00:00Le Code Noir vient d'être abrogé à l'Assemblée Nationale.
00:03Aujourd'hui, à l'Assemblée Nationale, j'ai assisté à un moment que je n'oublierai jamais.
00:09Pas une formule, pas une phrase symbolique, un vrai moment d'histoire.
00:13Je veux que l'on mesure sérieusement vraiment ce que cette phrase signifie, abrogation du Code Noir.
00:19Le Code Noir, ce n'est pas, j'en ai déjà parlé plusieurs fois, un vieux texte poussiéreux qu'on
00:23sort des archives pour faire joli.
00:25Non, c'est le texte qui a organisé juridiquement la mise en esclavage d'êtres humains dans les colonies françaises.
00:32C'est le texte qui a réduit des hommes, des femmes et des enfants au statut de bien-meurtre.
00:37C'est le texte qui a donné une forme légale à l'inhumanité.
00:42Et aujourd'hui, ce texte-là, l'Assemblée Nationale a voté son abrogation.
00:46Enfin, ce combat n'est pas arrivé par hasard.
00:49Il a été porté avec ténacité depuis des années, notamment par deux députés, Max Machiazin et Olivier Servat.
00:56Et moi, je le dis avec beaucoup d'émotion, j'ai eu l'honneur, j'en ai fait une vidéo,
01:00d'être auditionné dans ce dossier auprès du député rapporteur Max Machiazin.
01:04Donc, quand j'ai assisté aujourd'hui dans l'hémicycle, je ne regardais pas simplement un vote, non.
01:10Je regardais l'aboutissement d'un combat, un combat mémoriel, un combat politique, un combat historique, un combat de dignité
01:17humaine.
01:17Mais soyons honnêtes quelques instants, ça n'a pas été une formalité silencieuse.
01:21Il y avait de la tension, beaucoup de tension.
01:23Le Rassemblement National, d'un côté, disait soutenir l'abrogation du Code Noir.
01:27Mais dans le même souffle, il fallait absolument qu'il rajoute quoi derrière ?
01:31Attention à la repentance éternelle.
01:33Il ne faut pas culpabiliser la France.
01:35Il faut parler des autres traites.
01:38Et de toute façon, ça ne changera pas l'insécurité dans les Outre-mer.
01:41Et là, je veux être extrêmement précis.
01:43Parce que la précision, et vous le savez, c'est ce qui sépare l'histoire de la récupération politique et
01:49idéologique.
01:50Oui, les autres traites doivent être étudiées.
01:52Je suis le premier à le dire.
01:53Les traites transariennes, les traites dans l'océan Indien, les traites orientales, donc vers le Moyen-Orient,
01:59les traites intra-africaines, les systèmes serviles qui ont existé dans différents espaces du monde.
02:05Oui, il faut les enseigner, il faut les comprendre, il faut les regarder et cela s'entend.
02:11Mais dans ce texte précis, le Code Noir, dans cette séance précise, dans ce moment précis,
02:17il était question du Code Noir, d'un texte français, d'un texte royal, d'un texte colonial,
02:24d'un texte qui a structuré l'esclavage dans les colonies françaises,
02:28que ce soit vers l'Atlantique ou dans l'océan Indien.
02:31Et quand on utilise les autres traites, non pas pour enrichir la compréhension historique,
02:37mais pour diluer la responsabilité de la France et de l'Europe dans la traite transatlantique et dans l'esclavage
02:43colonial,
02:44ce n'est plus de l'histoire.
02:45C'est une stratégie politique.
02:47Et nous savons que 2027 arrive très vite.
02:50De l'autre côté, nous avions la France insoumise.
02:52La France insoumise qui a rappelé fortement ce que beaucoup refusent encore de regarder.
02:57la permanence du discours, des idées, des réflexes politiques
03:02qui minimisent la portée du racisme, des crimes coloniaux et de leurs héritages.
03:06Et dans l'hémicycle même plus bas, cette tension était palpable.
03:09Parce que le Rassemblement National essayait de tenir deux discours à la fois.
03:14Comme je le disais, d'un côté, nous soutenons l'abrogation du Code Noir.
03:18De l'autre, mais attention, cela ne doit pas servir à parler trop longtemps de la responsabilité française.
