00:00La grande distribution nous arnaque-t-elle sur les produits bio ?
00:03Alors oui, la question est un peu frontale, mais c'est vrai qu'on se la pose à la lecture
00:06de cette étude de Que Choisir ?
00:08Bonjour Elisie Andrault.
00:10Bonjour.
00:10Vous êtes chargé de mission alimentation et nutrition chez Que Choisir Ensemble
00:13et vous avez analysé les prix de 24 fruits et légumes bio et conventionnels.
00:20Avant d'entrer dans les détails des chiffres, il y a un constat que vous faites.
00:23Pour vous, les enseignes pratiquent une surmarge, je vous cite, irresponsable.
00:28Oui, effectivement. Parce que quand on regarde le budget des ménages qui est consacré aux fruits et légumes,
00:35rien qu'en conventionnel, c'est-à-dire le non-bio, c'est 460 euros par an et par foyer.
00:41Il faut savoir, sur cette somme qui est déjà assez considérable, la moitié, c'est de la marge de la
00:46grande distribution.
00:47Mais quand on passe en bio, ce n'est pas 460 euros, c'est 732.
00:51Et là, pour le coup, c'est plus de la moitié de la marge de la grande distribution, 362 euros.
00:55Et là, on ne comprend pas. On ne comprend pas pourquoi est-ce que la distribution marge encore plus.
01:00Et ce qui est intéressant, c'est qu'il y a eu, la semaine dernière, une mission d'enquête sénatoriale
01:06qui a publié un rapport explosif qui montre qu'il y a ce qu'on appelle la péréquation.
01:11La péréquation, ça consiste pour la grande distribution à marger extrêmement peu sur les produits d'appel.
01:16Vous savez, ça va être tel cola de très grande marque ou tel pâte à tartiner ou encore des séries
01:21à du petit-déjeuner
01:22qui sont vendues à marge extrêmement faible, qui ne permettent pas au magasin de gagner de l'argent.
01:27Et donc, il se rattrape. Il va se rattraper notamment sur des rayons entiers.
01:30Le rayon frais, la viande.
01:32La grande distribution est soupçonnée ou accusée de subventionner la malbouffe en pénalisant les produits sains.
01:39C'est exactement ça. C'est ce que montre notre étude de manière très concrète et notamment sur la partie
01:44fruits et légumes.
01:46Avant d'entrer encore plus en détail sur le prix avec un kilo de tomates, par exemple, est-ce que
01:52vous pouvez nous expliquer votre méthode ?
01:54La méthodologie, elle est très simple. On a pris des cotations qui sont officielles, qui sont issues du réseau des
02:01nouvelles de marché.
02:02C'est une administration qui dépend du ministère de l'Agriculture et qui, chaque semaine, donne les prix,
02:07par exemple, de tels fruits ou de tels légumes au stade expédition, c'est-à-dire aux sorties du champ
02:13ou du verger.
02:14Donc, c'est un prix qui intègre le nettoyage, la calibration, la mise en cagette, etc.
02:19Donc, c'est très proche du prix qui est payé par la grande distribution à l'agriculteur.
02:23Et puis, on a une autre cotation qui est le prix en rayon.
02:26Et donc, la différence entre les deux, c'est la marge nette.
02:28Alors, attention, ce n'est pas le bénéfice, puisque dans la marge brute, vous avez pas mal de frais qui
02:35sont issus de la mise en rayon, le personnel, l'électricité, etc.
02:38Mais c'est intéressant de comparer quand même ces marges brutes, parce que la question qu'on se pose, c
02:42'est pourquoi est-ce que ça serait plus cher de mettre en rayon une tomate bio par rapport à une
02:47tomate conventionnelle, par exemple ?
02:49Et la réponse, vous l'avez ou pas ?
02:50Et la réponse, on l'a. Eh bien, quand on prend, par exemple, sur toute l'année dernière, la moyenne
02:55des cotations, donc pour lisser toutes les variations saisonnières, pour une marge, une tomate conventionnelle, non bio...
03:01Alors, voilà, c'est ça. On va partir sur un kilo de tomate. Je pense qu'on va voir le
03:06graphique, mais on va pouvoir donner les chiffres.
03:08Donc là, vous voyez, un kilo de tomate conventionnelle, c'est 3,26 euros du kilo.
03:13Et il y a déjà quasiment la moitié de ce prix, hors TVA, hors taxe, qui est considéré par la
03:20marge brute de la grande distribution.
03:21Donc déjà, il y a un premier scandale. Vous voyez, 50% de marge, alors que sur les produits d
03:26'appel, donc des produits ultra transformés, on pense qu'on est au minimum réglementaire de 10%.
03:31Deuxième scandale, quand on passe au bio, vous voyez, on a 5,84 euros du kilo.
03:35Et là, vous voyez que le prix agricole, il a augmenté un petit peu. On passe d'1,50 euros
03:40à 2,19 euros. Il n'a pas fait x2.
