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  • il y a 5 heures
Lundi 1er juin, Mathieu Jolivet a reçu Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens Combattants, dans l'émission La Grande Interview sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00C'est désormais la ministre déléguée aux armées, aux anciens combattants, Alice Ruffeau, qui vient de nous retrouver dans le
00:06studio délocalisé de BFM Business,
00:08dans ce cadre assez spectaculaire et extraordinaire du château de Versailles, pour cette 9e édition de Choose France.
00:14Bonjour Alice Ruffeau.
00:15Bonjour.
00:15Ce qui est assez symbolique et très intéressant, c'est que c'est assez rare que la défense soit mise
00:22comme ça en avant à ce sommet Choose France
00:25qui attire des investisseurs et des industriels du monde entier.
00:28Et ça, ça dit peut-être quelque chose aussi de notre époque.
00:31Oui, je suis d'accord avec vous, ça dit quelque chose.
00:33C'est vrai que ça fait 9 ans et que la partie défense est très affirmée, mais en fait, ça
00:37correspond à l'évolution de l'époque, comme vous le dites très justement.
00:40D'abord, la France est assez attractive en matière de défense parce qu'elle a, comme on dit dans cet
00:45univers-là, un écosystème assez puissant.
00:47Des industries de défense fortes, des écoles d'ingénieurs très importantes qui ont des liens avec la défense historiquement.
00:53Deuxièmement, une DGA qui existe et qui est reconnue.
00:58Les ingénieurs sont très actifs.
01:00Exactement. Et puis, on est aussi dans une phase où ce qu'on appelle le dual, c'est-à-dire
01:05dans les nouveaux domaines de conflictualité comme l'espace, les fonds marins, le spatial et puis tout ce qui relève
01:11de la haute technologie, l'intelligence artificielle, le cyber, le numérique, prend une place de plus en plus importante dans
01:16les systèmes de défense.
01:17Et donc, nous, on est évidemment très intéressés pour aller à la rencontre d'entreprises, c'est ce que je
01:21fais aujourd'hui, qui travaillent dans le champ de la dualité, qui sont évidemment intéressés par la défense et nous
01:26aussi, on est intéressés par ce qu'elles font.
01:27La dualité, elle est au cœur de ce concept qu'on découvre un peu tous en ce moment, d'ailleurs,
01:31en toile de fond de cette guerre en Ukraine, où ça fait un peu plus de 4 ans, 4 ans
01:35après l'invasion russe, qu'on nomme la guerre hybride.
01:39Voilà, et où on voit que la technologie est au cœur de nouvelles menaces ou de nouveaux systèmes de déstabilisation,
01:47notamment la guerre électromagnétique sur le champ de bataille ukrainien, sur l'IA embarquée auprès des drones qui volent en
01:54essaim.
01:55Ça, c'est des choses qui changent complètement la donne sur le champ de bataille.
01:57Oui, ça change la nature de la conflictualité et du champ de bataille. Ça ne change pas le fait que
02:01c'est nécessaire d'avoir des équipements qui se font sur le très long terme, comme le porte-avions, les
02:06rafales, qui sont des éléments qui durent dans l'investissement, qui demandent des décennies d'investissement.
02:11Mais il y a toute cette partie qui s'est considérablement accélérée et qui évolue très vite au plan technologique
02:16et qu'il faut parfois savoir produire en masse quand c'est nécessaire, par exemple pour les drones, d'où
02:22aussi la coopération qu'on lance, nous, au ministère des Armées, avec l'industrie civile pour la production de masse.
02:27Et la production de masse, vous soulevez là aussi un autre point très intéressant de notre époque qui est peut
02:32-être un enjeu industriel clé, c'est celui du modèle économique à tenir en temps de guerre.
02:39Est-ce qu'il peut être applicable aussi en temps de paix ? Je vous dis ça parce qu'il
02:43y a un haut gradé qui m'expliquait la semaine dernière. Il me disait, regardez, faites le parallèle avec 14
02:47-18.
02:4814-18, il y a eu un essor de l'aéronautique et après l'armistice en 1918, d'un coup,
02:52des centaines de milliers d'emplois qui se retrouvaient un peu sur le carreau et une bulle productive qui a
02:56explosé.
02:57Parce qu'en temps de paix, il n'y avait plus besoin de telles commandes militaires. Est-ce que quelque
03:03part, il n'y a pas cette problématique qui se joue aujourd'hui dans cette ruée des drones en Ukraine
03:08?
03:08Alors, c'est très intéressant comme question. On n'est pas l'Ukraine. Voilà. Si vous voulez que je réponde
03:13très directement, on n'est pas dans la même situation parce que c'est une guerre d'attrition.
03:17Extrêmement attrition, ça veut dire c'est une guerre de masse contre max qui est très dure et qui est
03:22de très haute intensité.
03:23Mais pour autant, on n'est pas dans une situation de paix comme on l'a connue avant. C'est
03:29-à-dire qu'on peut avoir des déstabilisations, des tests.
03:32On peut avoir une situation où à l'est de l'Europe, ça se dégrade très brutalement, où il faut
03:36se tenir prêt à un choc.
03:38Donc, on n'est pas du tout dans une situation de guerre comme on peut l'imaginer en Ukraine, mais
03:43on n'est pas non plus dans une situation de paix telle qu'on l'a connue jusqu'à maintenant.
03:48Donc, en tout état de cause, nous, ce qu'il faut, c'est se préparer à la possibilité d'un
03:51choc et y compris dans le domaine que vous décrivez très bien,
03:54qui sont des domaines technologiques et d'hybridité où il faut qu'on apprenne à être résilient et prêt et
03:59surtout supérieur sur le plan technologique.
