00:00C'est désormais la ministre déléguée aux armées, aux anciens combattants, Alice Ruffeau, qui vient de nous retrouver dans le
00:06studio délocalisé de BFM Business,
00:08dans ce cadre assez spectaculaire et extraordinaire du château de Versailles, pour cette 9e édition de Choose France.
00:14Bonjour Alice Ruffeau.
00:15Bonjour.
00:15Ce qui est assez symbolique et très intéressant, c'est que c'est assez rare que la défense soit mise
00:22comme ça en avant à ce sommet Choose France
00:25qui attire des investisseurs et des industriels du monde entier.
00:28Et ça, ça dit peut-être quelque chose aussi de notre époque.
00:31Oui, je suis d'accord avec vous, ça dit quelque chose.
00:33C'est vrai que ça fait 9 ans et que la partie défense est très affirmée, mais en fait, ça
00:37correspond à l'évolution de l'époque, comme vous le dites très justement.
00:40D'abord, la France est assez attractive en matière de défense parce qu'elle a, comme on dit dans cet
00:45univers-là, un écosystème assez puissant.
00:47Des industries de défense fortes, des écoles d'ingénieurs très importantes qui ont des liens avec la défense historiquement.
00:53Deuxièmement, une DGA qui existe et qui est reconnue.
00:58Les ingénieurs sont très actifs.
01:00Exactement. Et puis, on est aussi dans une phase où ce qu'on appelle le dual, c'est-à-dire
01:05dans les nouveaux domaines de conflictualité comme l'espace, les fonds marins, le spatial et puis tout ce qui relève
01:11de la haute technologie, l'intelligence artificielle, le cyber, le numérique, prend une place de plus en plus importante dans
01:16les systèmes de défense.
01:17Et donc, nous, on est évidemment très intéressés pour aller à la rencontre d'entreprises, c'est ce que je
01:21fais aujourd'hui, qui travaillent dans le champ de la dualité, qui sont évidemment intéressés par la défense et nous
01:26aussi, on est intéressés par ce qu'elles font.
01:27La dualité, elle est au cœur de ce concept qu'on découvre un peu tous en ce moment, d'ailleurs,
01:31en toile de fond de cette guerre en Ukraine, où ça fait un peu plus de 4 ans, 4 ans
01:35après l'invasion russe, qu'on nomme la guerre hybride.
01:39Voilà, et où on voit que la technologie est au cœur de nouvelles menaces ou de nouveaux systèmes de déstabilisation,
01:47notamment la guerre électromagnétique sur le champ de bataille ukrainien, sur l'IA embarquée auprès des drones qui volent en
01:54essaim.
01:55Ça, c'est des choses qui changent complètement la donne sur le champ de bataille.
01:57Oui, ça change la nature de la conflictualité et du champ de bataille. Ça ne change pas le fait que
02:01c'est nécessaire d'avoir des équipements qui se font sur le très long terme, comme le porte-avions, les
02:06rafales, qui sont des éléments qui durent dans l'investissement, qui demandent des décennies d'investissement.
02:11Mais il y a toute cette partie qui s'est considérablement accélérée et qui évolue très vite au plan technologique
02:16et qu'il faut parfois savoir produire en masse quand c'est nécessaire, par exemple pour les drones, d'où
02:22aussi la coopération qu'on lance, nous, au ministère des Armées, avec l'industrie civile pour la production de masse.
02:27Et la production de masse, vous soulevez là aussi un autre point très intéressant de notre époque qui est peut
02:32-être un enjeu industriel clé, c'est celui du modèle économique à tenir en temps de guerre.
02:39Est-ce qu'il peut être applicable aussi en temps de paix ? Je vous dis ça parce qu'il
02:43y a un haut gradé qui m'expliquait la semaine dernière. Il me disait, regardez, faites le parallèle avec 14
02:47-18.
02:4814-18, il y a eu un essor de l'aéronautique et après l'armistice en 1918, d'un coup,
02:52des centaines de milliers d'emplois qui se retrouvaient un peu sur le carreau et une bulle productive qui a
02:56explosé.
02:57Parce qu'en temps de paix, il n'y avait plus besoin de telles commandes militaires. Est-ce que quelque
03:03part, il n'y a pas cette problématique qui se joue aujourd'hui dans cette ruée des drones en Ukraine
03:08?
03:08Alors, c'est très intéressant comme question. On n'est pas l'Ukraine. Voilà. Si vous voulez que je réponde
03:13très directement, on n'est pas dans la même situation parce que c'est une guerre d'attrition.
03:17Extrêmement attrition, ça veut dire c'est une guerre de masse contre max qui est très dure et qui est
03:22de très haute intensité.
03:23Mais pour autant, on n'est pas dans une situation de paix comme on l'a connue avant. C'est
03:29-à-dire qu'on peut avoir des déstabilisations, des tests.
03:32On peut avoir une situation où à l'est de l'Europe, ça se dégrade très brutalement, où il faut
03:36se tenir prêt à un choc.
03:38Donc, on n'est pas du tout dans une situation de guerre comme on peut l'imaginer en Ukraine, mais
03:43on n'est pas non plus dans une situation de paix telle qu'on l'a connue jusqu'à maintenant.
03:48Donc, en tout état de cause, nous, ce qu'il faut, c'est se préparer à la possibilité d'un
03:51choc et y compris dans le domaine que vous décrivez très bien,
03:54qui sont des domaines technologiques et d'hybridité où il faut qu'on apprenne à être résilient et prêt et
03:59surtout supérieur sur le plan technologique.
