- il y a 3 semaines
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Télématin reçoit Serge Zaka, agroclimatologue et chasseur d'orages.
Télématin reçoit Serge Zaka, agroclimatologue et chasseur d'orages.
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00:0028 départements en vigilance, des records qui tombent les uns après les autres,
00:03une réunion interministérielle prévue jeudi,
00:05la vague de chaleur qui traverse notre pays est assez stupéfiante.
00:08Bonjour Serge Zaka.
00:10Bonjour à tous.
00:10Merci d'être avec nous, vous êtes ingénieur agronome spécialiste en agroclimatologie,
00:14auteur de « Orage sur le climat » chez HarperCollins.
00:18C'est vrai que cet épisode laisse les observateurs assez stupéfaits.
00:22Est-ce qu'on a un peu l'impression que tout le monde est pris de court ?
00:25Est-ce que c'est le cas ? Est-ce que c'était assez peu prévisible ?
00:30Alors c'était prévisible dans le rapport du GIEC,
00:32on voit bien que normalement, on doit avoir des vagues de chaleur qui se produisent plus tôt
00:36et qui se terminent plus tard.
00:38Par contre, c'est vrai qu'on a été pris de court,
00:41puisqu'au milieu du mois de mai, on a eu une période relativement fraîche,
00:45de moins 2, moins 4 degrés sous les normes.
00:48Par contre maintenant, on est à plus 15 degrés, plus 17 au-dessus des normes dans certaines régions.
00:52Donc cette différence de température est assez importante.
00:55Alors ça impacte l'homme, parce qu'on n'a pas eu le temps de s'habituer,
00:57mais n'oublions pas que ça impacte aussi les végétaux et les animaux.
01:00Bien sûr.
01:00Et la semaine dernière, et vous le disiez, il pleuvait, il faisait froid,
01:03il y avait les seins de glace, il fallait attendre avant de planter,
01:07on passe de l'automne à l'été.
01:09Est-ce que ça veut dire que même tous les modèles qui étaient prévus par le GIEC,
01:14ils sont obsolètes ?
01:15Ça y est, là on mesure pleinement le genre de climatique.
01:18Alors non, on ne peut pas dire que c'est obsolète.
01:21Là, on est vraiment dans la trajectoire qui est prévue par les évolutions climatiques,
01:24notamment ce que parlent nos climatologues.
01:27Donc non, non, on est parfaitement dans la trajectoire.
01:30On a eu presque une canicule en septembre,
01:33enfin une vague de chaleur pardon, en septembre il y a quelques années.
01:35On en a eu, l'une des plus frécoces, c'était l'an dernier en juin, mi-juin.
01:39Bon là, c'est vrai qu'on a fait un saut assez étonnant de trois semaines dans la précocité,
01:43puisque maintenant c'est en mai.
01:45Voilà, donc on s'attend encore à ce qu'on ait d'autres vagues de chaleur en mai,
01:49certes moins fréquentes qu'au milieu de l'été,
01:52mais ce n'est pas étonnant en soi par rapport à la projection de long terme.
01:56Par contre, ça reste, même si on s'y attendait,
02:00les climatologues et les météorologues sont quand même étonnés
02:02des valeurs qui sont atteintes, de la durée de cet épisode
02:05et des records qu'on peut battre.
02:06Quels sont les conséquences sur l'agriculture
02:09ou sur les potagers de nos téléspectateurs, par exemple ?
02:12C'est assez simple à comprendre.
02:14Pour regarder les conséquences sur un écosystème,
02:17il y a à la fois, on regarde les valeurs,
02:19un 35 degrés n'aura pas les mêmes conséquences qu'un 45,
02:22mais on regarde aussi la période où ça intervient en cours de l'année.
02:25Le printemps est généralement la période la plus sensible pour les végétaux
02:28parce qu'on a les floraisons, les nidifications,
02:31les périodes de reproduction.
02:32C'est pour ça que, par exemple, pour l'orge, le blé,
02:35pour être concret, on a une période d'épiaison,
02:38c'est quand l'épi commence à sortir et on doit remplir les grains
02:41pour faire du rendement, pour faire de la farine derrière ou de la bière.
02:45Eh bien, en réalité, cette période est très sensible aux sécheresses et aux canicules.