04:01Et agile, avoir aujourd'hui l'enjeu d'avoir des usines dans la BITD, enfin le secteur lié à la
04:09défense, des usines qui soient capables d'être assez agiles pour adapter la production en fonction du besoin du moment.
04:16Oui, et puis vous avez l'innovation en la matière, notamment sur les drones, par exemple, si on prend cet
04:20exemple-là, ou sur l'intelligence artificielle, elle est très rapide.
04:24Ça change un peu tout le temps. Donc, en fait, à la fin, c'est un process, c'est une
04:27manière de faire.
04:28Et c'est ça qui est très intéressant parce que là, je voyais pas mal d'entreprises qui investissent en
04:31France, beaucoup autour de Toulouse, mais aussi dans d'autres...
04:34Parce qu'il y a beaucoup de spatial, évidemment, mais dans d'autres régions aussi. À Cahors, par exemple, il
04:38y a une entreprise qui vient de s'implanter et d'investir.
04:42Ce qui est très intéressant, c'est qu'en fait, il y a besoin d'un lien avec les forces
04:45armées. Et nous, ça nous intéresse.
04:47Et il y a besoin de centres d'essai, de tests, comme il y en a notamment à la Direction
04:52Générale de l'Armement.
04:53Il y a besoin de tout cet écosystème où la France, quand même, est très performante.
04:57Et où, effectivement, nous, il faut qu'on aille plus vers le civil et il faut que le civil vienne
05:01plus vers nous.
05:02Je ne sais pas si c'est un hasard du calendrier ou pas, mais Toulouse France, cette édition, se tient
05:07deux semaines avant le grand salon mondial de la défense Eurosatory
05:10qui se tient à Villepinte. Est-ce que ça, il peut y avoir un effet, comment dire, pré-annonce ?
05:19Est-ce que Toulouse France peut faire l'objet d'un accélérateur de décisions d'investissement juste avant Eurosatory ?
05:24Là, en fait, alors, à Satori, c'est plutôt des rencontres entre entreprises et gouvernements et des stands.
05:30Mais là, en fait, vous avez, moi, par exemple, je viens de rencontrer plusieurs entreprises européennes qui, je tiens à
05:36le préciser, quand même,
05:39militent pour davantage de souveraineté européenne, sur laquelle la France a quand même été un peu pionnière en la matière.
05:43Ça les intéresse, y compris sur la question de la souveraineté des chaînes de valeur, parce qu'on est quand
05:47même dans un monde où il y a ça aussi,
05:49qui est un enjeu majeur. Et donc, en fait, qui viennent et qui annoncent d'ores et déjà plusieurs centaines
05:54de millions d'investissements,
05:56y compris dans des domaines qui ont trait à la défense, qui touchent à la défense, parce qu'encore une
06:00fois, nous sommes attractifs.
06:01Il s'agit d'entreprises européennes, donc c'est bienvenu. Et puis, qui, évidemment, vont participer à Satori et vont
06:07travailler avec nous à la suite.
06:09– Dernière question, je me permets de sortir un peu quand même du secteur de la défense, mais c'est
06:15d'ordre éthique ou philosophique,
06:17mais ça concerne aussi sûrement le secteur de la défense. La semaine dernière, pour la première fois, le pape Léon
06:22XIV a publié une encyclique,
06:23un peu la circulaire du Vatican, où il dit notamment sa pensée autour de l'intelligence artificielle.
06:28Je vous en parle parce que l'IA, elle est vraiment au cœur de ce sommet de Chous France aujourd
06:32'hui.
06:32Et son grand message au monde entier, à l'humanité, d'ailleurs, ça s'appelle Magnifica Humanita, sa circulaire, c
06:38'est
06:38« Il faut désarmer l'IA ». Comment est-ce que ce message est perçu et lu par la ministre
06:44déléguée aux armées ?
06:46– Écoutez, dans le domaine de l'intelligence artificielle, dès la loi de programmation militaire de 2023,
06:50donc celle qu'on accélère aujourd'hui, on a décidé d'investir très fort dans l'IA militaire.
06:57Pourquoi ? Parce que tout le monde le fait, tous nos grands compétiteurs le font, et qu'il faut être
07:02dans la course.
07:02Et on l'est, c'est-à-dire qu'on n'a pas pris de retard, on a pris les
07:05décisions au bon moment.
07:07Maintenant, effectivement, il y a des questions éthiques qui sont posées, évidemment, en particulier dans le domaine militaire,
07:12mais si vous voulez, si vous ne faites pas partie de la course, vous n'êtes pas capable de réguler.
07:16Donc il ne faut pas opposer, je crois, à l'investissement et le fait qu'on y aille dans une
07:19compétition mondiale
07:20où il s'agit de notre propre défense et de nos propres intérêts, d'une part, et la régulation d
07:25'autre part,
07:25parce que sinon, on va subir.
07:26Donc nous, au ministère des Armées, on a une position qui est très alente sur l'IA militaire,
07:31mais en même temps qui nous permettra d'être responsables, parce que l'objectif des forces armées, c'est plutôt
07:35la paix.
07:36Merci beaucoup, en tout cas, Alice Ruffo, ministre déléguée aux armées, aux anciens combattants,
07:41de nous avoir accueillis devant un magnifique tableau de la bataille d'Arcole,
07:47qui date de 1796 lors de ce sommet de Chouze France à Versailles pour la 9e édition.
07:52Merci beaucoup, Alice Ruffo.
07:53Merci beaucoup.
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