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  • il y a 10 heures
La foire Art Paris s’est tenue au Grand Palais, réunissant près de 165 galeries pendant cinq jours. Comment aborder une foire d’art contemporain dans une logique patrimoniale cohérente, en trouvant le juste équilibre entre prise de risque et artistes de référence ? Nous revenons sur cette 28e édition dans ART & MARCHÉ avec Clarisse Hermelin, directrice opérationnelle du cabinet de conseil en gestion de patrimoine artistique Galopin Art Advisory.

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Transcription
00:04La foire Art Paris vient tout juste de fermer ses portes. Nous allons dresser un bilan de cet événement parisien
00:10avec Clarisse Hermelin.
00:11Bonjour Clarisse. Bonjour Sybille.
00:13Vous êtes directrice opérationnelle du cabinet de conseil en gestion de patrimoine artistique Galopin Art Advisory.
00:18Merci d'être avec nous. Tout d'abord, on revient de ces cinq jours de foire.
00:24Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Premières impressions à chaud ?
00:28Oui, c'est une foire qui s'est très bien passée. Le bilan est plutôt positif.
00:32Une foire qui confirme son identité, à la fois exigeante, engagée.
00:36On a vu que le marché était actif, mais sélectif et discipliné, dans le sens où les collectionneurs étaient là
00:42très tôt.
00:43Il y a eu de très belles ventes dès l'ouverture, même pendant le vernissage.
00:47Mais avec des collectionneurs préparés, qui étaient quand même attentifs à la cohérence des prix, à la proposition artistique.
00:55Donc un bon bilan.
00:57Oui, j'ai l'impression, quand vous parlez d'une foire engagée, que cette année, ils se sont particulièrement positionnés.
01:03Comme une foire, ce que disait Guillaume Pienz, de découverte.
01:08On trouve que cette année, on a senti la véritable démarcation par rapport aux foires d'Octobre et Art Basel.
01:14Je ne sais pas ce que vous en pensez.
01:15Complètement. On avait vraiment une identité claire d'une foire qui est une plateforme de lecture de l'écosystème français
01:21et européen,
01:22mais avec cette ouverture vers l'international des galeries et des artistes.
01:26Et puis ce secteur promesse aussi, qui met quand même en avant grandement les galeries émergentes,
01:30les galeries de moins de 10 ans, et les artistes de cette scène aussi ultra contemporaine.
01:35Quand vous disiez qu'il y avait eu quelques ventes, etc.,
01:37est-ce que vous avez fait un tour des galeristes ?
01:40Est-ce que vous avez eu ventes de ventes intéressantes ?
01:43Oui, on a vu de très belles ventes, comme je le disais, dynamiques dès l'ouverture,
01:48avec une structuration, on va dire, des niveaux de prix et des dynamiques qui étaient distinctes suivant ces niveaux de
01:54prix.
01:55On a d'abord les œuvres qui étaient entre 1 000 et 30 000 euros,
01:59avec vraiment un volume de transactions considérable et une diversité des acheteurs.
02:05Donc au niveau du secteur promesse, justement, des œuvres aussi sur papier,
02:10par exemple à la galerie Dilecta avec l'artiste Alice Gauthier,
02:13un photographe chez The Bridge Gallery, Sarfou Emmanuel Anor, aussi très beau photographe.
02:19Enfin voilà, on a eu de très belles dynamiques,
02:21aussi des œuvres plus ancrées historiquement à la galerie Pavec, par exemple,
02:26Pauline Pavec, avec l'artiste Madeleine Dines.
02:28Et puis on a donc ces œuvres au-delà de 30 000 euros,
02:31avec des signatures vraiment identifiées,
02:33par exemple Eva Jospin chez Galeria Continua,
02:36qui a été vendue dès l'ouverture,
02:38Bilal Hamdad aussi chez Templon.
02:40Donc voilà, des dynamiques au niveau des ventes.
02:42Et des échelles de prix qui couvrent un peu...
02:45Assez large.
02:46Ça commence à 1 000, on avait même des céramiques à 800 euros
02:50chez Edgy, à la galerie Edgy, avec l'artiste Philippe Indotrep.
02:55On avait aussi des œuvres, comme je disais, sur papier,
03:001 000, 1 500 euros,
03:01et puis ça pouvait monter jusqu'à 450, 500 000
03:04pour des œuvres d'artistes modernes d'après-guerre.
03:08Qu'est-ce que, justement, comme c'est une représentation
03:11de la scène française et européenne,
03:12est-ce que pour vous, il y avait une tendance de création,
03:15une tendance esthétique différente cette année,
03:18ou on reste toujours dans ce mouvement qu'on voit figuratif,
03:23etc., des différentes foires des dernières années ?