02:49Donc, les agriculteurs font tout pour caler cette période-là
02:52pendant le mois de mai-juin,
02:54où normalement, on n'est pas censé avoir des canicules.
02:57Et là, on a, en plein milieu de cette période,
02:59une vague de chaleur et une canicule.
03:01Donc, ce qui se passe, c'est qu'on va avoir un grain qui sera plus petit
03:04et du coup, des rendements moins.
03:05C'est ce qu'on appelle les chaudages.
03:06Pour les personnes qui ont un potager,
03:08ils viennent après les cinq glaces de planter leurs courgettes, leurs melons,
03:11leurs tomates, les tomates, les racines de ces végétaux
03:14ne sont pas très profondes.
03:16On vient de les planter.
03:17Ça veut dire qu'ils sont très sensibles à la chaleur et à l'eau en surface
03:20parce qu'il n'y a pas de racines en profondeur.
03:22Donc, en deux jours, un plant de tomate peut dessécher.
03:25Alors, pour un particulier, ce n'est pas trop grave.
03:27C'est pas très grave, oui.
03:27Par contre, quand on a des centaines de plantes tomates
03:29qui viennent de planter chez un agriculteur, c'est plus problématique.
03:31Est-ce que ça veut dire que les agriculteurs devraient, dès aujourd'hui,
03:35je ne sais pas, s'inspirer des techniques agricoles de pays chauds
03:40et les appliquer ici ?
03:42Alors, il y a deux choses.
03:44On peut regarder l'évolution sur les adaptations agricoles
03:47sur le long terme par rapport à une évolution moyenne.
03:50Là, ce qui est gênant, c'est surtout les extrêmes.
03:53Et ça, c'est vraiment très gênant
03:54parce qu'on ne peut pas forcément s'adapter comme ça en claquant des doigts,
03:57en se disant, il faut que je me prépare à la vague de chaleur de mai 2026.
04:00Dès 2024, je vais m'y préparer.
04:02Ça, on ne peut pas le prévoir précisément
04:03qu'on va avoir une vague de chaleur aussi intense en mai 2026.
04:06Mais par contre, dans les tendances de fond d'adaptation,
04:09il y a différentes adaptations.
04:10Prenez par exemple la génétique.
04:12Je ne les classe pas dans l'ordre d'importance.
04:14Prenez par exemple la génétique, c'est une adaptation sur le long cours,
04:16sur la résistance à la sécheresse et aux canicules
04:18qu'on pratique depuis 70 ans en Europe.
04:21Vous prenez par exemple l'eau.
04:23On a par exemple les réserves en eau qui pourraient permettre d'irriguer.
04:25Mais c'est très difficile de faire des réserves en eau
04:27par rapport aux réticences,
04:28surtout vu le modèle Sainte-Sauline.
04:30Moi, ce que j'aimerais rajouter...
04:31Ça, ce sont les mégabattines.
04:32C'est ça.
04:33Ce que j'aimerais rajouter, c'est qu'on peut avoir une réserve en eau,
04:36mais absolument en parallèle travailler sur l'agriculture en elle-même.
04:39Des végétaux qui consomment moins d'eau.
04:41Un sol plus vivant qui retient mieux l'eau sur le long terme.
04:45Des arbres présents sur les parcelles pour ralentir le vent
04:48et donc l'évaporation et la transpiration.
04:51Parce que ça fait comme un sèche-cheveux, le vent.
04:52Ça dessèche les végétaux.
04:54Donc, on a différents aspects.
04:55Et le plus important, c'est de planter les bonnes choses au bon endroit.
04:59C'est-à-dire que si 2060, 2070, vous avez encore du maïs
05:02dans le sud-ouest de la France,
05:04ce sera une aberration économique en plus d'écologique.
05:07Économique parce qu'il ne sera plus rentable par rapport à d'autres cultures.
05:10Et là, c'est très important d'anticiper.
05:12Parce qu'on parle de filières.
05:13Si vous voulez faire évoluer les filières,
05:16le plus simple, c'est de planter la plante et de la voir grandir.
05:18Mais le plus compliqué, c'est de faire consommer aux consommateurs,
05:22transformer, stocker, développer toute l'économie du territoire,
05:25les AOC, les IGP, les habitudes alimentaires.
05:28C'est plus complexe.
05:29La grenade, le kiwi, la noix, le sorgho.
