire de Liana bouleverse la France,
01:18révèle comme jamais le dysfonctionnement de la justice.
01:21Le suspect était connu, identifié, on le savait dangereux, très dangereux,
01:27et pourtant, il était en liberté libre de sévir.
01:31On parle du manque de moyens de la justice, mais ces moyens sont-ils correctement utilisés ?
01:35Comment expliquer le dérèglement de la justice, Mathieu ?
01:38Alors, le point de départ de cette histoire, ça ne peut être qu'encore une fois le fait de reconnaître
01:43que nous sommes devant l'expression du mal, non pas du petit mal ordinaire,
01:48mais du mal métaphysique, du mal sous le signe de la perversion radicale,
01:53du mal qui veut abîmer les âmes, du mal qui veut souiller les âmes,
01:57qui veut souiller les corps et qui va jusqu'à tuer, jusqu'à prendre une vie.
02:00Donc, nous sommes devant l'expression du mal le plus radicale dans la cité,
02:04et notre difficulté comme société, comme civilisation à poser la question du mal,
02:09la question métaphysique du mal, est une de nos faiblesses,
02:12de nos carences anthropologiques aujourd'hui.
02:15J'ajoute une chose, la fonction de la cité, la fonction de la communauté politique,
02:19c'est justement d'être capable de protéger le commun immortel, l'homme ordinaire,
02:24contre la possibilité de la mort violente, je reviendrai dans un instant.
02:27Donc, c'est la possibilité de traquer les comportements radicalement antisociaux
02:31et d'identifier ceux qui pourraient demain vous tuer, me tuer, tuer Arthur, tuer nos proches.
02:37Dans le cas présent, et c'est pour ça que nous sommes devant un scandale d'État,
02:41c'est que l'agent du mal était identifié.
02:46Nous le connaissions.
02:48Nous savions, nous savions qui il était, on l'avait repéré.
02:52C'est pas quelqu'un qui a frappé à partir de nulle part,
02:54de manière absolument inattendue, sans prévenir.
02:57On savait qui il était globalement, on avait, le dossier aurait pu évoluer,
03:01et pourtant l'État n'a pas fait son travail.
03:05Alors, de ce point de vue, je me perpèterais de faire un petit détour par la philosophie politique un instant.
03:10Il y a deux auteurs qui permettent de comprendre quelle est la fonction de la société ou de la cité.
03:14Il y a Hobbes et Aristote.
03:17Aristote, qui remonte avant le Christ,
03:19Aristote dit que la fonction de la cité, c'est d'atteindre le bien commun.
03:22Tous ensemble, nous allons réaliser quelque chose que nous ne pourrions pas faire si nous étions chacun séparés, condamnés à
03:29la grotte.
03:29L'être humain est un animal politique et tous ensemble, nous constituons une cité pour perfectionner le lien social, le
03:36bien commun.
03:37Hobbes, qui arrive des siècles plus tard, dit ne soyons pas trop ambitieux.
03:39La fonction du lien politique, c'est de préserver l'homme de la mort violente.
03:46C'est d'assurer la sécurité physique.
03:48Rien de plus.
03:49Mais, un État qui n'est plus capable d'assurer la sécurité physique,
03:53un État qui n'est plus capable de vous éviter la mort violente,
03:57disait Hobbes à l'époque, c'est un État auquel nous ne sommes plus obligés d'obéir.
04:00Il nous dit, l'État, il y a un contrat.
04:03Si l'État n'est pas capable d'assurer votre sécurité,
04:05l'État, dès lors, a fait faillite et l'État doit dire que vous avez le droit de fuir à
04:10la guerre
04:10parce que vous n'avez pas à vous faire tuer pour lui.
04:13Et l'État doit dire que vous avez le droit de reprendre la possibilité de l'autodéfense.
04:18L'État, aujourd'hui, ne tient plus sa promesse.
04:22Mais là, encore une fois, on le dit, pourtant, la justice avait,
04:24enfin, pas la justice, les autorités au sens large avaient identifié le triste personnage dans cette histoire.
04:31Que s'est-il passé?
04:33La question que plusieurs se posent en ce moment, c'est pourquoi se fait-il que la justice soit aussi
04:37efficace
04:38quand vient le temps, par exemple, de sanctionner, de frapper des délinquants idéologiques,
04:45quand vient le temps de frapper des dissidents idéologiques,
04:48quand vient le temps de frapper le commun des mortels qui se rendraient coupables d'un propos inacceptable,
04:53je le dis en manière très concrète, pourquoi la justice est-elle aussi efficace
04:57lorsque vient le temps de frapper Jean-Eude Gana qui avait montré le portrait de la diversité peut-être malheureuse
05:05dans son environnement?
05:06Pourquoi la justice est-elle aussi efficace contre Damien Rieux?
05:10Pourquoi la justice est-elle aussi efficace contre nous, Camus?
05:13Pourquoi la justice est-elle aussi efficace contre Éric Zemmour pour le moindre dérapage, comme on dit?
05:18Pourquoi la justice est-elle aussi efficace contre Rima Hassan, soit dit en passant?
05:21Parce que Rima Hassan, on peut ne pas apprécier, mais elle est aussi poursuivie pour délinquance idéologique.
05:26Elle aussi, elle est poursuivie pour propos hérétiques.
05:30Eh bien, le délit d'opinion mobilise beaucoup trop, je pense, aujourd'hui,
05:34une part exagérée des ressources publiques pour des ressources de l'État, des ressources de la justice,
05:40des ressources plus largement des autorités publiques, sous le signe de la sanction,
05:44comme si la véritable chose qui nous terrorisait aujourd'hui,
05:47c'était une pensée interdite dans l'espace public davantage qu'une vraie violence.
05:52Pourquoi l'État est-il capable de mobiliser autant de ressources pour interdire une conférence de je ne sais quelle
05:58signe
05:58parce que pourrait s'y tenir des propos scandaleux?
06:02Pourquoi l'État, là, soudainement, il est capable d'agir, il sait vous géolocaliser,
06:07il sait où vous interdire, la conférence est reprogrammée ailleurs, on sait de quelle manière l'interdire aussi.
06:12Un système qui pousse au signalement permanent des uns et des autres sur le mode de la délation généralisée
06:18et qui suit ses signalements, il y a quelque chose d'inquiétant.
06:21Donc, on est dans un système politique, un système de justice, un régime qui s'est donné comme mission
06:27de défendre en toutes circonstances l'ordre public immatériel, c'est le nouveau concept pour dire l'idéologie dominante,
06:33mais qui n'est plus capable d'assurer sa fonction première, sa fonction première,
06:38protéger la vie et les biens des gens, la vie, surtout dans les circonstances.
06:41Et je le redis, même quand une partie de ce complexe immense qu'est l'État fait son travail,
06:46on a identifié le type, la plainte a été faite, on peut le suivre, on peut savoir qui il est,
06:50on peut l'empêcher d'agir, eh bien plus largement, une autre partie d'État ne fait pas son travail,
06:55donc il avait été identifié.
06:56Je le redis, ce n'est pas quelqu'un sorti de nulle part sur le mode, mais qui, on parlait
07:00avant l'émission de la petite Lola,
07:02c'était une histoire absolument tragique, mais on ne connaissait pas le profil très particulier de la meurtrière dans ce
07:09cas-là.
07:09Là, on avait le profil, on avait le profil, et pourtant, rien n'a été fait.
07:13Là, il y a une véritable faillite de l'État.
07:15Et certains médias, après les faits pour la petite Lola, ont refusé d'aller sur le profil.
07:20Bien sûr, parce que ça remettait en question le risque de la diversité heureuse, parce que c'était une OQTF.
07:25Donc la part du réel qui vient troubler l'ordre public immatériel doit être cachée, comme quoi tout est en
07:30lien.
07:31Vous dites que la justice ici est devenue explicitement politique, Mathieu ?
07:35Alors, on se souvient de la séquence des agriculteurs, je crois, vous l'avez en mémoire.
07:38L'État a été d'une rapidité d'exécution absolument remarquable pour mater cette révolte dans les circonstances.
07:46Si je veux remonter plus loin dans le temps, on se souvient des gilets jaunes.
07:50Si je veux aller plus loin, je dirais, l'État se montre particulièrement capable de sanctionner,
07:56d'utiliser tous les moyens nécessaires pour sanctionner ceux qui, encore une fois, viennent menacer sa légitimité,
08:05la vision qu'il a de lui-même, la vision de la diversité heureuse, la prétendue lutte contre la haine.
08:10Là, là-dessus, l'État est d'une efficacité redoutable.
08:13Et là, on est dans toute autre chose.
08:15Et dans ce tout autre chose, c'est-à-dire la sécurité physique des gens ordinaires.
