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Regardez L'invité de RTL Matin avec Sébastien Rouxel du 14 août 2026.

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00:00Sébastien Rouxel, RTL Matin.
00:03Et alors qu'un nouvel incendie fait rage ce matin dans les Landes, un feu qui a déjà parcouru 600
00:07hectares,
00:08les pompiers, eux, sont à bout, épuisés et en colère après un été historique.
00:13Les syndicats appellent d'ailleurs à une journée de mobilisation massive à Paris le 29 septembre.
00:17Bonjour Romain Pudal.
00:19Bonjour.
00:20Sociologue, pompier volontaire et auteur du livre Retour de flammes, les pompiers des héros fatigués aux éditions, La Découverte.
00:27Hier, les syndicats sont ressortis furieux de leur rendez-vous avec le ministre de l'Intérieur.
00:32Ils disent que rien de concret ne leur a été annoncé.
00:35Vous comprenez leur colère ?
00:37Oui, je la comprends parce qu'il y a un décalage massif entre les moments où les politiques encensent les
00:46pompiers pour leur héroïsme,
00:47pour leur dévouement, etc., à juste titre d'ailleurs,
00:50et puis le moment où il faut dépasser cette reconnaissance symbolique par une reconnaissance matérielle, concrète.
00:58Donc effectivement, des moyens supplémentaires, des recrutements supplémentaires, etc.
01:02Et là, c'est toujours une fin de non-recevoir.
01:05Donc je ne vois pas très bien comment on pourrait ne pas comprendre leur colère.
01:10Et d'ailleurs, dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, vous dites que les pompiers ne sont pas
01:14des héros.
01:16Utiliser ce terme, c'est une façon de mettre la question des moyens sous le tapis ?
01:19Oui, oui, c'est ce que j'essayais d'expliquer.
01:22Je pense que beaucoup d'ailleurs de pompiers l'ont ressenti comme ça.
01:25On sait que c'est un métier dangereux, tout le monde le sait, on sait qu'il y a des
01:28risques.
01:29Mais se s'enfermer et se draper dans une rhétorique comme ça, un peu guerrière, sacrificielle, de l'héroïsme,
01:35c'est toujours, et là on le voit une fois de plus, une façon de ne pas aborder des questions
01:40matérielles et concrètes,
01:41des moyens qui sont octroyés réellement à ces services.
01:44Alors sur les moyens justement, on a combien de pompiers professionnels en France aujourd'hui et il en faudrait combien
01:50?
01:50On a en gros 250 000 pompiers en France, d'accord ?
01:52Et 80% de ces effectifs sont des pompiers volontaires, donc pas des professionnels précisément.
01:58Et vous avez un peu moins de 70% des interventions qui sont assurées également par des pompiers volontaires,
02:03donc pas des professionnels non plus.
02:05Et on sait, alors là les chiffres sont en discussion, mais on sait qu'il y a plusieurs centaines de
02:10pompiers
02:10qui ont réussi le concours professionnel, d'accord ?
02:13Et qui pour l'instant ne sont pas embauchés dans les départements pour des raisons budgétaires.
02:18Donc on a un manque que plusieurs syndicats chiffrent à plusieurs dizaines de milliers de pompiers professionnels.
02:2480% de pompiers volontaires, vous dites, c'est un problème ?
02:27Alors ça pose un problème dans une certaine mesure.
02:30Qu'il y ait des pompiers volontaires, c'est-à-dire des gens qui vont être d'astreinte par exemple,
02:34et donc qui vont être bippés sur leur lieu de travail ou pendant les vacances et qui vont aller à
02:39la caserne,
02:40faire leur intervention et puis revenir chez eux.
02:43Pour moi, ce n'est pas un problème.
02:44On ne peut pas avoir des professionnels sur l'ensemble du territoire.
02:47Ce serait impossible de le couvrir comme ça.
02:49Par contre, et là on manque cruellement de données chiffrées précises,
02:54mais on sait qu'il y a quantité de gardes postées, donc pas des astreintes, des gardes en caserne,
02:59donc de gens qui viennent à 7h du matin ou à 8h du matin et qui en repartent le lendemain
03:03à 8h
03:04et qui assurent là pour le coup beaucoup d'interventions,
03:06qui sont assurés par des pompiers volontaires.
