- il y a 10 heures
Suite au vol survenu au Louvre, en octobre 2025, le député Christophe Marion a été missionné par le gouvernement pour rédiger un rapport sur la sécurisation des collections publiques. En sont ressorties plusieurs recommandations, on les décrypte avec Daphné de Marolles, responsable de la branche Arts chez AXA XL.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00...
00:04Suite au vol survenu au Louvre le 19 octobre 2025,
00:07Rachida Dati, alors ministre de la Culture,
00:10a demandé au député du Loir-et-Cher, Christophe Marion,
00:13d'élaborer un rapport sur la sécurisation des collections publiques.
00:18L'art doit-il donc être mieux protégé ?
00:20Pour en parler, je suis ravie d'être en plateau avec Daphné de Marolle.
00:23Bonjour.
00:24Bonjour.
00:25Vous êtes responsable en France de la branche Art Daxa XL.
00:28Et Christophe Marion, qui est en visio avec nous,
00:31député du Loir-et-Cher et auteur du rapport.
00:34Merci beaucoup, monsieur le député, de pouvoir répondre à notre question.
00:38Comme vous l'indiquez dans le rapport, il y a déjà un cadre législatif qui existe,
00:42mais est-ce que le vol du Louvre a souligné des failles ?
00:46Est-ce que, selon vous, il y aurait des éléments importants
00:51à élaborer en plus pour combler ces failles ?
00:55Si vous voulez, aujourd'hui, j'allais dire que tout dépend de l'établissement,
01:00tout dépend, le vol est pris en compte un peu en fonction des conservateurs
01:07ou des chefs d'établissement.
01:09Parce qu'autant il existe des réglementations pour la lutte contre l'incendie, par exemple.
01:14On sait tous ce qu'est une commission de sécurité,
01:16on sait tous qu'il faut des extincteurs, qu'il faut des alarmes anti-incendie.
01:21Tout ça est très bien réglementé, normé.
01:24S'agissant du cambriolage, du vol, de la dégradation d'œuvres,
01:28il n'y a pas de législation consacrée à ces problématiques,
01:32il n'y a pas de réglementation qui prévoit un nombre de caméras par mètre carré,
01:38enfin, ou que sais-je encore.
01:40Donc, tout dépend de la volonté du chef d'établissement,
01:43tout dépend de la volonté du conservateur,
01:45qui a plus ou moins pris en compte le risque vol, cambriolage, incendie.
01:51Ce qui fait que la situation est extrêmement diverse d'un établissement culturel à un autre.
01:55Dans votre rapport, vous établissez trois grands axes de recommandations.
02:00Est-ce que vous pourriez nous les donner, nous indiquer comment est-ce que vous êtes arrivé à ces axes
02:05?
02:07Alors, il y a en effet une vingtaine de recommandations que nous pouvons faire.
02:11La première, selon moi, est d'imposer dans les documents qui, aujourd'hui, sont obligatoires pour un établissement culturel,
02:21qu'on impose un volet sûreté.
02:22Il existe un volet sécurité dans les projets scientifiques et culturels.
02:27Il existe un volet sécurité, incendie, inondation, risque naturel.
02:33Il faut absolument mettre en place un volet sûreté et notamment faire une analyse des risques.
02:39Une analyse des risques qui va permettre d'établir un plan sûreté pour identifier les moyens nécessaires,
02:47le calendrier d'application de ces moyens, de manière à renforcer la sûreté des établissements culturels, musées ou patrimoines, évidemment.
02:56Donc, vraiment, pour moi, la recommandation essentielle, c'est d'avoir ce volet sûreté
03:00et qu'on impose une cartographie des risques et une analyse des risques.
03:05Parce que si on n'a pas ça, on ne va pas savoir vraiment contre quoi on doit se plaindre,
03:09contre quoi on doit se protéger.
03:11De Marolle, Christophe Marion appelle à une meilleure cartographie des collections sensibles, des interventions prioritaires.
03:20Vous, en tant qu'assureur, quel serait l'état des lieux que vous pourriez donner des collections publiques et de
03:26leur sécurité ?
03:27Je pense que ce que l'on peut constater, c'est qu'il y a une évolution du risque.
03:32Il y avait jusqu'à présent, je dirais, une doctrine qui était plus orientée vers la conservation,
03:39plus que des risques multiples.
03:42Donc, ces risques ont évolué et on a multiplicité de risques qui peuvent se produire,
03:48qui vont être aussi bien du vandalisme, qui vont être aussi bien du vol, en effet, comme on l'a
03:53vu récemment.
03:54Mais ça, c'est une évolution. Jusqu'à présent, on regardait vraiment le risque et on l'analysait au sein
04:01du musée,
04:02essentiellement sous l'angle de la conservation.
04:05Donc, il existait une culture de la prévention qui s'appuyait sur la nécessité de protéger rapidement les œuvres les
04:13plus importantes
04:14et de gérer leur bonne conservation.
