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  • il y a 11 heures
Plus d’un collectionneur sur deux a acheté une œuvre d’art numérique en 2024 ou 2025, selon le dernier rapport de Art Basel et UBS. Les œuvres dématérialisées occupent donc une place croissante sur le marché de l’art. Comment les expertiser et comment fixer leur valeur ? Et surtout, comment garantir leur authenticité ? Hélène Sirven, Maîtresse de conférences émérite en esthétique à Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Judith Schoffel de Fabry, Présidente, de la compagnie nationale des experts en art (CNE), sont les invitées d'ART & MARCHÉ.

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Transcription
00:04Plus d'un collectionneur sur deux a acheté une oeuvre d'art numérique en 2024 et 2025.
00:09Selon le rapport Art Basel UBS, les oeuvres immatérielles occupent donc une place croissante sur le marché de l'art.
00:16Alors comment les expertiser, comment fixer une valeur et surtout comment garantir leur authenticité ?
00:21Je suis heureuse de recevoir en plateau Hélène Sirvin. Bonjour.
00:25Bonjour. Vous êtes maîtresse de conférence et mérite en esthétique à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Judith Schoffel
00:31de Fabry. Bonjour.
00:32Bonjour. Vous êtes présidente de la compagnie nationale des experts en art, donc la CNE.
00:38Hélène Sirvin, je me tourne vers vous tout d'abord.
00:42Quelle vision vous avez peut-être de l'évolution de cette matérialité des oeuvres peut-être de ces dernières années
00:48?
00:48Est-ce que pour vous, vous constatez en esthétique qu'il y a effectivement de moins en moins d'oeuvres
00:54matérielles ou alors plus en plus de place pour cette immatérialité ?
00:58Alors il me semble qu'on est dans une époque d'une très grande diversité de formes.
01:03Alors Nicolas Bourriot a indiqué récemment l'importance de revenir au concept compte tenu de la présence de l'IA
01:10dans la fabrication des oeuvres et la manière dont les artistes les utilisent, l'utilisent.
01:15Non, on pourrait dire qu'il y a encore des oeuvres très matérielles et aussi des oeuvres immatérielles.
01:19On est dans cette très belle diversité qui est intéressante à observer.
01:24Judith, déjà tout d'abord, qu'est-ce qu'un expert ? Quel est son rôle ? Pourquoi est-ce
01:29qu'on en a besoin ?
01:30On en a besoin pour surveiller le marché de l'art et avoir des spécialités parce que le problème est
01:39que là où il y a du succès, donc de l'argent, il y a des faux.
01:43Et on a besoin de gens d'expérience qui sont pointus sur certains sujets pour pouvoir trouver les bons et
01:51les faux et faire l'expertise de l'art.
01:54Et donc forcément, vu que l'histoire de l'art évolue, le métier d'expert, j'imagine, évolue aussi.
02:00Est-ce qu'il y a soit des formations, ou en tout cas, comment est-ce qu'il fait, cet
02:05expert, pour être au plus proche de la contemporanéité de l'oeuvre ?
02:10Je pense qu'il faut se remettre en question tout le temps. Nous, on est une compagnie d'experts, on
02:14est à peu près 180 à la CNE.
02:17Il y en a dans plus plein de domaines différents.
02:22Et dans certains domaines, on se regroupe et on parle ensemble s'il y a des sujets à discussion qui
02:29posent problème.
02:31Et effectivement, je pense qu'un expert doit toujours se remettre en cause et être au courant des dernières technicités
02:40en matière de faux.
02:42Et cette immatérialité de l'oeuvre, ces oeuvres numériques, ces oeuvres réalisées par IA, on a parlé aussi très longtemps
02:50des NFT.
02:52Ça, à quel moment peut-être vous vous êtes dit, tiens, là, il faut qu'on vous fasse un vrai
02:55point là-dessus, parce que ça commence à...
02:57Ça fait, je pense que la première fois qu'on s'était vus, à mon avis, c'était il y
03:00a cinq ans.
03:01On en avait déjà parlé.
03:04Il y avait eu une table ronde qui avait été faite uniquement là-dessus par des commissaires priseurs.
03:11C'était très intéressant. C'était en plein boom. C'est complètement redescendu.
03:15On s'est aperçu que 80% des NFT vendus sur la plateforme, si j'ai oublié le nom exact,
03:25étaient des faux, c'est-à-dire qu'ils reprenaient...
