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Haïti n’a pas reçu une aide.
Haïti a reçu une facture.

Ana Lucia Araujo rappelle une vérité essentielle : les réparations ne sont pas une faveur, mais une question de justice historique.


#Haiti #Reparations #JusticeReparatrice #AnaLuciaAraujo #MemoireColoniale

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Personnes
Transcription
00:00La France a fait payer Haïti pour sa propre liberté.
00:03Je veux vous parler d'une tribune importante qui vient de sortir dans Le Monde,
00:08signée par l'historienne Anna Lucia Araujo.
00:10C'est une historienne que j'apprécie énormément,
00:13dont le travail sur la mémoire, la transmission, l'esclavage et les réparations est essentiel.
00:19Et d'ailleurs, si elle voit cette vidéo, et je pense qu'elle la verra,
00:22je lui envoie toutes mes salutations depuis notre dernière rencontre sur Paris il y a quelques mois.
00:26Dans cette tribune, Anna Lucia rappelle une chose principale.
00:30La France adore parler de mémoire, mais elle est beaucoup plus prudente dès qu'il s'agit de réparation.
00:36Parce que commémorer l'esclavage, c'est une chose, oui.
00:39Reconnaître que l'esclavage a produit des fortunes, des ports, des banques, des assurances,
00:44des familles enrichies, ça s'en est une autre.
00:47Et accepter que cette dite richesse volée ait laissé des conséquences matérielles jusqu'à aujourd'hui,
00:52là, beaucoup commencent à devenir nerveux.
00:53Anna Lucia remet donc une vérité au centre du débat.
00:57La réparation n'est pas une faveur, ce n'est pas une émotion, ce n'est pas non plus une
01:02repentance,
01:03c'est une question de justice historique.
01:05Et l'exemple le plus violent, c'est Haïti.
01:08On en parle très souvent.
01:09Haïti, c'est le premier peuple noir qui arrache son indépendance par la lutte
01:13contre l'un des systèmes esclavagistes les plus brutaux de l'histoire moderne.
01:18Mais au lieu de reconnaître cette liberté, la France refuse pendant plus de 20 ans de reconnaître l'indépendance haïtienne.
01:24Et en 1825, je le rappelle, le roi de France Charles X impose une ordonnance.
01:29Cette ordonnance oblige à Haïti à ouvrir ses ports au commerce international avec des conditions préférentielles pour la France.
01:36Et surtout, le plus important, elle impose à Haïti de payer.
01:40Anna Lucia rappelle que l'ordonnance stipulait qu'Haïti devait payer 150 millions de francs or en 5 versements.
01:47Mais pour indemniser qui ?
01:49Les anciens esclaves ?
01:50Les familles détruites ?
01:52Les descendants de ceux qui avaient été déportés, vendus, fouettés ou exploités ?
01:57Non, surtout pas !
01:59Pour indemniser les anciens colons français.
02:01Autrement dit, les anciens captifs devaient payer les anciens maîtres.
02:06Et là, il faut bien comprendre ce que tout cela veut dire en réalité.
02:10L'esclavage ne s'est pas terminé par une page tournée proprement.
02:13Non.
02:13Il a continué sous d'autres formes.
02:15La dette, la banque, les intérêts, les dépendances économiques et les rapports de domination.
02:21Quand certains disent « Mais pourquoi parler encore de réparation aujourd'hui ? »
02:24La vraie question, selon moi, devrait être plutôt pourquoi les descendants des victimes actuelles ont hérité du silence
02:31pendant que les structures issues de l'esclavage ont hérité des capitaux, des ports, ainsi que des banques et des
02:38institutions.
02:39Anna Lucia appelle la France à s'engager sur la voie de la justice réparatrice.
02:44Et cette expression est importante.
02:46Justice réparatrice.
02:48Merci.
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