08:21Parce qu'on pourrait aller plus loin.
08:23Vous savez, si vous avez beaucoup d'argent, beaucoup d'argent, vous pouvez toujours fuir ce pays.
08:27J'ai un ami qui est beaucoup plus fortuné que je ne le serai jamais dans mes rêves,
08:32m'expliquait récemment qu'il pensait quitter la France tout simplement parce qu'il disait
08:35« c'est un pays que j'aime, mais je n'y suis plus en sécurité ».
08:39Si vous avez beaucoup d'argent, mais moins que des amis très riches,
08:42vous pouvez toujours vivre dans des villas presque sécurisés, à l'abri de la menace d'autrui.
08:47Ça, vous pouvez.
08:48Si vous êtes des classes moyennes supérieures, vous avez peut-être les moyens d'envoyer vos enfants à l'école
08:52privée,
08:53dans une espèce d'école privée qui reconstitue une société parallèle,
08:55où vous reconstituez la France d'avant, à l'abri finalement des menaces qui pèsent aujourd'hui sur la sécurité
09:02physique.
09:03Vous avez peut-être même retrouvé le plaisir de la continuité culturelle.
09:07Si vous n'avez vraiment pas beaucoup d'argent, c'est le cas de la plupart des gens aujourd'hui,
09:10vous subissez, au mieux vous prenez des lociens d'autodéfense,
09:14et dans les faits, vous risquez très souvent d'être confronté à cette violence,
09:18qui dans les circonstances, je le redis, ne touche pas au risque de la diversité heureuse,
09:21dans ce qu'on se comprenne bien, parce qu'en ces matières,
09:23il y a dans chaque peuple, dans chaque pays, dans chaque civilisation, dans chaque société de la violence,
09:27il y a des esprits pervers, des esprits maniaques, des esprits mauvais,
09:31et dans les circonstances, encore une fois, la tâche fondamentale qui consiste à refouler le mal
09:35et la tentation de la mort violente, l'État n'a pas été capable.
09:38Posons enfin la question plus largement.
09:41Ce système juridique est-il encore adapté à ce qui est devenu la société française ?
09:46Non, je crois que ça, c'est la question fondamentale, mais ça touche la France,
09:49mais ça touche tous les pays occidentaux.
09:51On a un système de justice, on a un système de droit, on a un système même politique
09:56qui ne correspond plus à ce qui est devenu la société, mais qui ne correspond plus du tout.
10:00On dit quelquefois que la justice n'est pas assez répressive.
10:03Mais un instant, la justice est à peu près suffisamment répressive
10:07pour la population française telle qu'elle a longtemps, sinon toujours été.
10:13Ensuite, dans une société qui connaît d'un côté un changement démographique immense,
10:17là je m'éloigne de notre sujet, mais j'y reviendrai dans un instant,
10:19et qui connaît aussi un effondrement psychique immense,
10:22où toutes les pulsions, toutes les maladies mentales,
10:25où les perversions, le désir de nuire, le désir de souiller,
10:28le désir d'abattre, le désir de se carifier,
10:31eh bien tout ça remonte à la surface aujourd'hui,
10:35notamment en cause des conditions technologiques qui sont celles de notre époque.
10:38Est-ce que l'État est devant une population qui le comprend?
10:41Est-ce qu'on n'est pas devant un effondrement anthropologique d'un côté
10:44et une crise identitaire et culturelle qui fait que, finalement,
10:49le droit n'est plus adapté aux mœurs?
10:51On pourrait aller plus loin.
10:53Est-ce que la figure du magistrat tel qu'on l'a connue est adaptée au temps présent?
10:56Est-ce que les magistrats n'ont pas un pouvoir immense aujourd'hui
11:00qui ne s'accompagne pas d'une responsabilité,
11:04mais d'avoir assumé les conséquences de ces décisions?
11:07On pourrait aller plus loin.
11:08Je généralise mon propos.
11:09Sur le plan migratoire, est-ce que le droit qui est en cas de la migration
11:13est adapté au mouvement migratoire contemporain?
11:15Bien sûr que non.
11:16Notre droit n'est plus adapté à la réalité en matière migratoire.
11:19Sur le plan de la définition de l'âge,
11:20là vous me direz, comme on dit au Québec,
11:22où est-ce que je m'en vais avec mes skis?
11:23Sur la définition de l'âge, qu'est-ce qu'un mineur en Occident?
11:27On le sait à peu près.
11:29Qu'est-ce qu'un mineur aujourd'hui lorsqu'il vient d'autres régions du monde?
11:32Quand on parle de mineurs non accompagnés,
11:34est-ce qu'on comprend qu'on est prisonnier quelquefois d'une définition juridique
11:37qui ne cadre plus avec les besoins élémentaires
11:39qui consistent à défendre la société?
11:41Est-ce qu'on voit le grand écart entre la nationalité juridique
11:45et la nationalité identitaire?
11:47Est-ce qu'on voit le grand écart entre une société qui se célèbre encore?
11:50Et moi, vous savez, je suis assez libéral dans le camp qu'on pourrait dire national.
11:53Je suis de l'aide libérale.
11:54Je suis assez méfiant envers tous les obsédés de l'encadrement moral des uns des autres.
11:59Bon, mais de l'autre côté, il y a ça.
12:01Mais quand on est devant un effondrement de toutes les digues morales,
12:04toutes les digues civilisationnelles,
12:05qui font en sorte qu'aujourd'hui, on assiste à une sexualisation massive de l'enfance,
12:10comme on le voit avec la tentation de la pédophilie qui est très présente dans notre société,
12:13la sexualisation des enfants.
12:15Il y a quelques années à peine, la sexualisation des enfants trans.
12:17Donc, les enfants qui sont transformés en cobayes d'une nouvelle figure de l'homme nouveau,
12:22est-ce que notre conception du droit est correctement adaptée à cela?
12:26Donc, devant cette crise qu'on voit aujourd'hui, c'est l'histoire de la petite Liana,
12:30j'ai l'impression que ça pose une double exigence de refondation du régime,
12:33c'est-à-dire de nos institutions pour les adapter au monde dans lequel on vit
12:36et de reconstruction des interdits civilisationnels véritables
12:39pour que ceux qui ont des pulsions les plus atroces ne les sentent pas remonter en eux
12:43et n'est-ce pas le sentiment qu'ils peuvent passer à l'acte, tout simplement.
12:47Arthur Devatrigan, quel regard portez-vous sur ce drame national et ce fiasco général?
12:53La justice manque de moyens, c'est évident, personne ne va le nier.
12:56Et pourtant, la politique et la casse médiatique ne cessent de demander de plus en plus de contrôle,
13:01de plus en plus de surveillance.
13:02Et c'est le paradoxe, permet aussi à des barbares d'agir librement,
13:06qu'ils viennent de France ou d'ailleurs.
13:08Et donc, dans ce monde sous surveillance ultra-judiciarisé qui se dessine,
13:13si les budgets ne suivent pas, l'intendant ne suit pas non plus.
13:15Et les dossiers s'empilent sans hiérarchie, sinon les hiérarchies de l'urgence,
13:19de l'actualité qui vieillit à la vitesse de la mode
13:22et les consignes, évidemment, des puissants donnés en lousse-dé.
13:25Et le problème, c'est que la justice, c'est quand même un pilier de démocratie.
13:28Chaque Français dédecte son pouvoir de se faire justice à l'État, c'est le principe.
13:33Et comme tous les autres piliers, la justice vacille.
13:36Alors, elle est remise en question, et heureusement,
13:39mais la confiance s'étiole.
13:41Il n'y a plus de consentement à la peau, il n'y a plus de confiance dans la justice.
13:43Elle est remise en question parce qu'elle est opaque,
13:45parce qu'au nom de son indépendance, on n'a pas le droit d'émettre une critique,
13:48sinon on attaque l'État de droit,
13:50parce que certains magistrats insument un militantisme qui est à vomir,
13:54parce qu'elle montre ça et là qu'elle peut être d'une efficacité redoutable
13:57pour des raisons politiques ou pour chasser des paysans du Gers,
14:01ou, à contrario, d'une lâcheté incroyable quand on voit les réquisitions
14:05à l'encontre des pédophiles de l'affaire de Paris scolaire de Paris,
14:09et parce que le politique ne sait plus que mentir, ça c'est le plus souvent,
14:13s'indigner de temps en temps, et en période électorale, balance des promesses.
14:16Mais dans ces décombres, les victimes s'amoncellent,
14:19et les innocents qui tombent ne font qu'augmenter.
14:22C'est le cas de la petite Liana, c'est le cas de Lola, c'est le cas de Philippine,
14:26c'est le cas d'Elias, je veux dire, les cas, on en a plein.