03:29Ah oui, 80% !
03:3180% n'étaient pas des oeuvres originales de l'artiste.
03:35En fait, on reprend des oeuvres de quelqu'un d'autre et on se les approprie et on les revend.
03:42Donc, effectivement, dans la table ronde que nous ferons le 10 juin à l'INHA, Mathieu Quignoux nous expliquera ça
03:50bien mieux que moi.
03:52Il est spécialiste des NFT et de l'immatériel et avocat.
03:57Parce que donc, au mois de juin, vous allez vous retrouver pour faire une sorte de colloque table ronde pour
04:01effectivement voir, prendre le pouls de...
04:04Essayer d'anticiper les besoins futurs avec les différentes formes d'art contemporain et des techniques modernes et aussi les
04:16techniques scientifiques qui ont évolué et qui nous permettent d'aller plus loin dans notre expertise sur l'art ancien.
04:23Oui, on va revenir sur ces outils. Hélène, qu'est-ce qui, de cette immatérialité de l'oeuvre, rend l
04:28'expertise difficile ? Qu'est-ce qu'il y a de plus compliqué aujourd'hui ?
04:33Je ne suis pas experte. Moi, je suis du côté de l'esthétique. Mais je pense qu'effectivement, il va
04:39falloir être très vigilant.
04:41Mais c'est Judith qui va pouvoir donner plus de précision sur ces méthodes et ces techniques.
04:46Je pense qu'il va falloir s'entourer, effectivement, de nouveaux experts auxquels on ne pense pas encore. Par exemple,
04:52dans les datas, il va nous falloir des archéologues informaticiens pour pouvoir aller dans ce domaine-là.
05:01Puisqu'il y a déjà des choses qui sont obsolètes. On n'a plus les logiciels. Donc, il faut que
05:06des gens qui, techniquement, puissent aller rechercher ça avec une technique qui leur permettrait d'aller dans l'informatique, par
05:15exemple, déjà dépassée.
05:18Et ce sera la même chose pour le futur, puisqu'on ne cesse d'évoluer et on est souvent dépassé
05:25de plus en plus rapidement.
05:27Parce qu'aujourd'hui, quels sont les outils qui sont à disposition des experts ?
05:32Il y a des outils scientifiques, par exemple, pour l'art ancien, comme les carbone-14, des datations, des microscopes
05:41à balayage électronique.
05:43Enfin, il y a plein de moyens scientifiques. Mais tout ça, on peut aller chaque jour de plus en plus
05:49loin dans la matière.
05:51Donc là, il y a une équipe qui avait fait un microscope pour prendre des photos sur la Lune et
05:57qui nous ont demandé comment ils pourraient arriver à adapter
06:01leur matériel astronomique de recherche à l'art classique pour aller plus loin dans la matière, pour voir les restaurations,
06:12les différents styles de peinture.
06:15Il y en a où il y a des pigments qui n'existaient pas au XVIe siècle et qui n
06:20'existent qu'au XXIe.
06:21Donc, des analyses sans abîmer les œuvres, sans prendre des échantillons pour les analyser.
06:27Enfin, tout ça, ça évolue très rapidement.
06:30– Et en termes d'outils, là, j'imagine qu'il y a des outils aussi plus modernes qui utilisent
06:37soit l'IA, soit le numérique.
06:39Enfin, je veux dire, ça, c'est de développer.
06:41– Alors, c'est en train de se développer.
06:43Néanmoins, l'IA, comme on le dit souvent à la télé, elle fait six doigts à un être humain.
06:48On peut reconnaître l'IA, c'est nous qui devons la nourrir.
06:52Donc, si on la nourrit mal, elle n'aura pas les bons outils pour nous aider.
06:57Je pense que c'est un appui, mais que ce n'est pas quelque chose qui peut travailler seul, en
07:02tout cas pas encore, et je ne l'espère pas.
07:05Et il faut, je pense que je le dis à mes enfants, mais vérifier ses sources à chaque minute.
07:11– Oui, il y a encore beaucoup de limites, on va dire.
07:13– Il y a beaucoup de limites, mais on ne sait pas où l'IA prend ses sources.
07:16Donc, si la source est fake, il y aura un gros problème.
07:21– Bien sûr. Est-ce que vous avez un exemple à nous donner d'une œuvre, peut-être, soit déjà
07:31matériel qui a eu des difficultés ?