04:18Cette évolution, c'est quelque chose qui existe déjà dans la démarche de l'assureur depuis de nombreuses années,
04:24puisque on va donner des conditions de mise en œuvre de nos garanties
04:29qui sont basées finalement sur cette évaluation que l'on a faite, l'analyse du risque que l'on a
04:34fait.
04:34On va conseiller, je dirais, des moyens de précaution mécanique, comme des serrures, comme des fenêtres,
04:41ou un processus pour rentrer dans le musée.
04:44Toutes sortes de dimensions qui étaient basées sur une approche plus large.
04:48– Christophe Marion, selon vous, pourquoi est-ce que l'art attire ?
04:52On voit que les incidents sont peut-être constants depuis 10 ans,
04:59mais c'est à regret, c'est quand même constant depuis 10 ans.
05:01Pourquoi est-ce qu'on a notamment notifié des vols plus élevés, pour le coup, fin 2025 ?
05:10– Alors, en fait, il n'y a en effet, il n'y a pas d'augmentation spectaculaire de vols
05:16dans les musées,
05:18mais ce qu'on constate, c'est d'abord que ces vols deviennent de plus en plus violents,
05:22ça c'est une première chose, et surtout, les objectifs changent.
05:26C'est-à-dire que vous aviez un trafic qui a toujours existé, d'ailleurs,
05:29d'œuvres d'art pour alimenter un marché d'art parallèle,
05:33et c'était plutôt des vols d'œuvres d'art en fonction de leurs valeurs artistiques, si j'ose dire.
05:41Aujourd'hui, on est davantage sur du cambriolage de grand banditisme
05:45où on va s'intéresser aux métaux précieux.
05:47Et donc, on va s'intéresser à l'or, à l'argent, pour fondre les objets,
05:53non pas pour les vendre en fonction de leurs valeurs patrimoniales ou historiques,
05:57mais plutôt en fonction de leurs valeurs en termes de métaux précieux qu'ils peuvent conserver.
06:02Ce qui fait que c'est beaucoup plus difficile à tracer,
06:04parce que quand vous tracez une œuvre d'art, vous savez, si elle est bien tracée,
06:09à quel moment elle va être vendue, chez quel antiquaire,
06:13enfin, vous arrivez à retrouver l'objet.
06:14Mais alors que cet objet, s'il est composé, par exemple,
06:17et je le dis évidemment en toute connaissance de cause,
06:22si c'est une couronne avec des pierres précieuses qu'on va faire fondre la couronne
06:26et qu'on va retirer les pierres précieuses pour les vendre à l'unité,
06:29c'est beaucoup plus difficile à retrouver.
06:30Donc une évolution dans les modes opératoires,
06:34dans les objets qui peuvent être vendus,
06:36dans le personnel aujourd'hui qui est à l'œuvre au moment de ces cambriolages,
06:41on se rapproche du grand banditisme.
06:43Donc ça, c'est une évolution qui est beaucoup plus dangereuse
06:46et qui pose davantage de problèmes.
06:48Daphne Marolle, est-ce que toutes les collections publiques sont couvertes ?
06:51Comment ça se passe, l'assurance des collections publiques ?
06:55Alors aujourd'hui, les collections publiques, il s'agit des collections permanentes,
06:59c'est-à-dire celles qui sont abritées dans le musée de façon permanente.
07:03L'assureur, généralement, est l'État.
07:06L'État va solliciter, l'institution va solliciter l'assureur
07:11pour assurer les expositions temporaires.
07:14Donc ces expositions temporaires, elles sont assurées soit pour des œuvres qui sont prêtées,
07:18soit parce que les œuvres, l'exposition, et c'est de plus en plus le cas,
07:21est itinérante et va littéralement faire un tour du monde parfois.
07:24Et donc ces étapes-là vont être assurées.
07:27Du coup, est-ce que vous faites évoluer le sinistre ou le risque,
07:33la couverture de sinistre au fur et à mesure des années
07:36et des évolutions qu'on retrouve dans justement ces manières d'exposer, etc.,
07:40et des risques face auxquels sont les musées ?
07:43On est toujours sur quelque chose de singulier,
07:45c'est-à-dire qu'à chaque fois qu'on va être saisi pour étudier un risque,
07:49on va toujours l'approcher de façon particulière et sur mesure pour chaque risque.
07:54Donc on va rechercher quelle est l'exposition.
07:58La référence à aujourd'hui, on vole moins des œuvres pour leur valeur artistique,
08:04mais plus des objets ayant une valeur, je dirais, de revente une fois transformée,
08:09c'est une réalité que l'on a observée aussi.
08:12Donc on va faire évoluer notre accompagnement en conseillant,
08:15au moment où l'exposition, le parcours de l'exposition se conçoit,
08:19en conseillant pour pouvoir placer les œuvres qui peuvent être identifiées
08:24comme faciles à voler, faciles à revendre, entre guillemets,
08:27qu'elles soient placées à des endroits judicieux,
08:30qu'elles soient protégées, qu'elles ne soient pas toutes réunies au même endroit.