14:28Mais ces cas-là, c'est ceux qui remontent uniquement à la surface
14:30et qui nous propulsent le cœur au bord des lèvres.
14:33Mais combien de victimes sont tuées ?
14:35Combien de victimes sont, je ne sais pas, glissées sous un tapis ?
14:39Combien de victimes et de familles sont priées de souffrir en silence ?
14:43Là, il y en a plein.
14:44Donc, dire parler, en fait, ça ne sert à rien.
14:46Il faut agir.
14:47Alors, ça commence évidemment par nommer des responsables.
14:50Et nommer des responsables, ce n'est pas faire du bouc émissaire.
14:52Vous avez les responsabilités en main, vous devez assumer les conséquences.
14:55Les responsabilités, ça va du procureur, des gendarmes,
14:58jusqu'au sommet de l'État, en passant par le garde des Sceaux,
15:00et le président, évidemment, parce qu'il y en a partout.
15:02Mais moi, quand je vois ce qu'a révélé Pierre Sauterelle de F2Souches aujourd'hui,
15:06que le maire de Clichy-sous-Bois, qui est un proche d'Emmanuel Macron,
15:09qui est un ancien ministre d'Emmanuel Macron,
15:11aujourd'hui, samedi 6 juin, a fait une cérémonie hommage à un proxénète,
15:16mais comment voulez-vous croire encore en ce pays ?
15:18Donc, vous avez deux possibilités.
15:20Soit c'est le grand risette, le grand ménage,
15:21soit c'est la fureur, et les Français ont furie, on les connaît,
15:24ça se finit toujours mal.
15:25Autre sujet à présent, et c'est vrai que dans cette émission,
15:29vous avez l'habitude de faire un détour par l'histoire des idées,
15:33Mathieu Bocoté, pour voir comment certains ont vu avant les autres
15:36ce qui nous arrive aujourd'hui.
15:39Et vous souhaitez vous pencher sur une figure importante
15:42qui s'appelle Maurice Dantec, mort il y a tout juste 10 ans.
15:46Alors, je vous ai entendu au début de l'émission dire une figure
15:48très peu connue des Français aujourd'hui,
15:50mais vous êtes coupable de votre jeune âge, cher ami, là-dessus,
15:52parce qu'il n'y a pas si longtemps, c'était une figure très connue Dantec.
15:56Mais vous savez, aujourd'hui, l'oubli s'installe rapidement,
16:00mais Dantec était, au début des années 2000,
16:03probablement l'écrivain français,
16:05un des écrivains français les plus connus,
16:07avec une audience, et ainsi de suite.
16:08Donc, c'est assez intéressant de voir comment on l'a oublié,
16:10mais peut-être va-t-on le redécouvrir.
16:12Pourquoi je vais en parler aujourd'hui?
16:14Parce que nos amis de l'Incorrect ont fait un travail absolument remarquable
16:16en le mettant de l'avant, en le faisant remonter à la surface,
16:19et notamment commenté par Michel Houellebecq,
16:21qui est probablement le grand écrivain français d'aujourd'hui,
16:24que dans 20 ans, on va peut-être dire qu'il est peu connu.
16:26Mais pour l'instant, Houellebecq réhabilite Dantec
16:30et le replace au cœur du jeu.
16:32Pourquoi ça intéressait Maurice Dantec?
16:33Parce qu'il y a un lien avec ce qu'on a dit en première partie.
16:36Dantec, c'est un grand écrivain de science-fiction,
16:38qui, je précise qu'à l'époque, moi, il m'énervait un peu.
16:40Il m'énervait un peu parce que je trouvais qu'il était foutraque,
16:42je trouvais qu'il y avait...
16:43C'était une espèce de pensée apocalyptique, illuminée,
16:46j'y voyais du délire.
16:48Soit dit en passant, il s'était réfugié au Québec,
16:50croyant trouver chez nous une terre d'asile,
16:52parce qu'il croyait que la France courait vers la catastrophe,
16:54notamment la guerre ethnique, disait-il.
16:57Alors, Dantec, quand on le lit,
16:58sa science-fiction, ses carnets, ses cahiers, qu'est-ce qu'on voit?
17:02D'abord, un homme convaincu que nous sommes dans des temps apocalyptiques.
17:05Alors, enlevez le côté religieux de la chose,
17:07cette idée que nous sommes dans une accélération vers la fin,
17:10que nous sommes dans une société épuisée qui pourrait se disloquer.
17:13Est-ce que ça ne ressemble pas à ce que nous commentons tous les jours ici?
17:17Il voyait dans notre époque,
17:19non seulement une crise politique,
17:20mais une crise métaphysique.
17:22Quand nos certitudes fondamentales s'effondrent,
17:25eh bien, on pourrait dire que la boue humaine remonte à la surface.
17:28Qu'est-ce qui s'est passé avec l'histoire de la petite Liana
17:30si ce n'est pas la part la plus sombre de l'âme humaine
17:32qui remonte à la surface dans un contexte non plus de relativisme généralisé,
17:37mais de célébration quelquefois du mal.
17:39Il voyait venir la guerre de civilisation avec l'islam.
17:42Ce sont ses mots, ce ne sont pas les miens, bien évidemment.
17:44Il voyait venir, je l'ai dit,
17:45les tensions interethniques de plus en plus vivent en Europe et en France.
17:49Il voyait venir le transhumanisme.
17:51Si vous suivez un peu ce qui se passe aux États-Unis,
17:52mais on va en parler avec notre invité tantôt,
17:54le transhumanisme, ce n'est pas demain,
17:56ce n'est pas après-demain, c'est aujourd'hui.
17:59Si vous avez une fois dans votre vie
18:01généré un texte utile pour votre travail
18:03par l'intelligence artificielle,
18:05vous êtes déjà dans le transhumanisme sans le savoir.
18:08Ce n'est pas votre cas, heureusement, je le sais.
18:12Donc, Dantec, c'est un cas assez particulier.
18:14C'est un écrivain qui nous permet de voir demain, après-demain.
18:18La tentation souvent de l'intellectuel,
18:19c'est de décrire avec acharnement jusqu'à l'épuisement,
18:22jusqu'au dégoût l'étant présent.
18:24Vous lisez Dantec, je me rappelle,
18:25Jean-Renaud disait, un écrivain québécois,
18:27disait à propos de Dantec,
18:28vous le lisez, en fait,
18:29est-ce que je le recommanderais à un esprit sain ?
18:31Non.
18:31Mais à quelqu'un qui est au seuil de la crise psychique,
18:34je lui recommanderais Dantec.
18:36Peut-être trouverait-il le contact avec le monde, avec lui.
18:38Donc, quoi qu'il en soit,
18:39il faut avoir le courage de lire quelquefois,
18:40redécouvrir les auteurs qui ont vu avant nous
18:42ce qu'on n'a pas vu.
18:48Vous êtes chanceux, vous allez vivre...
18:49J'y vois une petite forme de jalousie chez vous.
18:50Vous allez vivre plus longtemps que moi,
18:51et à jamais, vous aurez plus de cheveux.
18:56Écoutez, que Dieu vous entende, Mathieu.
18:58D'où vient cette fascination pour les penseurs marginaux ?
19:01Parce que, vous savez, il y a des intellectuels
19:04intégrés dans l'espace public,
19:05c'est un bonheur d'y être, c'est un privilège,
19:07mais quelquefois, il y en a qui sont laissés de côté.
19:08Pourquoi ? Parce qu'on dit qu'ils sont fous.
19:10Mais dans leur folie, qu'est-ce qu'on voit ?
19:11On voit quelquefois des fulgurances.
19:13Quelquefois, ils sont vraiment fous.
19:15Mais quelquefois, ils voient des choses que personne n'a vues.
19:18Et ce qui arrive, c'est que quelquefois,
19:19on fait remonter à la surface des gens
19:20qui ont été oubliés pendant 20 ans, pendant 30 ans.
19:23Je vais vous donner un exemple qui n'est pas un intellectuel dans ce cas-là.
19:24C'est un politique et un poète.
19:26Notre ami, votre ami Philippe de Villiers.
19:28Pendant 15 ans, 20 ans, on l'a traité comme un farfelu,
19:31comme un personnage dans l'espace public.
19:33On dit, ah, mon Dieu, le vicomte, le vicomte.
19:35Aujourd'hui, on l'entend parler.
19:36Et chaque fois dans vos émissions, vous le noterez,
19:38le vendredi avec lui, vous vous êtes remonté à la surface
19:39de vieilles archives où Villiers avait raison.
19:42Mais c'est intéressant, ça.