07:34– Non, j'ai un ami qui m'a… Alors, c'est un peu plus compliqué que ça.
07:39J'ai un exemple qui est, à mon avis, assez parlant.
07:43C'est un collectionneur qui a acheté une photo dans une galerie hollandaise très connue en photo,
07:49qui est une photo, il me semble, de Martine Parme, mais je ne suis pas sûre à 100%.
07:55Ce collectionneur, aujourd'hui, ne peut… La galerie n'existe plus, ne peut plus lire sa photo numérique,
08:03parce qu'en fait, elle est sur un logiciel qui est dépassé et que son ordinateur ne lit plus.
08:09Donc, en fait, il a acheté une œuvre qu'il ne peut pas regarder.
08:13– Ah oui, mais c'est un peu la même chose, peut-être, pour les NFT, c'est quand même
08:15possible, probable, que dans 20 ans…
08:18– Les NFT, c'est probable, néanmoins, c'est bloqué sur la blockchain.
08:23Donc, c'est encore sur une des blockchains ou des blockchains, parce qu'il n'y en a pas qu
08:28'une seule.
08:28Donc, ça aussi, c'est un concept que j'ai découvert, je n'étais pas du tout au point.
08:34Mais il n'y a pas qu'une blockchain, donc il y a plusieurs.
08:39Et donc, comment les vérifier, je ne sais pas.
08:41Mais une fois que c'est bloqué dans la blockchain, ça ne bouge plus, néanmoins.
08:45Mais qui gère ça ?
08:47– Hélène Servin, est-ce que si, du coup, une œuvre d'art n'est pas expertisée,
08:52est-ce qu'elle a du mal, du coup, à se retrouver dans l'histoire de l'art ?
08:55Parce que c'est ça aussi, prendre en compte l'œuvre d'art immatériel par des experts,
09:01c'est aussi l'intégrer dans l'histoire de l'art.
09:02Quels sont, du coup, les enjeux de ce sujet ?
09:05– Oui, bien sûr.
09:06Je pense que Nadej, l'année ride à Jeun, parlera très bien de cela le 10 juin.
09:10Effectivement, ça fait partie de tout ce qui constitue une sorte de patrimoine
09:14très large et universel, enfin international.
09:18Oui, bien sûr.
09:19La question des faux, c'est aussi une question d'histoire de l'art.
09:23Il n'est pas rare que certains artistes aient signé de leur main une toile,
09:27coraux, par exemple, pour aider leurs amis à gagner un peu mieux leur vie.
09:31Donc, c'est vrai que c'est un immense patrimoine qui est en train de se constituer.
09:36Et les artistes contemporains travaillent beaucoup avec l'IA analytique et générative.
09:41Donc, on est dans une période de transformation, il faut être vigilant.
09:46– Et vous considérez que c'est, en tout cas, que le numérique laisserait plus de place au faux,
09:52en tout cas plus facilement réalisable ?
09:54– Ça, je ne sais pas. Je ne peux pas répondre à cette question.
09:58Le numérique est important, nous vivons dans une ère numérique.
10:02Mais certains ont envie de ralentir un peu cette fulgurance des choses,
10:07des choses, cette rapidité qui fait que, parfois, il est difficile d'évaluer les choses correctement,
10:14puisque tout va très, très vite.
10:15Donc, on est dans une époque où on a envie de ralentir un peu.
10:18– Oui, et surtout du côté de ceux qui regardent, en tout cas.
10:22– On a besoin de temps, et comme le disait Judith à plusieurs reprises,
10:26quand on regarde un objet, il est important de douter aussi.
10:29Donc, de se laisser le temps d'évaluer la complexité d'un objet,
10:34en particulier pour les arts d'Afrique, d'Océanie et d'autres régions du monde.
10:41– Donc, on verra ça. On se retrouve dans cinq ans pour voir comment l'art a évolué,
10:45comment on arrive à l'appréhender, l'analyser.
10:48Merci beaucoup, Hélène Sirven.
10:50Je rappelle que vous êtes maîtresse de conférences émérites en esthétique
10:53à l'Université parisien Panthéon-Sorbonne.
10:55Et Judith Cheuffel de Fabrique, vous êtes présidente de la Compagnie nationale des experts.
10:59On a remercie beaucoup.
11:00– Merci beaucoup, Suzy.
11:01– Merci d'avoir donné vos analyses, et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
11:04C'était Harry Marché.
11:06– Sous-titrage ST' 501
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