05:33Vous avez aussi la voca, la banane éventuellement sous serre.
05:36Vous avez plein d'autres cultures qui pourraient s'adapter.
05:38On a la pistache maintenant du côté de la Provence,
05:40les grenades du côté de Nîmes, les clémentines du côté de Nîmes,
05:43les oranges du côté de Narbonne,
05:45les oligiennes passent du maïs du côté de Toulouse.
05:48Donc des évolutions spatiales de l'agriculture.
05:51On a parlé des végétaux.
05:52Quel est l'impact d'une vague de chaleur aussi intense et inédite
05:55sur les animaux maintenant ?
05:57Est-ce qu'ils ne s'autorégulent pas, les animaux, en ce moment ?
06:01Alors, on a deux facteurs, là aussi.
06:03La température atteinte et puis la soudaineté.
06:05Je veux dire, qu'on soit un homme,
06:06je rappelle qu'on est des mammifères, les humains.
06:09Donc les mammifères, quand je prends les vaches,
06:11maintenant les vaches laitières,
06:12il y a deux aspects.
06:13C'est qu'on a des températures extrêmement élevées,
06:15pour les vaches laitières.
06:16Les vaches laitières, leur température optimale,
06:18c'est entre 2 et 15 degrés.
06:21Ce n'est pas pareil.
06:22Chaque organisme a ses températures optimales.
06:24Donc là, il fait beaucoup trop chaud pour les vaches laitières.
06:26Ce qui se passe, c'est qu'on a à la fois un stress thermique
06:28qui va produire du coup un mal-être animal dans les étables.
06:32Ce n'est pas forcément très bon aussi pour la production agricole.
06:35Et une perte de production de lait,
06:37puisque l'animal ne va pas forcément produire autant de lait
06:40quand il aura chaud.
06:42Donc, baisse de production de lait et mal-être animal.
06:44Pour les oiseaux,
06:45donc là, c'est plutôt pour les aspects faune extérieure à l'agriculture,
06:51les oiseaux, pour ceux qui nichent sous les toits,
06:54on a une très grosse problématique,
06:55c'est qu'avec le plein soleil, sous les toits,
06:56il fait beaucoup plus chaud.
06:58Et donc là, on est dans une période de sensibilité
07:00où il n'est pas censé avoir de vagues de chaleur.
07:02Au mois de mai, il ne doit pas avoir de vagues de chaleur,
07:04puisqu'on a soit en oeuf,
07:05soit des petits oisillons dans les nids,
07:07et qui font qu'ils sont très sensibles aux fortes chaleurs.
07:10Et donc là, on va avoir 40 à 50 degrés sous les toits.
07:13Les oisillons vont sauter des nids,
07:14c'est un réflexe de survie.
07:16Et vous allez voir beaucoup d'oisillons au bord des maisons.
07:18Alors, ce qu'il faut faire,
07:19c'est qu'il faut les rafraîchir
07:21et les remettre dans le nid.
07:23En réalité, il n'y a pas forcément de solution miracle,
07:26parce que soit un chat va passer,
07:27soit il sera déjà mort,
07:28ou soit le fait de l'avoir touché,
07:30forcément, sa mère va le rejeter.
07:32– Eh bien, en tout cas, c'est une manière…
07:35Enfin, merci beaucoup, vous pouvez faire dans ce…
07:36– C'est magnifiant.
07:37– Oui, oui, oui.
07:38– Non, mais il faut dire les choses clairement.
07:39– Il faut dire les choses clairement,
07:41parce que c'est vrai qu'on se concentre dans les JT,
07:43sur la canicule dans le RER A,
07:47ou alors les climatisations à l'école.
07:48Je rappelle qu'à l'école, c'est important,
07:50ou dans les bâtiments publics.
07:51Mais on oublie les écosystèmes.
07:53Alors moi, je le dis assez crûment,
07:56très factuellement,
07:57mais il faut comprendre qu'on n'est pas les seuls sur Terre,
07:59et ce qu'on fait a des conséquences aussi
08:00sur nos problèmes de notre agriculture.
08:02– Évidemment, et c'est la raison pour laquelle
08:02on voulait absolument vous entendre ce matin.
08:04Merci beaucoup, Serge, d'avoir été avec nous.
08:05– Merci d'avoir été avec nous.
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