03:24Et c'est exactement là que tout se joue.
03:27Parce qu'un pays mature ne fuit pas son histoire.
03:30Il la regarde, il la nomme, il l'enseigne et il en tire des conséquences.
03:34Mais au lieu de cette tension politique, il y a eu un vrai moment.
03:38Un moment très fort.
03:40Un moment qui a traversé tout l'hémicycle dans un silence.
03:43Le député Stevie Gustave a pris la parole.
03:47Aujourd'hui, son arrière-petit-fils se tient debout devant vous.
03:51Député de la République.
03:52Et là, ce n'était plus seulement un débat parlementaire.
03:57C'était une mémoire vivante.
03:58Il a parlé de son histoire familiale.
04:00De son aïeul réduite en esclavage.
04:03Déporté depuis l'Afrique.
04:04La gorge nouée.
04:06Les larmes presque impossibles à retenir.
04:08Et dans ce moment-là, on comprend tout.
04:10On comprenait que derrière les textes, il y avait des vies.
04:12Derrière les lois, il y avait des corps.
04:14Derrière les archives, il y avait des familles.
04:17Derrière le col noir, il y avait des femmes, des hommes, des enfants.
04:21Des noms parfois, même très souvent effacés.
04:24Des lignes brisées.
04:26Des mémoires transmises dans le silence.
04:28Et ce moment-là, je ne l'oublierai jamais.
04:31Parce qu'il a rappelé une chose essentielle.
04:33L'esclavage colonial, ce n'est pas seulement une affaire de table.
04:37Ce n'est pas seulement une affaire de vieux papiers.
04:39Ce n'est pas seulement une affaire de juristes ou d'historiens.
04:43C'est une histoire qui traverse encore des familles, des territoires, des mémoires, des corps, des silences.
04:50Maintenant, je vais être aussi clair sur un autre point.
04:52Ce vote ne met pas fin au racisme.
04:54Il ne met pas fin aux discriminations.
04:57Il ne met pas fin aux inégalités dans les Outre-mer.
05:00Il ne règle pas la question des réparations.
05:02Et juridiquement, il faut être honnête.
05:05Le texte a été adopté par l'Assemblée nationale.
05:07Mais le parcours parlementaire doit encore se poursuivre pour que l'abrogation soit définitivement adoptée.
05:13Donc le combat continue.
05:14Mais ce vote fait quelque chose d'essentiel, de primordial.
05:18Il nomme.
05:19Il le reconnaît.
05:20Il retire la poussière, l'ombre d'un texte qui n'aurait jamais dû rester dans l'ombre du droit
05:27français.
05:27Il dit à des millions de descendants de personnes réduites en esclavage,
05:31votre histoire n'est pas un détail.
05:33Votre mémoire n'est pas un détail, ni une gêne.
05:35Votre douleur n'est pas une obsession.
05:38Et personnellement, je ressens une reconnaissance immense.
05:42Reconnaissance d'avoir pu être aujourd'hui présent.
05:46Reconnaissance d'avoir pu participer à mon humble échelle à travers cette audition auprès du député rapporteur Max Matienzin.
05:54Reconnaissance envers celles et ceux qui portent ce combat depuis des années, parfois dans la différence totale, parfois face au
06:01mépris, parfois face à ceux qui veulent toujours relativiser.
06:04J'espère maintenant que cette abrogation ouvrira d'autres portes.
06:09Une voie en tout cas.
06:10Une voie vers un enseignement plus sérieux de l'esclavage.
06:13Une voie vers une reconnaissance plus profonde des crimes coloniaux.
06:18Une voie vers des réparations mémorielles, éducatives, sociales et territoriales, comme le mémorial de 2027.
06:25Une voie vers une lutte réelle contre le racisme, les inégalités héritées de cette histoire.
06:31Parce qu'abroger le code noir, ce n'est pas s'enfermer dans le passé, c'est empêcher que le
06:36passé continue à gouverner le présent en silence.
06:40L'histoire est lente, elle est douloureuse.
06:43Elle est traversée par des tensions, des récupérations malheureusement, des résistances.
06:48Mais parfois, elle avance.
06:50Et aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, elle a avancé.
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