19:43Ça consiste à voir, voilà un homme qui a été tenu dans la marge
19:46pendant longtemps parce qu'il a vu avant les autres
19:48ce qui arrivait aujourd'hui.
19:50Il a payé le prix de sa lucidité.
19:52Il l'a vraiment payé.
19:54Il est remonté à la surface aujourd'hui.
19:55Aujourd'hui, je pense que plusieurs reconnaissent
19:56qu'il a vu des choses très clairement à l'époque.
19:58Mais il faut s'intéresser à ces penseurs
20:00qui spontanément leur collent des étiquettes.
20:02Pas sérieux, extrémistes, radicals, loufoques.
20:06Et là, si on les prend au sérieux de temps en temps,
20:07on les redécouvre.
20:08Des écrivains, des poètes, des cinéastes,
20:10quelquefois, des intellectuels, des théoriciens,
20:13des sociologues, vous dites,
20:15mais c'était donc possible de comprendre à l'avance
20:17ce qu'allait nous arriver.
20:19Ah, ça, c'est un privilège immense.
20:20Donc, j'en reviens à Dantec.
20:23Je le lis, je le relis, il m'agace souvent.
20:25Franchement, il m'exaspère.
20:26Il me fait sourire.
20:27Il me fait rire aux éclats de temps en temps.
20:29Puis ensuite, je hurle au génie.
20:30Il me dit, franchement, comment il a pu voir ça
20:32avant tout le monde?
20:34Donc, c'est un véritable écrivain.
20:36C'est assez rare lorsqu'on en a un
20:37pour qu'on le mette de l'avant.
20:38Je suis heureux que Houellebecq nous le propose
20:40de le redécouvrir.
20:41Je crois qu'il propose même de redécouvrir
20:43aussi un autre écrivain, Renaud Camus,
20:45dans ce dossier de l'incorrect.
20:46Peut-être que dans 20 ans,
20:48certains s'en voudront d'avoir tout fait
20:49pour faire taire la parole de Renaud Camus,
20:50quoi qu'on pense du détail de ses idées.
20:53Arthur Devatrigan, vous êtes l'homme
20:55qui avait pensé, bien évidemment,
20:57à mettre à la une et à associer
20:59Houellebecq et Dantec.
21:00Pourquoi?
21:01Parce que Houellebecq est un ami de Dantec
21:03et quand je lui ai proposé, il m'a dit
21:04je mets beaucoup Maurice,
21:05évidemment qu'il faut le faire.
21:06Parce que vous êtes, c'est vrai, trop jeune,
21:08vous avez de la chance.
21:09Les années 90, il y avait une honneur
21:10de fin de siècle.
21:11Et là, vous avez vu quelque chose
21:12qui se passe rarement dans la littérature française,
21:14une nouveauté.
21:15On était sur la littérature un peu bourgeoise
21:17où on s'occupe de son nombril.
21:18Et là, vous avez Ravalec, Houellebecq, Dantec
21:21et même Dépente, avant qu'elle vire bizarre,
21:23qui sortent et qui explosent la littérature.
21:25Et Houellebecq, Dantec sont les premiers écrivains rockstar.
21:28Lui, c'est bouson de cuir, lunettes de soleil,
21:30gueule de rockstar, regard de prophète
21:32sous amphétamine métaphysique.
21:34Ce n'est pas l'écrivain de salon parce qu'il vient
21:36du petit peuple communiste et il a commencé par le rock.
21:39Donc, autant vous dire, il ne demande pas la permission
21:40à Saint-Germain-des-Prés s'il est le roi de dire ça
21:42ou pas dire ça.
21:43Trois premiers romans, La sirène rouge, carton,
21:45mais surtout Les racines du mal ou dedans.
21:47La police embauche un cognitien pour se mettre
21:50dans la tête d'un serial killer et Dantec avance
21:52à vente Tchad-GPT.
21:53C'est en 95.
21:55Puis Babylon Babies qui va être adapté à Hollywood.
21:57Donc, si vous voulez, il branche le roman français
21:58sur le très haut voltage.
22:00Et comme le dit Walbeck dans nos pages,
22:03il dit, en fait, Walbeck, Dantec a inventé
22:05le roman transgenre.
22:06On met tout dedans.
22:07On met de la science-fiction, on met du polar,
22:08on met des essais, on met de la théologie,
22:10on met de l'apocalyptique, on met de la cybernétique.
22:12Pourquoi ? Parce que pour Dantec,
22:14pour Dantec, la littérature, c'est parler du présent
22:16en l'accélérant et pour révéler notre monde
22:19qui entend mutation.
22:20Et c'est pourquoi il devine tout ce qui va se passer.
22:22Alors, après, il a publié des journaux
22:25qu'il appelle le théâtre des opérations.
22:26Et c'est là où il commence à se faire un peu attaquer.
22:28Premier journal, fin 90.
22:30Et là, il explique que, en fait,
22:31le nouveau ennemi de l'Occident,
22:32c'est l'islam international.
22:34Forcément, les gens ne l'aiment pas.
22:35Et rappelez-vous, 2002, l'Afro Lindenberg,
22:38qui publie son torchon d'élateur,
22:39les nouveaux réactionnaires,
22:40qui va lister tous les gens à battre,
22:42qui fait encore livre de chevet
22:43pour le monde et les libérations.
22:44Mais dans ce bouquin-là,
22:45vous avez trois personnes qui reviennent constamment.
22:47Walbeck, Murray et Dantec.
22:49Alors, forcément, Saint-Germain-des-Prés
22:51dit qu'on va l'expulser.
22:52C'est la première fois
22:52qu'il y a des grandes excommunications
22:54par leur père.
22:58Mais sauf qu'il ne lui se laisse pas faire.
23:00Vous pouvez retrouver des archives,
23:01c'est assez amusant.
23:02Quand il croit Jean-François Kahn
23:03ou François Bayrou sur le plateau de télé,
23:04il le traite de fasciste.
23:05L'autre, il se lève, il dit
23:06« Vas-y, redis, redis-moi ça en face. »
23:08Quand il croit Malik Chebel,
23:09qu'il lui explique
23:10« L'islam est une religion de paix et d'amour.
23:11Et sans l'islam,
23:12les Français n'auraient jamais découvert
23:15les intellectuels, les philosophes grecs. »
23:17L'autre, il lui sort tous les pères de l'Église.
23:19Voilà ce que c'est Dantec, si vous voulez.
23:20Donc là, il se fait expulser.
23:22Mais quand vous repongez
23:23dans son théâtre des opérations de 2000-2001,
23:26donc avant le 11 septembre,
23:27avant qu'on change de siècle,
23:28vous vous rendez compte
23:29que rien n'a changé depuis 25 ans en France.
23:31Alors pourtant, le monde a muté.
23:33Rien n'a changé, tout est là.
23:34Donc c'est un type qui allait très vite,
23:36très fort, peut-être trop.
23:37Il a brûlé ses vaisseaux.
23:38Il prenait la littérature au sérieux
23:40parce que c'était une question de vie ou de mort.
23:41Donc c'était un punk, un prophète,
23:43un écrivain maudit, évidemment,
23:45et une rockstar des lettres.
23:46C'était tous à la fois.
23:47Il sera peut-être temps
23:47de le sortir du purgatoire.
23:49Vous le mettez tout en haut
23:50parce que là où est sa place,
23:51c'est comme ça, il va faire de l'ombre
23:52à tous les médiocres
23:53qui règnent encore aujourd'hui.
23:54Il est 19h22.
23:56On revient dans quelques instants
23:57pour la seconde partie de cette émission
23:59avec comme invité Julien Rochedi.
24:02Restez avec nous.
24:06Il est 19h30 sur CNews
24:08et merci d'être avec nous
24:09pour la seconde partie de notre émission
24:11face à Mathieu Bocoté,
24:12toujours avec Mathieu, bien sûr,
24:14avec Arthur de Batrigan.
24:15Il nous a rejoint sur ce plateau
24:17Julien Rochedi.
24:18Merci d'être avec nous.
24:19Vous avez écrit
24:19« Le temps des centaures ».
24:21Pourquoi avoir invité
24:24Julien Rochedi ce samedi,
24:25Mathieu Bocoté ?
24:26Alors, si on se détache un peu
24:27de l'actu la plus immédiate,
24:29vous remarquerez,
24:29ces derniers temps,
24:30on cherche à comprendre
24:31ce qu'il y a dans la tête
24:31de Donald Trump.
24:32C'est notre grande question.
24:33Est-ce qu'on est simplement
24:34devant une personnalité histrionique
24:36ou est-ce que derrière Trump,
24:37il y a le trumpisme
24:38et dans le trumpisme,
24:39est-ce qu'il y a des intellectuels ?
