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Code noir : fallait-il l’annuler ou l’abroger ? Beaucoup pensent que le mot “annuler” serait plus fort. Mais juridiquement, “abroger” est plus juste : on ne fait pas comme si le Code noir n’avait jamais existé. On reconnaît qu’il a existé, qu’il a produit des violences, et on le retire officiellement du droit français.

Abroger ne veut pas dire oublier.
Abroger ne veut pas dire refuser les réparations.
Abroger, c’est condamner sans effacer.

#CodeNoir #Abrogation #AssembléeNationale #HistoireDeFrance #Mémoire

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Personnes
Transcription
00:00Non, abroger le code noir ne veut pas dire éviter les réparations.
00:04On entend dire, depuis plusieurs semaines,
00:06et surtout depuis le vote de l'Assemblée nationale pour abroger le code noir,
00:09qu'annuler ouvrirait la voie aux réparations alors qu'abroger ne coûterait rien à la France.
00:15Je comprends l'intuition qui est derrière.
00:17Parce que moralement, évidemment, on a envie de dire que le code noir n'aurait jamais dû exister.
00:23Aucun texte n'aurait dû organiser juridiquement la mise en esclavage d'êtres humains.
00:28Aucun texte n'aurait dû réduire des hommes, des femmes et des enfants au rang de bien meurt.
00:35Aucun texte n'aurait dû légaliser l'inhumanité.
00:38Mais justement, le code noir a existé.
00:40Il a été appliqué.
00:42Il a structuré l'esclavage colonial français.
00:44Il a produit des effets bien réels sur des corps, sur des familles, sur des territoires et des générations.
00:51Et c'est pour ça que le mot abroger est important.
00:55Parce qu'abroger, ce n'est pas dire on oublie.
00:58Ce n'est pas dire on efface.
01:00Ce n'est pas dire il ne s'est rien passé.
01:03Abroger, qu'est-ce que ça dit ?
01:04Ce texte a existé.
01:06Il a organisé la déshumanisation.
01:09Et précisément parce qu'il a existé, il doit être retiré de l'ordre juridique français.
01:14Maintenant, parlons des réparations.
01:15Il faut arrêter avec une idée beaucoup trop simple.
01:18Annuler ne crée pas automatiquement des réparations.
01:21Les réparations ne tombent pas toutes seules du ciel parce qu'on utilise un mot que l'on estime plus
01:27fort.
01:28Les réparations nécessitent une volonté politique.
01:31Elles nécessitent un cadre juridique.
01:33Elles nécessitent une loi, des fonds, une commission, une politique publique bien réelle, une reconnaissance concrète des préjudices.
01:41Donc oui, le débat sur les réparations est légitime et j'en suis le premier à en parler.
01:46Oui, il doit être ouvert.
01:48Oui, il doit être mené sérieusement.
01:50Mais dire abroger ne ferme pas le débat.
01:54Dire annuler ne garantit pas automatiquement que la France va réparer.
01:58C'est ça qu'il faut comprendre.
02:00Le problème, ce n'est pas seulement le mot.
02:03Le problème, c'est ce que l'État accepte de faire après.
02:07Est-ce qu'il enseigne vraiment cette histoire ?
02:09Est-ce qu'il reconnaît les héritages coloniaux ?
02:11Est-ce qu'il travaille sérieusement sur les inégalités structurelles ?
02:16Est-ce qu'il ouvre sérieusement la question des réparations mémorielles, éducatives, sociales, territoriales et économiques ?
02:24Parce que oui, il y a un lien entre l'esclavage colonial, le code noir,
02:28les hiérarchies raciales construites par l'État colonial
02:31et certaines inégalités qui traversent encore la société française.
02:35Mais pour analyser ce lien, il faut être rigoureux.
02:38On ne combat pas l'amnésie avec une erreur juridique.
02:41On ne combat pas le déni avec une confusion sémantique.
02:45On combat le déni en disant les choses précisément.
02:48Le code noir ne doit pas être effacé comme s'il n'avait jamais existé.
02:52Il doit être retiré du droit français parce qu'il a existé,
02:56parce qu'il a été appliqué, parce qu'il a organisé une violence d'État
03:00parce que cette histoire oblige encore la France à regarder ce qu'elle doit reconnaître, enseigner, transmettre et réparer.
03:07Donc non !
03:07Abroger ne veut pas dire oublier.
03:09Abroger ne veut pas dire pardonner.
03:11Abroger ne veut pas dire renoncer aux réparations.
03:14Abroger, c'est condamner, mais sans nier.
03:17Et maintenant, le vrai combat commence.
03:18Faire en sorte que cette abrogation ne soit pas un point final, mais une virgule.
03:24Et surtout le début d'un débat sérieux sur la mémoire, l'enseignement, la transmission, les inégalités et les réparations.
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