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Depuis plus d’un an, les droits de douane américains créent une forte incertitude pour le marché de l’art, entre annonces, suspensions et nouvelles échéances. Certaines œuvres semblent relativement protégées, mais d’autres catégories comme les antiquités ou le mobilier ancien, peuvent être directement concernées. Alors qu’une échéance importante approche en juillet 2026, quelles conséquences concrètes pour les galeristes français et leurs clients américains ? Pour en parler, Guillaume Léage, galeriste et vice-président du Syndicat des Négociants en Art, était sur le plateau d'ART & MARCHÉ.

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00:04Depuis plus d'un an, les droits de douane américains créent de fortes incertitudes sur le marché de l'art,
00:08entre annonces, suspensions, nouvelles échéances.
00:11Certaines œuvres semblent relativement protégées, mais d'autres catégories d'œuvres d'art pourraient être directement concernées.
00:18Alors qu'une échéance importante approche en juillet 2026, quelles conséquences de toute cette année et pour les années suivantes
00:26concrètes pour les galeristes français et leurs clients américains ?
00:30Je suis ravie d'être en plateau avec Guillaume Léage, bonjour.
00:33Bonjour.
00:34Vous êtes galeriste, spécialiste du mobilier 18e et vice-président du syndicat des négociants en art.
00:41C'est avec plutôt cette casquette-là que vous allez nous répondre.
00:43Tout d'abord, est-ce que vous pouvez dresser un petit analyse de cette dernière année ?
00:49Pourquoi le marché de l'art a-t-il eu un sentiment de va-et-vient réglementaire de cette dernière
00:55année ?
00:55Alors déjà, on a une instabilité géopolitique mondiale qui est extrêmement compliquée.
01:01Les collectionneurs aiment souvent, pour investir et acheter chez les marchands, que ce soit le premier marché ou le second
01:07marché,
01:08aiment être encouragés par un climat économique et politique plus favorable.
01:13Déjà, ça, vous le ressentez ?
01:14Déjà, ça, on le ressent. En tout cas, on n'y est pas insensible.
01:19Et effectivement, il y a un rapport, il y a un climat avec les États-Unis depuis un an avec
01:24ce qu'ils ont appelé les Liberation Day
01:26que Donald Trump avait mis en avant à partir de mi-avril,
01:30qui créent pour certaines catégories dans le marché de l'art, on pourra en parler, un vrai déséquilibre.
01:39Justement, alors quelles sont ces oeuvres qui sont principalement concernées ?
01:43Est-ce qu'il y a une liste précise, quand même ?
01:45Oui, alors si vous voulez, dans le marché de l'art, au niveau des douanes, ils ont des chapitres qui
01:48s'appellent 97,
01:49vous avez 01 jusqu'à 05, 06.
01:51Et en fait, depuis qu'ils ont mis, au moment des Liberation Day, des tarifs,
01:57ils ont voulu mettre en place ce qu'ils ont appelé les tarifs de réciprocité.
02:02Or, aux États-Unis, en fait, quand on importe en Europe et en France, il n'y a pas de
02:09droit de douane qui est appliqué.
02:11Donc, les Américains ont appliqué des tarifs sur le chapitre 97.
02:17Et vous avez un accord qui s'appelle l'accord Berman, mais qui ne protège pas deux catégories historiques.
02:22Et en fait, on n'a jamais fait attention à ça, puisque ces tarifs n'avaient jamais été mis en
02:26place pour les rubriques 05 et 06.
02:28Alors, 05, ce sont les objets de collection.
02:31C'est un peu vague, ça peut être les voitures, ça peut être les montres aussi.
02:34Et puis, surtout, 06, c'est tout ce qui est antiquité, qui ont plus de 100 ans.
02:39Donc là-dedans, vous avez ma spécialité, le mobilier, les objets d'art du 18e siècle.
02:42Vous avez les céramiques, les porcelaines, les textiles, l'art d'asile, l'art premier, les bijoux, les armes, l
02:48'orfèverie et l'argenterie.
02:49Donc, ça fait énormément de spécialités qui se retrouvent à être taxées lorsqu'elles arrivent aux États-Unis.