24:41Des intellectuels qui pensent
24:42cette espèce de révolution
24:43ou contre-révolution
24:45qui vient de l'Amérique ?
24:46Au même moment,
24:46on cherche à comprendre
24:47est-ce qu'il y a des intellectuels
24:48qui cherchent à comprendre
24:49la révolution de l'intelligence artificielle,
24:50de la tech que nous connaissons aujourd'hui ?
24:52Dans « Le temps du centaure »,
24:54Julien Rochedi a proposé,
24:55je crois,
24:55le meilleur essai
24:56sur la question
24:57de ce qu'on appelle
24:57les « lumières sombres ».
24:58Aujourd'hui,
24:59il y a plusieurs textes
24:59qui paraissent sur ça,
25:00mais le meilleur livre
25:01sur la question,
25:02c'est son livre
25:02« Le temps du centaure ».
25:03Et c'est donc l'occasion
25:04de faire cette plongée
25:05dans une partie
25:06de l'imaginaire américain.
25:07Julien Rochedi,
25:08bonsoir.
25:08Bonsoir, messieurs.
25:09Bonsoir, Mathieu Bocoté.
25:10Alors, question première,
25:11tout simplement,
25:11on parle sans arrêt
25:13en ce moment
25:13de Curtis Yarvin.
25:14On en a parlé tout récemment
25:15des « lumières sombres ».
25:17On en parle aussi
25:18des intellectuels de la tech.
25:19Ça nous arrive souvent
25:20d'en parler.
25:21Peter Thiel
25:21vient faire un tour à Paris.
25:23On a l'impression
25:23que finalement,
25:24un penseur terrifiant
25:25ou un riche terrifiant
25:26viennent faire...
25:27Si vous deviez présenter
25:28à un néophyte
25:29ce que veulent dire
25:30les fameuses « lumières sombres »,
25:32les intellectuels de la tech,
25:33cette mouvance-là,
25:33comment les présenteriez-vous ?
25:35Les « lumières sombres »,
25:36ce sont les « lumières »,
25:37vous savez,
25:37les « lumières »,
25:38le courant intellectuel
25:39du XVIIIe siècle
25:40qui structure encore
25:41notre philosophie politique
25:42et notre philosophie morale.
25:44C'est le renversement
25:46de ces « lumières ».
25:46C'est-à-dire qu'en fait,
25:47on a cru pendant
25:48deux siècles,
25:49trois siècles,
25:49quatre siècles,
25:50même depuis la Renaissance
25:50que le progressisme
25:52technologique,
25:53technique,
25:53le dynamisme capitaliste,
25:55la prospérité
25:56allait de pair
25:57avec un dynamisme moral,
25:59avec une évolution
26:00de l'autonomie individuelle,
26:02de la démocratie,
26:03des droits humains,
26:04etc.
26:04Et nous,
26:05en Occident,
26:05on a connu cette évolution
26:06qui allait de pair,
26:07c'est-à-dire plus on avait
26:08de techniques,
26:08plus on avait de prospérité,
26:09plus on avait de prospérité,
26:10plus on avait de droits,
26:11etc.
26:13Sauf qu'aujourd'hui,
26:14beaucoup d'intellectuels
26:15de la tech,
26:16du monde de la tech,
26:17de la Silicon Valley
26:17et dans le monde américain,
26:19beaucoup de ces intellectuels
26:20s'interrogent
26:20sur le devenir du futur.
26:22Ils aperçoivent
26:22que le futur est en panne,
26:23qu'on évolue moins vite.
26:24Le devenir du futur,
26:25c'est-à-dire globalement
26:25notre capacité
26:26de projection dans l'avenir.
26:27Et de changement
26:28de nature,
26:29de société.
26:30Nos grands-parents,
26:31vous savez,
26:32changer de vie,
26:33changer de monde matériel
26:34presque trois fois
26:35par génération.
26:36Pensez qu'entre
26:37le premier avion
26:38qui décolle,
26:39motorisé en 1903
26:40et l'arrivée sur la Lune
26:41avec la mission Apollo,
26:43il n'y a que 65 ans
26:43qui séparent
26:44ces deux événements.
26:45Tandis qu'aujourd'hui,
26:46depuis les années 70-80,
26:48nous n'évoluons plus
26:48aussi rapidement.
26:49La seule évolution
26:50que nous avons connue,
26:51c'est celle qui est inscrite
26:52dans nos téléphones portables.
26:53aujourd'hui,
26:54c'est une évolution
26:54qui est finalement
26:55inhibée dans le bit
26:57qu'on appelle
26:57plutôt que l'atome,
26:58c'est-à-dire
26:59le changement matériel.
27:00Et donc,
27:01il y a toute une constellation
27:02d'intellectuels
27:03à la marge,
27:04mais également
27:05des gens très puissants,
27:06très influents
27:08comme Peter Thiel
27:09qui se disent
27:10aujourd'hui,
27:11le progrès technique
27:11qui est censé amener
27:12la prospérité
27:13est en panne.
27:15Pourquoi ?
27:15Pourquoi nous en sommes là ?
27:17Et en fait,
27:18quelque chose d'extraordinaire
27:19est en train de se passer
27:19dans le monde intellectuel
27:20puisque ces intellectuels
27:22et ces entrepreneurs
27:23ces ingénieurs,
27:24ces scientifiques
27:26découvrent que
27:26ce peut-être
27:27ce qui est le boulet
27:28du progrès technique
27:29et de la prospérité,
27:30c'est le progrès moral
27:31des Lumières,
27:32à savoir la démocratie,
27:33les droits de l'homme,
27:34le progressisme, etc.
27:35Donc, en fait,
27:36c'est une façon
27:36de vouloir le progrès
27:37sans le progressisme.
27:39Alors, voilà,
27:40je lisais votre ouvrage,
27:41on est devant des gens
27:42qui globalement,
27:44on pourrait dire
27:44depuis une quarantaine d'années,
27:45mais même plus longtemps,
27:46la pensée conservatrice
27:47en Occident
27:48propose une forme
27:48de critiques internes
27:50des limites de la démocratie,
27:53des limites des Lumières,
27:54des limites de l'émancipation,
27:56sans jamais remettre en question
27:57leurs fondements.
27:57Et vous nous dites
27:58qu'on est chez les auteurs,
27:59donc dans ces fameux
28:00« Le temps du centaure »,
28:02ce dont on appelle
28:02les « Lumières sombres »,
28:03on est dans des auteurs
28:04qui prennent ces grands concepts
28:05« Démocratie »,
28:06« Droits de l'homme »,
28:07« De l'extérieur »,
28:08comme s'ils n'y croyaient plus. »
28:11Oui, parce qu'ils s'aperçoivent,
28:12comme je le disais,
28:13que c'était les vrais boulets
28:14du progrès technique
28:14qui créent en fait
28:16la prospérité de l'Occident.
28:18Ce qui a créé
28:19notre bien-être en Occident
28:21et dans le monde,
28:21c'est le progrès technique.
28:22C'est le fait
28:23de pouvoir découvrir
28:24des vérités scientifiques,
28:27d'avoir un nouveau rapport
28:28au monde,
28:29plus rationnel.
28:30Tout cela permet
28:31de créer de la richesse
28:32qui nous fait mieux vivre
28:33par la santé,
28:34par la consommation,
28:36etc.
28:36Et je vous dis,
28:37on a cru depuis deux siècles
28:38que ça allait de pair
28:39avec le progressisme,
28:40avec la gauche.
28:41C'est d'ailleurs pour ça
28:41que les démocraties libérales
28:43allaient toujours
28:44un petit peu plus
28:45vers la gauche.
28:46Sauf que le dernier mouvement
28:47de cette progression
28:49vers la gauche
28:49s'est appelé le wokisme.
28:51C'est-à-dire qu'on allait
28:51le plus loin
28:52que nous pouvions aller
28:53avec le progressisme.
28:55Une forme de crise psychiatrique
28:56à l'échelle d'une civilisation.
28:57Oui, les droits individuels
28:59poussés à leur extrême,
29:00une folie collective,
29:01mais qui était l'aboutissement
29:03finalement du progressisme.
29:04Et là,
29:05beaucoup de gens
29:06très influents,
29:07très importants
29:07dans le monde de la tech,
29:08la Silicon Valley,
29:09des grands milliardaires,
29:11des gens influents,
29:11des philosophes,
29:12se sont dit
29:12puisque nous ne pouvons pas
29:14aller plus loin
29:14dans le progressisme,
29:15peut-être devons-nous
29:16faire machine arrière.