03:08Et là, se pose la question, est-ce que ces pompiers volontaires qui sont là toutes les semaines,
03:13qui sont là très régulièrement et qui sont en caserne et qui donc assurent les opérations,
03:18mais aussi la vie de la caserne, c'est-à-dire faire tourner les services, etc.
03:24Est-ce que ce n'est pas tout simplement des postes de professionnels en moins ?
03:27On s'appuie sur cette main-d'œuvre de pompiers volontaires,
03:29qui est une main-d'œuvre relativement bon marché,
03:32et qui fait tourner ses centres de secours bien au-delà de justement le volontaire
03:38qui ferait quelques interventions dans l'année, qui serait d'astreinte et qui serait bipé chez lui.
03:42Ce n'est pas du tout le même type de cas de figure.
03:45En quoi c'est une main-d'œuvre bon marché ?
03:47C'est payé combien, sapeurs-pompiers volontaires ?
03:49Alors, le chiffrage officiel, c'est entre 8 et 13 euros de l'heure.
03:54Sauf que ça, c'est un taux horaire à 100%.
03:56Et donc, en réalité, c'est ce que vous êtes payé si vous êtes en intervention.
04:00Mais si vous êtes en caserne, ce qui est le cas des pompiers volontaires postés,
04:04vous n'êtes pas du tout à un taux horaire de 100%.
04:07Dans certains départements, c'est à 50%.
04:09Donc, au lieu de 8 euros, si vous voulez, vous passez à 4 euros.
04:11Et puis, si vous êtes en caserne et que c'est la nuit et que vous ne partez pas en
04:15intervention,
04:15vous ne l'êtes pas à 50%, vous êtes à 30% de ce taux horaire, etc.
04:19Donc, en réalité, ce dont on s'aperçoit, c'est que les pompiers volontaires vont assurer des gardes
04:26de 12 heures ou de 24 heures, par exemple, qui vont être assez faiblement indemnisés,
04:31sauf s'ils font énormément d'interventions.
04:33Et que le reste du temps, en caserne, pour utiliser une image claire,
04:38ils ne sont pas en train de jouer à la PlayStation ou à attendre que les interventions tombent.
04:42ils vont, évidemment, nous nettoyer la coserne, faire du rangement,
04:47faire des plannings de garde s'il y a besoin, avec les professionnels.
04:49Mais voilà, au final, on a effectivement une main d'œuvre plutôt bon marché,
04:54en tout cas bien moins chère qu'un professionnel.
04:57Ce qu'on comprend en vous écoutant, c'est qu'on cherche à faire des économies
05:01en faisant le plus possible appel à des volontaires.
05:03C'est nouveau, ça ? C'était déjà comme ça auparavant ?
05:06Alors, ce n'est pas que ce soit nouveau.
05:07Ce qu'on propose, c'est que c'est une logique d'austérité budgétaire
05:10qui frappe l'ensemble des services publics, pour dire les choses très clairement.
05:13Et donc, c'est une logique qui consiste toujours à renier les moyens financiers
05:18tout en essayant de faire tourner le même service avec la même qualité.
05:22Alors, c'est impossible pour plusieurs raisons.
05:24Notamment, une, c'est que le nombre d'opérations ne cesse d'augmenter,
05:28alors qu'on stagne à peu près en termes d'effectifs.
05:31Et donc, le service ne peut pas être rendu avec la même efficacité,
05:35sauf à une condition, c'est cette espèce de dévouement incroyable
05:40de disponibilité permanente, le plus possible des pompiers.
05:46Mais au bout d'un moment, c'est comme pendant la crise du Covid-19 à l'hôpital public,
05:50on voit que les gens s'épuisent.
05:52Si les moyens stagnent et que les interventions augmentent,
05:56on a un épuisement professionnel qui se généralise.
05:59Les interventions, elles augmentent sous l'effet du réchauffement climatique ?
06:02Des incendies de plus en plus nombreux, de plus en plus importants ?
06:05Alors, elles augmentent en partie à cause du réchauffement climatique.
06:09Alors, on parle beaucoup des incendies.
06:10On oublie de dire qu'il y a déjà eu des périodes caniculaires
06:13qui ont été extrêmement douloureuses aussi pour les pompiers
06:18puisque leurs interventions n'ont pas explosé.
06:21Donc, le réchauffement climatique, c'est aussi les inondations
06:23qu'on va voir forcément en automne ou en hiver.
