00:00L'État reconnaît, mais réparer, c'est autre chose.
00:02Plus de 90% de la population adulte de la Guadeloupe et de la Martigny est contaminée au chlordécone.
00:09Et l'État vient seulement de reconnaître sa part de responsabilité, pas sa responsabilité pleine.
00:15Non, sa part.
00:16Et ce mot change tout.
00:17Pendant des décennies, dans les bananeraies antillaises, on a utilisé un pesticide dangereux, persistant, toxique.
00:23J'ai nommé le chlordécone.
00:25Il a touché les sols, il a touché les habitants, il a touché les rivières.
00:29L'alimentation, les corps des familles entières.
00:32Et aujourd'hui, il y a quelques jours, l'Assemblée nationale adopte définitivement une loi qui reconnaît que l'État
00:39a eu une part de responsabilité dans ce scandale.
00:42Mais il faut bien lire le texte.
00:44Parce qu'une part de responsabilité, ce n'est pas la même chose qu'une responsabilité pleine et entière.
00:51Et si l'État n'a qu'une part, alors il faut poser la question que beaucoup évitent.
00:56Qui porte le reste ?
00:57Les propriétaires des plantations ?
00:59Les importateurs ?
01:01Les entreprises qui ont commercialisé ce produit en amont ?
01:04Les intérêts économiques qui ont été protégés pendant que les populations locales, elles, antillaises, étaient exposées ?
01:11Parce que le chlordécone n'est pas seulement une affaire de pesticides.
01:15C'est une affaire de pouvoir.
01:17Une affaire d'autorisation prolongée.
01:19Une affaire d'alerte ignorée.
01:21Une affaire de territoire français traité tout simplement comme des marins.
01:25Le produit a été utilisé aux Antilles jusqu'en 1993.
01:29Écoutez bien.
01:30Alors que des alertes sanitaires existaient et cela depuis longtemps, notamment après les scandales liés aux Kipon, sinon Kipon, aux
01:39États-Unis.
01:39Et aujourd'hui encore, cette molécule, malheureusement, reste dans les terres, dans les os, dans les chaînes alimentaires, dans les
01:45corps.
01:46Alors oui, cette loi est une avancée majeure.
01:48Mais elle a aussi ses limites.
01:50Elle ne crée pas une indemnisation automatique et immédiate des victimes.
01:55Elle dit que l'indemnisation devient un objectif.
01:58Un objectif.
02:00Pas encore une réparation concrète pour toutes les personnes touchées.
02:04Et surtout, le préjudice d'anxiété a été retiré du texte final.
02:10Est-ce que vous vous rendez compte quand même ?
02:12On reconnaît que des populations vivent avec une contamination massive.
02:16On reconnaît que des familles entières peuvent vivre avec la peur de voir apparaître des maladies.
02:22Mais par contre, on retire du texte final la notion même d'anxiété.
02:28Comme si l'empoisonnement pouvait être reconnu sans reconnaître la peur qu'il peut laisser derrière lui.
02:34Et c'est là que cette histoire dépasse le simple cadre sanitaire.
02:38Parce que si un pareil scandale avait touché massivement une région d'Hexagone,
02:42est-ce qu'il aurait fallu attendre aussi longtemps pour obtenir une phrase de reconnaissance ?
02:48Est-ce que les victimes, tout simplement, auraient dû se battre aussi longtemps et ardemment
02:53pour que l'État dise simplement
02:55« Oui, nous avons une part de responsabilité ».
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