02:55Et c'est un impact nécessairement pour les collectionneurs qui sont là-bas.
02:58Et ça, c'est combien de pourcents, alors ?
03:00Alors, ça a été 15% au tout début.
03:02Oui.
03:05Depuis, ça a été 15% au tout début.
03:07Ça a été renégocié, après ?
03:09Alors, ça a été renégocié, c'est que la Cour suprême a annulé les tarifs et le gouvernement, avec Donald
03:17Trump, a mis en place ce qu'ils appellent la section 122, qui est un tarif finalement universel qui permet
03:23de préparer, si vous voulez, d'autres mesures pour la suite à partir de juillet.
03:28Et donc, là, on vient à un tarif universel à l'entrée aux États-Unis.
03:33Et donc, ça, vous l'avez ressenti, d'autant plus parce que vous vous spécialisez dans le mobilier 18e.
03:38Quelles conséquences ça a ? Il y a justement un graphique qui a été réalisé dans le rapport Art Basel
03:45-UBS sur les effets négatifs, avec les effets indirects, une dissuasion particulière de 54% à ce qu'il met
03:53sur ce graphique-là.
03:55Vous l'avez ressenti, vous, en tout cas, ou les galeristes avec lesquels vous parlez, ils l'ont ressenti ?
03:58Alors, tous les marchands, en tout cas, qui sont concernés par cette spécialité, d'abord, par cette catégorie, évidemment, le
04:05ressentent.
04:06C'est là où il y a un vrai signal d'alarme à donner.
04:10Les collectionneurs se retrouvent à payer 10%, entre guillemets, sans raison, puisque le rapport de réciprocité, comme je vous le
04:16disais, n'existe pas,
04:17sachant qu'en Union européenne, il n'y a pas de droit de douane.
04:20Et donc, forcément, quand un client achète un objet et se retrouve à payer 10% de plus, il faut
04:25que ça rentre dans son budget.
04:27On a eu un dollar qui a été plus fait pendant un temps.
04:29Donc, nous, par exemple, entre cette année et l'année dernière, le dollar a perdu 10% de sa force.
04:40Et donc, du coup, finalement, mis de bout à bout, on est quasiment à 20% d'écart.
04:44Donc, quand un client va acheter, déjà le 100, et finalement, il doit payer 120, forcément, ce n'est pas
04:50encourageant.
04:50J'ai trouvé un autre graphique aussi où on voyait la proportion de la France.
04:53C'est vrai que les États-Unis, c'est quand même un énorme client pour la France.
04:58Les États-Unis, c'est 44% du marché mondial de l'art.
05:03Donc, forcément, si les collectionneurs ne peuvent plus acheter ou ont un frein,
05:08ça a un impact sur les marchés français et, au final, sur l'ensemble du métier dans l'Union européenne,
05:14dans le monde.
05:16Vous prévenez, en tant que Sénat, qu'il y avait une échéance en juillet.
05:21Qu'est-ce qu'on tend ? Est-ce qu'on sait ? Est-ce qu'il y a toujours
05:26autant d'incertitudes ?
05:27Alors, il y a énormément d'incertitudes.
05:30Pour récapituler un petit peu les va-et-vient qu'il y a eu,
05:32on a eu d'abord un système qui a mis en place de tarifs réciproques,
05:37qui a été invalidé par la Cour suprême.
05:39Ensuite, à partir de mars, pour une durée de six mois,
05:43ces tarifs qui s'appellent, enfin, c'est des tarifs universels, la section 122.
05:49Et cette section 122, en fait, elle permet au gouvernement d'appliquer des tarifs,
05:52mais ils sont obligés, en juillet, donc au bout de six mois,
05:56de les renégocier ou, en tout cas, d'appliquer quelque chose d'autre.
05:59Ça s'appelle, ce qu'ils veulent mettre en place, c'est les tarifs 301,
06:03qu'ils ont déjà appliqués avec la Chine il y a quelques années.
06:07Mais le tarif 301, c'est une section, plutôt,
06:11ce sont des tarifs qui sont mis en place pour concurrence déloyale.
06:14Donc ça, c'est le gouvernement américain, à travers Donald Trump,
06:17qui souhaite mettre ça en place pour se justifier.