29:17Et faire machine arrière,
29:18c'est retrouver
29:19certaines valeurs réactionnaires,
29:21qu'on appelle réactionnaires,
29:22conservatrices,
29:23non pas pour détruire le progrès,
29:25c'est là où c'est
29:25quelque chose
29:26d'extraordinaire,
29:27à mon avis,
29:27dans le monde des idées,
29:28pour le continuer justement.
29:29C'est-à-dire que ce que vous disiez
29:30très justement,
29:31juste avant,
29:32à savoir qu'à droite,
29:33en général,
29:34en tant que conservateur,
29:35on critique le progressisme moral
29:37comme nous critiquons aussi
29:38le progressisme technique,
29:40et bien là,
29:40nous avons des gens
29:41qui sont finalement,
29:42qui incarnent une sorte
29:43de bête hybride
29:44que j'appelle le centaure,
29:45c'est-à-dire des valeurs réactionnaires,
29:47mais pour un idéal progrès,
29:48du progressisme.
29:49Arthur Le Batrigan.
29:50Justement,
29:51pour qu'on comprenne bien,
29:52vous venez d'une culture
29:53de droite identitaire,
29:54enracinée,
29:55civilisationnelle,
29:56et là,
29:56c'est vrai qu'on a
29:57une constellation de penseurs
29:59qui viennent d'horizons différents,
30:00mais qui sont réunis
30:01par une pensée
30:01qui est assez froide,
30:04technologique,
30:04presque post-humaine.
30:06Qu'est-ce qui vous attire le plus ?
30:07C'est l'espèce d'opération
30:09démystification
30:10qui est remarquable,
30:11leur analyse des symptômes
30:13de la démocratie libérale
30:15qui ne fonctionne pas
30:15est remarquable
30:16et courageuse,
30:17ou c'est aussi
30:18ce qu'ils proposent,
30:19parce que là,
30:19ils vont dans une logique,
30:21dans une nouveauté
30:22qu'on n'a encore jamais vue,
30:24qui est parfois effrayante,
30:25parfois séduisante,
30:26et souvent encore incomplète.
30:28Alors, d'abord,
30:29je pense qu'il faut
30:30s'intéresser à ces penseurs,
30:31à cette pensée
30:31qu'on a un petit peu
30:32trop pris avec mépris
30:33en France,
30:34parce que ce ne sont pas
30:35des intellectuels académiques
30:36qui viennent de l'université,
30:37ils sont un petit peu
30:38à la marge,
30:38ils écrivent sur Internet,
30:39donc on s'est dit,
30:40bon,
30:40on a affaire à des nerds,
30:42à des geeks,
30:44à des gens
30:44qui se préoccupent
30:45du monde Internet,
30:46et on est dans un univers
30:47un peu Matrix,
30:48vous voyez,
30:48pour nous,
30:49c'est un peu de la pop culture,
30:50c'est un peu ridicule,
30:51ce n'est pas forcément
30:51de l'intelligence,
30:52sauf que ces gens,
30:53notamment à travers Peter Thiel,
30:54sont à la tête
30:55d'entreprises
30:56qui régentent déjà
30:57notre monde,
30:58et qui le régenteront
30:59d'autant plus
31:00dans le monde à venir,
31:01dans les années à venir,
31:02dans la mesure
31:03où nous utilisons
31:03notre téléphone,
31:04nous sommes finalement
31:06connectés au système
31:07qu'ils mettent en place,
31:07c'est pour ça que je les appelle
31:08de façon un peu grandiloquente
31:09peut-être,
31:10mais les maîtres du futur,
31:11c'est eux qui organisent
31:12notre futur,
31:13qui vont déterminer
31:15les conditions
31:15dans lesquelles
31:16nous allons vivre
31:16demain et nos enfants.
31:18Donc ce sont des gens
31:19très importants
31:19et c'est pourquoi
31:20je crois qu'il faut
31:20s'intéresser à eux,
31:22pas forcément pour être
31:23d'accord avec eux,
31:24d'ailleurs j'écris
31:25une postface
31:25dans laquelle je dis
31:27ce que je pense vraiment
31:28de ces penseurs,
31:29je ne suis pas totalement
31:31convaincu
31:31de la justesse
31:33de leur analyse,
31:34ou en tout cas
31:34des buts qu'ils veulent
31:35pour l'humanité,
31:36mais en tout cas
31:36nous ne pouvons plus faire
31:38comme s'ils n'existaient pas.
31:39Alors il y a chez eux
31:40un propos
31:40très nettement politique,
31:42à tout le moins
31:43vous le reconstituiez
31:43comme tel,
31:44dans la première partie
31:45de l'ouvrage
31:45où vous explicitez
31:46leur cadre de pensée,
31:48il y a chez eux
31:48presque une quête
31:49de l'Empire,
31:50c'est-à-dire on a quitté
31:52l'utopie mondialiste,
31:53l'utopie babélienne,
31:55nous entrons de nouveau
31:56dans un monde de force
31:57et donc il y a des groupes
31:58comme Palantir
31:59dont on a déjà parlé ici
32:00qui cherchent à penser
32:01la prochaine projection
32:02impériale occidentale
32:03centrée sur les États-Unis.
32:06Est-ce qu'on est devant
32:07des gens qui ont une forme
32:07de fascination,
32:09et je reviendrai dans
32:09un instant,
32:10de fascination pour la force
32:11lors de l'Empire est venu,
32:13il faut se délivrer
32:14de nos vieilles entraves
32:16morales et téléphoniques
32:16intellectuelles,
32:17il faut passer la prochaine étape
32:18qui n'est pas celle des nations.
32:19Est-ce que nous sommes
32:19devant des penseurs
32:20qui créent des conditions
32:21d'un nouvel impérialisme
32:22occidental ?
32:23Tout à fait,
32:24pour comprendre ces penseurs,
32:25il faut comprendre
32:26le monde intellectuel
32:27duquel ils viennent,
32:28à savoir le libertarianisme
32:29des années 80-90
32:31dans la Silicon Valley
32:32en Californie.
32:33Ce sont des gens
32:33qui étaient des utopistes,
32:35qui croyaient finalement
32:36à la fin de l'histoire
32:36de Fukuyama,
32:37qui pensaient qu'avec
32:38la technologie,
32:39le capitalisme,
32:40tout le monde
32:41allait finir par se convertir
32:42à une forme
32:42de démocratie libérale
32:43et nous allions connaître
32:45une nouvelle connectivité
32:47entre les hommes
32:47à travers les réseaux,
32:48l'Internet,
32:49les hommes allaient
32:49se rapprocher,
32:50etc.
32:51Il y a eu plein
32:52d'événements
32:53que je décris
32:55dans le livre
32:56qui ont fait en sorte
32:59que leurs yeux
32:59se sont déciés depuis
33:00et aujourd'hui
33:02beaucoup d'entre eux
33:03considèrent que l'ennemi
33:04existe à travers
33:05la figure de la Chine
33:06notamment,
33:07mais aussi du monde
33:07islamique,
33:08du tiers-monde
33:09et que l'Occident
33:11mérite d'être défendu
33:13et doit non seulement
33:15se défendre
33:15mais doit attaquer
33:16également.
33:17C'est-à-dire que
33:17la meilleure défense
33:18c'est l'attaque.
33:18Ce que fait un peu
33:18Trump en Iran ?
33:19Exactement
33:20et puis vous voyez
33:21il y a un néo-impérialisme
33:23trumpien
33:24que l'on peut comprendre
33:25à l'aune justement
33:26de cette pensée
33:27néo-impérialiste
33:27parce qu'à l'époque
33:28rappelez-vous
33:29par exemple de George W. Bush
33:30et des néo-conservateurs.
33:33Finalement
33:33le néo-conservatisme
33:34qui a amené
33:35à la guerre en Irak
33:35par exemple en 2003
33:36s'inscrivait dans cette logique
33:37fuku-yamesque
33:38de la fin de l'histoire
33:39parce que simplement
33:40C'est la croisade démocratique
33:41pour les valeurs universelles.
33:42Exactement
33:43il fallait imposer la démocratie
33:44alors pour Fukuyama
33:45il allait s'imposer naturellement
33:46bon la version la plus radicale
33:48c'est-à-dire
33:49il fallait peut-être
33:49y aider un petit peu
33:50en poussant les dictateurs
33:51c'était donc la version Bush
33:52la version néo-conservatrice.
33:54Aujourd'hui
33:55on n'entend pas
33:56Donald Trump parler
33:56de regime change
33:57ou lorsqu'il en parle
33:58c'est simplement pour dire
33:59qu'il préférait un régime
34:00plus favorable aux Etats-Unis
34:01en Iran
34:01mais pas forcément démocratique
34:03pas forcément inscrit
34:04dans la démocratie libérale.