03:25Alors, ça va un peu dans la veine de l'an passé,
03:28où il y a ce côté très figuratif, en effet, qui revient.
03:30On sort un peu du contemporain très abstrait et conceptuel
03:34des dernières années.
03:35Mais après, c'est plus au niveau de l'identité des collectionneurs
03:38et de la dynamique du marché,
03:41qui devient vraiment rigoureux, sélectif.
03:43Il y a une lecture, en fait, qui est plus construite.
03:45On fait vraiment attention à la position de l'œuvre
03:49dans le corpus de l'artiste,
03:51à l'artiste dans l'histoire de l'art,
03:52à l'ancrage sur le premier, sur le second marché.
03:55Toutes les questions aussi de due diligence,
03:58les rapports d'État, de conformité, etc.
04:01De provenance, etc.
04:02Voilà. Tout ça, en fait, qui vient contribuer
04:05à la valeur de l'œuvre.
04:06Donc, c'est-à-dire que vous remarquez que les collectionneurs,
04:09en tout cas, qui étaient présents durant la foire,
04:11étaient au plus attentif, peut-être,
04:13avaient aussi préparé leur venue ?
04:15C'est ça. Voilà.
04:16En fait, il y avait déjà des conversations
04:18qui étaient vraiment approfondies
04:19entre collectionneurs et galeristes.
04:21et les collectionneurs venaient voir à plusieurs reprises l'œuvre.
04:24Ce n'était pas des achats instinctifs, on va dire.
04:27Oui, j'ai l'impression que ça, c'est un sentiment
04:29qui revient de Google Galeriste aussi à qui je parle,
04:32qu'il y a moins le côté achat compulsif,
04:35des achats plus réfléchis,
04:37qui durent plus dans le temps,
04:38quelles que soient les foires qu'on voit les dernières années.
04:40Oui, on veut faire des acquisitions
04:41qui vont perdurer
04:42et qui vont s'entendre sur la durée.
04:46Vous, en tant que conseillère en gestion patrimoniale et statistique,
04:50comment est-ce que vous préparez justement ce genre d'événement
04:52quand on rentre à Art Paris ?
04:54Comment ça se passe ?
04:55Ou peut-être que vous préparez ça plusieurs semaines en avance,
04:57Simone ?
04:58Oui, on demande bien évidemment les previews
05:00pour avoir une vision globale de la foire.
05:02Et en fait, on ne vient pas dans cette démarche
05:04de juste voir et observer les œuvres.
05:06On vient vraiment identifier des opportunités,
05:09les hiérarchiser, lire l'écosystème
05:11pour en fait voir, sentir de vraies décisions
05:15qui vont être cohérentes au niveau patrimonial.
05:18Donc on regarde d'une part la qualité des œuvres,
05:20c'est quand même le point d'entrée principal.
05:22Oui, chose qu'on ne verrait pas forcément
05:24avec le preview par exemple.
05:25Exactement, la qualité aussi visuelle.
05:27Mais on va regarder aussi la structure du marché
05:30qu'il y a derrière l'œuvre.
05:31Quelle galerie soutient l'artiste ?
05:33Avec quelle crédibilité ?
05:34Est-ce que c'est un artiste qui est reconnu
05:36au niveau institutionnel ?
05:37Est-ce qu'il a un second marché ?
05:39Toutes ces questions en fait,
05:40qui encore une fois sont importantes.
05:43Et pour vous, un événement comme Art Paris,
05:45Art Paris et même les foires en général,
05:47c'est vraiment important pour vous ?
05:49En quoi ça change ces cinq jours ?
05:51C'est vrai que c'est très succinct,
05:52c'est très ramassé.
05:53En quoi pour une gestion patrimoniale
05:54et un accompagnement,
05:55c'est important ce genre de moment de foire ?
05:57Parce qu'en fait, ça va nous permettre
05:58de filtrer le marché.
06:00On ne vient pas seulement accompagner pour un achat,
06:02on vient aussi documenter,
06:04on vient qualifier une œuvre,
06:06la négocier, etc.
06:07Il y a tous ces aspects qui sont à considérer
06:11et qui vont permettre ensuite
06:13d'imbriquer chaque transaction
06:15dans une stratégie patrimoniale cohérente.
06:18Donc, on ne vient pas seulement dire
06:19« Ok, telle œuvre est belle »,
06:22on vient vraiment dire
06:23« Ok, cette œuvre va avoir tel rôle à jouer
06:26dans un patrimoine global ».