04:01Et agile, avoir aujourd'hui l'enjeu d'avoir des usines dans la BITD, enfin le secteur lié à la
04:09défense, des usines qui soient capables d'être assez agiles pour adapter la production en fonction du besoin du moment.
04:16Oui, et puis vous avez l'innovation en la matière, notamment sur les drones, par exemple, si on prend cet
04:20exemple-là, ou sur l'intelligence artificielle, elle est très rapide.
04:24Ça change un peu tout le temps. Donc, en fait, à la fin, c'est un process, c'est une
04:27manière de faire.
04:28Et c'est ça qui est très intéressant parce que là, je voyais pas mal d'entreprises qui investissent en
04:31France, beaucoup autour de Toulouse, mais aussi dans d'autres...
04:34Parce qu'il y a beaucoup de spatial, évidemment, mais dans d'autres régions aussi. À Cahors, par exemple, il
04:38y a une entreprise qui vient de s'implanter et d'investir.
04:42Ce qui est très intéressant, c'est qu'en fait, il y a besoin d'un lien avec les forces
04:45armées. Et nous, ça nous intéresse.
04:47Et il y a besoin de centres d'essai, de tests, comme il y en a notamment à la Direction
04:52Générale de l'Armement.
04:53Il y a besoin de tout cet écosystème où la France, quand même, est très performante.
04:57Et où, effectivement, nous, il faut qu'on aille plus vers le civil et il faut que le civil vienne
05:01plus vers nous.
05:02Je ne sais pas si c'est un hasard du calendrier ou pas, mais Toulouse France, cette édition, se tient
05:07deux semaines avant le grand salon mondial de la défense Eurosatory
05:10qui se tient à Villepinte. Est-ce que ça, il peut y avoir un effet, comment dire, pré-annonce ?
05:19Est-ce que Toulouse France peut faire l'objet d'un accélérateur de décisions d'investissement juste avant Eurosatory ?
05:24Là, en fait, alors, à Satori, c'est plutôt des rencontres entre entreprises et gouvernements et des stands.
05:30Mais là, en fait, vous avez, moi, par exemple, je viens de rencontrer plusieurs entreprises européennes qui, je tiens à
05:36le préciser, quand même,
05:39militent pour davantage de souveraineté européenne, sur laquelle la France a quand même été un peu pionnière en la matière.
05:43Ça les intéresse, y compris sur la question de la souveraineté des chaînes de valeur, parce qu'on est quand
05:47même dans un monde où il y a ça aussi,
05:49qui est un enjeu majeur. Et donc, en fait, qui viennent et qui annoncent d'ores et déjà plusieurs centaines
05:54de millions d'investissements,
05:56y compris dans des domaines qui ont trait à la défense, qui touchent à la défense, parce qu'encore une
06:00fois, nous sommes attractifs.
06:01Il s'agit d'entreprises européennes, donc c'est bienvenu. Et puis, qui, évidemment, vont participer à Satori et vont
06:07travailler avec nous à la suite.
06:09– Dernière question, je me permets de sortir un peu quand même du secteur de la défense, mais c'est
06:15d'ordre éthique ou philosophique,
06:17mais ça concerne aussi sûrement le secteur de la défense. La semaine dernière, pour la première fois, le pape Léon
06:22XIV a publié une encyclique,
06:23un peu la circulaire du Vatican, où il dit notamment sa pensée autour de l'intelligence artificielle.
06:28Je vous en parle parce que l'IA, elle est vraiment au cœur de ce sommet de Chous France aujourd
06:32'hui.
06:32Et son grand message au monde entier, à l'humanité, d'ailleurs, ça s'appelle Magnifica Humanita, sa circulaire, c
06:38'est
06:38« Il faut désarmer l'IA ». Comment est-ce que ce message est perçu et lu par la ministre
06:44déléguée aux armées ?
06:46– Écoutez, dans le domaine de l'intelligence artificielle, dès la loi de programmation militaire de 2023,
06:50donc celle qu'on accélère aujourd'hui, on a décidé d'investir très fort dans l'IA militaire.
06:57Pourquoi ? Parce que tout le monde le fait, tous nos grands compétiteurs le font, et qu'il faut être
07:02dans la course.
07:02Et on l'est, c'est-à-dire qu'on n'a pas pris de retard, on a pris les
07:05décisions au bon moment.
07:07Maintenant, effectivement, il y a des questions éthiques qui sont posées, évidemment, en particulier dans le domaine militaire,
07:12mais si vous voulez, si vous ne faites pas partie de la course, vous n'êtes pas capable de réguler.
07:16Donc il ne faut pas opposer, je crois, à l'investissement et le fait qu'on y aille dans une
07:19compétition mondiale
07:20où il s'agit de notre propre défense et de nos propres intérêts, d'une part, et la régulation d
07:25'autre part,
07:25parce que sinon, on va subir.
07:26Donc nous, au ministère des Armées, on a une position qui est très alente sur l'IA militaire,
07:31mais en même temps qui nous permettra d'être responsables, parce que l'objectif des forces armées, c'est plutôt
07:35la paix.
07:36Merci beaucoup, en tout cas, Alice Ruffo, ministre déléguée aux armées, aux anciens combattants,
07:41de nous avoir accueillis devant un magnifique tableau de la bataille d'Arcole,
07:47qui date de 1796 lors de ce sommet de Chouze France à Versailles pour la 9e édition.
07:52Merci beaucoup, Alice Ruffo.
07:53Merci beaucoup.
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