00:00Alors vous parliez justement il y a quelques instants de cette libération du Détroit et de faire passer les pétroliers.
00:06Je voudrais qu'on s'intéresse à cette mise en garde, Thierry Arnaud, ce soir, mise en garde signée du
00:11FMI et de la Banque mondiale.
00:13Donc deux institutions très importantes qui parlent d'un risque de pénurie de pétrole sans retour à la normale dans
00:17le Golfe.
00:18Et je voudrais vous citer parce que c'est important, on se demandait tout à l'heure le délai.
00:21Si la circulation maritime ne revient pas à la normale, voilà ce qu'écrivent le FMI et la Banque mondiale,
00:25une réduction rapide et continue des stocks mondiaux avant le pic de demande de l'été dans l'hémisphère nord
00:31représenterait un risque accru en termes de sécurité énergétique.
00:34C'est-à-dire que là on ne parle plus de mois mais de semaines.
00:37Oui, on n'avait pas jusqu'ici d'indification de calendrier très précise parce que la proportion dans laquelle les
00:43réserves ont été entamées est évaluée de manière assez vague.
00:47Pour l'instant la fourchette est très large puisqu'on considère qu'on a tiré entre 250 et 500 millions
00:53de barils sur ces réserves.
00:54Donc vous voyez qu'on est sur un ordre de grandeur qui varie du simple au double et ça représenterait,
00:59suivant le chiffre que vous retenez,
01:0210, 15, 20, 25% des réserves mondiales de pétrole.
01:07Alors on s'entend les réserves qui sont stockées dans des cuves.
01:12Donc en tout cas c'est une proportion déjà très importante.
01:15Ça va vite, ça va de plus en plus vite et c'est la raison pour laquelle effectivement cette tension
01:19à risque de se produire assez rapidement
01:21parce que la demande va rester la même, va potentiellement augmenter effectivement à l'occasion de la saison d'été
01:28alors que l'offre restera tout aussi réduite bien sûr.
01:31Et à ce moment-là on risque de se retrouver avec un prix du baril qui va à nouveau se
01:38mettre à remonter très fortement.
01:41L'un des effets de tout ce qu'on parle depuis le début de cette édition, c'est-à-dire
01:44les déclarations de Trump,
01:46son annonce potentiellement qu'il allait prendre une décision dans la journée,
01:50a eu pour effet de faire baisser le baril aujourd'hui, autour de 90 dollars à peu près.
01:56Il a enregistré sur ce mois de mai sa plus forte chute depuis le début du conflit.
02:01Donc tout ce gain en quelque sorte réalisé par ce que les marchés anticipent comme étant une baisse des tensions
02:08à venir
02:09serait évidemment complètement balayé par ces tensions et la consommation de ces réserves.
02:14Alors ce qu'il faut expliquer c'est qu'en fait il y a un effet de ciseau entre d
02:17'une part les réserves qu'on va retrouver aux Etats-Unis
02:19et les réserves qu'on va retrouver en Chine.
02:20C'est-à-dire que sur la première partie du conflit, mars, début avril, la Chine a reconstitué des stocks.
02:25Et ces stocks-là aujourd'hui permettent à la Chine d'avoir un matelas tout simplement
02:29qui est relativement significatif pour elle-même,
02:32mais aussi pour commencer à avoir une diplomatie de la fourniture de produits pétroliers ou de pétrole brut
02:37issue d'une partie de ces réserves ou issue d'une partie de ce qu'elle arrive à récupérer néanmoins
02:42du détroit d'Hormuz ou d'ailleurs
02:44vers ces pays de la région, l'ASEAN et même l'Australie.
02:48Ça c'est un premier élément.
02:49Donc la Chine on va dire qu'elle est relativement, on va dire, dans le calme aujourd'hui
02:52par rapport, elle peut voir venir sur les prochains mois.
02:54Par contre, les États-Unis, on a un mécanisme qui a été absolument délétère,
02:59c'est-à-dire que comme il y avait un effet d'aubaine au niveau du marché,
03:02on a préféré aux États-Unis sortir des barils des réserves pour les vendre sur les marchés,
03:09pour bénéficier du prix haut, plutôt que de les maintenir sous forme de réserve.
03:13Et ça, ça fait qu'on a vu un rythme de déplétion, donc un rythme tout simplement de soutirage
03:18des réserves stratégiques pétrolières américaines, bien plus importants que ceux à quoi on s'attendait,
03:23premièrement, et deuxièmement, ils ne peuvent pas aujourd'hui reconstituer leurs stocks.
03:27Et il y a un troisième élément, mais qui est lié à ça, le gouvernement américain,
03:31mi-mars, avait prévu un peu le coup aussi pour certaines zones des États-Unis,
03:35comme la Californie, qui sont particulièrement dépendantes,
03:3730% des importations du détroit d'Hormuz en termes de pétrole brut,
03:41en donnant un waiver, donc c'est-à-dire une exemption sur le Jones Act.
03:45Le Jones Act, c'est une loi américaine qui vous dit, en gros,
03:47que si vous voulez transporter une marchandise d'un côté des États-Unis
03:50à un autre état des États-Unis, ça doit être fait avec un bateau américain.
03:53Et donc, le fait de faire cette exemption a permis à des navires extérieurs,
03:57d'autres pavillons, d'autres nations, de faire ces bascules-là.
03:59Et donc, c'est comme ça qu'on a vu, et on a maintenant les chiffres,
04:03une augmentation massive, bien sûr, des flux du pétrole texan, louisien,
04:10jusqu'à la Californie, comme on ne l'avait jamais vu,
04:13pour vous donner un ordre de grandeur,
04:14on a vu des bascules de flux entre mi-mars et maintenant, donc fin mai,
04:19qui sont équivalentes à ce qu'on a vu entre 2004 et 2025,
04:24donc sur plus de 20 ans.
04:25Et chez nous, en Europe, parce que sur le pétrole, la pénurie,
04:28je lisais Patrick Pouyanné dans le Figaro ce matin,
04:30qui disait, bon, il n'y aura pas de pénurie, mais il faudra en payer le prix.
04:32Oui, parce qu'on est dans une situation un petit peu d'entre deux,
04:35où le pétrole n'est pas assez cher pour qu'il y ait véritablement
04:38une destruction de la demande, c'est-à-dire que les gens consomment moins,
04:41et de l'autre côté, il n'est pas assez peu cher
04:43pour qu'il y ait une destruction de l'offre.
04:44Donc dans ce contexte-là, oui, on est obligé de se retrouver
04:46dans une situation où on va payer notre pétrole plus cher,
04:50mais pour autant, la demande va rester.
04:52Et c'est ce qu'a évoqué Thierry, c'est-à-dire que comme la demande
04:55reste pas au plus haut, mais reste relativement élevée,
04:58eh bien, de fait, les soutirages vont rester élevés,
05:00et attention, les situations de pénurie, là ici,
05:02il faut vraiment distinguer les types de produits pétroliers
05:04dont on se parle ici, donc je ne parle plus du pétrole brut,
05:06je parle des produits raffinés du genre essence, gazole, kérosène, etc.
05:10En France, pour encore donner un ordre de grandeur,
05:13on importe 12% de notre pétrole brut du Moyen-Orient,
05:15mais on importe par exemple 25% de notre gazole du Moyen-Orient, du diesel.
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