06:28Et là, vous nous parliez justement de prix
06:30qui allait jusqu'à 30 000, voire plus.
06:34Avec quelle enveloppe c'est intéressant
06:35d'arriver à une foire comme Art Paris ?
06:38Qu'est-ce qu'on peut avoir dans son enveloppe ?
06:42Alors, quand on est primo-collectionneur,
06:44on peut tout à fait commencer avec des œuvres
06:46aux alentours de 5 000, 10 000 euros,
06:48des œuvres sur papier.
06:49Mais si on part sur une enveloppe plus large,
06:52disons, de 100 000, 150 000 euros,
06:54donc nous, ce qu'on va essayer de construire,
06:56c'est un profil...
06:57Enfin, on essaie de trouver
06:59un profil de risque équilibré
07:00pour construire une enveloppe cohérente
07:03et rationalisée.
07:05Donc, en fait, on va avoir plusieurs lignes
07:07au sein de cette enveloppe
07:08avec des artistes plutôt lignes de socle,
07:11on appelle ça,
07:11donc des artistes qui sont ancrés
07:13au niveau institutionnel,
07:14qui sont des artistes blue-chips, souvent.
07:16Ensuite, on va avoir...
07:18Blue-chips, c'est référence au poker, c'est ça ?
07:21Donc, c'est les artistes les plus importants.
07:24Exactement, qui sont les premiers rangs,
07:26qui ont contribué à former l'histoire de l'art, etc.
07:31On a ensuite ces lignes plus de consolidation,
07:33donc des artistes qui peuvent être encore sous-valorisés,
07:36et ensuite, une phase d'accélération
07:38avec des artistes qui ont une croissance maîtrisée,
07:42mais qui méritent encore éventuellement
07:46de... qui sont en fait en début de carrière, très souvent.
07:49Donc ça, c'est des différences de risque, en fait ?
07:51Exactement.
07:52Par rapport au porte-monnaie du collectionneur ?
07:54Tout à fait, voilà.
07:54Et donc là, si vous parlez de 100-150 000 euros,
07:57déjà, comment est-ce que vous vous arrêtez sur cette enveloppe-là ?
08:02Parce que ça veut dire que pour vous,
08:03à partir de 100-150 000 euros,
08:05on peut faire des investissements qui sont intéressants ?
08:07Tout à fait.
08:08En fait, chaque œuvre va avoir une fonction patrimoniale
08:10claire dans l'enveloppe.
08:13On va éviter de mettre toute l'enveloppe sur une seule signature
08:16ou sur plusieurs petites acquisitions qui peuvent être peu structurantes.
08:22Donc si on partait sur une ligne de socle,
08:23donc avec ce fameux artiste blue ship,
08:26c'est vrai qu'on a eu de très belles œuvres proposées pendant la foire
08:28d'artistes d'après-guerre.
08:31Donc nous, on a ciblé quelques œuvres.
08:33Par exemple, un Miro à la Galerie Domenech,
08:35qui est une galerie de Barcelone,
08:37ville de naissance de l'artiste.
08:38Une petite huile sur toile.
08:40Et c'est vrai que cet artiste,
08:42c'est une ligne qui va être immédiatement lisible,
08:45en fait, dans cette stratégie patrimoniale.
08:48Oui, parce que si on acquiert un Miro,
08:51tout de suite, là, pour le coup,
08:52la prise de risque, elle est quand même assez réduite,
08:54elle est moindre.
08:55Mais on a une collection qui s'assoit,
08:59qui est assise, qui repose sur l'histoire de l'art
09:01et sur le nom important.
09:02C'est un artiste qui est présent
09:04dans toutes les plus grandes institutions.
09:05Il y a un second marché qui est cohérent,
09:08une profondeur de marché aussi qui est établie,
09:10une cote qui est lisible.
09:11Et donc tous ces facteurs,
09:12ça va permettre d'ancrer l'artiste
09:14et de sécuriser cette partie de l'enveloppe.
09:17Et là, on est plutôt sur du 150 000.
09:20Vous avez utilisé toute l'enveloppe
09:21pour cette oeuvre-là ?
09:22Là, en l'occurrence, c'est une petite oeuvre,
09:24un petit format, une huile sur toile
09:27qui est entre 50 000 et 55 000 euros.
09:30D'accord.
09:30Et donc ça, vous le compléteriez
09:32avec d'autres oeuvres,
09:34avec des prises de risques différentes ?
09:36Voilà.
09:36Peut-être plus de risques.