06:26Et puis, l'autre raison pour laquelle les opérations augmentent,
06:30c'est que comme il y a un délitement un peu généralisé des services publics,
06:34que ce soit l'hôpital public, la psychiatrie, le travail social, tout ce que vous voudrez,
06:39tout un tas de détresses humaines auxquelles les gens peuvent être confrontés,
06:44la solitude, par exemple, des personnes âgées, les gens passent,
06:47ce sont des interventions qui finissent, entre guillemets, au 18.
06:50Et donc, c'est les pompiers qui se retrouvent à régler, à gérer tout un tas de situations
06:54qui dépassent largement aussi le cadre de l'urgence au sens strict.
06:57Romain Pudal, en 2024, le Beauvau de la sécurité civile a été lancé sous l'égide de Gérald Darmanin,
07:03qui était à l'époque ministre de l'Intérieur.
07:05Deux ans plus tard, il n'y a toujours pas de loi,
07:07même si Laurent Nunez vient d'annoncer qu'un texte allait être présenté en septembre aux pompiers.
07:12Vous pensez que cet été peut être un électrochoc ?
07:14Je ne le pense pas, je l'espère, compte tenu d'une lourde tribu payée par la profession
07:19et aussi par la population, parce qu'il y a quelques années,
07:23on disait que c'est la forêt qui a brûlé, mais les habitations et les gens n'ont pas été
07:26touchés.
07:27Cette année, il y a eu des habitations de touchés,
07:29et puis peut-être l'année prochaine, tout le monde dit que c'est un miracle,
07:33il n'y a pas eu de mort civile, effectivement, c'est assez miraculeux.
07:37Donc, je l'espère au sens où je me demande qu'est-ce qu'il faudra pour que ce déclic
07:42ait enfin lieu,
07:43et qu'on arrête de considérer que les services d'incendie et de secours,
07:47c'est uniquement un coût budgétaire, ça coûte de l'argent, etc.
07:50C'est aussi un investissement pour notre sécurité, pour l'avenir, etc.
07:55Donc, c'est comme ça aussi qu'il faut raisonner.
07:58Plus ils sont efficients, plus ils sont dotés de moyens, etc.,
08:01plus aussi ils peuvent prendre en charge même des catastrophes naturelles de grande ampleur
08:05dans les meilleures conditions.
08:06Plus ils seront déficients et plus ça nous coûtera aussi, au final,
08:09beaucoup plus cher que d'avoir donné l'argent qu'il fallait au moment où il fallait.
08:14Donc, j'espère qu'il y aura cette loi, oui.
08:15Une dernière question, je le disais, vous avez été vous-même pompier volontaire.
08:19On a cet été un bond des candidatures.
08:21Vous dites quoi ce matin à un jeune qui a envie de s'engager ?
08:24Alors, je dis une chose.
08:26D'abord, je dis bravo de s'engager.
08:28Ensuite, je dis que, et ça c'est très important,
08:31c'est sans doute l'un des plus beaux métiers du monde.
08:33Enfin, je veux dire, ce sont des expériences humaines extraordinaires.
08:37Ce sont des collectifs aussi de travail extraordinaires.
08:40Donc, il ne faut pas hésiter à signer, à s'engager.
08:44La grosse difficulté, et beaucoup de pompiers vous le direz aussi,
08:47et beaucoup de responsables vous le direz, c'est de conserver les gens.
08:51C'est une fois qu'ils sont là, qu'ils sont formés, qu'ils ont un peu d'expérience,
08:54eh bien qu'on ne les sollicite pas de telle manière qu'ils s'épuisent très vite
08:58et qu'ils arrêtent.
08:59Donc, c'est moins à la rigueur le recrutement que la fidélisation sur le long terme,
09:05ou au moins sur le moyen terme, de ces engagements qui sont en soi une excellente nouvelle, évidemment.
09:10Merci beaucoup, Romain Pudal, d'avoir été avec nous ce matin sur RTL.
09:14Très bonne journée.
09:15Les pompiers qui sont encore mobilisés ce matin dans les Landes.
09:20Le feu qui s'est déclaré hier continue de progresser.
09:23On en est désormais à 1100 hectares de végétation brûlée.
09:26C'est ce que vient d'annoncer le préfet.
09:28On sera dans quelques instants, en direct, sur place, dans le journal de 8h.
09:32A tout de suite.
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