03:41En revanche, la marge de la distribution, c'est plus de x2, plus de 113%. Et là, on ne comprend
03:47plus.
03:47Pourquoi est-ce que ça serait plus cher de mettre en rayon un kilo de tomate bio par rapport à
03:52un kilo de tomate conventionnelle ?
03:53Parce que ce sont des fruits ou légumes plus fragiles ? Ça nécessite plus de précautions ?
04:00Alors, pas du tout. Quand on regarde dans le détail, fruit par fruit, alors là, c'est vraiment très étonnant.
04:04C'est-à-dire, effectivement, c'est un des grands arguments de la grande distribution.
04:07Ah, le bio, c'est beaucoup plus fragile. C'est d'ailleurs ce que la grande distribution a rétorqué
04:12dans un article d'un de vos confrères, en disant que c'est beaucoup plus fragile.
04:16Oui, parce que je précise que la fédération du secteur a répondu, critique la méthode,
04:21et indique que les prix sont transparents et que ce que vous dites est faux.
04:27Alors, sauf que quand on regarde toujours dans le détail, on voit par exemple que
04:30sur des produits qui sont relativement fragiles, comme la fraise, on a des niveaux de marge brute
04:35qui sont moins élevés que des produits qui sont, alors pour le coup, particulièrement solides,
04:39comme le poireau. On ne comprend pas.
04:41Ou la marge brute entre des produits très similaires, comme la pêche et la nectarine,
04:46elle est différente. Même chose entre de l'ail et de l'oignon.
04:48Donc, il n'y a aucune logique. On voit qu'on est vraiment dans une logique, finalement, de marketing.
04:53On va marger un peu moins sur des produits d'appel, typiquement la fraise,
04:57et on va se rappeler sur d'autres produits qui sont un petit peu moins vendeurs,
05:00exemple le poireau, le chou-fleur.
05:01Et est-ce qu'au moins, cette surmarge est une bonne partie qui va à l'agriculteur, au producteur ?
05:08Eh bien non, justement, sur l'exemple qu'on avait tout à l'heure, dans l'exemple de la tomate,
05:12on voit qu'il y a seulement 2 euros sur 5,84 euros qui vont chez l'agriculteur.
05:18Donc, ça veut dire que c'est une minorité du prix qui est payé par le consommateur.
05:22– Frédéric ?
05:23– Oui, j'avais une question, parce qu'on dit souvent, je ne sais pas,
05:25à tort ou à raison, que le bio, c'est plus cher que le conventionnel.
05:28Là, dans ce que vous dites, ce serait parce que les grandes surfaces se font du bénéfice là-dessus.
05:33Ce serait en partie une explication du prix plus cher du bio ?
05:35– En fait, c'est la principale explication, effectivement.
05:39On se rend compte que le différentiel de bio dû à la partie agricole, il se réduit.
05:46Finalement, la différence entre les deux n'est pas tellement élevée.
05:49Vous voyez, par exemple, sur un budget alimentaire,
05:52on passe de 228 euros à 331 euros.
05:55Donc, vous voyez, c'est à peu près un tiers de prix en plus.
05:59La grande distribution, elle, finalement, elle va marger deux fois.
06:02Une première fois sur les légumes, l'ensemble des légumes,
06:05et elle marche encore plus sur le bio.
06:07Et donc, ça, c'est vraiment inadmissible,
06:08parce qu'il y a plein de recommandations.
06:11Vous savez, 5 fruits et légumes par jour.
06:13C'est de plus en plus difficile d'y arriver.
06:14Vous savez qu'il y a eu une augmentation considérable ces dix dernières années
06:18du prix des fruits, des légumes.
06:21Et on se rend compte que les ménages les plus modestes n'y arrivent plus.
06:23– Il n'y arrive plus.
06:24– Et donc, achètent de moins en moins.
06:25– Et en tant qu'association de consommateurs,
06:27quelles sont justement vos recommandations ?
06:29Vous demandez quoi aux autorités ?
06:30De légiférer, de faire quelque chose ?
06:31– Mais le peuvent-elles ?
06:33– Alors, absolument.
06:34Nous, nous allons absolument dans les recommandations
06:37qui ont été publiées par les sénateurs la semaine dernière,
06:40qui consistent, finalement, à faire toute la transparence
06:42sur la construction du prix, et notamment à publier…
06:45– L'affiché ?
06:45– À publier le niveau de marge.
06:47Voilà.
06:47Alors, rendre public et enseigne par enseigne.
06:50On a déjà un observatoire français
06:52qui nous donne un niveau moyen de la marge brute,
06:55mais qui ne nous donne aucune indication.
06:56Nous, ce que nous voulons, c'est pouvoir dire aux consommateurs,
06:58regardez, vous avez telle enseigne qui marche plus ou moins
07:00que telle autre enseigne.
07:01L'idée, c'est de faire marcher la concurrence
07:03et d'inciter les consommateurs à aller dans les enseignes
07:06qui marchent le moins.
07:07– Sous-titrage FR –
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