09:38On peut partir sur deux artistes
09:40qui seraient donc encore en phase de valorisation.
09:43Donc, Minjung Vishwanadan, par exemple,
09:47qui est un artiste indien
09:49qu'on a pu voir à la galerie Nathalie Obadia.
09:52Tout à fait.
09:53Il y avait à la fois des huiles sur toile
09:55et des oeuvres sur papier.
09:56Donc là, on partirait plutôt sur une oeuvre sur papier.
09:58Un petit format.
10:00Et donc, Vishwanadan,
10:01c'est un artiste qui est très reconnu institutionnellement,
10:03que ce soit à Paris, en France plus largement,
10:06et en Inde,
10:07puisqu'il est arrivé en France dans les années 60.
10:09mais il a eu toute une filmographie,
10:11par exemple, en Inde.
10:12Donc voilà, c'est un artiste établi,
10:14qui a une trajectoire historique qui est claire.
10:16Mais on voit qu'il y a encore un décalage, en fait,
10:18entre sa reconnaissance institutionnelle,
10:21sa trajectoire,
10:22et sa présence sur le marché,
10:25sa valeur sur le marché.
10:26Et peut-être plus forte en Inde qu'en Europe
10:29et qu'on peut jouer là-dessus ?
10:30Peut-être aussi, oui, oui.
10:32Tout à fait.
10:32Il y a peut-être un marché
10:33qui est encore à développer en Europe,
10:35là où il est plus établi en Inde.
10:36Et donc c'est ça qui va en fait
10:39créer cette opportunité.
10:41Voilà.
10:42D'autres oeuvres que vous avez ciblées dans le foire ?
10:45Oui, oui, oui, tout à fait.
10:46À la galerie Almin Resh,
10:47on a vu un très beau Min Jung Kim.
10:49Min Jung Kim qui est une artiste coréenne.
10:52Donc là, on est sur une oeuvre,
10:53sur papier Angie,
10:55un papier de Murier,
10:56avec un travail du temps long.
10:58On est dans cette même dynamique d'artiste
11:00qui a donc un fort ancrage institutionnel,
11:03qui a aussi un second marché,
11:05mais qui a encore un potentiel de valorisation.
11:10Elle est intégrée en fait
11:12dans le calendrier de la galerie Almin Resh.
11:15Donc elle a un fort ancrage pareil
11:16sur le premier marché,
11:18une visibilité internationale.
11:20Mais voilà, on sent qu'il y a encore,
11:22vu que c'est quand même une jeune artiste,
11:24elle est née dans les années 60,
11:25c'est une artiste qui a encore
11:27une cote qui peut évoluer.
11:29Et ça, c'est pareil à compléter avec une autre oeuvre
11:33ou vous préconisez plutôt ce genre d'achat seul ?
11:37Oui, tout à fait.
11:38On vient en fait coupler pour avoir ce portefeuille
11:40qui va être équilibré et pour limiter le risque.
11:43En fait, on ne va pas...
11:44Il faut que la pondération en fait de chaque artiste,
11:48elle soit claire.
11:50Et on peut donc ensuite associer ça
11:52avec un artiste encore plus jeune, contemporain.
11:55On a vu par exemple ce très beau Bilal Hamdad
11:57à la galerie Templon.
11:59Bilal Hamdad qui est un artiste franco-algérien.
12:02L'oeuvre a été vendue dès l'ouverture de la foire.
12:04Mais c'est donc une oeuvre qui est lisible
12:08en fait dans la carrière de l'artiste.
12:10Il a eu une très belle exposition au Petit Palais.
12:14Et en fait, ça, c'est des marqueurs
12:15qui permettent de créer de la valeur
12:18et de le placer dans l'histoire de l'art.
12:20Et ça, les collectionneurs sont friands.
12:23Et aussi de plus en plus conscients
12:25qu'il faut regarder tout ça.
12:26Exactement.
12:27Il faut regarder, voilà, tous ces marqueurs.
12:29Merci beaucoup, Clarisse Hermelin.
12:30Je rappelle que vous êtes directrice opérationnelle
12:32du cabinet de conseil en gestion patrimoine artistique
12:34Galopin Art Advisory.
12:36Merci de nous avoir donné votre vision d'Art Paris.
12:38Et merci à vous toutes et tous
12:39de nous avoir suivis.
12:40C'était Arrêt Marché.
12:41Sous-titrage Société Radio-Canada
12:45Sous-titrage Société Radio-Canada
12:51Sous-titrage Société Radio-Canada
12:52Sous-titrage Société Radio-Canada
12:52Sous-titrage Société Radio-Canada
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