08:33On va apporter notre conseil là-dessus.
08:35C'est sur ce point-là que l'on a fait évoluer les choses essentiellement aujourd'hui,
08:39parce que le facteur clé, c'est le temps.
08:42Donc compliquer l'accès, multiplier les points sur lesquels il faut intervenir
08:46pour voler quelque chose, c'est clé pour pouvoir améliorer la protection.
08:51Car le risque numéro un des collections publiques, ce serait lequel aujourd'hui ?
08:55Alors on a souvent pensé que le risque maximum, c'était le transport.
09:00Et c'est vrai que le transport, la manipulation, l'emballage,
09:03toutes ces étapes-là, quelle que soit la raison du déplacement,
09:06c'est le risque du dommage accidentel.
09:08On a également des dommages, alors on n'y pense pas,
09:11parce que ça paraît un peu moins évident,
09:13mais on peut avoir un dégât des oeufs qui peut venir de choses assez...
09:17Ça, on en a entendu parler pour le Louvre aussi, oui.
09:20Voilà, on a également une exposition qui augmente aux catastrophes naturelles,
09:26après un risque de tempête, après une inondation,
09:28si les réserves sont situées en zone inondable, des tas de choses comme ça.
09:32Et effectivement, on a vu récemment une augmentation,
09:35ou plus exactement des choses un peu plus tapageuses,
09:37un peu plus médiatisées sur le vandalisme et sur le vol.
09:40Je partage tout à fait l'avis de M. Marion là-dessus.
09:43Oui, Christophe Marion, pour vous,
09:45comment est-ce qu'on peut vraiment concilier une meilleure protection des oeuvres
09:51et une ouverture du musée ?
09:53Parce que c'est quand même ça l'objectif, la mission première du musée,
09:57c'est d'être quand même ouvert à tout public
09:59et d'être dans cette volonté d'attirer toujours de nouveaux publics.
10:03Comment bien concilier sécurité et ouverture ?
10:08Moi, je ne pense pas qu'on puisse opposer les deux.
10:13En tous les cas, la réflexion, elle doit être globale.
10:16On doit à la fois réfléchir à la médiation, à l'ouverture au public,
10:21mais ça ne doit pas empêcher de réfléchir aux questions de sûreté des oeuvres qui s'y trouvent.
10:26Je crois même qu'une réflexion doit être menée sur la place du public
10:29dans ces problématiques liées à la sûreté.
10:32Comment est-ce qu'aujourd'hui, on fait du public aussi des acteurs de la sûreté des biens
10:39qui se trouvent dans les musées qu'ils visitent ?
10:41Je crois que c'est un axe de réflexion qu'il faut avoir.
10:43Ensuite, il y a plusieurs préconisations qui doivent être mises en place, à mon sens.
10:47D'abord, rapprocher les forces de l'ordre des responsables de musées.
10:53Les chefs d'établissement connaissent très bien les pompiers,
10:55parce qu'évidemment, la problématique sécurité-incendie est bien identifiée.
10:59Il y a des commissions de sécurité qui se réunissent.
11:01Donc tout ça est parfaitement bien connu.
11:03Mais ils connaissent très peu les référents sûreté du commissariat de police
11:07ou de la brigade de gendarmerie.
11:09Ils connaissent très peu les forces de l'ordre, parce qu'ils ont moins l'habitude de les voir.
11:12Il faut rapprocher ces deux mondes différents en organisant des exercices.
11:17On sait ce qu'est un exercice sécurité, un exercice sûreté.
11:21C'est quand même un peu moins connu.
11:23Comment est-ce qu'on réagit quand on est personnel d'accueil, de surveillance, de magasinage, d'un musée ?
11:28Comment est-ce qu'on réagit en cas de vol ?
11:30Aujourd'hui, on protège essentiellement le public.
11:34Est-ce qu'on doit faire évoluer cette doctrine d'intervention ?
11:37Est-ce qu'on doit rappeler un certain nombre de possibilités pour un agent d'accueil
11:42d'intervenir pour empêcher la commission d'une infraction ?
11:45Ça, c'est l'article 73 du Code de procédure pénale.
11:48Donc, il y a un certain nombre de chantiers sur lesquels il faut avancer,
11:52mettre en place des exercices, par exemple.
11:55Mais ça passe aussi par peut-être une réflexion autour de la place du public
12:00sur les questions de sûreté des biens culturels.
12:04Donc, plusieurs chantiers qui doivent être ouverts, à mon sens, pour renforcer cette sûreté.
12:10Merci beaucoup, Daphne de Marolle.
12:12Je rappelle que vous êtes responsable en France de la branche art d'AXA XL.
12:16Et merci beaucoup, Christophe Marion, de nous avoir rejoint en visio.
12:19Vous êtes député du Loire-et-Cher et auteur du rapport sur la sécurisation des collections publiques.
12:26Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
12:28C'était Arrémarché.
12:28– Sous-titrage ERP
12:33– Sous-titrage ERP
12:34– Sous-titrage ERP
Commentaires