34:05Oui c'est une forme
34:05d'expression brute
34:07un désir de force
34:08une forme de fascination
34:09pour la force.
34:09Exactement
34:10parce que en fait
34:11ça nous amènerait
34:12beaucoup trop loin
34:12mais vous savez
34:12c'est l'ennemi
34:13qui nous désigne
34:14selon Carl Schmitt
34:14c'est l'ennemi
34:15qui dit que nous sommes
34:16un adversaire
34:17et qu'on ne peut pas
34:17simplement se dire
34:18sans ennemi
34:19pour la paix dans le monde
34:21il y a toujours des ennemis
34:22qui veulent nous abattre
34:23mais non seulement
34:23l'ennemi nous désigne
34:24mais en plus
34:25il nous définit
34:26et c'est là où
34:26c'est la pensée peut-être
34:27la plus profonde
34:28chez Carl Schmitt
34:28à savoir qu'aujourd'hui
34:30les Etats-Unis
34:31sont en train
34:31de ressembler
34:32de plus en plus
34:33à la Chine
34:33c'est leur adversaire stratégique
34:35et en fait
34:35Palantir
34:36qui est une société
34:37qui permet
34:38d'accélérer
34:40les décisions opérationnelles
34:41en agglomérant
34:42toutes les données
34:44qui sont sur Internet
34:45et du monde complexe
34:45de la société industrielle
34:47et bien
34:48Palantir
34:48est la réponse chinoise
34:49à la Chine
34:50de la part de l'Occident
34:51et en fait
34:52il y a une sorte
34:53de mimétisme
34:55qui est en train
34:55de s'appliquer
34:56aux Etats-Unis
34:57avec la Chine
34:57Alors je vais prendre
34:58l'avance sur ma conclusion
34:59on y reviendra aussi
35:01mais quelque chose
35:02je vous disais
35:03je vois chez ces penseurs
35:05une fascination
35:06de la force
35:06une fascination
35:07quelquefois
35:08quand ça se traduit
35:09chez Trump
35:09vous me direz d'ailleurs
35:10dans quelle mesure
35:10Trump est peut-être
35:11influencé par eux
35:12ça vient même
35:13avec une fascination
35:14pour l'humiliation
35:14de l'ancien allié
35:16quelquefois
35:16la politique trumpienne
35:17est une politique
35:18de l'humiliation
35:18des anciens alliés
35:20vous connaissez
35:20cette formule de Talleyrand
35:21c'est-à-dire
35:22personne n'a connu
35:22la douceur du monde
35:23qui n'a pas connu
35:24les dernières années
35:24de l'ancien régime
35:26lisant ces auteurs
35:27j'ai l'impression
35:28d'être un homme
35:28de l'ancien régime
35:29comme jamais
35:29j'ai la nostalgie
35:30de la douceur du monde
35:32devant les auteurs
35:33qui quant à eux
35:34me semblent
35:35survitaminés
35:35et surexcités
35:36à l'idée
35:37d'entrer dans un monde
35:37où la force définira tout
35:38c'est peut-être
35:39ce qui nous différencie
35:40moi j'ai peut-être
35:40pas assez connu
35:41les années 90
35:42et peut-être
35:43que si je vois
35:44dans ces années 90
35:45qui ont été
35:45une forme d'illusion
35:46à l'échelle planétaire
35:48l'hymne de Michael Jackson
35:50vous savez
35:51We Are The World
35:51était vraiment celui
35:52qui était proclamé
35:54un peu partout
35:54et je pense
35:56que nous payons aujourd'hui
35:57les pots cassés
35:58de ces illusions
35:59des années 90
36:00et finalement
36:00Palantir est un symptôme
36:02et le symptôme
36:03de cette réaction
36:03qui est parfois
36:04trop brutale
36:04le centaure
36:05est une figure mythologique
36:06extrêmement violente
36:07extrêmement brutale
36:08effectivement
36:08mais on peut comprendre
36:10cette réaction
36:11que si l'on saisit
36:13justement
36:13toutes les illusions
36:14qui ont eu cours
36:15dans les années 90
36:16mais vous voyez venir
36:17cette société
36:17parce que vous lisant
36:18comme au 18ème siècle
36:19les illusions
36:20pré-révolutionnaires
36:20mais les lisant
36:22vous lisant
36:23j'ai l'impression
36:24qu'on est dans un monde
36:24cela dit
36:25où on ne se contente plus
36:26de la nécessité de la force
36:27je pense que tout le monde
36:28convient qu'il faut
36:29qu'un pays soit puissant
36:30mieux vaut être puissant
36:30qu'impuissant
36:31mieux avoir la force
36:32que la faiblesse
36:33mais il y a une différence
36:33et vous me corrigerez peut-être
36:34à vous lire
36:35entre la nécessité de la force
36:37et le culte de la force
36:38un côté
36:39je dirais d'un côté
36:40c'est la puissance de l'État
36:41de l'autre côté
36:41c'est l'excitation
36:42nietzschéenne
36:43je me trompe ?
36:44non c'est vrai
36:44de toute manière
36:45la tentation de la force
36:47vient toujours
36:48quand on la possède
36:49et quand il n'y a plus
36:50de garde-fous
36:50comme on a pu en avoir
36:51et c'est vrai que
36:52il y a autour
36:53dans l'esprit
36:54de ces personnes
36:56par rapport à l'adversaire
36:57qu'ils voient
36:57dans la figure de la Chine
36:59un désir de puissance
37:00une volonté de puissance
37:01qui est exacerbée
37:02et qui mène
37:03à titre individuel
37:04je veux dire
37:05il y a une exaltation
37:06de la force
37:06de l'univers bionique
37:08de la transformation
37:08de l'être
37:09à travers le transhumanisme
37:10vous en parliez
37:10un peu avant
37:11oui il y a un désir de force
37:13mais alors c'est très étrange
37:14parce qu'il y a aussi
37:15une volonté
37:16de marier tout cela
37:17avec une eschatologie chrétienne
37:19en tout cas chez Peter Thiel
37:19ce qui est assez incroyable
37:21et qui nous amène finalement
37:22à une sorte de
37:23pensée théologique
37:24parfois proche de l'occultisme
37:26c'est à dire qu'il y a
37:27chez Peter Thiel
37:27la volonté
37:28de marier
37:29cette volonté
37:29du progrès technique
37:31de la puissance de l'Occident
37:32avec des catégories chrétiennes
37:34que sont l'antéchrist
37:35le catécon
37:36etc
37:36et c'est pour ça
37:37qu'on a affaire
37:38à un monde absolument fou
37:39d'un point de vue intellectuel
37:40partons le matrigan
37:41au final c'est très américain
37:42on sait des croisades
37:44contre l'antéchrist
37:45du temps des néocons
37:47mais alors il y a quelque chose
37:48qui est assez étonnant
37:49dans cette pensée
37:50des lumières sombres
37:51c'est que
37:52ils évacuent en fait
37:53in fine comme le politique
37:55tout en disant
37:55qu'ils veulent le réhabiliter
37:56c'est à dire qu'il y a
37:57un amalgame volontaire
37:59pensé
37:59de l'économie
38:00et du politique
38:01je m'explique en deux secondes
38:02c'est
38:02en gros
38:03il faut que tout devienne
38:04un marché
38:04donc si c'est un marché
38:05c'est concurrents
38:06et les états
38:07doivent se concurrencer
38:08pour que l'homme puisse
38:10passer d'un état à l'autre
38:11s'il en vit
38:12alors comment on peut
38:13c'est là où
38:14j'ai du mal à visualiser
38:16l'avenir
38:17chez ces gens là
38:18c'est à dire
38:19l'homme
38:20c'est pas à vous
38:21je vais l'apprendre
38:22l'homme est enraciné
38:22l'homme est politique
38:23par essence
38:24et chez eux
38:24l'anthropologie disparaît
38:26alors justement
38:27c'est là où c'est
38:27très intéressant
38:28les choses ont changé
38:29chez eux
38:30à la fin des années 90
38:31et au début des années 2000
38:32la plupart de ces grands
38:33manias de la tech
38:34cherchaient effectivement
38:35à se séparer
38:36de l'état providence
38:37à se séparer des nations
38:38à se séparer
38:39des états unis
38:40en voulant construire
38:41notamment des cités
38:43des villes flottantes
38:45Peter Thiel a investi
38:46effectivement
38:46dans le système
38:47du steedding
38:48et c'est la première pensée
38:50de la néoréaction
38:51la pensée d'Yarvin
38:51qui était en gros
38:53de considérer
38:53que les états
38:54étaient pourris
38:54qu'ils allaient mourir
38:55et que les gens
38:56qui voulaient s'en sortir
38:57devaient aller faire
38:58autre chose ailleurs
38:59dans d'autres espaces