06:20Alors, nous, à notre niveau, il n'y a pas de raison que ça...
06:25On ne comprend pas pourquoi la section de l'art serait concernée.
06:29Mais la limite et la difficulté, c'est que la section 301 ne distingue pas 05, 06, 01, etc.
06:41Ça serait l'ensemble du marché de l'art, et non plus les spécialités dont j'ai parlé,
06:45qui seraient concernées à partir de juillet.
06:48Donc voilà, potentiellement, en juillet, si c'est appliqué comme ce que le souhaite Donald Trump,
06:53il y aurait un véritable, pour le coup, ce serait très grave, pour le coup, pour le marché.
06:58Ce serait toutes les œuvres d'art qui seraient concernées.
07:00Ce serait toutes les œuvres d'art, sans distinction.
07:02Et c'est là, nous, SNA, syndicat négociant en art, ex-syndicat Neussel des Antiquaires,
07:08on travaille avec la Sinoa et d'autres organismes pour participer à des consultations.
07:15Oui, c'est ça, parce que qu'est-ce que vous pouvez faire ?
07:16Alors, on ne peut pas tout changer, la parole, ça reste le président.
07:21Malgré tout, pour mettre en place cette section 301,
07:24il y a ce qu'on appelle un organisme qui s'appelle l'USTR,
07:28qui fait des consultations sur l'ensemble des sujets pour être soumis au président.
07:32Et donc, nous, on explique qu'aujourd'hui, la concurrence est loyale, ne peut pas être justifiée.
07:36L'art circule depuis 1930 entre les États-Unis et l'Union européenne,
07:40de manière pas gracieuse, mais sans tarif.
07:43Quand je dis sans tarif, c'est mon anglais pour droit de douane.
07:46Il y a des accords de Florence qui existent pour la libre circulation aussi,
07:50qui ont été renforcés dans les années 50-60.
07:53Donc, il y a énormément de choses qui ont été mises en place,
07:55et donc, il n'y a pas de concurrence finalement déloyale à ce niveau-là.
07:59Malgré tout, il y a un risque.
08:00Donc, vous soumettez vos conclusions, vos réflexions au président de la République française ?
08:05Alors, en fait, c'est un organisme américain qui nous consulte directement.
08:11Qui nous consulte directement, et nous, on fait justement des rédactions.
08:16En fait, on met en place avec des avocats, avec les membres du conseil d'administration et du bureau.
08:20Et en espérant qu'ils tirent des conclusions par rapport à ce que vous leur avez donné cette information.
08:24C'est ça. On donne un argumentaire pour montrer qu'il n'y a pas de raison.
08:27Si le 300 est appliqué, il faut que l'ensemble du 97 soit exempté.
08:31Et en attendant, est-ce que vous avez quelques conseils à donner,
08:34notamment aux galeries qui sont membres du SNA ?
08:38Il faut avoir les pieds sur terre.
08:41Il faut être un peu courageux.
08:43Il faut aussi être prudent.
08:45Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que, et j'en profite d'être ici,
08:49les musées américains, quand ils achètent, au départ, ils étaient aussi taxés.
08:52Donc, c'est une problématique d'enrichissement culturel.
08:56Il y a des moyens avec les musées américains.
08:58S'ils ne sont pas soumis à une vocation lucrative,
09:05ils peuvent importer avec un régime spécial pour être dédouanés de ces tarifs.
09:11Ce qui n'était pas le cas au tout début.
09:12Ce sont des choses qui se sont débloquées assez récemment.
09:14Donc, je profite d'être ici pour...
09:16Il y a des petits moyens pour essayer de contourner tout ça.
09:19Juste ce moyen-là pour les musées et institutions.
09:22Parce qu'il y a un but éducatif à la fin.
09:25Et donc, on peut arriver à détourner un petit peu le problème.
09:32Sinon, c'est assez difficile.
09:33Merci beaucoup, Guillaume Léa.
09:34Je rappelle que vous êtes galeriste, spécialiste en mobilier 18e,
09:38vice-président du syndicat des négociants en art.
09:41Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
09:43C'était Array Marché.
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