39:00géographiques dans le monde
39:01or depuis les choses
39:02ont changé
39:03et beaucoup effectivement
39:03de gens analysent encore
39:04les lumières sombres
39:05et la néoréaction
39:06à l'aune de cette volonté
39:07première
39:08mais en fait
39:09ces dernières années
39:10la perspective a totalement
39:11été modifiée
39:12et aujourd'hui
39:13ils ne veulent plus
39:13fuir les états
39:14ils veulent prendre
39:15leur contrôle
39:16et avec Donald Trump
39:17et son administration
39:18c'est à cela
39:19qu'on assiste
39:19c'est une prise de contrôle
39:21une supervision de l'état
39:22et le retour
39:23d'une loyauté
39:25vis-à-vis d'un Occident
39:26dirigé par un état
39:28qu'ils contrôlent
39:28alors voilà
39:29vous avez dit
39:29le mot occident
39:30alors vous
39:31moi
39:31Arthur
39:32Elliot
39:33on se parle français
39:34donc nous ne sommes pas américains
39:35l'empire américain
39:37qui si je comprends bien
39:38est le véhicule
39:39l'expression politique
39:40de l'empire occidental
39:41d'aujourd'hui
39:42pour ses lumières sombres
39:43sa néoréaction
39:44quelle est la place
39:45de l'Europe
39:46et plus particulièrement
39:46de la France
39:47je ne me parle pas
39:48dans leur esprit
39:48dans leur esprit
39:49ça peut être tout simplement
39:49des états
39:50des pays sympathiques
39:52annexés
39:53ou à tout le monde
39:53des pays
39:54des alliés soumis
39:55mais dans la mesure
39:57je ne vous imagine pas
39:58dans le rôle
39:58de l'allié soumis
39:59quel rôle réservez-vous
40:00dans votre esprit
40:01à l'Europe
40:02à la France
40:02dans ce que serait
40:03ce nouvel empire occidental
40:04souhaité par les lumières sombres
40:05ce sont des gens
40:06qui sont très très très
40:07influencés par l'histoire
40:08de l'empire romain
40:09ils y font beaucoup référence
40:10et vous savez que
40:11dans l'empire romain
40:12il y a eu des états clients
40:13qui ont vécu
40:14dans l'empire romain
40:15avec une certaine
40:16liberté intérieure
40:17qui leur était laissée
40:18la Cappadoce
40:19l'Arménie
40:20la nuit midi
40:21un temps
40:21etc
40:22et en fait
40:23pour ces américains
40:24pour ces penseurs
40:25des lumières sombres
40:26les états européens
40:27doivent être
40:28les états clients
40:28de l'empire américain
40:29ça j'ai compris pour eux
40:30mais pour vous
40:31c'est à dire pour vous
40:32qui êtes européens
40:33alors c'est très simple
40:34enfin c'est très simple
40:35non mais
40:36mais en fait
40:37il faudrait arriver
40:38à construire des outils
40:39qui nous permettent
40:39d'échapper
40:40au contrôle américain
40:42parce que ce contrôle là
40:43est passé
40:43d'un cybercolonialisme
40:45qui en gros
40:46faisait en sorte
40:47que nous étions
40:48dépendants des outils
40:49qu'ils nous mettaient
40:50dans les mains
40:51c'est à dire
40:51les réseaux sociaux
40:52X, Instagram
40:53Meta
40:54etc
40:54l'iPhone
40:56voilà
40:57les différents EOS
40:58etc
40:58nous étions dépendants
41:00de leurs outils
41:00pour vivre
41:01nous utilisons tous
41:01nos téléphones
41:02et maintenant
41:02nous sommes passés
41:04nous allons encore plus loin
41:05nous sommes dans un
41:06techno-impérialisme
41:06parce qu'avec des entreprises
41:08comme Palantir
41:08les états ont de plus en plus
41:10besoin des outils américains
41:11pour prendre des décisions
41:12la DGSI
41:13les services de renseignement
41:14intérieur sont accros
41:15à Palantir
41:16selon un article
41:17enfin une journaliste
41:18de l'Express
41:19qui a écrit un article
41:19là-dessus
41:20il n'y a pas très longtemps
41:21donc nous sommes dépendants
41:23maintenant pour prendre
41:23des décisions
41:24de l'Empire américain
41:25donc ce que j'aimerais moi
41:26c'est évidemment
41:27que nous puissions garder
41:28notre souveraineté
41:29or il se trouve
41:29qu'il y a des outils français
41:30et européens
41:31qui commencent à se construire
41:32qui nous permettent
41:33de nous gérer nous-mêmes
41:35si je puis dire
41:35il y a
41:36Chape Vision par exemple
41:37qui a signé dernièrement
41:38un contrat avec
41:39les services de renseignement allemands
41:40il y a
41:41Elephantastique
41:41qui est aussi une boîte française
41:43qui nous permet
41:43d'être un petit peu plus indépendants
41:44sauf que
41:45beaucoup de nos services
41:47beaucoup de nos pouvoirs
41:48sont déjà tombés
41:49dans le giron de Palantir
41:50et il est très difficile
41:51de s'en sortir
41:52une fois que vous êtes dedans
41:53parce qu'en fait
41:53ils vous organisent tellement
41:55votre vie technologique
41:57que vous êtes
41:58pied et main liés ensuite
41:59Il nous reste une minute 40 environ
42:01je reviens avec ma question
42:02sur la douceur
42:02de l'Ancien Régime
42:04les lumières sombres
42:05la néoréaction
42:06nous propose
42:06globalement
42:07un univers
42:08sous le signe du numérique
42:10intégralement surveillé
42:11nous basculons
42:13dans un univers
42:13qui ressemble
42:14quand même
42:15à quelque chose
42:15comme une surveillance
42:16potentiellement totalitaire
42:18de l'ensemble
42:19de nos existences
42:19est-ce qu'il n'y a pas
42:20de ce point de vue
42:21une forme de danger
42:23totalitaire occidental
42:24qui passe par ces gens
42:25autrefois libertariens
42:26donc autrefois défenseurs
42:27des libertés individuelles
42:28est-ce qu'il n'y a pas
42:29un risque
42:29qui se dessine là ?
42:31Je pense que
42:32toute société complexe
42:33a besoin d'instruments
42:34complexes et puissants
42:36pour s'organiser
42:37et c'est un petit peu
42:38le drame
42:39de la construction
42:41humaine
42:41c'est qu'à mesure
42:42que nous complexifions
42:43nos rapports
42:44nous avons besoin
42:45de l'État
42:46pour nous gérer
42:47et les États
42:47ont pris de plus en plus
42:48de pouvoir
42:49à mesure que nous avons
42:50agrandi nos périmètres
42:51d'action
42:52de commerce
42:53d'échange
42:53aujourd'hui avec Internet
42:56je pense
42:56et j'en ai peur
42:57et je déplore
42:58de devoir dire cela
43:00mais Internet
43:01est tellement
43:02aujourd'hui
43:02la moitié de nos vies
43:03si ce n'est plus
43:04pour certains
43:04qu'il est évident
43:05que des forces
43:08sont obligées
43:09d'y mettre leur nez
43:10pour le contrôler
43:11pour contrôler
43:12le terrorisme
43:13la pédophilie
43:14les différents actes
43:15terribles
43:15qui peuvent s'y dérouler
43:16et du moment
43:18où je crois
43:18que nous utilisons
43:19nos téléphones portables
43:20nous ne pourrons pas
43:20échapper à un contrôle
43:21c'est la leçon
43:22de la Chine
43:22qui a été apprise
43:24a posteriori
43:24par ces intellectuels
43:27qui étaient autrefois
43:27à l'hypertarie
43:28en 15 secondes
43:28en 15 secondes
43:28l'Occident
43:29demain sera-t-il
43:29plus libre
43:30ou moins libre ?
43:31du moment
43:32qu'il utilise Internet
43:33je pense qu'il sera moins libre
43:35merci Julien Rochdy
43:36d'être venu nous voir
43:36auteur du temps
43:37des centaures
43:38merci Mathieu
43:40merci Arthur
43:40de Vatrigande
43:41à quelques instants
43:42l'heure des pros
43:42et on vous apportera
43:43les toutes dernières informations
43:45après évidemment
43:46ce drame national
43:47qui a sidéré la France
43:48la mort de la petite Liana
43:50une marche blanche
43:51sera organisée
43:52demain à 15h
43:53on espère des milliers
43:55de Français
43:55rejoindre la famille
43:56puisque les parents
43:57seront présents
43:58en revanche
43:58les politiques
43:59sont persona non grata
44:00à la demande
44:02des parents
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